mardi 18 août 2015

Retour au « stade Louis II », Ce Tuka qui ne dérange pas


A la mi-juillet, le circuit des meetings de la Ligue de diamant a fait une halte au mythique stade Louis II de la principauté de Monaco. Parmi les principaux résultats (toujours aussi affolants), deux ont attiré l’attention. Le déclencheur de tempête médiatique a été le record du monde du 1 500 mètres de l’Ethiopienne Genzabe Dibaba qui a autorisé beaucoup d’observateurs à extérioriser, sans retenue aucune, la suspicion maladive de dopage par les athlètes des Hautes Plaines de la corne de l’Afrique (Kenya, Ethiopie, Erythrée, Soudan et Djibouti), malheureusement encouragée par le nombre croissant de cas confirmés soit pas des examens de laboratoires soit par des anomalies des passeports biologiques et par la nationalité des précédentes détentrices de ce record (une Soviétique et une Chinoise).
Le niveau de la course masculine, (sans doute l’une des plus rapides de tous les temps) a moins fait parler. Le record d’Hichem El Guerroudj n’ayant pas été amélioré, il n’y avait pas lieu de trop déblatérer surtout que Genzebe Dibaba fournissait matière à le faire à satiété avec un fond de vérité présent avec le dopage de masse qui sévirait dans cette région du monde d’où elle vient.
Une autre performance de tout premier ordre a pourtant été réalisée sans que quiconque ne trouve à redire. Sur le 800 mètres, un coureur inconnu au plus haut niveau a remporté la course devant les meilleurs mondiaux (Mohamed Aman, Nijel Amos et Ayanleh Souleiman), devant des athlètes habitués à affoler les chronos.
Ce coureur, le Bosniaque Amel Tuka, que des observateurs n’ont pas hésité à qualifier de « nouvelle étoile (…) apparue sur le 800 mètres » a couru en 1.42.54 et s’est hissé au 13ème  rang mondial de tous les temps. Remarquons cependant que ces mêmes observateurs ne peuvent s’empêcher de s’exclamer « quelle performance pour ce Bosniaque quasi-inconnu »
Ces mêmes observateurs insistent en affirmant qu’il « supplante les meilleurs mondiaux et descend sous les 1’43’’ ». L’énormité de la performance les oblige cependant à noter que ce chrono marque « une progression incroyable, avec un gain de plus de trois secondes en une saison ».
Ils révèlent toutefois que c’est « une véritable bombe atomique que ce Amel Tuka, qu’on ne connaissait jusqu’alors que pour sa médaille de bronze aux Championnats d’Europe espoirs de Tampere en 2013 » et un chrono à 1.46.
On observe avec pertinence que depuis le début du mois de juillet de cette année, Amel Tuka semble frapper de « frénésie » en réalisant une progression phénoménale (un journaliste écrit même qu’ « il tombe les secondes à tour de bras ») en courant en  1’44’’19 le 1er  juillet, 1’43’’84 le 11 juillet et 1’42’’54 le 17 juillet. Interrogé, le coureur bosniaque a déclaré à l’arrivée de la course de Monaco  « Je ne sais pas ce qui m’arrive ! Vous devez demander à mon entraîneur pourquoi je connais une si grosse progression». Celui-ci est un coach qu’il a rejoint à Vérone (Italie) il y a de deux ans, juste après sa médaille de bronze du championnat d’Europe espoirs.
Gianni Ghidini n’est pas un inconnu. Il a entrainé les Kenyans Wilfred Bungei (champion olympique du 800 en 2008 à Pékin, auteur d’un record personnel à 1’42’’34) et Gregory Konchellah (fils de Bily Konchellah), plus connu comme Yusuf Saad Kamel, nom adopté à sa naturalisation pour le Bahrein, pays sous les couleurs duquel il a décroché, au Mondial 2009, l’or sur 1500 m et le bronze sur 800 mètres et auteur d’un record à 1’42’’79.
Wilfred Bungei avait lui aussi connu une forte progression en passant en un an de 1’44’’23 en 2000 à 1’42’’96 en 2001 qui n’est pas aussi importante que celle de la nouvelle pépite de l’entraîneur italien. Ce qui surprend (on parle d’ « effarement ») ce n’est pas la progression mais la nationalité d’Amel Tuka. Son pays est en effet quasiment inconnu dans le monde de l’athlétisme.

Un amalgame serait alors facile en établissant un lien entre progressions inouïes, entraineur italien (donc originaire d’un pays où le dopage, en athlétisme et surtout cyclisme, est répandu) athlètes kenyans et bosniaque inconnu. Tout pour faire naître des soupçons que l’on n’a pas encore exprimés.

lundi 17 août 2015

Préparation des champions, L’altitude pour dénominateur commun


Nous avons vu précédemment, dans une chronique qui s’est intéressée à Genzebe Dibaba que la nouvelle star du demi-fond européen est originaire de Bekoji, un village de montagne situé  à 200 kilomètres de la capitale Addis-Abeba, à une altitude de  2 800 mètres. L’altitude, dans la littérature sur les résultats en athlétisme (les courses de demi-fond et de fond essentiellement), fait partie des phénomènes facilitateurs de la pratique à un très haut niveau de la course à pied. Une explication, validée par ailleurs par les travaux de recherche scientifique sur cette thématique et la compilation des statistiques, sur les performances à mettre à l’actif des athlètes nés et ayant vécu dans ces pays (Kenya, Ethiopie, Mexique, Colombie, etc.) et la ferveur que connaissent les stations de préparation en haute altitude mises en place dans toutes les parties du monde.
Nous avons vu également que ce petit village est un haut lieu de la course à pied éthiopienne comptabilisant 10 records du monde, 8 médailles d’or des jeux olympiques et 32 autres aux championnats du monde d’athlétisme et de cross-country. Nous avons listé quelques uns de ces champions tels que les frères Bekele Kenenisa (3 médailles d’or olympiques, 5 titres mondiaux sur piste, 12 titre de champion du monde de cross-country) et Tariku, les sœurs Dibaba( dont la plus jeune, Genzebe a succédé au palmarès mondial à ses sœurs plus âgées Ejegayehu – l’ainée des 3 sœurs  qui fut médaillée d’argent du 10 000 mètres des JO de 2004 et médailles de bronze des 5000 et 10 000 des championnats du monde de 2005) et la plus connue (jusqu’à présent) Tirunesh - au palmarès de laquelle on comptabilise (excusez du peu) 3 médailles d’or olympiques, 5 titres de  championne du monde sur piste et 4 titres de championne du monde de cross-  et leur cousine Derartu Tulu (la première des grandes championnes éthiopiennes et inspiratrice d’une longue liste d’athlètes de très haut niveau) qui a engrangé une médaille d’or olympique, 3 titres de championne du monde sur piste, trois de  championne du monde de cross-country.
Au Kenya, pays voisin, Eldoret est la capitale de la course à pied. Comme Bekoji qui lui tient la dragée haute, elle est située en altitude. Un peu moins haut mais à 2 400 mètres au dessus du niveau de la mer. La même altitude que Iten, une autre ville kenyane devenu le lieu de rencontre des meilleurs spécialistes mondiaux qui viennent y chercher les meilleures conditions de préparation dans un cadre où le confort est absent, réduit à l’indispensable, qualifié de spartiate par les meilleurs athlètes européens. Les centres de préparation, les hôtels qui accueillent les plus grands champions de la course à pied venus goûter au régime kenyan, les écoles et lycées qui regroupent les jeunes coureurs de la région sont propriétés d’anciens athlètes, d’anciens champions du monde et olympiques.

C’est à Iten (dont est natif Amos Rudisha, champion du monde du 800 mètres) que Taoufik Makhloufi, connaissant les lieux pour s’y être déjà préparé avec le groupe d’entrainement de Djamaa Adem dont est membre Genzebe Dibaba, avait choisi pour être le lieu de sa préparation hivernale. Certains cadres au niveau des institutions sportives nationales (FAA et ministère) avaient considéré que les conditions d’accueil étaient indignes d’un champion olympique. D’aucuns pensent plutôt qu’elles étaient inadaptés au standing des accompagnateurs que ces instances se proposaient de désigner. On connait comment s’est terminé le débat, avec une polémique dans les grands quotidiens généralistes nationaux et un bras de fer, par déclarations interposées entre le champion et le ministre des sports de l’époque. La suite, Taoufik Makhloufi n’a pas attendu le financement de sa préparation par l’Etat pour rejoindre un autre centre de préparation en altitude aux Etats Unis.       

dimanche 16 août 2015

Dopage, La contamination par la professionnalisation


 A la mi-juin, l‘Ethiopienne Genzebe Dibaba battait le record du monde du 1 500 mètres féminin. Un vieux record qui figurait sur les tablettes parce que les notables de l’IAAF et les experts des laboratoires de lutte contre le dopage n’avaient pu prendre à défaut les athlètes de « l’armée de Ma » aux méthodes d’entraînement très controversées. Une performance inaccessible aux athlètes de l’Europe occidentale et prenait le pas sur un chrono établi par une sportive de l’ex-URSS, Tatyana Kazankina. Un record qui lui aussi dura quelques 13 années et fut amélioré de 2 secondes.
Dans la mémoire collective, ces deux chronos sont représentatifs d’une approche du haut niveau ne correspondant pas aux standards en vigueur à l’époque et aussi de la dépréciation des résultats en provenance des pays où l’idéologie socialiste était dominante. La ₺Guerre froide₺ rythmait les relations entre les grandes nations à l’époque de Kazankina et n’était pas encore un vestige du passé (même si le ₺Mur de Berlin₺ était tombé et que la Perestroïka était à l’œuvre dans la Fédération des pays soviétiques) lorsque les Chinoises (ultime rempart du communisme) furent sur les podiums.
Il est vrai que l’éclatement du bloc des pays de l’Est a mis à jour des pratiques qui permettaient de créer des surhommes en jouant avec les règles de la déontologie médicale et en faisant d’êtres humains des cobayes de laboratoires.
L’athlétisme de l’Europe de l’Ouest, pendant la même période, n’a pas été exempt de ce fâcheux phénomène. Même si celui-ci n’était pas encore érigé en système, de temps à autre, quelques contrôles mettaient au ban de la société sportive des athlètes de réputation. Il faut dire qu’il est vrai que l’infestation apparaîtra un peu plus tard, dans une forme individualisée ou de petits groupes n’ayant pas l’impact que le fléau avait pris dans l’ «autre » Europe en déclin technologique.
L’avance prise par les laboratoires de production sur ceux de lutte contre le dopage s’est réduite au fil des aveux et des dénonciations, des politiques de délation et d’incitation à la délation. On pourrait expliquer la multiplication des contrôles positifs par le recours à «des formules dépassées », connues et répertoriées par les laboratoires de contrôle, utilisées en désespoir de cause par des athlètes peu fortunés. Ce qui appartenait à la course aux médailles, entre les deux blocs idéologiques dominants de plus en plus défavorable au groupe des nations socialistes, s’est transformé en une guerre de financement entre les pays occidentaux.      
La gangrène qui aurait du s’estomper avec la disparition du « bloc de l’Est » a pris des proportions incroyables aux Etats Unis et des nations idéologiquement proches tels le Canada et la Grande Bretagne. Ce seront les épisodes (à deux époques différentes) Ben Johnson, Tim Montgomery et Marion Jones et de l’affaire Balco en athlétisme et Lance Amstrong en cyclisme. Par un curieux hasard, ces athlètes performants à plus d’un titre, « tombent » au moment où ils deviennent « intouchables », si souvent contrôlés qu’ils sont insoupçonnables. C’est ici que la fameuse « théorie du complot » devient crédible et que l’implication des structures d’accompagnement des athlètes (équipementiers, staff médical, coachs, managers, etc.) semble plausible ainsi qu’a tenté de le faire croire B. Johnson. 
Comment expliquer la montée des « prises » dans le milieu d’athlètes spécialistes des courses sur route espagnols et Italiens si ce n’est par une contamination par les réseaux à l’œuvre dans le cyclisme professionnel ayant trouvé un déboucher dans un domaine sportif où les qualités physiques impliquées sont proches.
On remarquera que le phénomène du dopage a pris, en Europe du Sud (Espagne, Italie, Grèce) une propagation incroyable allant de pair avec la professionnalisation à outrance de l’athlétisme et de l’augmentation vertigineuse des primes de participation et des bonus.
L’athlétisme africain tant qu’il était refermé sur lui-même n’a pas connu de véritables scandales de dopage. Nous supposons que c’est la formule de groupes d’entrainement (ayant pris son essor dans la dernière décennie du 20ème siècle autour d’un staff européen) qui a introduit le mal dans le continent noir mais surtout dans les pays où les courses de demi-fond et de fond (Kenya, Ethiopie, Maroc), les courses de sprint (Nigéria) et de lancers ou d’épreuves combinées (Egypte, Afrique du Sud) sont devenus des faits culturels.   


samedi 15 août 2015

Football professionnel, Raouraoua ouvre le bal


 La saison 2015-2016 de football professionnel ne pouvait débuter sans une intervention radiodiffusée des principaux responsables à savoir le président de la fédération algérienne de football (Mohamed Raouraoua) et le président de la ligue nationale de football (Mahfoud Kerbadj). Hasard, partage des interventions et des médias, le premier s’est livré au micro de la radio publique et le second a fait son show sous le regard des caméras d’une télévision privée qui monte et à su trouver sa place dans le système au point de rivaliser avec les chaines étatiques.
Hasard heureux ou choix de la rédaction de la chaîne de radio, le thème essentiel (et celui des commentaires de la presse écrite qui ont suivi le débat) a été axé sur la question du recrutement des joueurs étrangers qui font objet d’une interdiction fédérale depuis la réunion ordinaire du bureau fédéral tenue le 24 juillet dernier.
Prisonnier de l’argumentaire fédéral, le président de la plus haute instance du football national ne pouvait sortir des limites tracées il y a une vingtaine de jours : faire supporter aux clubs les impérities relevant d’un autre niveau.
Le président de la FAF ne pouvait que se cacher derrière des arguments étalés sur la place publique, ceux qui ont trait à la protection des personnes (joueurs étrangers). Raouraoua a, de nouveau, sorti l’argument qui veut faire des instances fédérales « le chevalier blanc » des joueurs étrangers qui «ne sont pas protégés, pas payés et lorsqu’ils le sont c’est avec des devises achetés sur le marché informel. Cela sans oublier qu’ils ne sont pas logés décemment ») et des institutions publiques  prises en défaut dans ce dossier.
En affirmant que la fédération a tenté de préserver les clubs algériens des foudres des instances disciplinaires de la FIFA, le président de la FAF a démontré à nouveau que l’instance fédérale nationale n’est qu’un paravent tentant de dissimuler et au mieux de sauvegarder les intérêts de ces mêmes clubs. S’il est vrai que la fédération algérienne de football n’est, du point de vue de la FIFA qu’une interface vis-à-vis des clubs, elle n’avait pas à se substituer à eux. Le paiement par elle, (la fédération) des créances dues par des entités économiques autonomes et juridiquement responsables, a été un acte irresponsable destinée à couvrir d’un voile les errements des dirigeants des clubs.
Le président Raouraoua en a pleinement conscience puisqu’il affirme que « la décision sera levée dès la présence d’un climat adéquat » et que l’instance n’a « jamais été contre le recrutement d’un joueur étranger ». Une position justifiée par l’augmentation du  nombre autorisé de ces joueurs depuis la mise en place du professionnalisme.
Mohamed Raouraoua reconnait l’illégalité du fonctionnement des clubs en déclarant que la réglementation n’autorise pas le transfert des salaires et des indemnités de formations des joueurs à l’étranger. C’est cet aspect qui pousserait certains dirigeants à aller sur le marché parallèle pour acheter des devises dans l’illégalité la plus totale. Une pratique qui serait étendue aux joueurs qui se situeraient également sur le même plan d’illégalité  car eux aussi sortent les devises. Une description qui laisse penser à un système de blanchiment d’argent.
Selon Mohamed Raouraoua, la solution à un problème qui « ne peut pas continuer comme ca » est que l’Etat mette en place un système autorisant  les clubs à transférer l’argent. En fait, Raouraoua reconnait l’incapacité des instances du football à se faire respecter par les clubs en relevant que la panacée se trouve dans le nouveau cahier de charges qu’imposeront les pouvoirs publics.
L’autre thème incontournable lorsqu’on aborde la gestion des clubs est celui des salaires mirobolants versés à des joueurs incapables de rejoindre les rangs de l’équipe nationale ₺A₺. Le comble de l’aberration est que le président de la FAF ne perçoit la réduction de la masse salariale des clubs que par une réduction des effectifs déjà limité par les règlements nationaux à 25 joueurs ou encore par une action des pouvoirs publics. Comme toujours, la fédération est en position d’observateur.

   

vendredi 14 août 2015

Le phénomène Dibaba, Tentatives d’explications


En 2009, Genzebe Dibaba remporte le titre de  championne d'Afrique junior du 5 000 m. Cela lui vaut d’être retenue dans l'équipe d’Éthiopie qui participe aux championnats du monde de Berlin en remplacement de sa sœur Tirunesh Dibaba qui déclara forfait sur blessure. Âgée de dix-huit ans seulement, elle atteignit la finale du 5 000 m et se classa huitième en 15 min 11 s 126.
En 2010, elle poursuivit son ascension. Elle porta son record personnel du 5 000 m à 14 min 37 s 56 au meeting d’Oslo, et remporta, quelques jours plus tard, à Moncton, les championnats du monde juniors en 15 min 08 s 06.
En 2011, Genzebe Dibaba porta ses records personnels du 1 500 m à 4 min 05 s 90 et du 5 000 m à 14 min 37 s 56. Elle atteignit la finale du 5 000 m des championnats du monde de Daegu où elle se classe huitième comme lors de l'édition précédente.
Son premier succès lors d'un championnat intercontinental senior sur piste intervint en début de saison 2012 à l'occasion des Championnats du monde en salle d'Istanbul. Dibaba remporte l'épreuve du 1 500 m en 4 min 05 s 78, devant la Marocaine Mariem Alaoui Selsouli et la Turque Aslı Çakır. En mai, Dibaba remporte le 1 500 mètres du meeting de Shanghai (Ligue de Diamant) et améliore à cette occasion le record d’Éthiopie du 1 500 m en terminant en 3.57.77.
Ce qui surprend c’est que, malgré les déclarations désobligeantes qui entourent sa progression, la jeune fille s’accroche mordicus à un discours qui ne semble pas être entendu ou plutôt que l’on écoute avec scepticisme. L’ambiance délétère qui enveloppe l’athlétisme de haut niveau ne peut conduire qu’à des réactions n’accordant plus aucune importance à la notion d’effort, de travail. Réussir une performance de très haut niveau est devenu aujourd’hui synonyme d’utilisation d’aides répréhensibles.
Dans une interview accordée à un site américain consacré à l’athlétisme, Genzebe Dibaba évoque une séance d’entrainement de folie pour qui connait un peu la valeur de l’effort. Une séance qui rebuterait beaucoup d’hommes avec 5X800 mètres en 2.02 et 2.04 et pour finir un 800 en 1.58, ce qui, en compétition, l’a placerait dans le Top 10 mondial (seules 7 athlètes ont couru en moins de 1.59 cette année).
Bien que l’on ne connaisse pas le temps de récupération entre chaque 800 mètres, on comprend un peu mieux, les temps de passage de la course de Monaco (400 en 60.31, 800 en 2.04.52) et un dernier tour en 59.79.
Contrairement aux autres athlètes de demi-fond féminin qui trouvent des difficultés à trouver des partenaires d’entrainement de leur niveau (pour compenser ce handicap, certaines athlètes européennes sont accompagnées à vélo par leurs entraineurs), Genzebe Dibaba n’a pas ce problème. Elle raconte qu’elle s’entraîne « avec des hommes, pas du tout avec des filles ». Un petit peu comme le faisait Hassiba Boulmerka qui avait pour sparring-partners Ryad Gatte et Tarek Zoghmar. Genzebe explique que cette approche n’a que des avantages : «du fait de s'entraîner avec quelqu'un de plus fort, on ne peut que s'améliorer ». Elle précise que « ce serait difficile maintenant de m'entraîner avec des filles. D'ailleurs, il n'y en pas vraiment dans mon groupe. C'est sans doute ça qui m'a amenée à ce niveau ».
Un autre paramètre pourrait expliquer cet exploit chronométrique (et son 14.11 au 5 000 mètres de Paris). De nombreux athlètes Kenyans sont originaires des régions d’Eldoret et d’Iten où se préparent de plus en plus les meilleurs athlètes mondiaux de demi-fond et de fond (T. Makhloufi semble apprécier ces lieux). Pour l’Ethiopie, c’est Bekoji, un village situé  à 200 kilomètres de la capitale Addis-Abeba, à une altitude de  2 800 mètres, le lieu  de naissance de Dibaba. Bekoji est un haut lieu de la course à pied éthiopienne comptabilisant 10 records du monde, 8 médailles d’or des jeux olympiques et 32 aux championnats du monde d’athlétisme et de cross-country.


mercredi 12 août 2015

"Incrédible" Dibaba, Des performances qui sentent le soufre


 Le 17 juillet dernier, au stade Louis II de Monaco, la jeune athlète (24 ans) éthiopienne Genzebe Dibaba s’était mise en piste dans une tentative de battre le record du monde du 1 500 mètres détenu par la Chinoise Yunxia Qu  avec un chrono stupéfiant (il faut bien le reconnaître) de 3’50’’46 établi il y a 22 ans (11 septembre 1993). Un record suspicieux réalisé par une athlète de ce qu’on appelait, en ce temps-là, l’ « armée de Ma Junren », un groupe de jeunes femmes qui écrasait toutes les courses féminines de demi-fond.
Leur domination était si écrasante que les soupçons de dopage furent ébruités et suivirent ces athlètes tout au long de leurs carrières et accompagna le second groupe que forma  « le général Ma».  Dans la longue histoire de la suspicion, les athlètes chinoises succédaient aux athlètes de l’Europe de l’Est (Soviétiques, Allemandes de l’Est, Roumaines) sur-dominatrices, taxées de cobayes de laboratoires. « Ma » justifiait, quant à lui, tous les meilleurs chronos réalisés par ses athlètes par un entraînement de « commandos », impitoyable, mais aussi  par un régime alimentaire faisant la part belle à la consommation de sang de tortue, l’animal pourtant réputé pour sa lenteur.
En Europe, le nouveau record du monde réalisé par Genzebe Dibaba fait renaître les soupçons de dopage qui accompagnent malheureusement (à tort ou à raison, nous ne saurions le dire) toute performance exceptionnelle.  
Pourtant, l’Ethiopienne n’est pas une inconnue. Une dizaine de jours plus tôt, elle s’était déjà signalé en courant à Barcelone la même distance en 3.54.11 qui, au moment de sa réalisation, n’était rien d’autre que la 9ème  performance mondiale de tous les temps. Ce jour-là, Genzebe battait le record d’Afrique que détenait notre Hassiba Boulmerka (3 min 55 s 30), datant de 23 ans. Excusez du peu !
Le chrono barcelonais a fait naitre la polémique. La raison ? L’athlète se dirigeait vers le centre de préparation en altitude de Font Romeu lorsqu’elle revint sur ses pas dans des circonstances inexpliquées. Le stage de Font Romeu est remplacé par un autre à Barcelone. Evidemment, des rumeurs de dopage se firent jour. Surtout qu’elle fait partie d’un groupe d’entraînement placé sous l’autorité d’Adem Djamaa dont deux athlètes furent contrôlés positifs. Cette proximité avec des athlètes dopés, la présence de Djamaa aux nombreux succès jalousés font que les performances de Genzebe Dibaba sentent le souffre ou du moins laissent penser à l’utilisation de produits qui autoriseraient le dépassement des limites ou plus exactement celles d’un être humain lambda relevant de cette « normalité » statistique qui sert de caution à toutes les dérives subjectives.
Comme pour aggraver son cas, son pays (l’Ethiopie) qui est aussi celui de Gebrselassie, de Bekele et de tant d’autres de coureurs de demi-fond et de fond, se trouve dans cette corne de l’Afrique qui fournit, depuis quelques années, les meilleurs coureurs (coureuses) de demi-fond et de fond de la planète. Des athlètes qui se  répartissent entre l’Ethiopie, l’Erythrée, Djibouti, la Somalie et le Soudan. Grands rivaux de leurs voisins du Kenya sur lesquels planent, depuis quelques temps, de fort soupçons de dopage de masse, les performances des coureurs et coureuses du pays de l’ex-Roi des Rois sont scrutés la loupe.
Pourtant, Genzebe Dibaba n’est pas une nouvelle venue dans le monde de l’athlétisme mondial. Au contraire, elle est connue des spécialistes depuis bien des années. Elle détient trois records du monde en salle sur 1 500 m, 3 000 m et 5 000 m. Les deux premiers depuis l’hiver 2014 et le dernier a été amélioré l’hiver dernier. Et avant, elle avait été sur le devant de la scène athlétique dès 2007.
A 17 ans (elle est alors cadette), elle se classa à la 5ème place des championnats du monde de cross. L’année suivante (2008), elle remporta le titre qu’elle conserva, un an plus tard, en 2009 pour devenir la première athlète de la catégorie à réaliser le doublé.
Sur piste, en 2008, à Oslo, dans la course remportée par sa sœur Tirunesh en établissant le record du monde de la distance, Genzebe se rapproche des 15 minutes sur 5 000 m (15 min 02 s 41) puis se classe seconde du championnat du monde junior du 5 000 derrière sa compatriote Sule Utura.


mardi 11 août 2015

Début de saison, Tassili piégée par Boulhabib and c° ?


Ce weekend, les deux championnats de Ligue 1 et de Ligue entameront la saison 2015-2016. Une saison qui s’annonce aussi aventureuse que la précédente. Ou du moins aussi mouvementée !
Les premiers signes sont apparus. La JSK continue de vivre la polémique (sur fond de marche des supporters à Tizi et à Paris) qui avait marqué la fin de la saison dernière entre le président controversé « Moh » Cherif Hannachi Hannachi et les membres du  ₺comité de sauvegarde₺. Tandis que « Moh Cherif » est un tant soit peu en retrait, une nouvelle crise couve. Le manager général du club (Karim Doudane), déçu par l’ingratitude et l’absence de moyens, démissionne avant d’être rejoint, quelques heures plus tard, par le kiné qui n’aurait pas perçu ses émoluments depuis 5 mois.
A Béjaïa, on efface tout et on recommence. Les supporters, les autorités locales et les actionnaires de la SSPA se sont rendus en délégations auprès du ₺vieux₺ Boualem Tiab pour l’inviter à reprendre sa place à la tête du conseil d’administration moribond. Le temps de refaire démarrer le club, régler quelques affaires courantes (recrutements et régularisations de joueurs, stages de préparation) avant de laisser le nouveau président du CSA s’exprimer au nom de l’équipe professionnelle et signifiant par là même que tout continue à fonctionner comme par un passé récent. Seuls, le commanditaire-sponsor Berkati et l’ancien président du CSA se sont retirés.
En Ligue africaine, l’USM Alger est qualifiée pour le tour suivant et le MC El Eulma a fait ses bagages. Après avoir été rétrogradé en Ligue 2, l’équipe des comptoirs commerciaux continue sa spirale négative en se faisant éliminée très rapidement. Ici encore les présidents du CA de la SSPA et du CSA ont montré tout l’amour qu’ils éprouvent l’un pour l’autre.
Les présidents du MCA (Raïssi) et du RCA (Amani) persistent à se donner en spectacle dans la presse pour domicilier où ils veulent et comme ils veulent les rencontres de leurs équipes respectives. Comme si leurs seules intentions étaient d’enquiquiner les lecteurs. Pendant ce temps, leurs équipes sont sans stades fixes.
A Constantine, la ville aux huit ponts, le CSC a ramené Bezaz et Meghni, d’anciens excellents joueurs de l’équipe nationale ayant de très beaux restes mais dont la fin de carrière (malheureusement pour le plaisir des spectateurs) est en voie d’achèvement. Un remake du recrutement de Yazid Mansouri. Objectif ? Remplir le stade au détriment de la caisse de son actionnaire majoritaire (Tassili Airlines) en butte avec des problèmes judiciaires dont elle serait bien passée et qu’on lui aurait cachés.
Il semblerait d’ailleurs que cette entreprise publique de transport aérien, filiale de la compagnie nationale pétrolière, ait tiré la mauvaise carte. Nous dirons même que les dès étaient pipés dès le départ. La SSPA, propriétaire de l’équipe professionnelle, vient d’être condamnée à rembourser quelques 18 milliards à des créanciers auprès desquels l’ancien directeur général, Mohamed ₺Soussou₺ Boulhabib, aurait contracté des emprunts et des dettes. Nous observerons qu’il s’agit d’un scénario qui présente de fortes ressemblances avec celui vécu par le MCA, parrainé par Sonatrach (société- mère de Tassili), condamné à payer environ la moitié de cette somme à Omar Ghrib, un autre étrange  personnage (comme l’indique si bien son patronyme) du football algérien évoluant, dit-on, dans la proximité des sphères informelles.
Tassili Airlines ne semble pas désireuse de payer des engagements qu’elle n’a pas pris. Elle menace de se retirer, de céder ses actions dans une ₺affaire₺ qui montre de plus en plus qu’elle est incertaine et que les responsables du club n’ont pas à cœur à défendre au mieux de ses intérêts. Gageons que dans quelques semaines, dans quelques mois au plus, Boulhabib et consorts seront de retour aux commandes du club, vitrine sportive de la capitale 2015 de la culture arabe.