samedi 9 avril 2016

Fonctionnement des SSPA (3), Les dettes de « Soussou » and c°

L
e fonctionnement des SSPA est des plus troubles. Quelques indications sont jetées cependant en pâture, à qui souhaitent en prendre connaissance, en temps de crise. Surtout lorsqu’elle (la crise) devient paroxystique, lorsqu’elle déborde dans les colonnes des médias qui en présente des versions partiales et édulcorées  se prolongeant parfois à la barre des tribunaux. Des crises  dont le compte-rendu journalistique est le plus souvent approximatif et orienté par la partie à laquelle la parole et la belle interprétation sont données.
L’affaire « CSC vs Groupe Tassili » dans laquelle la justice aurait donné gain de cause aux dirigeants fondateurs de la SSPA/CSC relève de ce cas de figure puisqu’il y  eut tentative d’intégrer les apports d’associés au capital social de la société sportive afin d’en prendre le contrôle. Ce qui est, notons-le, de bonne guerre.
Sur la foi des informations communiquées par les journalistes à l’époque où cette affaire faisait la « Une » de la presse sportive algérienne, il ressort que « les pionniers » de la SSPA auraient accordé des prêts (une vingtaine de milliards de centimes) à la société dont ils sont propriétaires pour lui permettre de continuer à agir en tant que club professionnel de football, d’honorer ses engagements en attendant l’arrivée des subventions (dont nous savons qu’elles sont  substantielles et répétitives) de l’Etat et des collectivités locales. Pour des motifs difficiles à identifier à travers la relation qui a été faite de l’affaire mais qui tiendraient (ainsi que le laissent apparaitre quelques indices)  à la présentation d’un inventaire incomplet des dettes lors de l’augmentation du capital de la SSPA et de l’entrée dans ce même capital social du Groupe Tassili, ces dettes n’ont pas été apurées par la société dont l’actionnaire majoritaire venait de changer et entravait  ainsi la stratégie d’appropriation du club  antérieurement mise en œuvre. Des indiscrétions (il y en a toujours dans ces milieux) m*aissent entendre que ces dettes auraient été dissimulées au nouveau propriétaire.
Le CSC « version Tassili première mouture» n’a pas laissé entrer le cheval de Troie (il était déjà dans ses entrailles et s’y trouve toujours alors que Tassili cède ses actions et sa place à l’ENTP) mais lui a permis de prendre ses aises en s’accaparant de tous (ou presque) les postes de direction et plus particulièrement ceux qui orientent la politique managériale. Les dirigeants « historiques » du CSC professionnel se sont comportés en Brutus poignardant César, son père adoptif. Ils agissaient à leur guise sans tenir informé l’actionnaire majoritaire des actions en justice entreprises contre lui.
De ce qui précède nous pouvons déduire que nous sommes placés au cœur d’une opération comptable typique d’apports des associés qui ne peut se conclure (« se déboucler » diront les banquiers), ainsi que nous l’avons vu dans la chronique précédente, que par deux possibilités : soit un remboursement de la dette contractée par la SSPA envers certains de ses associés, soit un glissement de la rubrique comptable initialement mouvementée, à condition bien évidemment que l’encaissement de ces fonds ait été comptabilisé dans les respect des règles comptables, (« Apports des associés ») vers la rubrique « Capital social ».
En procédant à une recapitalisation en début 2015, Tassili a étouffé les manœuvres de ses coactionnaires en ne laissant à leur disposition qu’une partie dérisoire du capital social puisqu’ils n’auraient pu suivre l’augmentation. Dans sa contre-attaque, Tassili aurait apuré les dettes validées par la justice en s’emparant du contrôle quasi-total de la SSPA.  
 Continuons à appréhender les augmentations de capital social sans apports financiers à l’heure de la concrétisation, de la validation de cette modification statutaire importante devant notaire à travers une démarche comptable et juridique tout à fait légale consistant à transformer des dettes contractées auprès de tiers (généralement des prêteurs de fonds ou des fournisseurs de biens et services) en une augmentation de capital social sans apport financier  à l’heure de l’authentification.
Les tiers sont des personnes physiques (individus) et morales (sociétés) étrangères à l’assemblée générale des actionnaires de la SSPA et qui, pour cette raison, n’y sont pas associés en qualité de propriétaires de la SSPA et de détenteurs d’actions. Il ne s’agit donc pas de l’apport des actions vu précédemment malgré les similitudes que cette situation  peut présenter.

Ce sera le thème de notre prochaine chronique.

jeudi 7 avril 2016

Fonctionnement des SSPA (2), Capital social : une dette quasi-centenaire

L
e capital social de la SSPA (société sportive par actions), privilégiée par les pouvoirs publics algériens afin d’organiser les clubs sportifs professionnels,  est l’ensemble des moyens financiers mis à la disposition de la société pour effectuer son démarrage dans la vie économique. Il représente aussi la valeur de l’entreprise. C’est également, nous dirons les comptables et les financiers, la première dette contractée par elle. Auprès de ses actionnaires, de ses propriétaires. Une dette dont l’exigibilité (le remboursement) n’est pas immédiate puisqu’elle n’aura lieu que dans un temps infiniment long qui est celui (en théorie) de la durée de vie juridique de l’entreprise commerciale dont l’expiration est prévue statutairement 99 ans après sa création. C’est-à-dire bien après le décès des fondateurs. Le remboursement de la dette initiale sera donc effectué entre les mains de leurs héritiers.
Le remboursement de cette dette peut aussi avoir lieu par anticipation à ce délai légal au moment de la  dissolution de la société, en cas de faillite ou de décision des actionnaires, en somme à la liquidation.
De toutes les dettes contractées par la société, le remboursement du capital social est celui d’une dette qui n’est remboursable qu’après que TOUS les débiteurs de la société auront perçu ce qui leur revient de droit.
La société sportive (quel que soit le statut de la personne morale, de la société) a un seul et unique but : dégager des bénéfices qui sont inéluctablement distribués, répartis entre les actionnaires (en fonction de leurs participations au capital social, du nombre d’actions détenues par eux), les pouvoirs publics (à travers les impôts) et la société.  
Une fraction des bénéfices revenant à la société (la plus grande partie d’entre eux étant utilisée pour le fonctionnement par injection dans le compte de la société) apparait dans le bilan de la société sous la forme de "réserves" pouvant être "obligatoires" (conservation imposée par l’Etat d’un pourcentage des bénéfices réalisés afin de permettre le financement des investissements futurs), "statutaires" (partie des bénéfices que les actionnaires ont convenu, dans les dispositions statutaires, de conserver) et "exceptionnelles" ( part supplémentaires des bénéfices conservés afin de les affecter ultérieurement à une activité envisagée de la société).
Ces "réserves" ont un caractère précaire. Dans la logique, la mécanique de la gestion financière de la société commerciale sportive, elles doivent intégrer  à moyen terme le capital social qui en est donc augmenté.  C’est la première forme, la forme normale d’augmentation de capital pour une société commerciale qui est engagée dans le respect de son but.
La société qui n’a pas rempli son ambition (dégager des bénéfices) doit au moins préserver son équilibre financier en évitant d’accumuler des pertes (résultats annuels déficitaires, dépenses supérieures aux recettes) qui impactent le capital social en entraînant sa diminution. Pour se faire, les actionnaires  qui n’ont pas pu (ou su) gérer correctement leur société sont appelés, pour la préserver, d’injecter de nouveaux fonds qui seront une nouvelle dette contractée par la société vis-à-vis des propriétaires.
C’est un apport financier, une sorte de prêt consenti à la SSPA  par les actionnaires qui y participent en fonction du pourcentage d’actions détenues dans le capital social initial. Cette dette a un caractère transitoire. Elle devrait (comme toutes les autres dettes) être remboursée  par l’activité de la société. Si cela n’est pas possible, cet apport est appelé à se transformer en capital social dont l’augmentation sera égale au montant de l’apport et maintient le tour de table financier (pourcentage de participation au capital social de chacun des actionnaires).

A nouveau, cette augmentation du capital a lieu sans qu’il n’y ait apport monétaire au moment de la concrétisation, de l’enregistrement de la modification des statuts  et cette augmentation n’impacte en rien la répartition des pouvoirs de chacun des associés. Ce n’est qu’un glissement comptable, une manipulation qui allonge seulement l’exigibilité de la dette et donc du délai de son remboursement.    

mercredi 6 avril 2016

Fonctionnement des SSPA A l’aune de l’esbroufe

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ous nous sommes englués pendant quelques semaines dans l’univers si riche et si excitant du mouvement sportif national et de l’athlétisme. Nous revenons à des préoccupations plus footballistiques, un univers sportif où les questions (et tant de déclarations propagées par les dirigeants des clubs professionnels et leurs complices embusqués dans les rangs de la presse) posées devraient agiter l’ensemble du MSN parce qu’elles sont proche de la désinformation. Il est indéniable que des informations (plus qu’approximatives dans des cercles où la recherche documentaire est une pratique oubliée depuis que la présence dans les amphithéâtres n’est qu’un souvenir) font sensation et alimentent régulièrement  la « presse foot people ». Nous ne nierons pas également que le droit des sociétés (celui contenu dans le « Code du commerce ») et les sciences de la gestion des entreprises (comptabilité, finance) sont ardus.
C’est cela sans doute qui autorise des confrères à rapporter (sans discernement et sans distanciation) toutes les déclarations des gestionnaires du football professionnel algérien y compris (malheureusement) les plus farfelues, les moins fondées et celles qui déforment la réalité et confirment qu’ils appartiennent au monde de l’informel. Des informations qui remplissent les colonnes des journaux chaque fois de besoin afin d’alléger la pression qui pèse sur ces dirigeants de l’approximation.
A quelques rencontres de la fin de la saison sportive 2015-2016 sont déjà apparues des rumeurs de modification d’actionnaire principal (CS Constantine qui ne volerait plus dans les cabines des avions de chez Boeing et Airbus du groupe Tassili mais s’enfoncerai dans les entrailles de la planète avec les foreuses de l’Entreprise Nationale des Travaux Pétroliers, une autre filiale de la compagnie nationale pétrolière Sonatrach) et d’ouverture du capital social sur les rives de l’Oued El Harrach (USMH) et aux pieds du Mont des Genets (JSK). On dit même que même la FAF et la LNF auraient instruits les clubs professionnels à procéder à cette opération d’ouverture du capital social afin que, au début de la prochaine saison sportive, la situation financière soit assainie.
Nous n’avons pas trouvé trace de ces dispositions sur les sites de la fédération et de la ligue (nos recherches n’ont pas été approfondies) mais nous avons trouvé cette disposition dans le décret exécutif 15.73 du 16 février 2015 déterminant les dispositions applicables au club sportif professionnel et fixant les statuts-types des sociétés sportives commerciales publié dans le même journal que le décret exécutif 15.74 dont l’article 6 a été contesté par les clubs sportifs amateurs.
Ce décret 15.73 stipule en son article 3 (alinéa 3) que le club sportif professionnel est tenu « d’œuvrer pour l’augmentation de  son capital social par de nouveaux apports  dans le cadre des lois et règlements en vigueur, afin d’assurer l’équilibre  financier de la société sportive commerciale ». Les connaisseurs de la comptabilité et des finances observeront certainement avec stupéfaction que les législateurs ont pris en charge une préoccupation (en principe mineure et extrême mais toutefois normale) de la gouvernance du club professionnel qui est la situation où celui-ci est dans l’incapacité de fonctionner normalement. Les dirigeants du club sont placés dans l’obligation de procéder à une recapitalisation de la société sportive qu’ils ont par leurs agissements mis en situation de faillite et donc de la perte du statut de société commerciale sportive.

Le législateur a perçu les effets néfastes du professionnalisme en Algérie et a voulu s’assurer d’une porte de sortie honorable en n’allant pas à la décision de liquidation qui serait un aveu d’échec. En effet dans l’article 2, il considère que « Le club sportif professionnel  est chargé dans le cadre de la législation et de la réglementation en vigueur d’améliorer sa compétitivité économique et sportive (….)» et s’inscrit par là même dans une démarche où le but premier de la société est de dégager des bénéfices et de procéder ensuite à une augmentation du capital social afin de la valoriser.  

mardi 5 avril 2016

Des entraîneurs (8), Les représailles du D.T.N.

N
ous avions l’intention de clôturer nos séries de chroniques portant sur l’athlétisme quand le destin nous a mis sur la route (du côté de Chevalley où nous étions arrêté pour nous rafraichir avant de prendre le chemin du retour) d’un groupe de personnes appartenant sans aucun doute à la famille de l’athlétisme puisque en discutant avec excitation. Des personnes que nous n’avons pu identifier car trop jeunes pour appartenir aux athlètes d’hier.
Au cœur de leur discussion pour le moins animée un fait mineur mais très révélateur des mentalités régnant au sein de la fédération algérienne d’athlétisme. Mais qui sont également celles qui prévalent dans notre société. Une société où chacun des membres qui la constitue fait valoir, chaque fois que l’opportunité se présente, sa prétention à détenir une part du pouvoir décisionnaire. Une société où chacun s’il n’est pas émir se prétend vizir. En fonction également de son humeur du moment et des événements qui ont précédé.
La discussion passionnante, hachée par de nombreuses interruptions, pour permettre à chacun des jeunes formant un quintette d’apporter son grain de sel, portait sur la décision du directeur technique national (D.T.N.) de ne pas faire délivrer un document demandé par un athlète (donc l’un des leurs) l’ayant sollicité pour la constitution d’un dossier de demande de visa Schengen lui permettant de participer (dès l’ouverture de la saison compétitive) en Europe à des meetings d’athlétisme afin de réaliser les minimas de participation aux jeux olympiques de Rio de Janeiro.
Intrigué, nous avons suivi avec attention la discussion. Sans intervenir, attentif à un débat où la richesse des informations détenues par ces jeunes a été étonnante. Il est naturel qu’à force d’entendre « des vertes et des pas mures » (une expression singulière, surtout en français, dans la bouche d’un jeune adulte), on reproduise la formule que même les bambins emploient : « normal !» pour signifier en fait que plus rien ne surprend.
Au cours de cette longue discussion (elle nous a semblé interminable tant les informations étaient données au compte-goutte), nous avons appris que l’athlète en question était Ramzi Abdenouz de retour de son long stage de préparation en Ethiopie (un mois et demi) avec un trio d’athlètes algériens (Bettiche, Hattat et Belferrar) qui s’était entraîné (avec un groupe d’une quarantaine de coureurs de différentes nationalités) sous la coupe du coach Aden Jama, avec la bénédiction de la fédération qui avait accompli les formalités de visa pour ce pays de la « Corne de l’Afrique ».
Si les jeunes athlètes n’ont pas remis en cause la décision de ne pas délivrer le document, c’est le prétexte justificateur (et surtout la manière) qui a fait mouche dans leurs esprits encore en formation. Le rejet de la demande, à en croire la discussion entendue, a été transmise par un tiers (dont nous n’avons pu déterminer s’il s’agissait d’une personne proche de Ramzi Abdenouz ou mandaté par lui) qui s’est fait une obligation de rapporter l’intégralité du message que nous résumerons par : « Tu n’auras pas l’attestation à cause des déclarations de ton père et parce que je ne m’entends pas avec lui ». Ramzi qui attendait dans les couloirs de la FAA eut rapidement une réponse qui fit le tour des coins et recoins où l’on apprécie ce genre de situation.

Il semblerait, selon ce jeunes gens, que MONSIEUR le D.T.N. n’ait pas goûté que Réda Abdenouz (un coureur de l’équipe nationale, finaliste du 800 mètres des Jeux olympiques de Barcelone à une époque où un chrono à 1.45 avait un sens à l’international, neveu d’El Hachemi lui aussi leader du demi-fond long algérien lorsque les athlètes algériens côtoyaient les sommets mondiaux en cross-country) déclare avoir pris en charge financièrement le stage de son fils en terre éthiopienne. Si l’on peut comprendre (même difficilement) cette réaction d’humeur, les jeunes athlètes se sont demandés (ce qui est à leur honneur)  s’il était humainement possible pour le bien de la discipline de faire supporter au fils (inscrit en master mais ayant privilégié cette saison l’ambition de courir aux jeux olympiques aux études) l’attitude du père dont ils dirent (ce que nous ignorions) qu’il avait démissionné de la D.T.N., après 5 années d’exercice, pour aller exercer au Qatar, en raison de leurs antagonismes.     

lundi 4 avril 2016

Des entraîneurs (7), Le galet dans l’oued

W
Ikipédia, lorsqu’on recherche le profil de Thierry Pantel, indique que Bernard Brun a donné le nom de son athlète le plus marquant à une séance d’entraînement consistant en un enchaînement de 1 000 mètres (courus à allure spécifique, c’est-à-dire à l’allure que l’on veut respecter en compétition de 5 000 ou de 10 000) et de 500 mètres (courus à une allure plus rapide) avec deux modes de récupération (incomplète entre le 1 000 et le 500) mais plus longue avant de repartir pour le 1 000 suivant.
Avec cette « séance Pantel », portant le nom de l’athlète qui l’a popularisée, dans les années 90, auprès du public français, Bernard Brun est entré, par une porte dérobée, dans l’aéropage des entraîneurs d’athlétisme qui ont innové dans le domaine de l’entraînement de la course à pied. Ce n’est évidemment que Wikipédia, ne pouvant rivaliser décemment avec « Le Larousse » à la réputation bien établie, mais……son nom est cité incidemment dans le profil du « Kenyan blanc » (surnom donné au coureur cévenol) disponible dans l’encyclopédie alternative et ouverte.   
Une simple citation qui le porte presque au niveau que Van Aaken,  Lydiard, Cerruty et tant d’autres qui, dans des temps bien lointains maintenant, ont révolutionné les modes de pensée des entraîneurs. Cette citation n’est qu’un élément constructif de la notoriété acquise auprès du milieu (ne serait-il que français) de l’athlétisme.
Comme Bruno Gajer, mais sans les facilitations de toutes sortes que peut apporter l’appartenance à l’INSEP, Bernard Brun est l’auteur d’un ouvrage (« Entrainement en course à pied ») qui se veut être un manuel de l’entraînement, le livre de chevet du coureur à pied. Bernard Brun dit de son modeste ouvrage qu’il trouve sa place dans le sac de sport du coureur à pied avide de s’entraîner intelligemment. Nous aurions envie de dire que c’est  la « Bible du coureur à pied » si ce n’est que  cette expression a été utilisée par un autre « faux » entraineur, Serge Cottereau, qui s’est lancé, il y a quelques trois décennies dans la vulgarisation (à grande échelle) de l’entraînement aux courses de longue distance.
Ce dernier, quasiment à la même époque, vulgarisait une perception différente de l’entrainement basée sur l’endurance, le volume alors que Bernard Brun privilégie la qualité en s’appuyant sur le Cat-test popularisé par Raymond Chanon, le travail de la VMA  et l’entrainement à l’allure spécifique. Cette approche fut révolutionnaire à un moment de l’histoire athlétique où en France les adeptes de Claude Dessons systématisaient le kilométrage en tant que moyen de progression. La fameuse « sortie longue » vue par Bernard Brun ne dépasse 1 heure 30 minutes pour un marathonien.   
Les « faux » entraîneurs sont marqués par la modestie et ont de la reconnaissance pour leurs aînés. On l’a vu avec Bruno Gajer dédiant son premier livre à Camille Viale. Il en est de même pour Bernard Brun qui, dans la neuvième édition de son livre (publié sur papier recyclé, un signe de son implication dans  une perception écologique de l’univers), indique l’apport du conseiller technique départemental qui fut son mentor, son tuteur (au sens donné au tutorat par le système d’enseignement supérieur LMD), une sorte d’accompagnateur dans sa quête du Savoir qu’il trouva également auprès de Véronique Billat (physiologie de l’effort) et Denis Riché (nutrition).
Bernard Brun était engagé dans la voie empruntée par tous les entraîneurs, celle où les préoccupations sont celles du terrain. Nous avons cru comprendre que Raymond Chanon (auteur de « L’entrainement à la course » édité en  1970) fustigea ce comportement par une simple expression («trucs d’entraîneur») qui conduisit Bernard Brun à la rédaction de son livre au sujet duquel il écrit dans une dédicace : « Voici ce modeste ouvrage qui est le fruit de beaucoup de travail, d’interrogations et de doute comme tu le dis si bien un modeste galet dans le lit de l’oued ».

Sans que l’on y prenne garde, la formation de Bernard Brun s’est effectuée dans le système ancestral d’acquisition de la connaissance présentant des similitudes avec les méthodes didactiques des « chouyoukhs », détenteurs d’un savoir diffusé par contamination et d’un enseignement que l’on retrouve encore dans les écoles de musique andalouse ou chaâbie dont il s’est échappé en rejoignant les supports de transmission modernes de compétences. 

dimanche 3 avril 2016

Des entraîneurs (6), Le sacerdoce d’un « faux » entraîneur

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runo Gajer, après un parcours d’entraîneur typique de ce  bénévolat qui caractérise le mouvement sportif français et occidental, grâce à un effort de travail personnel, de perfectionnement que l’on suppose permanent, s’est retrouvé intégré (suite à un concours, instrument formel de validation de la compétence) dans le système institutionnalisé de production de performances d’une part, de production et de circulation de la connaissance en résultant d’autre part. Un système qui emprunte les contours de la diffusion et la respectabilité du savoir académique
C’est dans un cadre moins conventionnel que, depuis 1972, baigne Bernard Brun un autre entraineur bénévole, un de ces « faux » entraineurs  (pour reprendre le qualificatif employé par un triple champion de France du 400 mètres haies au sujet des entraîneurs qui ne sont pas laissés emporter par les dérives pharmacologiques) animant et promouvant les athlétismes français et algériens.
Cet ancien athlète devenu entraîneur  fut, comme Bruno Gajer, un athlète de niveau interrégional ayant réalisé à quelques dixièmes près le même chrono sur 800 mètres. Un chrono qui fit du « Master 3 » qu’il est aujourd’hui  un des meilleurs cadets français de son époque. Il y a un demi-siècle !
Il raconte que, dans le cadre du service militaire effectué au Bataillon de Joinville (l’équivalent de l’EMEPS d’antan), regroupement des meilleurs sportifs français (toutes disciplines confondues) en âge d’accomplir leurs obligations, il eut la possibilité d’enrichir ses connaissances en devenant un habitué de la bibliothèque de l’INS qui était  la « Mecque des entraîneurs français », un établissement qui avait accueilli des entraîneurs algériens d’athlétisme dont Aâmi Moussa-Embarek, introducteur de l’intervall-training à Constantine à la fin des années 50.
Cadre de maîtrise dans une unité de production de matériels électriques, Bernard Brun est le parfait bénévole. Qui  plus est, n’est pas le produit de la filière EPS. Il est une sorte (pour ceux qui les connaissent) d’Aâmi Cherif Grabsi mâtiné de Labed Abboud avec lequel il partage la caractéristique d’avoir assumé la fonction de dirigeant de club. D’Aâmi Cherif Grabsi (qui fut postier), Bernard Brun a en commun d’avoir exercé son activité professionnelle loin de l’éducation et de l’enseignement (Labed et Fethi Benachour).
Mieux, Bernard Brun a fondé (et présidé) un club au niveau  d’une petite ville (sous-préfecture quand même, l’équivalent d’une daïra) des Cévennes - contrefort Sud du Massif Central, à une bonne heure de route au Nord-Est de Montpellier, capitale régionale où jouent deux « Fennecs » (Ramy Bensebaini et Riad Boudebouz) - qui, par bien des aspects, présente des similitudes avec la Kabylie (une forte communauté native de la vallée de la Soummam est implantée dans cette région française depuis la fin de la première guerre mondiale) dont elle partage le caractère rebelle. Cette région s’était opposée, pendant les « guerres de religion » des 16ème et 17ème siècles, les armes à la main aux colonnes armées du pouvoir royal central, religieux et jacobin de Louis XIII et Louis XIV.  A l’époque de la « nuit de la Saint Barthélémy» où des centaines de protestants furent massacrés dans les rue de Paris.
Comme les pasteurs (imams) de la religion protestante, en plus d’être bénévole, le Bernard Brun d’aujourd’hui - viré de la présidence de « son » club par les autres dirigeants pour des divergences de vision (certains sont devenus proches des pouvoirs politiques locaux lorsqu’ils ne siègent pas au conseil municipal) - devenu « coach indépendant », porte la  bonne parole athlétique dans trois localités de la région. Gracieusement, SVP !
Bernard Brun est, comme beaucoup d’entraîneurs algériens, totalement dévoué à sa passion. Il parcourt les routes de sa région : une séance hebdomadaire d’entraînement dans la petite localité où il réside, trois séances hebdomadaires au stade de la sous-préfecture (à 30 minutes de route) et une autre séance dans la localité célèbre pour abriter la source d’eau minérale Perrier (à 1 heure environ de son domicile).

Bernard Brun coache aujourd’hui des athlètes de tous âges (des jeunes jusqu’aux vétérans) et de tous niveaux (départemental, régional et national). Il a été connu pour avoir entraîné Thierry Pantel qui, dans les années 90, fut le leader français des 5 000 mètres et 10 000 mètres et du cross-country. Il appartint à l’élite mondiale et figure toujours à la seconde place des bilans français du 10 000 mètres (27.31.16 en 1990). 

samedi 2 avril 2016

Des entraîneurs (5), Essais de perceptions sociologiques

D
ans les précédentes chroniques de la série « Des entraineurs », nous avons tenté de montrer deux types de transfert de compétences. Le premier s’est appuyé sur les déclarations, d’un « entraineur d’Etat » français, que nous avons outrancièrement schématisé pour décrire un système collectif, institutionnel dans lequel sont en action en premier lieu (dans une approche expérimentale) une collaboration à l’avancée des connaissances et ensuite le partage cognitif en vue de la mise en place de qui serait une école française du 800 mètres.
Nous avons vu également que chez nous le partage des connaissances était restreint et que, dans certaines situations précisées d’associations et d’institutions sportives, il prendrait plutôt la forme d’une contamination ayant donc le caractère informel dans lequel patauge toute la société algérienne et non seulement les associations sportives et leurs membres. Ces clubs (MCA, ASSN, CNMEPS) et des pôles de résultats (Bordj Bou Arreridj pour le demi-fond et le fond,  Bejaïa pour ce qui concernent les épreuves techniques) perpétuent (le contexte les y contraignant) la démarche scholastique des écoles coraniques et des universités de l’âge d’or de l’Islam et du Moyen Age européen prenant la forme d’un cercle de savoir limité à un Maître et à des disciples. Une transmission basée également sur l’oralité et la présence permanente auprès du « cheikh ».
Sans que l’on y prenne garde, nous sommes au cœur d’une dualité entre une société moderne et  l’archaïsme sociétal, une expression utilisée, il y a quelques années, par un homme politique pour stigmatiser une action populaire contestataire qui n’avait pas eu l’heur de lui plaire (et à ses pairs du très riche panel des partis politiques agréés par les pouvoirs publics) car s’appuyant sur la résurgence (selon lui inappropriée) des structures sociétales traditionnelles.
La notion de circulation de la connaissance est également en jeu. Dans les deux situations, c’est le concept de « l’itinérance » qui est central. Dans la première situation, il s’agit de l’itinérance du savoir (et des conférenciers-propagateurs) qui se déplace à la rencontre du public. Dans la seconde, ce sont les apprenants qui vont vers les détenteurs du savoir, vers les mandarins jouissant d’un statut social confortable.
Notons que ce n’est pas la qualité de la connaissance transmise qui est ici en question mais la rapidité de la dissémination cognitive, la nature des supports ainsi que l’étendue du cercle des apprenants. Il est aussi possible de percevoir une autre dimension (plus sociale celle-là) distinguant un comportement de « démocratisation du savoir » d’un autre plus « élitiste » dans le prolongement des principes (sauf qu’ici le savoir supplante les puissances militaire et financière) inscrits dans les  notions de « clans » et de « tribus » regroupés autour d’un leader coopté par un groupe social plus puissant ayant le statut, comme dans l’organisation sociale amazighe (berbère, numide) de fédérations ou de confédérations ou dans celle de l’Occident féodal des seigneuries ayant le rang de principautés, duchés, comtés et baronnies avec une proximité (exempte de hiérarchisation) de ces émirats qui peuplent les discours contemporains arabo-islamistes. On ne peut s’empêcher d’y greffer l’idéologie véhiculée par le concept de « patriarcat », traversant les millénaires, retrouvée sculpté dans le marbre de la table des lois ancestrales où l’âge et le temps de présence dans la fonction détermine la compétence.

La transmission du savoir, dégagée à partir des déclarations de Bruno Gajer, ne se limite pas à ces aspects que nous avons tenté d’éclairer. Nous avons à dessein momentanément écarté celui qui a amorcé l’entretien. La publication d’ouvrages dont l’un est remarquable car il implique un collectif de 12 personnes.