jeudi 9 juin 2016

Dans le rétro (2), « Hugh, j’ai dit ! »

P
remière Algérienne à courir le 400 en moins de 53 secondes (2009), Zahra Bouras ne fut pourtant pas une athlète hors du commun. Touhami Nahida, de quelques années son ainée, avait autant de talent mais ne put franchir la barre des 2 minutes aux 800. Les spécialistes de la distance expliqueront, s’ils en ont le temps et si cela vaut pour eux la peine de se pencher sur la question, le pourquoi de ce qui s’apparente à un échec relatif. Ce chrono de 2 minutes (qui sonne si bien aux oreilles) est encore le minimum situant le niveau international féminin.
Si Nahida fut incapable de franchir cette barrière, Zahra réussit la gageure en 2010. En descendant de quelques dixièmes (1.59.54) en dessous de ce chrono si rond (que beaucoup d’athlètes masculins ambitionnent) qui la classa à moins d’une seconde du record national de Hassiba Boulmerka.
Cette même année 2010 vit Zahra Bouras remporter le titre africain de la distance qui fut détenu 22 ans plus tôt par la même Hassiba Boulmerka. Une Hassiba qui est là toujours présente dans les esprits des amateurs de course à pied et que jusque-là personne n’a pu détrôner. Alors que dire parmi ceux qui firent partie de son entourage très proche. Dans la périphérie d’Amar Bouras et de Mahour Bacha avec qui il forme, depuis toujours un duo inséparable.
Des déclarations de Dadi (Ahmed Mahour Bacha), dans les colonnes de la presse de cet été 2010 (après les championnats d’Afrique), laissent penser que l’objectif non déclaré du duo Zahra Bouras-Ahmed Bacha est bien de faire oublier la Constantinoise dressée en tant que référence, icône indéboulonnable.  
Dadi est euphorique. Comment ne pas l’être lorsque deux des athlètes que l’on entraine sont champions d’Afrique (Zahra Bouras sur le 800 m dames et Larbi Bourraâda au décathlon). Toutefois, il assure que la page doit être rapidement tournée. « La victoire doit être vite oubliée » affirme-t-il. On ne sait trop qui est visé par la suite de ses propos (Bouras ou Bourraâda) mais il poursuit en observant que « le plus gros du travail reste à faire, ce n’est que le début d’un long et difficile parcours ».
Propos éminemment prémonitoires puisque le parcours des deux athlètes sera difficile. Deux ans plus tard, en juin 2012, tandis qu’ils se préparent pour les jeux olympiques, à la veille de l’édition des championnats d’Afrique, les deux athlètes sont pris dans un contrôle antidopage : Bourraâda en Allemagne où il vient de battre le record d’Afrique du décathlon et Zahra à deux reprises à Paris et à Lille.
En 2010, Mahour Bacha disait de Zahra que « ce n’est pas son premier exploit » et que, depuis quelques temps, « elle progresse de plus en plus ». Ayant battu les Kenyanes, Zahra Bouras est devenue une héroïne, une coureuse sur laquelle dorénavant il faut compter. D’ailleurs, cet exploit ne devrait pas être le dernier. Pour Mahour Bacha, elle a « encore beaucoup de réserves ».
 Quelles étaient les pensées de Zahra Bouras à moment de son parcours ? On n’en sait trop rien. Elle ne semble pas avoir été très communicative. Même avec son entraîneur qui dit, sur ce sujet, juste après la victoire aux championnats d’Afrique : « sincèrement Zahra ne m’a jamais parlé de médailles, encore moins d’argent ou autre chose ». Aucune des motivations habituelles qui émaillent le discours sportif national. Ce que l’on saura concerne sa préparation qui serait « spécifique », expérimentale : « la méthode de deux courses par jour ». Dadi ne l’explique pas mais affirme qu’elle (la méthode) fut difficile à suivre.

Même sur le plan de la tactique de course, pas de grandes innovations. Les consignes avant la finale du rendez-vous africain étaient d’une simplicité extraordinaire. Après avoir produit la rengaine qui veut unanimement que la tactique est mise en place en fonction des athlètes participants, Mahour Bacha, s’appropriant la course, déclare que «lors de notre finale, la tactique était claire et tout simplement, j’ai demandé à Zahra d’essayer coûte que coûte de s’accrocher à la meilleure au monde, la Kényane Janeth Chepkosgei, et d’attaquer avant les quatre-vingt mètres derniers ». Une tactique si fortement ancrée dans les esprits qu’aujourd’hui les jeunes talents nomadisent pour réussir des « perf », réaliser les minima imposé par la fédération ou les instances internationales. On applique les prescriptions d’un ténor, du sachem.

mercredi 8 juin 2016

Dans le rétro, Les débuts de Zahra Bouras

D
ans la dérive de l’athlétisme national, les athlètes sont des victimes. Les victimes d’un système que nous estimons perverti depuis la mise en place du système libéral mal compris. Celui essentiellement basé sur l’individualisme qui a trouvé chez nous toutes ses aises pour des envolées anarchisantes sans retenue. En réalité, un fonctionnement si débridé que même les nations, les plus marquées par l’idéologie la plus libérale qui soit, auraient de quoi s’inspirer du fonctionnement de la société algérienne pour faire disparaitre les Etats-nations.
Une société qui sans transition aucune est passée d’un monde régi par l’action de l’Etat ultra-régulateur à un autre où domine le même Etat ayant lâché la bride à « la main invisible » manipulatrice de ses fondements.  Une main (ou plus exactement des mains) qui plonge dans le labyrinthe de l’informel et fouille dans le tréfonds. Un mode de gestion qui ne laisse que peu de traces. Une approche que certains observateurs supposent être celle qui marque une société en voie de développement, en quête d’une identité entre le « socialisme spécifique » et le « libéralisme spécifique », entre deux conceptions de la société à la sauce algérienne, évoluant en permanence, dans un mouvement d’essuie-glaces réglé comme du papier à musique, entre système autoritaire et laisser-aller outrancier.   
Lorsque l’on se penche sur le cas de Zahra Bouras (dont nous avons souvent parlé), on a l’impression qu’elle ne fait partie des athlètes en bute à tous les obstacles qui peuvent se dresser devant leurs pas et doivent donc les surmonter en permanence. Une athlète devant laquelle le terrain aurait été déblayé pour en faire une championne.
Zahra est la fille d’Amar Bouras, l’entraîneur qui hissa Hassiba Boulmerka sur la première marche du podium des championnats du monde et des jeux olympiques du 1 500 mètres, cette course que l’on dit reine des épreuves de demi-fond. Un entraineur passé de l’autre côté de la barrière et qui actuellement exerce les fonctions de  président de la fédération algérienne d’athlétisme dont le mandat électif (2012-2016) s’achèvera avec la fin du cycle olympique.
 Zahra être née sous de bonnes augures. Une carrière de championne de haut niveau lui était promise avec ce père qui est à la fois considéré comme l’entraîneur ayant le plus beau palmarès du pays et qui, par sa fonction élective, est perçu dans notre société comme un facilitateur de moyens, le dispensateur ultime. Comment de telles pensées ne pourraient-elles pas surgir quand toute la société fonctionne sur le mode népotique.  
Contrairement à l’amalgame découlant certainement de la notoriété acquise par ses résultats sur 800 mètres, Zahra n’est pas (au départ) une spécialiste de demi-fond. Elle fut d’abord sprinteuse (200 m) avant de monter sur la distance supérieure (400 m) et obtenir une petite réputation nationale sur le 800 mètres. Si on devait la classer dans une catégorie, nous dirions qu’elle relève du modèle cubain, de l’ile célébrissime pour son tabac et son rhum qui donna à l’athlétisme mondial de magnifiques coureurs de 800 venus du 400. Alberto Juantorena, El Caballo à l’immense foulée et Ana Maria Quirot la miraculée furent les superbes locomotives emblématiques d’un communisme résiduel. Il faut dire également qu’Amar Bouras voue un véritable culte pour l’ile des Caraïbes. Depuis les années 90 qui virent Hassiba Boulmerka s’y préparer pour ses échéances.
Zahra Bouras fut, au début de sa carrière sportive, confiée aux bons soins d’Ahmed Mahour Bacha. Un autre entraîneur qui ne laisse pas indifférent. Beaucoup de choses ont été dites sur ce compagnonnage qui s’acheva brutalement en 2012.

Elle fut une athlète qui, depuis le milieu de la première décennie du 21ème  siècle, se trouva sur le devant de la scène athlétique nationale, aux premiers rangs du 200 puis du 400 et ensuite du 800, avant de franchir en 2010 la barrière mythique des 2 minutes sur la distance la plus longue. La coureuse était même pressentie par les pronostiqueurs (très rarement infaillibles de la FAA) pour une place en finale des jeux olympiques de Londres (2012). Certains la voyait même revenir du voyage sur les rives de la Tamise avec une médaille. A posteriori, la tenue du  pari était envisageable. Surtout pour ceux qui connaissaient les dessous de sa préparation. 

mardi 7 juin 2016

Clins d’œil sur l’athlétisme (10), En déficit de crédibilité


ous avons tenté en quelques trop superficielles chroniques, de restituer la médiocrité du système de compétitions qui conduit l’élite nationale (de laquelle nous excluons les athlètes, malheureusement peu nombreux, au statut international nettement affirmé pour pouvoir participer aux meetings par invitations de la « Diamond League » et du « World Challenge »).
Le calendrier est institutionnalisé. En dehors de la fédération, déléguant ses pouvoirs aux ligues, il n’y a point de salut. Les athlètes qui veulent « arriver », réussir des résultats, réaliser quelques performances de bon aloi doivent se prendre en charge sur tous les plans pour se faire …remarquer par ceux qui ont le pouvoir de leur apporter une quelconque aide. Une aide de plus en plus difficile à obtenir si l’on n’est pas dans les bons tuyaux, ceux qui conduisent à la consécration. Des tuyaux, des circuits qui profitent de l’opacité pour  faire calife ceux qui ne sont qu’à peine vizirs.
Vu de Sirius, de l’autre bout de la galaxie, l’univers de l’athlétisme n’est que confusion, que cumuls de fonctions, entraîneurs par-ci, managers par-là, dirigeants juste après et… en fin de journée ou entre deux séances d’entraînement ou deux discussions, d’éminences grises de….celui ou de ceux qui ont le pouvoir de décider. Bof, comme le disent si bien nos jeunes que plus rien ne surprend, c’est « normal ». Cela fait partie des mœurs qui se sont implémentées dans la société qui part à vau-l’eau.
Il nous est souvent arrivé de sourire en lisant les articles de confrères qui affirment sans sourciller que X est l’entraîneur de Y et de lire…..quelques lignes plus loin, que Y s’est entraîné pendant plusieurs semaines, en des lieux exotiques, avec A, super entraîneur à la notoriété internationale bien établie. Comme si nos entraîneurs rémunérés à temps plein s’étaient mués en entraîneurs à mi-temps condescendant à partager leur notoriété avec des assistants qui sont les véritables entraîneurs porteurs de compétences.
La fédération, via les ligues régionales et départementales, assure le minimum. Nous avions bien envie d’écrire le minimum….syndical, si ce n’est qu’il n’existe aucun syndicat dans un monde où le népotisme est la règle.
Le calendrier des compétitions est cosmétique. L’athlétisme, qui est avant tout centré sur l’organisation d’épreuves se disputant dans des stades et dont on ne doit pas oublier qu’il est la vitrine du sport algérien, est peu considéré. Inexplicablement, c’est le « hors stade » (cross et courses sur route) qui s’est vu mettre au premier plan, qui retient l’attention des décideurs et  se voit doter tous les moyens financiers et distribue les récompenses….de fins de carrière.
L’athlétisme national est porteur du discours de libre entreprise. Chacun (ligue régionale, de wilaya, clubs, athlètes) fait ce qu’il veut pourvu que les intérêts cardinaux ne soient touchés. Mais, quels sont ces intérêts ? Le peuple de l’athlétisme doit le découvrir de lui-même. Au grand bonheur de ceux qui connaissent la recette et les ingrédients et…en profitent tant que la veine d’or n’est pas épuisée.
La logique aurait voulu qu’en raison de la léthargie des structures officielles de la pyramide athlétique, il soit donné un peu de mou à la laisse, aux initiatives privées qui pourraient apporter un peu de dynamisme en matière d’organisation événementielle. Ne soyons pas trop gourmand. Aucune société commerciale, nous semble-t-il, ne peut en l’état actuel des choses s’engager à organiser un meeting d’une certaine envergure.
Bien évidemment, cela serait possible. Des compétences existent, ont obtenu quelques résultats dans le « hors stade », avec quelques courses sur route ou sur sable qui attirent des participants étrangers magnétisés par le grand Sud et l’aventure. Des courses qui tiennent certes plus du tourisme saharien mais qui ont le mérite d’exister. Tout en n’apportant rien à l’athlétisme puisque se pratiquant entre convertis, presque en une organisation sectaire. Sans audience.
Une de ces organisations spécialisées dans l’événementiel, parmi les plus réputées du pays, a eu la "malencontreuse" idée de mettre sur pieds un marathon dans les rues de la capitale. Un marathon international qui a connu une certaine réussite. L’effet immédiat a été de voir la société organisatrice ayant tenté l’expérience dépossédée de son projet (qui ne peut être officialisé, labélisé que s’il se place sous les ailes tutélaires de la FAA) qui fut rétrocédé à une autre société proche, à ce que l’on dit, des instances fédérales. Une société transvasant les idées d’une fédération à une autre, de l’athlétisme vers le cyclisme et vice-versa. Ce qui nous conduit à la question suivante : en l’absence de confiance comment une société commerciale peut-elle s’engager avec une structure en déficit de crédibilité pour organiser un meeting?

lundi 6 juin 2016

Clins d’œil sur l’athlétisme (9), Nebiolo inspira Constantine

L
’idée du meeting international de Constantine avait été inspirée aux dirigeants de la ligue régionale par une observation du président de l’IAAF (Primo Nebiolo), à l’issue des championnats d’Afrique d’Annaba (1988). Formulée, au cours de ces discussions protocolaires qui fourmillent lors d’un événement sportif de cette importance, elle fut saisie au bond par les dirigeants de la ligue régionale de Constantine à qui elle fut rapportée.
On indiqua alors que le président de l’IAAF avait été fortement impressionné par la place qu’occupait Constantine dans l’athlétisme algérien de l’époque. La majorité du corps arbitral était formée par les officiels de la ligue de Constantine. Une équipe parfaitement rodée, dont l’ossature fut déjà présente aux jeux méditerranéens d’Alger (1975) et à toutes les compétitions, d’importance internationale et nationale, organisées depuis ce moment mémorable illustré, pour ce qui concerne l’athlétisme, par la chevauchée fantastique de Boualem Rahoui sur le 3 000 mètres steeple et cette ligne droite finale courue en totale désinvolture, avec de grands gestes de la main en direction du public enthousiasmé par sa facilité. Un public qui remplissait les tribunes du stade olympique du « 5 juillet  1962 ». Un dilettantisme inimaginable, qui, selon les spécialistes étonnés par son insouciance, lui fit rater le record du monde de la distance en étant toutefois chronométré à 8.20.2. Savourons la performance et le talent du champion.
La participation algérienne à ces championnats d’Afrique avait également une forte coloration constantinoise et puisait dans les réservoirs des clubs formateurs de cette ligue. Même s’ils (elles) étaient licencié(e) dans les ASP (associations sportives de performance) algéroises (MPA, CRB, RSK, JRBMA, DNCA puis OCA, etc.) qui leur permirent de réaliser leurs ambitions sportives, les sélectionné(e)s avaient fait leurs premiers pas vers l’élite nationale au « stade du 17 juin », rebaptisé aujourd’hui « Chahid Hamlaoui ».
Les « anciens » de l’athlétisme dans l’Est algérien racontent sans doute à leurs petits-enfants, qui veulent bien écouter  quelques séquences historiques tenant lieu d’histoires d’anciens combattants des stades, que la ligue régionale de Constantine avait imposé dans son calendrier, un challenge régional interclubs (le CRIC) qui n’avait pas son équivalent sur le territoire national. Une compétition complétement distincte de l’Interclubs fédéral. Elle invitait (mensuellement) tous les clubs intéressés à prendre part, dans toutes les catégories d’âges, aux épreuves proposées par le programme  afin de désigner (en fin de saison) les meilleures équipes.  Le succès de la formule aidant, des clubs des ligues régionales voisines (Sétif et Annaba) s’y inscrivirent et en firent une compétition zonale (inter-régions) qui bénéficia des rivalités locales pour améliorer le niveau des performances. 
Le meeting international de Constantine avait été précédé par celui d’Alger. Une rencontre de haut niveau dont il prit la place, dans le calendrier africain. Le meeting international d’Alger (pour des motifs que nous ignorons) s’était étiolé, s’était consumé à petit feu, malgré le soutien de Sonatrach et des autorités publiques dont l’apport était incontournable.
Pendant six années (de 1990 à 1995), le meeting de Constantine s’était rodait (dans un contexte sécuritaire et économique difficile) aux standards internationaux d’organisation  en matière de marketing, de sponsoring, de communication, d’information qui avaient cours à l’époque. L’apogée du meeting fut l’édition de 1996 couronnée par les appréciations élogieuses des pouvoirs publics et surtout la récompense financière, concrétisée par le versement de 17 000 dollars par la CAA. Un montant qui n’atterrit jamais dans les comptes de l’organisation, interceptée au niveau fédéral.
Ce meeting, comme tous les meetings du « Grand Prix FAA » organisés depuis, n’avait pas retenu (à l’instigation des entraîneurs de la commission technique), la proposition de faire de la compétition un spectacle avec « des lièvres », des meneurs de course officiant pour la réalisation d’un objectif chronométrique défini (record du stade, du record du meeting, etc.).

Dans l’esprit des concepteurs, « le « Grand Prix FAA », devait prendre une dimension internationale en proposant aux athlètes algériens et étrangers un circuit de compétitions faisant étape à Alger, Oran, Annaba, Constantine, Batna, Tlemcen, des villes dotées de toutes les conditions et commodités pour accueillir de telles compétitions et possédant  également une tradition, une expérience dans l’organisation. Des villes, des régions historiquement pourvoyeuses de champions.

dimanche 5 juin 2016

Clins d’œil sur l’athlétisme (8, Le MAC et l’AMCB, seuls dans le désert

L
’organisation des compétitions d’athlétisme a été réglementairement déléguée à la fédération et aux ligues régionales et de wilayas. Structures incontournables de gestion s’il peut en être. Des structures qui ronronnent doucement comme les félins domestiques dont on caresse le sommet du crâne ou comme les plus gros lorsqu’ils sont repus.
Depuis la disparition des bénévoles ou plus exactement depuis qu’ils ont été relégués au second rang, les anciens combattants des champs de courses, des parcours de labours et des pistes avaient espéré que la professionnalisation du milieu, par les vagues successives d’affectation de diplômés des établissements de formation en sciences et technologies du sports, de techniciens et de conseillers du sport, conduirait à une amélioration qualitative. Celle-ci, il faut en convenir, a été plus ou moins constaté, sur le plan des performances bien que le réservoir d’athlètes semble avoir connu une régression quantitative. Les records nationaux, en particulier dans les jeunes catégories, tombent régulièrement. Mais, aucune comparaison sérieuse avec le passé n’est possible en l’absence de données chiffrées. A moins de se baser sur les résultats des championnats nationaux que la fédération met généreusement à disposition tandis que les bilans nationaux sont indisponibles depuis….belle lurette. Donc, exit le débat. Faute de munitions.
La vision socialiste si dominante pendant près d’un demi-siècle, la parcimonie des aides, la réglementation (quelque fois, on se demande s’il ne s’agirait pas d’une interprétation très restrictive des textes réglementaires) ont limité de fait les organisateurs de meetings à n’être que des institutionnels (fédérations, ligues, APC). L’organisation d’un meeting, d’un cross ou d’un semi-marathon par un club ne fait pas partie des traditions de l’athlétisme algérien.
Bien sûr, l’ouverture économico-politique, le changement des mentalités a permis au MAC (Mawaheeb Athlétic de Constantine) de monter son challenge de demi-fond dont la dénomination exacte et médiatiquement officielle varie, au fil des ans, entre « maghrébin » et « national », selon des circonstances indépendantes de la volonté de l’organisateur toujours à la recherche de son concept.
C’est aussi le cas pour le semi-marathon  international  de Bejaïa qui a réussi à trouver (pour l’instant) sa place à une date fixe (le 1er mai) et obtenir le label revendiqué grâce aux efforts mis en commun de l’AMCB (Athlétique Méditerranée Club de Bejaïa), des autorités locales et des industriels de la wilaya dont la majorité sont portés sur l’industrie agro-alimentaire et les plus importants sont les piliers du mouvement sportif national.
La réussite présente du semi-marathon de Bejaïa est un leurre. Un exemple fragile et impossible à suivre. Nous nous sommes laissé dire que la pérennité du challenge de demi-fond du MAC est chaque année remise en question et souffre de l’absence de soutien des autorités locales et de la fédération, frappées d’amnésie. Au point où un responsable aurait dit que Hassiba Boulmerka, présidente du MAC, avait les moyens de financer par elle-même « son » meeting. Signifiant par là même qu’elle avait les moyens de le prendre en charge.
Au début des années 90, pendant la décennie noire, Constantine avait su relever le défi d’organiser un meeting international, en proposant, pour sa 6ème édition (en 1996), aux meilleurs athlètes algériens (ceux de l’équipe nationale choisis par la fédération), selon un barème défini par les organisateurs, les mêmes conditions (ou presque) de participation que celles offertes aux athlètes étrangers  en matière d’hébergement, de restauration, de prise en charge des frais de transport, de primes de participation et de résultats (en dinars pour la prime de participation et en devises pour la prime de résultats) ainsi que la participation d’une sélection locale totalement prise en charge  pendant une semaine. Aux côtés des habituels maghrébins et des représentants des pays arabes, prirent part au total 35 athlètes représentants de 13 nations. La ligue de Constantine avait reçu l’aide des institutions nationales (Présidence, MDN, MJS), de la fédération, des ligues d’Alger, d’Annaba, Skikda, Batna, Biskra et même le soutien des clubs (OCA, MCA, etc.).


samedi 4 juin 2016

Clins d’œil sur l’athlétisme (7), La lassitude de la routine

H
ors compétitions officielles (championnats régionaux, championnats nationaux), le calendrier de la fédération algérienne d’athlétisme est squelettique. Seuls, les meetings du « Grand Prix FAA » permettent aux athlètes d’un certain niveau, à ceux ayant des ambitions de performance (et non de titres) de se retrouver en dehors des séances d’entraînement au SATO où se retrouve la majorité des athlètes de l’élite.
Les athlètes sont-ils les seuls responsables du marasme de l’athlétisme algérien ? Répondre à cette question devenue vitale équivaut à se lancer dans une opération d’audit à confier à….d’anciens athlètes, entraîneurs, dirigeants, à ceux qui le poids des ans aidant, remplissant leur temps dans l’évocation d’un vécu et s’interdisant les fonctions officielles (celles que l’on se dispute si allégrement dans la hiérarchie organique et fonctionnelle) sauraient (peut-être) identifier le mal multiforme.
Une opération à conduire dans le style de la réhabilitation des anciens, dans la logique d’une forme de légitimité historique que l’on peut aussi et manifestement croire inadaptée aux temps présents.  Une force de propositions inspirée de l’association des associations des anciens présidents de la fédération dont la voix ne porte pas plus loin que leurs cordes vocales. Bien loin de ses assises que l’on convoque pour donner l’impression d’évolution et/ou de révolution, de ce changement que chaque responsable élu ou nommé invoque ou promeut sans jamais arriver au bout du projet.
On ne peut évacuer d’un seul mot, d’un simple revers de la main, la somme d’efforts consentis par les athlètes dont le niveau de pratique est variable et dont le talent, le potentiel l’est tout autant. La souffrance ressentie, la difficulté à accomplir la séance confine quelque part à une forme de masochisme qui ne serait pas accompagnée par une sensation de plaisir. Souffrir pour rien, voilà le triste sort de ces athlètes qui ne seront jamais….champions.
Ne peut comprendre les besoins des athlètes celui qui n’a pas été athlète. Il semblerait, disent les langues de vipères si nombreuses dans l’athlétisme national, que, à quasiment tous les niveaux de la hiérarchie y compris les plus élevés des ligues régionales, de la fédération, seraient infiltrés des cadres techniques dont les diplômes n’ont jamais été validés par la pratique sportive. Ni avant, ni après la formation. 
L’absence de compétitions est flagrante. La participation est aussi quelquefois si réduite que, dans certains stades, le nombre d’officiels est supérieur à celui des participants. Le « «cross du parti et des APC », puis le « cross du parti et des collectivités locales » et la dernière mouture (« le cross de la jeunesse »), qui apparut avec le multipartisme en 1990, ne sont plus l’un des moments forts d’une saison et n’alimentent  plus d’abord les équipes d’établissements scolaires et ensuite les clubs repliés sur eux-mêmes, vivotant des maigres subsides versées toujours tardivement. Souvent juste à temps pour prendre part aux championnats nationaux, lorsque qualification il y a.
Exit aussi les challenges d’antan dont la régularité n’a pas été la première qualité. Alger, Constantine, Annaba, Batna ont organisé leurs meetings dont quelques éditions restent dans les mémoires de ceux qui y étaient. Des challenges et des meetings qui naissent, disparaissent des calendriers et, quelques années plus tard, reviennent comme si de rien n’était avant  encore de s’éclipser.
Peu d’athlètes (moins de 9 000 licenciés en 2015), peu de compétitions. L’athlétisme algérien est morne comme fut le champ de bataille de Waterloo pour l’empereur Napoléon 1er dans la version qu’en donne Victor Hugo. Les compétitions ne sont plus que des formalités par lesquelles il faut passer pour se qualifier au mieux aux championnats nationaux.

Même les meetings du « Grand Prix FAA », les « Soirées ramadhanesques » sont devenus des moments de rencontres routiniers faisant peu de cas du spectacle. Une routine. Une obligation à remplir, un bilan à étayer par des résultats, un certain nombre de compétitions, de courses et de concours. De quoi justifier la prochaine demande de subvention. Pas d’imagination dans une nation ou le réalisme jdanovien est encore fort s’abreuvant toujours au robinet de la réglementation. Pas de lièvres, pas de meneurs de courses, pas de concours mixte exceptionnel pour une Romaïssa Belabiod qui pourrait bien ridiculiser quelques  sauteurs en longueur. A contrario d’un 600 mixte pour Zahra Bouras lors d’un régional hivernal. Il fallait gagner un peu de temps sur l’horaire. 

mercredi 1 juin 2016

Clins d’œil sur l’athlétisme (4), Ces bilans qui parlent

U
ne demande de renseignement sans grande importance, ni consistance. Une demande d’éclaircissement, une question posée pourtant par une personne dont la maîtrise des dessous de l’athlétisme algérien est quasiment infinie puisque en connaissant les petits et grands faits (et méfaits) depuis la nuit des temps (depuis les années 60) a été une sollicitation véritablement inattendue. Une surprise à laquelle nous avons répondu rapidement et superficiellement dans ce mode d’échanges communicationnels modernes qui se matérialise en SMS, shorts messages et autres texto. Des échanges entre gens pressés, allant droit au but, sans trop entrer dans ces détails qui prolongent indéfiniment et surtout inutilement les débats. Connaissant la personne, la demande n’était pas innocente. Loin s’en faut. Ce n’est pas le plus important.
Mais, elle a été une incitation (même si ce n’était pas l’objet premier de la demande de renseignement) à plonger au cœur de l’athlétisme français. A la fois dans sa dimension organisationnelle, dans le calendrier des compétitions et dans les aspects qui ont un lien avec la « start-list » et ensuite dans ses entrailles statistiques.
Deux dimensions qui malgré, à la fois leur sécheresse et leur richesse, sont propices à l’inspiration et quelquefois autorisent la muse à donner sa pleine mesure sur un tempo qui n’est pas dans l’air du temps alangui que propose la fédération algérienne d’athlétisme assoupie dans une sieste qui n’est pas seulement estivale (comme dans les autres pays méditerranéens) mais des quatre saisons.
Deux outils de communication qui, dans une présentation certes aride comme le sont toutes les listes, s’avèrent une aide pour les athlètes, leurs entraîneurs, leurs managers qui souhaitent construire un calendrier de compétitions lorsque l’on maîtrise la manœuvre. Quant aux commentateurs (professionnels ou non), aux consultants, il est permis d’affirmer que ces outils sont pour eux des facilitateurs dans la fonction de médiatisation de l’athlétisme.
Après avoir jeté un rapide regard sur les résultats des compétitions proposés à la gloutonnerie des amoureux des statistiques de l’athlétisme (des performances, des classements, des classifications et comparaisons futiles, utiles et enrichissantes) qui en font une consommation insatiable, nous sommes restés pantois en constatant qu’un large panel de meetings y est représenté, répertorié et identifié chacun par son niveau : depuis la compétition départementale jusqu’au meeting international de la « Diamond League » (Rabat) ou labélisé meeting continental tel le meeting CAA (confédération africaine d’athlétisme) de Dakar en passant par les compétions régionales et nationales et les meetings étrangers à participation française ou à coloration française (athlètes de nationalité étrangère licenciés dans un club français). Aucune compétition, aucun athlète  ne semble avoir été oublié, lésé.
Véritable compilation nationale des résultats d’athlétisme (sur stades, hors stades, handisports, autres fédérations), la base de données ouvre (en quelques minutes) l’accès  à des informations qui demanderaient des journées entières de collecte  à un journaliste algérien. Le must est, à n’en pas douter, le classement national des athlètes mis à jour quotidiennement.
L’amateurisme (dans ce domaine bien précis des informations statistiques) de la fédération algérienne apparait chaque année, à la même époque, en ce mois de septembre clôturant la saison sportive, lorsque, après avoir arrêté le miraculeux « Top 10 », elle sollicite le peuple de l’athlétisme algérien pour d’éventuels amendements, apports informationnels. La démonstration qu’elle n’est qu’une boite à lettres.
Nos amis des clubs et des ligues ont certainement relevé des omissions. Pour ce qui nous concerne, le sommet du ridicule a été atteint avec l’oubli initial (la méconnaissance du résultat ou l’absence de suivi des athlètes algériens participant à des compétitions à l’étranger ?) de la performance réalisée par Zahra Bouras, fille…..du président de la FAA.
On apprend, via le bilan de la FFA, que Zahra détient une licence (mise à jour le 10 décembre 2015) auprès du SCO Saintes Marguerites (Marseille), relevant de la ligue régionale de Provence, auteure d’un chrono de 2.03.93 (absent du « To 10 » première mouture) établi le 8 août 2015 à Louvain (Belgique). Pour plus de transparence le numéro de la licence et le numéro d’enregistrement du club sont indiqués. 2923 femmes ayant participé à un 800 sont répertoriées. Cette année, la FFA a atteint….. 300 000 licenciés (2016) ! Un nombre dérisoire, « n’est-il pas », comparativement aux… 8 907 licences algériennes (en 2015) ! Pour au final donner un « Top 10 » rectifié, amendé par les ligues, les clubs et les athlètes.