mercredi 20 juillet 2016

De Jama à Hamza (2), Un parcours parsemé d’anomalies

La courte carrière de Hamza Driouch, survolée très rapidement dans notre précédente chronique, est le témoignage de la précocité sportive du jeune athlète et d’un cortège d’anomalies que les observateurs de l’athlétisme ont certainement remarqué.

 A 16 ans à peine, en cadet 1ème  année, Hamza a réalisé un niveau de performance  que ses prédécesseurs maghrébins (Aouita, Morceli, El Gueroudj) et tant d’autres grands champions avant et après eux, n’ont réalisé que bien plus tard (au sortir de la catégorie junior pour les plus précoces) vers 20 ou 21 ans pour les autres.  En restant, cela va de soi, dans un cadre normal de réflexion, c’est-à-dire sans faire appel à l’amélioration des performances par les produits pharmaceutiques qui aujourd’hui le mine, nous noterons que le pays natal de Hamza (le Maroc) est devenu, depuis les années 80, une terre d’élection pour les courses de demi-fond.

Au début des années 90, des enseignants d’EPS et entraineurs d’athlétisme (dont l’un nous fut présenté comme le découvreur et formateur initial de Saïd Aouita) rencontrés en trois occasions différentes (championnats d’Algérie scolaires d’athlétisme à Sétif en 1990, championnats maghrébins d’athlétisme d’Alger toujours en 1990 et ensuite deux années plus tard aux championnats maghrébins scolaires de cross-country 92 à Saket Sidi Youcef, ville frontalière tunisienne, martyre de la guerre de libération nationale) nous avaient expliqué que, à cette époque-là, l’organisation de l’athlétisme marocain s’était largement inspirée de l’organisation sportive algérienne (issue de la réforme sportive de 1976) avec adjonction de centre régionaux et nationaux conciliant études et pratiques sportives, une sorte de lycées sports-études ou d’académies (spécialisées en athlétisme) qui feront plus tard leurs apparition en Algérie (en pluridisciplinarité ou sous forme d’académies du football telles que celle du Paradou AC ou celles de la FAF).

 Il est impensable qu’à cet âge-là, on puisse entrevoir, ne serait-ce que pendant une microseconde, qu’il soit fait usage de produits interdits. On comprend donc la stupéfaction des observateurs de l’athlétisme mondial en apprenant au début de l’année 2015 que le jeune champion avait été sanctionné d’une suspension de deux années qui prendra fin donc en janvier 2017. Le plus étonnant est que Hamza Driouch n’a pas été contrôlé positif à un produit donné à l’entraînement ou en compétition. Il l’a été pour des anomalies de son profil biologique enregistré dans son PBA (passeport biologique de l’athlète). Pour les spécialistes de la question, ayant bien voulu s’expliquer sur ce thème, la décision a été difficile à prendre en raison des problèmes inhérents à l’interprétation des graphiques qui ne peuvent constater des irrégularités que suite à une observation étalée dans le temps qui permet de détecter des pratiques douteuses illustrées par des courbes décalées.

En raison de son jeune âge et de son niveau de performance, Hamza Driouch a été suivi de près. Les informations publiées dans la presse internationale indiquent que ces anomalies remonteraient à 2012, pendant la période où il a été entraîné par Jama Aden, ex coach de son compatriote Abdi Bile, de quelques stars du demi-fond mondial telles que Boubaker Kaki et Toufik Makhloufi et présentement coach de Genzebe Dibaba, de Musaeb Abdellah, du Djiboutien Souleyman. L’anomalie serait datée du mois d’août 2012. L’année de sa nouvelle nationalité qatarie et de son record personnel à 3.33.69 établi lors du meeting de Doha, le meeting de la capitale du Qatar, disputé en début de  saison.

Ce qui est incompréhensible, c’est que Driouch connait, au cours des années suivantes, et avant sa suspension, un net recul de ses performances. La période au cours de laquelle il s’entraîne avec Jama ne lui est apparemment pas profitable. La conclusion est que Driouch a été à son top niveau pendant la période où il était  ressortissant marocain et au cours de la période de transition.


Tout semble limpide. Trop peut-être. Une année après sa suspension, Hamza révèle que cette histoire connue et rapportée par toute la presse n’est pas la réalité. 

mardi 19 juillet 2016

De Jama à Hamza, Driouch, la succession avortée d’El Gueroudj

D
epuis qu’il est sur le devant de la scène, grâce aux résultats de son groupe d’athlètes aux allures de mercenaires recrutés sur un éventail relativement large de nations portées sur la course à pied ou tentant d’inscrire leurs noms sur le fronton prestigieux des courses de demi-fond, Aden Jama est jalousé. La réussite sportive (et dans les autres domaines de l’activité humaine) fait envie, fait parler, fait naître et propage les commérages et autres médisances. Il ne pouvait échapper à cette manie, à ce travers social universellement partagé. Surtout lorsque les victoires sont insolentes d’aisance. Dans l’histoire de l’humanité, il ne fut pas le premier et il ne sera certainement pas le dernier à subir cette avanie.

La société humaine a toujours cherché des explications à l’inexplicable. En ayant même, dans des temps pas si éloignés et présentement, pour ultime recours la magie, la sorcellerie, et les pratiques ésotériques et/ou cabalistiques.  Les scientifiques, explorant les arcanes de son succès, se sont penchés sur les mécanismes visibles de la « boite noire », du système adenien. Méthodes d’entraînement, intensité des séances, temps de récupération, altitude, génétique, tous les aspects prévalant à la réalisation de performances humainement incroyables ont été passés en revue…..sans aboutir à une conclusion fiable si ce n’est l’explication, jusqu’alors restée sans démonstration scientifique ni preuves tangibles, de l’utilisation de produits rejetés par l’éthique sportive, le dopage.

Les suspicions, les doutes véhiculés par les milieux proches de l’athlétisme international ont pris forme plus sérieuse avec l’accroc porté au mystère par des anomalies constatées au passeport biologique de Hamza Driouch, un très jeune champion marocain devenu qatari, incorporé dans la troupe irrésistible, insatiable, impossible à arrêter dans sa quête de titres, de médailles et de records.

Né en novembre 1994 au Maroc, Hamza Driouch est précocement aux avant-postes du demi-fond. En 2010, relevant de la catégorie U15 (minimes), il se classe à la seconde place du 1 000 mètres des jeux olympiques de la jeunesse. L’année suivante, à peine âgé de 16 ans, il dispute sa première compétition internationale importante à l'occasion des Championnats du monde de Daegu (Corée du Sud) où il s'incline, dès les séries du 1 500 m, derrière les « grands »  coureurs de 1 500 qui, depuis des années, arpentent les pistes d’athlétisme. Quelques semaines plus tard, alors que s’achève la saison 2011, il prend la deuxième des Jeux panarabes de Doha, derrière le Djiboutien Ayanleh Souleiman. Le chrono qu’il réalise est époustouflant et annonciateur de performances incroyables : 3.34.43.

Au Maroc, son pays natal, il est vu comme le successeur de deux très grands coureurs de demi-fond, Saïd Aouita et Hichem El Gueroudj, deux pointures mondiales du 1 500 mètres. Malheureusement, cette terre de coureurs à pieds laisse partir sous d’autres cieux ses meilleurs talents. Hamza Driouch ne peut résister aux sirènes du Qatar, un pays  où son frère réside depuis le décès de leur père. Au grand désespoir des dirigeants de l’athlétisme marocain et à la déception de Hichem El Gueroudj qui impute cette escapade aux conseils de son entourage. Hamza n’a pas encore 18 ans.

L’année suivante, en 2012, le Qatari Hamza Driouch brille de mille feux dans sa catégorie d’âge en décrochant le titre de champion d'Asie juniors du 1 500 mètres, puis celui de champion du monde junior (Barcelone) en remportant la finale en 3 min 39 s 41.  Pour clore cette saison olympique, Il participe, au début août, aux Jeux de Londres. Il y termine d’abord second de sa série du premier tour en 3. 39. 67 et s'incline par la suite en demi-finale dans l’honorable chrono  de 3.36.82. Des performances éloignées de son record personnel établi au mois de mai, à Doha, devant ses nouveaux compatriotes, sous les couleurs son nouveau drapeau. Il avait couru en 3.33.69.


Les années suivantes, Hamza Driouch devient un coureur moyen (3.39 en 2013 et 3.44 en 2014). Cette régression est inexpliquée. Incompréhensible même puisqu’il est conseillé par Aden Jama, en charge de l’équipe nationale qatarie de demi-fond, qui mena Toufik Makhloufi à la meilleure d’or des Jeux olympiques de Londres. Quelques mois plus tard, la vie de Hamza Driouch, 20 ans depuis quelques semaines, bascule.

lundi 18 juillet 2016

Autour de Jama (2), Les dessous algériens de l’"opération Rial"

A
vec l’« opération Rial » (comme le nom de la monnaie dominante du Golfe arabique) visant à prouver les allégations qui enveloppent la réussite d’Aden Jama, ce sont les nations de l’hémisphère Nord - influencées par les puissances de l’argent elles-mêmes marquées indélébilement par le matérialisme issu des schismes religieux nés de la matrice judéo-chrétienne, du catholicisme romain - qui donnent les coups et régentent la société humaine.

Elles rejoignent, dans leurs extrémismes ultra-conservateurs, les  dérives des Haschischins du « cheikh El Djebel » d’El Alamout, groupe sectaire, consommateurs frénétiques de ce haschisch procurateur d’élévation spirituelle, d’énergie combattante, dissipant le sentiment de peur que l’on peut  ressentir face au danger de mort. A nouveau s’insinue la mécanique de domination des autres via les conservatismes religieux et sociétal, les pratiques sectaires, les forces du pouvoir, la possession du nec plus ultra, la technologie la plus récente. Haschischins, anglicans, méthodistes, etc. sont unis dans un même combat : la prise du pouvoir multiforme. 

On sait peu de choses aujourd’hui sur les résultats de la descente policière et douanière de Sabadell. Bien évidemment, les interpellations, les gardes à vue, les interdictions de sortie du territoire espagnol de trois personnes (Aden Jama lui-même, le kiné marocain et l’athlète qatari d’origine somalienne Abdallah Musaeb) ont été médiatisées à grand renfort de cors, de trompettes et de tambours. Comme l’a été la découverte de produits ne figurant pas sur la liste officielle AMA des produits  dopants (mais interdits) en Espagne ainsi qu’une quantité importante de seringues usagées que l’on suppose avoir permis l’injection d’EPO. Mais, jusqu’à présent aucune certitude permettant d’incriminer directement Aden Jama qui….. pour l’instant, s’en tire à bon-compte. En attendant les conclusions de l’enquête policière, des analyses des laboratoires et plus tard de la décision de la justice.

Pour l’heure, nous retiendrons qu’Aden Jama est enserré dans les mailles de ce que l’on pourrait qualifier de filet marocain. Comme tout entraîneur qui réussit un peu trop bien, Aden Jama a été l’objet de multiples suspicions qui seraient restées à l’état de soupçons si deux athlètes d’origine marocaine (Layla Traby naturalisée française et Hamza Driouch ayant pris la nationalité du Qatar) n’avaient pas été sanctionnés pour dopage. La première pour détention d’EPO et ensuite un contrôle positif à ce même EPO. Le second pour des anomalies sur son passeport biologique alors qu’il n’avait pas quitté les rangs de la catégorie des juniors (U20).

L’irruption d’un kiné marocain (Mounir Ouakir) en tant que personne interpellée dans le cadre de l’ « opération Rial » n’est pas surprenante. Nous dirons qu’au contraire, qu’à travers ces liens qui naissent dans l’inconscient à la suite de faits que rien apparemment ne rapprochent, elle fait partie de ces événements qui semblent couler de source, ne surprennent guère et surtout ne devrait surprendre personne. En effet, l’athlétisme marocain – tout comme les athlétismes russe, jamaïcain, kenyan, éthiopien, turc, espagnol, italien, grec et depuis peu les pays du Golfe - est visé par une forte suspicion de pratique systématisé de dopage par les instances mondiales de l’athlétisme (IAAF) et de lutte contre le dopage (AMA) placées sous la direction d’anglo-saxons.

Les coïncidences, dans le domaine du dopage, sont nombreuses. La liste des Marocains, répartis en deux catégories  à savoir ceux ayant conservé leur nationalité d’origine et ceux ayant acquis celle des pays qui les accueillent (Espagne, France, Belgique, Qatar, etc.), est longue. Aussi longue que la liste des athlètes Russes, Kenyans, Indiens, Turcs mis au ban de la société sportive.

Etonnamment, au cours de la période qui a vu l’action policière et douanière catalane, la presse marocaine et les instances sportives, marocaine (FRMA) et mondiale (IAAF et AMA), sont intervenues quasi-simultanément pour sensibiliser sur la question du dopage, demander ou lancer des enquêtes en territoire marocain et européen. Faisant aussi remonter à la surface des affaires classées et la présomption d’existence d’un réseau de commercialisation de produits dopants dans lequel seraient impliquées des champions et dont les plaques tournantes seraient Ifrane et Font Romeu.


Chaque information sur le dopage est dans l’athlétisme algérien l’occasion de régler ses comptes avec des rivaux. Ahmed Mahour Bacha a profité de l’opportunité offerte pour lancer (sur Facebook) des fléchettes en direction d’Amar Brahmia, l’actuel président de la commission de préparation olympique qui, du temps où il était encore au Mouloudia d’Alger, avait pour habitude de mener ses coureurs de demi-fond s’entraîner sur les installations marocaines.

dimanche 17 juillet 2016

Autour de Jama, Le choc de deux cultures

C
omprendre la présente « affaire Aden Jama » - celle qui vient de débuter avec l’opération coup de poing menée par les forces de police et de douanes, mobilisées par l’agence espagnole de lutte contre le dopage à la demande de l’IAAF, qui, selon toutes les apparences, est enfin résolue à mettre fin à ce fléau qu’est l’utilisation de produits illicites en employant les grands moyens – connue sous le nom de code d’ « opération Rial » implique nécessairement de remonter le temps.

Le sport (dans sa dimension professionnelle) est devenu un spectacle attractif. Un volet de la vie sociale moderne  aimantant les médias. C’est l’aspect spectaculaire de l’ « opération Rial », une descente de police dans un hôtel, emprunté au cyclisme, qui a été mis en scène à Sabadell, dans la périphérie de Barcelone, capitale de la Catalogne avide d’indépendance, dans un de ces deux pays (Espagne et Italie) qui, comme ceux qui bordent la mer Méditerranée, ont un point commun, dans leurs habitudes sociétales, l’esbroufe, les fanfaronnades, l’apparat, la magnificence, les sociétés secrètes et les confréries. Des nations minées par le dopage donnant l’illusion de le combattre en le prenant à bras le corps, désirant à tout prix s’attribuer une image de probité. Des sociétés indélébilement marquées par le fonctionnement de la « Sainte Inquisition » et du Vatican, piliers du catholicisme romain et du choc des civilisations entre la Croix et le Croissant, entre la chrétienté et l’Islam, rythmé par l’âge d’or arabo-musulman, les croisades et la Reconquista.

L’histoire trébuche. Et se répète justifiant cette théorie des cycles qui facilite les recoupements, permet à l’inspiration de donner sa pleine mesure en renouvelant ad aeternam cette autre théorie (du complot) qui rythme les rencontres entre l’Occident et l’Orient en cette terre toute proche de l’Andalousie reconquise par Isabelle et Ferdinand.

C’est en ces terres d’élection de connaissances, de jouissances, de massacres que ce sont entrechoqués deux mondes diamétralement opposés et pourtant si semblables. Un territoire où a élu domicile un mode de vie empruntant énormément aux « paradis artificiels » que procurent ces plantes cultivées sur l’autre rive du détroit séparant le « Vieux continent » du « continent noir », celles ramenées du « Nouveau monde », le continent américain découvert par les compagnons de Christophe Colomb, Cortés,  Magellan et autres conquistadores ou celles venues de beaucoup plus loin, des champs d’Afghanistan, dans les bagages transitant par la « route de la soie » (chère à Marco Polo) aboutissant dans les échoppes des marchands vénitiens après avoir transité par les caravansérails de Constantinople. Ou encore celles produites dans les montagnes du Yémen traversant la mer Rouge, chargées sur les boutres de contrebandiers à Aden pour être débarquées à Djibouti où à Zanzibar.

En quelques lignes qui ne restituent guère la densité de ce phénomène social que l’on retrouve dans les milieux des arts, nous avons tenté de schématiser un monde, une culture, un mode de vie où la recherche du nirvana (pour poursuivre encore plus loin le voyage) est un élément incontournable de la vie en société. Plus exactement  d’une société parallèle à la bonne société, enfermée entre les quatre murs d’un harem moyen oriental, où dans ces maisons romaines ou hellènes promises aux orgies.

Le groupe d’entraînement qui s’est formé autour d’Aden Jama est cosmopolite. Il réunit (malheureusement personne ne l’a remarqué ou n’a voulu en parler) des membres de ces sociétés où la drogue (cannabis, opium, cocaïne, etc.) est un élément de la vie festive, nocturne, exubérante ou amollissante. Sous d’autres cieux, mâcher une feuille d’arbuste fait oublier les tourments, fait partie des rites de la vie….depuis la nuit des temps, depuis le règne de la Reine de Saba, depuis les Incas et les Mayas.  


A ce monde profondément ancré dans les  traditions, fait face une société puritaine, feutrée, ouverte sur la modernité, fondée caricaturalement sur le dieu Argent et sur la « main invisible », un monde manipulateur, innovateur, monopolisateur, producteur industriel de cette ivresse artificielle recherchée. Ici, ce ne sont plus les produits de la nature qui dominent mais les comprimés (et autres formes) sortis des laboratoires ultramodernes qui, si l’on écoute ceux qui semblent posséder une bonne connaissance de ces milieux interlopes, partageraient le même bleu que ce Viagra ressuscitant le potentiel érectile des descendants d’Adam, adjuvant à l’impuissance masculine, aux limites humaines.

samedi 16 juillet 2016

Bataille des minima (7), Le principe d’AMB

D
ans notre esprit, nous avions clos cette courte série de chroniques portant sur les minima de participations aux jeux olympiques de Rio. Nous le croyons si fermement que nous avons entamé une autre série sur les relations entre l’athlétisme national et ce que nous pressentons être une partie d’un système généralisé de dopage international qui ne serait pas étatique comme cela est décrit en Russie mais s’inscrirait tout de même dans le cadre d’une organisation où des intérêts étatiques ou privés seraient présents.

En recevant dans notre messagerie un commentaire d’Ahmed Mahour Bacha, nous sommes dans l’obligation de revoir notre programmation. Rendant la monnaie de sa pièce à « Faa Ahmed »,  pirate des comptes Facebook, nous dirons que le commentaire de Dadi (nous espérons qu’il ne sera pas offusqué par l’emploi de ce diminutif utilisé par ses amis), est d’une importance capitale dans la compréhension des rouages de la pensée de la fédération algérienne d’athlétisme.

Le commentaire ne concerne pas au départ (même si par la suite il y viendra) directement la sélection algérienne puisque Ahmed Mahour Bacha s’est penché sur les mécanismes de la sélection française critiqués et objets de commentaires acidulés sur les réseaux sociaux. Une sélection qui entraîne l’exclusion (selon le décompte présenté) de 47 athlètes (près de trois fois l’effectif retenu par la FAA) ayant réalisé les minima de IAAF et n’ayant pu accomplir ceux décidés par la fédération française d’athlétisme beaucoup plus sévères que ceux de l’instance internationale.

 Il relève aussi que la période de réalisation de ces niveaux de performances est plus courte, réduite à sa plus simple expression. Il nous amène à penser que la France ne voulait emmener que les meilleurs des meilleurs (parmi les critères dérogatoires retenons celui-ci : un athlète français n’ayant pas réussi les minima FFA mais classé à la 16ème  place mondiale à la date limite est susceptible d’être retenu): un trimestre au lieu du semestre algérien et des trois semestres de l’IAAF.

Une simple addition situe le niveau de performance de l’athlétisme français estimé à une centaine d’athlètes  sélectionnables au vu des minima IAAF. A comparer aux 15 Algériens retenus auxquels s’ajoute (sans explications de la part du bureau fédéral ayant statué, jouant sans doute sur les facultés naturelles d’oubli de ceux qui ne sont pas concernés directement et le bonheur de l’athlète et de son entourage) Mohamed Ameur, ce marcheur dont la performance avait été invalidée, déclarée non conforme suite, si l’on en croit les propos tenus à l’époque, d’une distance trop courte. Mahour Bacha argumente, nous le verrons, sans le vouloir ( ?), ce revirement au nom du pouvoir décisionnaire de la fédération.

Ahmed Mahour Bacha s’attribue le droit d’estimer que « certains minima français sont exagérément élevés ». Il précise que d’autres pays de l’Union Européenne (Mahour Bacha cite la Belgique et les Pays Bas) sont encore plus sévères, ce qui aurait conduit à ce que la question soit traitée à la barre des tribunaux. Ceci est (pour nous) anecdotique car le plus intéressant reste à venir.

Il situe le débat sur les critères de qualifications dans le cadre organique, un sujet sur lequel il est intarissable (et sur lequel il n’a pas toujours tort contrairement à ce que l’on peut penser lorsque l’on se positionne uniquement en tant que contradicteur permanent des opinions qu’il émet).

Sa pensée sur cette question a le mérite de la clarté. De plus, il a  le bon goût de noter que « la sélection est du ressort des fédérations nationales ».  C’est ici que se situe le tournant de son commentaire, lorsque revenant sur le terrain de l’athlétisme algérien, il assène un vigoureux : «  Et le dernier mot reviendra de toute façon à la FAA ». Il conclue ce point de vue par un argument revisitant l’histoire de l’athlétisme national : « Comme cela a été le cas depuis la nuit des temps ».

Toujours en restant sur le plan organique, il observe (à juste raison d’ailleurs) que « ceux qui ne sont pas d’accord avec les critères de participation n’avaient qu’à les contester et les amender lorsqu’ils ont été présentés lors de l’assemblée générale ». Relevant que, s’il avait été membre de l’AG, il aurait proposé des amendements et contesté certains points.

Ceci étant acté, nous observerons que cette observation s’adresse aux membres de l’assemblée générale de la FAA (100 à 120 membres statutaires) qui, selon le principe cardinal du fonctionnement des assemblées algériennes, ont acquiescé - à mains levées certainement-  aux propositions du bureau fédéral et des organes permanents. Le raisonnement d’AMB se tient sauf que les contradicteurs les plus visibles ne sont pas membres de l’AG et que le droit de débattre leur est dénié. Une autre facette de ce droit qui veut que la critique ne puisse venir que de l’intérieur du système. Avec pour corollaire que ceux qui lui apportent la contradiction sont automatiquement des opposants.

Sa perception de la chose a pour référent idéologique la politique prônée, il y a un quart de siècle, par le président de la FAA d’alors qui cumulait  plusieurs casquettes (dont celle de directeur central au MJS et de membre actif de l’AACS -association algérienne des cadres du sport- fort influente à l’époque).

Cette politique pourrait  se traduire par le « principe d’Ahmed Mahour Bacha » résumé en ceci : participation réduite (minima élevés) lorsque les dépenses sont prises en charge par la FAA (championnats du monde, championnats d’Afrique, championnats arabes), participation élargie (minima plus faciles) lorsqu’il s’agit d’une prise en charge par le COA (Jeux olympiques, jeux africains, jeux méditerranéens) pour …. «..lancer dans le bain, un maximum d’athlètes afin qu’ils acquièrent de l’expérience ».

Ceci a le mérite de la clarté. Dans cette logique, on concourt aux jeux olympiques pour envisager une médaille aux championnats arabes. Un raisonnement que nous translaterons en : suivre des études postuniversitaires (masters, doctorats) pour réussir au brevet des collèges.

     

jeudi 14 juillet 2016

Bataille des minima (6), L’imprévoyance pour ligne de conduite


D
epuis 1990 et le changement de l’idéologie dominante, le concept de « planification » a été mis au oubliettes. Il rappelle trop qu’il fut le support de l’économie socialiste algérienne. Un concept critiqué par tous les intervenants y compris ceux qui en furent les laudateurs acharnés. Il est vrai que sémantiquement parlant, il est lourd à invoquer. Pourtant, les économies à dominante libérale, l’utilise ou le remplace, sans distorsion péjorative, avec « programmation » et « gestion prévisionnelle », porteurs aussi de l’idée d’un processus d’anticipation de faits et d’actions à entreprendre en vue d’atteindre un objectif fixé.

« Planification » et « programmation » font aussi partie du discours  et de la démarche académique enseignés à nos heureux diplômés de l’enseignement supérieur en méthodologie et technologies du sport. Des concepts qu’ils utilisent à tout vat quand il s’agit de se faire valoir auprès de leurs pairs, des médias et du public qu’ils veulent épater. Des concepts que l’on oublie lorsque l’on franchit la barrière qui sépare le terrain des bureaux. Comme si, les tâches administratives de gestion et d’organisation, ne méritaient pas qu’on les programme, les planifie. Comme si l’anticipation et la prévision  n’étaient pas le moteur de la gouvernance d’une fédération.
Les critères de qualification des athlètes aux grandes compétitions d’athlétisme sont d’essence administrative avant d’être un repère technique. Ils permettent de n’accepter que ceux qui ont atteint un niveau de performance. La fédération algérienne n’a certainement pas saisi que l’IAAF (et le CIO dans le cas présent) a (en acceptant de prendre en compte les performances réalisées au cours de la saison sportive européenne précédant les JO) peut être  estimé que cela permettrait aux athlètes de se préparer correctement (sans précipitation, sans tension nerveuse, sans hantise de la blessure) d’atteindre un niveau supérieur à celui qui leur était connu. Un atout que pourront mettre à profit les entraîneurs pour concevoir leurs plans d’entraînement, planifier les moments de charge et ceux de récupération, les lieux et les durées de stages, de prévoir un calendrier de compétitions pour évaluer l’état de préparation. Sans oublier de réfléchir aux arguments susceptibles de faire pencher en leurs faveurs les hésitations des décideurs fédéraux dont la charge est aussi de se pencher sur le financement de cette préparation, sur les questions de logistique, de convaincre les décideurs ultimes, ceux qui en dernière instance sont ceux qui délient les cordons de la bourse, autorisent les décaissements en devises.
Nous remarquerons que les deux chouchous de la fédération (Larbi Bourraâda et Toufik Makhloufi) s’inscrivent, peu ou prou, dans une telle démarche. Il leur suffit d’exprimer un besoin quelconque pour qu’il soit satisfait. Ils ne sont pas contraints aux mêmes exigences que celles que l’on oppose à d’autres. D’ailleurs, ils (eux ou leurs entraîneurs) ne se privent pas de se faire entendre, si besoin est, en ameutant les pouvoirs publics et le grand public via les médias.
L’imprévision est le mot d’ordre de la fédération algérienne d’athlétisme. Des faits récents démontrent malheureusement qu’elle est en effet incapable d’honorer ses engagements vis-à-vis des tiers qu’ils soient entraîneurs, athlètes et prestataires de service. 2015 a montré qu’elle n’a pu financer, par ses propres deniers, l’intersaison et la préparation foncière (sur le territoire national) de T. Makhloufi sans avoir recours à une aide du comité olympique algérien qui exigeait que les dépenses antérieures soient justifiées.

Peut-on aussi concevoir que la préparation de l’ensemble des athlètes algériens précédemment recensés pour une participation possible aux JO (ceux ayant réalisé les minima en 2015) et d’autres athlètes de talent n’ont pu participer à des stages à l’étranger que parce que ce même COA (que l’on houspille à qui mieux-mieux dans la corporation des entraîneurs d’athlétisme parce qu’il est regardant sur ce qu’on fait avec son argent) à contribuer à leurs réalisations en avançant des fonds aux fédérations sportives algériennes ayant consommé l’enveloppe financière 2015 octroyée par le ministère de la jeunesse et des sports et que celles-ci ont été dans l’incapacité de fonctionner normalement attendant (comme sœur Anne ne voyant rien venir à l’horizon) celle de 2016 n’aboutissant (pourtant on devrait le savoir depuis le temps) dans les comptes bancaires qu’à la fin du premier trimestre ?  

mercredi 13 juillet 2016

Bataille des minima (5), La philosophie des minima de participation

A
vec nos dernières chroniques, nous avons vu comment la FAA nage à contre-courant, plonge la tête la première dans la boue et offre, à qui veut lui porter préjudice, toutes les opportunités possibles et imaginables. Tant qu’elle était repliée sur elle-même, son incompétence, aujourd’hui avérée, passait inaperçu aux regards du grand public. Aujourd’hui qu’elle cherche à se « professionnaliser » - pour faire plaisir à ses sponsors et aux instances sportives nationales qui la soutienne contre vents et marées – elle se dévoile impudiquement à travers une politique de communication inopérante et désastreuse.

Depuis 1963, la fédération a capitalisé sur la ressource humaine, sur les compétences qui, au fil des années, ont émergé et ont fait de l’athlétisme la discipline sportive que l’on cite en premier lorsqu’il faut parler de résultats sportifs de niveau mondial. Les soubresauts qu’a connu la discipline (et la fédération) indiquent que rien n’a été parfait. Les polémiques ont toujours existé obligeant la fédération à se regarder en face, à évoluer pour notre bonheur de spectateurs et téléspectateurs chauvins.

Le plongeon dans le passé (et plus particulièrement ce dernier débat que nous aurions bien voulu éviter) nous amène à nous souvenir d’un certain Piaget, psychologue de l’éducation et épistémologue, qui s’est penché sur l’apprentissage des connaissances et a formulé une théorie dans laquelle l’apprentissage comporte deux stades : l’assimilation et l’accommodation. Une théorie dans laquelle l’ « assimilation » est définie comme la restitution des connaissances dans l’état dans lequel a lieu l’acquisition (ce "parcœurisme" servant de socle à nos éducation nationale et enseignement supérieur) et l’ « accommodation » serait la personnalisation et l’intégration de l’ensemble des connaissances acquises, une sorte de syncrétisme cognitif qui fait honneur aux universités étrangères et aux chercheurs de tous bords.

Avec cette « affaire des critères », la fédération démontre qu’elle n’a pas encore atteint le niveau abouti de l’ « assimilation » et qu’elle est loin d’atteindre le niveau de l’ « accommodation ». L’assimilation aboutie aurait d’abord permis de maintenir les critères de qualifications aux jeux olympiques en comprenant (c’est plus important que toutes nos élucubrations) les mécanismes intellectuels qui ont conduit l’IAAF à les édicter puis à les algérianiser en les confrontant au contexte national.

Les critères de qualification aux jeux olympiques sont (la fédération l’a perdu de vue au moment de se lancer dans la communication) le fruit d’une accumulation d’expériences (certaines réussies, d’autres moins) et de la prise en compte de l’élargissement du nombre de membres concernés par ces jeux en prise avec l’universalité de la pratique sportive.

La consultation de ces critères montre que l’IAAF a voulu préserver deux philosophies aujourd’hui difficiles à concilier : la performance, l’aura des  champions, qui exerce un magnétisme sur les médias et les sponsors  conduisant à l’enrichissement financier de l’IAAF et du CIO et l’universalisme sportif revendiqué via le slogan de Pierre de Coubertin menant à la propagation de la discipline (traduite dans les faits par l’invitation par le CIO de deux athlètes – un homme et une femme – et un relais représentant les nations n’ayant pu répondre aux critère de performance).

Le niveau de performance requis par l’IAAF équivaut approximativement à la 50ème place mondiale en ne retenant (au cours de la saison sportive qui précède les jeux olympiques et/ou les championnats du monde d’athlétisme) que la meilleure performance de chaque athlète et 3 athlètes par nation.

Par égards aux soutiens politiques et financiers, le stade ne doit pas donner l’impression d’être vide. Le programme de la compétition propose (en général) deux étapes éliminatoires (séries, demi-finales) et une épreuve finale consacrant le champion. Le nombre de participants par épreuves est également défini en fonctions des spécifications du règlement technique de l’IAAF. Il varie autour de la cinquantaine (entre 32 et 56 selon les épreuves) et permet ainsi d’éventuellement compléter (après que les comités olympiques nationaux aient transmis la liste de leurs représentants) la liste finale des engagés par des athlètes n’ayant pas rempli la condition première (réalisation du minima) tout en étant proche. Nous rappellerons à ce propos que la FAA  a bénéficié, aux championnats du monde de Pékin 2015, de cette possibilité concrétisée par le repêchage de Zerifi Abdelhamid (3000 mètres steeple) et (sauf erreur de notre part) d’un coureur de 800 mètres.