jeudi 8 septembre 2016

Polémiques (10), Nouria a vieilli


A cette 21ème édition du « semi-marathon Chihani Bachir », (l’un des plus anciens sur le territoire de la ligue constantinoise d’athlétisme, chronologiquement précédé par le « semi-marathon Abdelhamid Benbadis » - ce dernier ayant vu le jour, au début de la décennie 1980, grâce au soutien du directeur des sports de la DGSN (sûreté nationale) de l’époque  (le regretté Talhi Mohamed Salah,  frère aîné de Talhi Azzedine, l’entraîneur de Triki Mohamed Tahar Yasser) jumelé cette année-là avec le championnat national de semi -marathon,  était présente, en qualité d’invité d’honneur, la vice-présidente de la FAA, la championne olympique 2000 du 1500 mètres, Nouria Benida-Merah ainsi que le SG de la fédération, Rezki Azaoun. Sans omettre….le fameux, le célèbre camion-podium de la fédération algérienne de cyclisme dont on parlait beaucoup et que nous n’avions jamais vu. Un camion qui fait partie du décorum des semi-marathons intégrés dans le challenge national. Un camion-podium qui symbolise parfaitement la symbiose, la bonne entente, les accointances disent certains,  entre les fédérations algériennes d’athlétisme et de cyclisme ou plus exactement entre leurs présidents. Un camion sillonnant le pays au gré des courses cyclistes et des « semis ».
Nous sûmes plus tard, alors que nous lui tenions compagnie, de la bouche de la ravissante championne, bien esseulée  dans la tribune officielle, abandonnée par le président de la FAA - affairé, comme un régisseur, à vérifier la conformité de la mise en place des panneaux publicitaires - et les autorités civiles et militaires de la localité, qu’elle était arrivée d’Alger par l’avion du matin (départ 7 heures) qui fait donc supposer un réveil matinal. Elle avait d’ailleurs les traits tirés et cachait ses yeux derrière de grosses lunettes.
Pour meubler le temps en attendant l’arrivée des coureurs, nous avons discuté de tout et de rien. A dire vrai, Nouria, que nous avons rencontré pour la première fois en 1990 (c’était si nos souvenirs sont bons, ses débuts en athlétisme, au niveau national. Nous eûmes d’ailleurs une discussion pour savoir si c’était aux championnats d’Algérie scolaires à Sétif ou aux championnats nationaux Open d’Alger) nous faisait (qu’elle nous pardonne) pitié.
Le mot n’est pas fort. Chaque fois que nous éloignions d’elle pour saluer un ancien athlète, un entraîneur ou un dirigeant (pouvions-nous décemment les éviter ? Faire comme si, 20 ans plutôt, ils n’avaient pas existé alors que nous revenions brièvement sur le circuit ? ) et que nous revenions vers elle, nous nous représentions la jeune femme (resplendissante de santé et de beauté, élégante dans une tenue étonnante de simplicité) comme cette grand-mère (ou cette arrière-grand-mère) à l’esprit légèrement dérangé qu’habituellement  - dans les familles campées sur leurs positions dans la société bien-pensante et surtout aux apparences - on tient à l’écart des regards et que l’on doit cependant montrer, exposer, exhiber aux membres de la famille et aux invités lors d’une festivité, d’une cérémonie familiale. Cette pensée, biscornue (il faut bien le dire) mais malheureusement très forte, envahissait notre esprit.
C’est ce que nous avions donc à l’esprit, lorsque Bouras (ayant achevé sa tournée des obligations liées sans doute aux clauses contenues dans les conventions de sponsoring et celles relatives aux activités médiatiques) revint vers nous interrompre une discussion éclaircissant un détail mineur de l’histoire partagée avec Nouria.
Il crut bon d’avoir un trait d’esprit en évoquant l’écoulement du temps. Ulcéré par le peu de cas fait à madame Benida, nous eûmes une réponse cinglante et, disons-le sans fioritures, un peu inappropriée : « Oui, elle a vieilli ! ». Aujourd’hui, Nouria, certainement blessée (mais n’ayant pas réagi), qui n’a pas eu d’explications, comprendra sans doute mieux cette réaction instinctive, impulsive. De notre point de vue, Nouria méritait plus que d’être une potiche.

Bouras, lui aussi eu une réponse qui montra tout son désarroi : « Ah, ces Constantinois, ils ne savent pas parler ! » adressé à celui qui est autant Constantinois que lui est Algérois.

mercredi 7 septembre 2016

Polémiques (9), Bouras, la duplicité incarnée


Nous étions installés dans le hall d’entrée de l’ «hôtel Expo », à proximité de la gare centrale de Barcelone, tout près d’une bouche de métro, le quartier général de l’organisation de la finale du « grand Prix IAAF-Mobil ». Nous venions à peine de terminer une discussion féconde avec Saïd Aouita. Nous  attendions les athlètes  et entraîneurs algériens qui devaient participer à cette finale (Boulmerka, Morceli et Brahmi) lorsqu’un groupe des personnes attendues, celui que l’on considérait comme étant le « groupe Bouras », (une réduction qui marquait aussi l’opposition avec le « groupe Brahmia ») c’est à dire Amar Bouras en personne, Hassiba Boulmerka et Azzedine Brahmi (médaillé de bronze du 3 000 mètres steeple) accompagnés d’une quatrième personne qui nous était inconnue. Une personne que Bouras nous  présenta comme étant le manager de Hassiba, l’Italien Enrico Dionisi.
Arrêtons-nous un instant sur une situation aberrante devant nous donner à réfléchir. Azzedine Brahmi fut un des héros des championnats du monde de Tokyo.  Sa performance dans une épreuve dominée par les Kenyans est passée presque inaperçue. Elle fut du moins éclipsée par l’éclat des médailles de vermeil de Hassiba et Noureddine, les premières à un tel niveau de compétition remportées par des athlètes algérien. Que dire alors de deux médailles, sur la même distance, à quelques heures d’intervalle. La folie dans tous les pays.  L’abondance ne nuisant pas, alors que pendant des années les résultats n’avaient pas suivi, Azzedine n’existait presque pas aux yeux du public.
Pensons aussi, le temps de cligner des cils, à ce que dû ressentir Yasmina Azzizi, cinquième de l’heptathlon (l’épreuve féminine correspondant au décathlon masculin), en voyant l’accueil triomphal réservé à Larbi Bourraâda à son retour de Rio). Imaginons un seul instant l’importance qu’auraient pris ces deux résultats (la médaille de bronze de Brahmi et la 5ème place de Yasmina Azzizi, alors complétement inconnue à ce niveau de compétition) en d’autres circonstances comme celles des temps actuels qui, en l’absence de médailles, fait d’une cinquième place un exploit alors que les dirigeants prédisaient pour cet athlète (qui s’est déjà classé 5ème aux championnats du monde) une médaille.
Autres temps, autres mœurs, dit-on. L’espace médiatique s’est élargi se nourrissant de ce sensationnel qui recherche l’exception dans ce qui devrait être la norme. Une place de finaliste obtenue par un tricheur (n’a-t-il pas été suspendu pendant deux ans ?) ayant bénéficié du soutien total des pouvoirs publics (y compris pendant la période où il aurait dû être en marge) est cent fois mieux valorisé que celles de ses pairs (les médaillés et les finalistes d’hier et d’avant-hier). La populace est versatile et s’identifie à ce qu’on lui offre.
Les présentations faites, le groupe (Bouras, Hassiba et Azzedine) s’éclipsa pour se rendre au stade (me laissa-t-on entendre pour une reconnaissance des lieux et une séance d’entrainement) me laissant seul avec Dionisi qui, selon Bouras, aurait aimé discuté avec moi. Cela tombait bien puisque nous aussi nous étions intéressé d’aborder avec lui le sujet touchant à la fonction de manager d’athlètes de haut niveau  qu’Amar Brahmia avait introduite en Algérie avec la prise en charge des intérêts de Noureddine Morceli. Une activité qui alimentait les débats. Un regard étranger était le bienvenu.
La question ne fut jamais abordée. Dionisi me laissa sur ma faim.  A peine assis, Dionisi attaqua tête baissée le sujet qui le tenaillait. Le sujet sur lequel l’avait branché certainement quelques instants plutôt Amar Bouras. J’avais vu le quatuor sortir de l’ascenseur. Je l’avais vu s’arrêter quelques minutes, discuter âprement en me regardant discrètement puis reprendre son chemin vers la sortie et obligatoirement vers nous qui étions idéalement placé sur leur chemin, sur le seul passage direct vers l’extérieur. Ce qui leur tenait à cœur (Dionisi n’étant qu’un intermédiaire) était le « fameux » entrefilet, la mutation (finalement avortée) de Hassiba vers le MPA.
Au bout de quelques minutes, le temps de comprendre le pourquoi de l’agressivité verbale, d’un discours en un français plus qu’approximatif qui aurait fait honte à n’importe quel lycéen moyen d’Alger, nous arrêtâmes son flot de paroles saccadées. Nous lui  dîmes, alors qu’il venait de nous menacer d’une action en justice : « Vous avez lu l’article ? Vous l’avez compris ? Non. Amar vient de vous en parler. Lisez-le. Déposez votre plainte où vous voulez. Demandez aussi à Amar de vous apprendre l’intérêt du mode conditionnel dans la langue française. Mais, sachez bien que vous perdrez votre procès et que je demanderai un million de dollars pour préjudice moral». Entendant le montant d’un million de dollars ou peut être aussi en raison d’une réaction à laquelle il ne s’attendait pas (tous les Algériens ne sont-ils pas, dans son esprit, la copie conforme de Bouras ?), il se leva et parti. Nous le retrouvâmes le lendemain au stade olympique. Sns qu’un mot ne soit prononcé.

Nous n’avons plus entendu parler de lui ni parlé à Amar Bouras. Sauf, pour ce qui concerne ce dernier, en deux occasions. La première (dans les semaines qui suivirent Barcelone) lorsque nous l’appelâmes au téléphone pour demander son autorisation de communiquer son numéro de téléphone ou celui de Hassiba à des journalistes français (VO2 Magazine) qui souhaitaient  interviewer la surprenante championne du monde. La seconde, il y deux ou trois ans au « semi-marathon  Chihani Bachir » du Khroub.

mardi 6 septembre 2016

Polémiques (8), Bouras, surnom « le Cobra »


Sans que ce soit notre intention première, nous avons noirci le portrait d’Ahmed Mahour Bacha. Comme nous l’avons déjà écrit ici même, il y a chez le personnage des aspects positifs sur lesquels nous reviendrons plus tard. Nous devons maintenant  dire, à la fois pour compléter le « portrait » que nous en avons tracé au fil des chroniques et également pour anticiper celui que nous consacrerons à Amar Brahmia, que ces deux agitateurs de l’athlétisme algérien ont en commun une qualité inestimable (même lorsque - ou surtout - l’on ne partage pas leurs points de vue) d’avoir des positions, des attitudes nettement affirmées, la capacité peu courante dans le milieu d’assumer totalement leurs déclarations, leurs agissements, leurs actes.
Amar Bouras appartient à la catégorie des roublards, de ceux qui agissent sous le couvert de la dissimulation, incitant les autres  à agir à sa places. Dix-huit  (18) mois après l’interview de Constantine, il nous apprendra qu’il était un maître en matière de duplicité. Ce sera à l’occasion d’un entrefilet que nous avons consacré à Hassiba.
Situons le contexte. Le journal « El Hadef » venait de lancer son second titre. Aux côtés du titre éponyme, hyperconnu qui devient « El Hadef Actualités », nait un second titre « El Hadef Week-end ». Le premier (distribué à Alger le samedi) offre à ses lecteurs les résultats du week-end sportif. Le second (distribution le mardi) présente la prochaine journée de compétition. La présentation (le format du journal) est différente. Le premier conserve le format « tabloïd » (qui est celui des journaux actuellement en vente sur les étals) alors le second est de « grand format » ressuscité, (deux fois plus grand que le tabloïd).
« El Hadef Week-end » inaugure aussi la presse publiant des photos en couleurs (quadrichromie). Une innovation importante permise par l’acquisition par le groupe de presse An Nasr de rotatives de nouvelle génération. Nous sommes en 1990.
Ces deux nouveautés permirent l’augmentation du nombre de pages consacrées à l’ « omnisports » (toutes les disciplines sportives à l’exception du football qui occupait le reste des pages) qui passèrent de deux (2)  à l’équivalent de quatre (4) – en fait deux pages grand format – équitablement réparties entre les « sports individuels » et les « sports  collectifs ».  
A la fin de la saison 1990, nous apprenons parmi une source implantée dans le milieu (qui ne nous avait jamais fait défaut) que Hassiba s’apprêtait à signer une licence au Mouloudia d’Alger. Une information qui fut confirmée par nos collègues du bureau d’Alger (notez que les journaux de l’époque avaient leurs sièges et leurs rédactions centrales à Alger et leurs bureaux à Constantine et que pour « El Hadef » c’était le contraire).
Le MPA (Sonatrach ? Djouad ? Brahmia ? Nous ne saurons le dire avec certitude) souhaitait regrouper dans son effectif les meilleurs coureurs de demi-fond de l’époque, plus exactement les deux valeurs montantes : Noureddine Morceli et Hassiba Boulmerka.
L’information ayant été confirmée par un confrère (celui couvrant l’activité football) n’ayant pas d’accointance avec l’athlétisme,  nous la publiâmes en prenant une précaution supplémentaire celle de l’emploi du mode conditionnel qui permet à la fois à l’auteur du texte de prendre ses distances lorsque l’information n’est pas confirmée ou lorsqu’il réside un certain degré d’incertitude dans sa réalisation. C’était le cas puisque Hassiba n’avait pas signé (et ne signera pas) de licence avec le Mouloudia. Pas de réaction officielle quant à cette brève.
Nous ne savions pas que, lorsque viendra le temps de Facebook, son surnom sera « Le Cobra », ce reptile de l’Asie du Sud-Est qui attend immobile sa proie, l’attaque et immédiatement revient à sa position initiale.

Cet aspect de la personnalité de Bouras nous le constaterons à Barcelone lors de la finale du « Grand Prix IAAF-Mobil » (l’ancêtre de la « Diamond League ») qui survint quelques jours après que Noureddine et Hassiba eurent conquis les premiers titres de champion du monde de l’histoire de l’athlétisme algérien.

lundi 5 septembre 2016

Polémiques (7), Les « pirates » en situation d’échec

C’est cette perception (en beaucoup moins théorisée) de la captation d’athlètes que nous avons exposé dans un commentaire publié dans une rubrique d’ « El Hadef » (certains s’en souviennent encore et nous le rappelle quelque fois), « L’arbre à palabres », un espace médiatique créé par le comité de rédaction de l’hebdomadaire afin de permettre aux journalistes qui le souhaiteraient d’exprimer en toute liberté leurs points de vue personnel.
Dans l’article en question nous avions dénoncé des pratiques que nous avions assimilées à « un piratage » en allusion à l’appropriation par la force par des entraîneurs du produit des efforts consentis  et des compétences mises en œuvre par d’autres entraineurs. Nous avions décrié une pratique validée par les dirigeants de la FAA.
Les personnes qui ont connu cette période ont certainement en mémoire que les deux institutions (la fédération et l’hebdo) ont été des appendices des pouvoirs publics. La première placée sous la tutelle du ministère qui, en accord avec le système en désignait les dirigeants, et un journal, lui-même acteur important dans un espace médiatique soumis aux pouvoirs publics, disposant d’une plus grande liberté d’expression que les autres titres, les titres généralistes.
Cette particularité résidait dans le fait que l’hebdo  n’était (sur le plan juridique et financier) qu’un supplément en langue française noyé dans un empire de presse régionale en langue nationale et spécialisé dans un domaine marginal d’activités (les activités sportives) participait (plus que les autres titres) à la fonction cathartique des médias intervenant dans une société autoritaire.
Ni Amar Bouras, ni le bureau fédéral ne réagirent à l’article. Quelques semaines plus tard eurent lieu les championnats d’Algérie « Open ». Sollicité pour une interview, Amar Bouras nous accorda de son temps. Sans que le sujet pourtant brûlant ne soit évoqué. Ni par lui et encore moins par nous qui avions dit au demeurant ce que nous pensions.
Plus tard, à la fin de l’année, au « cross de la Soummam » de Bejaïa, le thème, qui n’avait plus jamais été abordé (même pas par Bouras directement visé qui aurait pu profiter -- « en off » ou au détour d’une question- du prétexte de l’interview pour en parler) revint dans une rencontre avec le premier vice-président de la FAA.
Celui-ci nous fit part (en présence d’entraîneurs, de membres du bureau fédéral et de quelques membres du comité d’organisation) des « blessures », des « perturbations », du « dérangement » que le commentaire avait provoqué dans l’athlétisme algérien à la suite d’un article écrit par un journaliste inconnu dans le milieu.
Pour le regretté Moulay, porte-parole de ses pairs, ce n’était pas le contenu de l’article en lui-même qui était dérangeant mais le statut de son auteur qu’il était impossible de classer dans une galaxie où chacun devait être situé, positionné par rapport à des problématiques, à des thématiques qui l’agitait.
Hassiba n’ayant pas progressé après une année passée à s’entraîner avec Bouras, nous eûmes beau jeu de répliquer que, compte tenu de son vécu, de ses qualités,  il était possible à n’importe quel entraîneur de prendre en charge son entraînement et de la maintenir à son niveau.
Après cette digression (qui n’est pas aussi inutile qu’elle le parait de prime abord puisqu’elle confirme que l’athlétisme prenait déjà, à cette époque-là, la forme d’une secte) nous dirons que Bouras nous a présenté un visage qu’il nous montrera à nouveau en septembre 1991, lors de la finale du « Grand Prix IAAF-Mobil » organisé à Barcelone sur le stade qui abritera les jeux olympiques de 1992.
Ceci étant dit, c’est maintenant, après ces explications que nous devons interpréter la colère rentrée, la rudesse, la brusquerie dont fit preuve quelques heures plus tard Ahmed Mahour Bacha.
En tant qu’entraîneur national, diplômé de l’ISTS, il appartenait à la confrérie adepte de la captation d’athlètes (ils ne furent pas les seuls). Tous ceux qui l’ont côtoyé à un titre ou à un autre (athlètes, entraîneurs, dirigeants de clubs, de ligues ou à la fédération) ne nous démentirons certainement pas. Lui (plus qu’Amar Bouras) ne pouvait pas (sauf à notre sollicitation) aborder le sujet et plaider en faveur de ses pairs. Il n’était pas  impliqué directement dans l’article.

Nous devons supposer que Mahour Bacha ne connaissait pas encore vraiment Bouras. Et qu’il fut déçu par la tournure des événements. Sa colère rentrée a été prise entre deux feux : l’absence de réaction de son collègue qui remonté à bloc, auteur de discours vindicatifs au stade annexe s’aplatissait devant un scribouillard de province  et l’impossibilité de s’exprimer.

Polémiques (6), Comprendre l’exil sportif

La politique de démocratisation de l’enseignement a permis à la fois le développement du mouvement sportif scolaire et la création de clubs (associations sportives communales et associations sportives de performance) puisant dans les viviers du sport scolaire. Les flux de la progression scolaire et de la migration sportive qui va de pair sont reflétés par les équations suivantes (très grossières esquissées et très rarement réalisées) : collèges-ASC-daïras, lycées-ASP (ou associations sportives-leader)-wilayas.
Une analyse plus sérieuse montre sans équivoque que ces cartes s’adaptent à la réalité du terrain en tenant compte  d’autres paramètres tels que par exemple la carte des transports routiers, des relations commerciales interurbains et des bassins d’emploi.
Pour ce qui concerne Hassiba, ce schéma, devenu commun, ne peut être appliqué en l’état. Athlète de performance, elle est intégrée dans une ASP algéroise (le CRB) qui - tout en lui assurant (en principe) une reconversion professionnelle (en fonction de ses compétences) à l’issue de sa carrière sportive - lui permet de pratiquer son sport dans des conditions proches d’un professionnalisme (ne disant pas son nom) qui est celui mis en place par l’Etat algérien. 
A ce titre, elle bénéficie des multiples avantages prévus par la réglementation en vigueur à l’époque (temps de travail aménagé en fonction du programme d’entraînement, congés spéciaux rémunérés d’athlètes permettant l’absence au poste de travail pour participation à des stages de préparations et aux compétitions nationales et internationales). En rejoignant Alger, Hassiba n’a pas changé de club. Elle a seulement changé d’entraîneur. Elle est passée d’un entraîneur aux compétences avérées à un entraîneur n’ayant pas fait ses preuves mais disposant des moyens et du soutien de la fédération.
Comme Hassiba, de nombreux athlètes constantinois (et d’ailleurs), ont emprunté la voie de l’exil sportif pour la même raison : améliorer leur vie socio-professionnelle via la pratique sportive de haute performance. Elle est la seule qui ait vraiment réussi. L’exploitation de sa notoriété sportive (ses titres de championnes du monde et olympiques, sa ténacité, sa rage de vaincre), ses gains (primes, bonus), les privilèges (logement, classement par décret dans la nomenclature des emplois du secteur au rang de conseiller des sports) l’ont extirpé des difficultés sociales dans lesquelles sont restés englués ceux (et surtout celles, nombreuses en particulier dans le giron de Mahour Bacha) qui ont cru au mirage et n’ont pas su préparer une véritable reconversion. Chacun pourra recenser, dans son environnement proche (à Tlemcen, Guelma, Skikda, etc.) les nombreux échecs. Pour notre part, nous ne citerons que quelques-uns.
Nous commencerons par Amel Boudjelti (rivale de Hassiba sur 400-800) qui - après avoir été « casée » comme femme de ménage dans un établissement hospitalier grâce aux efforts de membres de la ligue de Constantine (plus exactement d’un « officiel » de la ligue) – occupait (à notre dernière rencontre, il y a trois ou quatre ans), avec un diplôme en dessin industriel, le poste de lingère dans le même établissement. Les instances sportives (DJS, MJS, FAA) sont restées sourdes, s’était-elle alors plainte,  à  ses multiples appels à l’aide. Ce sont les avanies qu’auraient connues Hassiba si (comme Amel) elle était restée à Constantine et surtout elle n’avait pas connue la réussite sportive.
Nora Hassani (une athlète d’Alger de la même période 1990-1996), spécialiste des haies (100 et 400), divorcée (comme Amel Boudjelti) a longtemps vécu (avec ses enfants) dans un conteneur.
Kamel Zemouli, un des tous premiers Algériens à atteindre un niveau international (continental) intéressant sur 400 mètres haies, se retrouva (lorsque sa carrière eut pris fin) à exercer la fonction de chauffeur de taxi et impliquer dans la tourmente islamiste du début des années 90.
Saliha Djeblahi (que nous avons déjà signalée) aurait dû succéder à Yasmina Azzizi (tout en brillant au 100 mètres haies ou au saut en longueur). Elle aussi quitta le groupe d’athlètes entraînées par Labed pour rejoindre le groupe de Mahour Bacha. Elle était encore jeune (junior) lorsqu’elle fut sanctionnée pour avoir commis une de ces fautes que commettent les jeunes venus des quartiers défavorisés lorsqu’ils se trouvent à l’étranger (presque sans moyens, elle était en stage avec l’’équipe nationale) les yeux écarquillés, éblouis par la profusion d’articles introuvables sur les étals de chez nous. Nous sommes  vers 1992, un période de grandes pénuries, de difficultés de tout ordre, la fin du PAP (Plan anti-pénurie  et le début PAS (Plan d’ajustement structurel).

Notons que pour un écart somme toute véniel et compréhensible (compte tenu des circonstances atténuantes citées), les dirigeants de l’athlétisme la renvoyèrent à sa misère originelle alors que, à titre de simple comparaison (Mahour Bacha vient de la confirmer dans sa dernière conférence de presse), Larbi Bourraâda (pris dopé dans un contrôle à l’étranger et de ce fait médiatisé. Nous croyons fermement qu’au pays son cas aurait été dissimulé) a bénéficié du soutien matériel et logistique des institutions sportives nationales (FAA et COA), en infraction à l’éthique et à la réglementation en matière de dopage, pendant la période de suspension.  

samedi 3 septembre 2016

Polémiques (5), La migration sportive

L’après Annaba et le retour de Séoul ont modifié le statut de Hassiba. La jeune athlète (20 ans) prend conscience de la place de premier plan qu’elle occupe dans la sphère athlétique algérienne, de ce que le sport peut lui apporter. Pour leur part, les dirigeants sportifs sont dans l’attente de la « nouvelle Sakina Boutamine », la référence contemporaine algérienne en course de demi-fond. Une double championne d’Afrique du 800-1500 qui, pour des raisons qui nous sont inconnues et que n’avons pas cherché à élucider, ne put participer aux jeux olympiques de 1980 (Moscou).
Quelques années plus tard (après les championnats du monde Tokyo et les jeux olympiques de Barcelone), les autorités politiques, les pouvoirs publics auront besoin d’un symbole rassembleur des forces progressistes. Hassiba Boulmerka la sportive tiendra avec bonheur ce rôle d’illustration de la lutte populaire contre les forces obscurantistes, l’étendard de l’ « Algérie debout », de l’ « Algérie qui gagne ».
L’interview qu’elle nous accorda fut certainement le déclic. Puisque, c’est dans les semaines qui suivirent qu’elle a disparu de nos radars. Un nouveau « triangle des Bermudes » était apparu du côté du Stade du 17 juin. Le calme plat. Le silence !
A nos questions posées quasiment chaque week-end, une réponse stéréotypée de l’ensemble des membres de « la famille athlétique » constantinoise : elle est à Alger !  Pendant longtemps (en l’absence d’informations qui n’existaient certainement que du côté d’Abboud Labed, l’entraîneur évincé, spolié pour la seconde fois des efforts consentis pour mener d’abord Sakina Boutamine puis Hassiba Boulmerka au plus haut niveau, qui curieusement n’en pas parlé) nous avons cru qu’elle était en regroupement permanent des équipes nationales. Tout militait pour cette option. Les meilleurs athlètes de cross et de demi-fond (elle en faisait partie) étaient souvent regroupés pour les échéances sportives hivernales (championnats de cross-country  maghrébin, arabe, planétaire). Elle n’était au cœur d’aucune discussion. La routine quoi.
En fait, Hassiba était partie pour ne plus revenir. Ce fut au printemps que nous apprîmes la vérité. Ou plus exactement des bribes de vérité. Que Hassiba avait joué une « carte gagnante ». Celle détenue par Amar Bouras devenu, par  un tour de main digne des plus grands prestidigitateurs, entraîneur national de demi-fond alors qu’il n’avait aucune compétence particulière. Comparativement s’entend au profil d’autres entraîneurs, en permanence sur le parcours dit « du Golf de Delly Ibrahim » et au stade annexe du stade du 5 juillet (celui qui deviendra le Sato) dont les athlètes aux résultats internationaux probants garnissaient les rangs des équipes nationales. Si ce n’est sa place dans la mécanique fédérale qui s’esquissait alors autour des diplômés de l’ISTS. Des entraîneurs, comme on a bien daigné nous le rappeler, étaient formés pour le haut (le très haut niveau) niveau de performance, la super-élite du mouvement sportif algérien. Une « caste » qui a siphonné la plus grosse partie des moyens mis à la disposition de la fédération.
La migration sportive fait partie des mœurs. Elle n’a rien de scandaleux. C’est un phénomène social qui accompagne le développement. Nous dirons qu’en Algérie la migration sportive est un sous-produit de l’exode rural qu’il est possible d’étudier à travers la superposition de plusieurs cartes : démographique, scolaire, sportive et administrative.
Les découpages administratifs successifs ont changé (déjà dans les dernières années de l’époque coloniale) le rang des cités. Certaines (nous restons dans le périmètre de l’ex-département français de Constantine) sont devenues des chefs de lieu de préfectures (puis de wilaya) comme Sétif, Annaba, Batna (ce seront les premières ligues de wilayas d’athlétisme promues ensuite, au nom du « droit » de la ligue-mère qui serait une forme de « légitimité historique », à celui de ligue régionale) qui donneront par la suite, au fil des découpage administratifs, naissance aux actuelles 48 wilayas.
Sur cette carte administrative, on peut apposer une carte scolaire dans laquelle on entrevoit une hiérarchisation des circonscriptions administratives et des établissements scolaires avec au niveau des communes les écoles primaires, à celui des daïras les collèges et enfin au niveau du chef-lieu de de la wilaya les lycées tandis que les premières universités et centres universitaires sont installés (progressivement) sur le territoire des wilayas originelles (celles qui prirent le relais des préfectures françaises) puis des wilayas nouvellement nées.

En ce temps où l’EPS et le sport scolaire constituent (par une décision politique mise en place par le courant progressiste de la société. N’oublions pas que nous situons temporellement dans la période antérieure à 1990 qui vit l’arrivée du multipartisme et du modèle économique libéral se substituant à une organisation sociale que le pays a connu sous l’intitulé de la « Réforme sportive ») l’assise du mouvement sportif national.

jeudi 1 septembre 2016

Polémiques (4), Amar Bouras, les débuts

Notre première rencontre avec Amar Bouras eut lieu dans les mêmes circonstances que notre première rencontre avec Ahmed Mahour Bacha. Une interview aux championnats d’Algérie « Open » d’athlétisme. Ce week-end-là, à quelques heures d’intervalle (Bouras précédant Mahour Bacha au parloir), je fus en présence de deux figures de l’athlétisme national (ou plus exactement de deux entraîneurs nationaux) appartenant à la « nouvelle vague » d’entraîneurs, ceux qui sortirent diplômés de l’ISTS. Deux entraîneurs tranchant par leur profil avec les anciens dont je connaissais  beaucoup de représentants pour les côtoyer chaque week-end.
Ce jour-là, dans les tribunes du stade du 17 juin, donc à domicile, dans ma ville d’adoption, j’avais sous les yeux les acteurs (en athlétisme) du débat polémique entre les entraîneurs classés alors en deux catégories bien distinctes : les entraîneurs dits « empiriques » et les entraineurs  relevant des « scientifiques ». Un débat aujourd’hui désuet puisque les « scientifiques » ont pris l’avantage avec les résultats que l’on connait.
Empruntant le discours d’aujourd’hui portant sur le développement des personnes, nous dirons que cela fut l’opposition entre d’anciens athlètes ayant bénéficié d’une « formation qualifiante » et d’autres anciens athlètes (plus jeunes, la nouvelle génération de l’époque) ayant suivi une « formation diplômante ». Une argutie discursive pour différencier les entraîneurs ayant suivi une formation accélérée et alternée (les entraîneurs des 1er, 2ème et 3ème degrés) ou une formation d’enseignant d’EPS (professeurs d’enseignement moyen et professeur d’enseignement secondaire) et les entraîneurs ayant intégré un cursus de formation de moyenne et longue durée dans les ITS et à l’ISTS, des établissements de formation de cadres du sports placés sous tutelle du ministère de la jeunesse et des sports. Une sorte aussi de conflit générationnel teinté  de corporatisme qui se cristallisera vers 1990 avec l’association algérienne des cadres du sport (AACS).
Nous observerons qu’aujourd’hui le débat (sur les réseaux sociaux) se situe au cœur même de la confrérie des « scientifiques », entre les anciens athlètes et ceux qui n’ont pas de passé sportif, entre les pratiquants d’un certain niveau et les autres, dont certains occupent des postes de responsabilité au sein des instances fédérales. Un autre conflit générationnel entre les détenteurs d’une attestation d’athlète validée par un palmarès (serait-il national) et d’autres inconnus dans le paysage sportif. Les critiques portées (par exemple) à l’encontre du DTN de la FAA se situent à ce niveau. Avec en arrière-plan, la pensée d’une incompétence à laquelle s’ajoute d’autres pouvant relever de la complaisance.  
Ces attestations ont toujours été au centre de polémiques. En particulier, celles délivrées pour l’obtention d’un visa Schengen à des personnes qui n’y ouvrent pas droit (souvent à l’instigation de cadres permanents de la FAA ou de membres influents du bureau fédéral) et le refus d’établissement par la DTN à des athlètes (Ramzi Abdenouz) pour qui c’est une nécessité dans le but de participer à des compétitions en Europe en l’absence d’un programme de compétitions relevées susceptibles d’élever le niveau de performance des athlètes. Des attestations (souvent délivrées par des ligues mais aussi la fédération) qui seraient aussi utilisées à d’autres fins dont celle d’intégrer des formations d’éducateurs sportifs pouvant permettre ensuite de s’inscrire STAPS, en masters et même de tenter de poursuivre des études de doctorat.
Dans le landernau de l’athlétisme constantinois, au moment où nous y sommes entrés, (au début de la saison 83-84) Amar Bouras et Tewfik ( ?) Bousrief (un  bon coureur de 3 000 steeple) étaient considérés par les anciens (Benmissi, Grabsi, Labed, Benhabyles, Boukraa and co), pas jaloux pour deux sous, comme les futures perles de l’athlétisme local. Leurs statuts, leurs histoires personnelles (leurs passés d’athlètes, leurs palmarès en tant qu’entraîneurs d’athlètes de niveau continental) leur permettaient de s’élever au-dessus d’un débat qui pour eux n’avaient pas l’intérêt ou l’acuité qu’il pouvait avoir en d’autres lieux. De plus, ils avaient été leurs entraineurs. A ce moment-là, le fils ne pouvait trucider le père.
Le retour de Bouras à Constantine (après ses années d’études à l’ISTS) ne fut certainement pas à la hauteur de ses espérances. Lors des compétitions (le stade du 17 juin était alors animé chaque weekend par une compétition), nous n’avons pas le souvenir que son nom ait été évoqué. Ni parmi les athlètes ayant marqué l’histoire de l’athlétisme local, ni parmi les entraineurs en devenir. C’est à cette époque qu’émergèrent les Azzedine Talhi (entraîneur de Triki), Rachid Benzegoutta (actuel DOS de la ligue de Constantine), Mounir Alloui (enseignant à l’université de Batna), Bachir Messikh (entraîneur de Skander Athmani et Souhir Bouali), Noureddine Tadjine (en poste à Alger) cumulant la double casquette d’athlètes membres des équipes nationales et étudiants soit à l’ITS de Constantine soit à l’ISTS d’’Alger.

Le passage d’Amar Bouras à Constantine, à ce que nous avons pu comprendre (à partir des années 89 et 90) fut bref et insatisfaisant pour tous : athlètes, entraîneurs et l’intéressé lui-même. Bouras repartit pour Alger.