dimanche 9 octobre 2016

Polémiques (29), Cadavres dans les placards de Brahmia

Le monde de l’athlétisme algérien ne se limite pas à ces deux clans, à la guéguerre entre le « groupe Bouras » et le « groupe Brahmia » et leurs supporters respectifs. Dans le no man’s land, dans la majorité dont on dit très souvent qu’elle est silencieuse, se trouve une sorte de « troisième force » de triste mémoire dans l’Histoire du pays. Un courant très disparate, évoluant au gré des événements, des épisodes, des alliances entre les deux pôles importants. Faisant pencher les fléaux de la balance d’un côté ou de l’autre au gré des alliances, des influences et des intérêts particuliers  momentanés. On se croirait presque, sans aucune exagération, dans un jeu de géopolitique…sportive.
On voudrait bien figer les positions de chacun de ces groupes dans la perpétuelle mouvance athlétique qui prépare, sans cesse et sans répit aucun, les élections fédérales à venir alors que la précédente vient à peine d’être conclue. On comprend donc qu’alors que les différentes campagnes pour des sinécures au sein des ligues et des fédérations s’annoncent, on rappelle à notre bon souvenir les errements des uns et des autres.
C’est en cette période de l’année alors que les athlètes viennent d’effectuer la rentrée sportive (leur rentrée sociale) sur un fond de rumeurs de grève, de relance de la polémique au sujet de  l’article 6 du décret exécutif portant gestion des associations sportives amateurs, que revient à l’ordre du jour le débat sur l’interdiction du paiement de salaires ou d’indemnités à partir des subvention versées par les collectivités locale et sur les fonds publics et donc en filigrane sur l’incapacité des dirigeants sportifs à prendre en charge leurs projets sportifs sans l’aide étatique.
Sur cette carte, dans cette course à la fonction présidentielle fédérale, Brahmia est absent. Même si, ces dernières années, on a beaucoup prétendu qu’il se tenait en arrière-plan des manœuvres sur le terrain. Aujourd’hui, nous avons presque la certitude qu’il est plus tourné vers une vision plus vaste, plus olympique qui n’est pas obligatoirement la convoitise du fauteuil présidentiel.
La majorité est silencieuse. Pourtant, ce silence quelque fois disparait. Il est remplacé par un tintamarre dans les milieux prétendument sûrs, qui partagent les mêmes idées et s’agitent en permanence. Et, surtout participent à la dissémination des mêmes informations ou interprétation de ces informations, celles qui visent à la déstabilisation, à la fragilisation des positions des uns et des autres. Toujours dans le sens où souffle le vent. Comme un courant alternatif.
Sur Facebook, depuis le printemps et le début de la « crise olympique », Ahmed Mahour Bacha a ressorti ce qu’il prétend être les cadavres qu’Amar Brahmia aurait dissimulés dans quelques placards de la FAA. Ou plus exactement, il a retiré les dossiers constitués  (par lui ou par d’autres) quand Brahmia y paradait en grand seigneur, hôte prestigieux de ces lieux. Toujours les pratiques manipulatrices que l’on met en mouvement lorsqu’on (l’intéressé et ses amis) est pris au piège.
Un acte malveillant (plus exactement la complicité, la dissimulation d’un acte malhonnête commis par une tierce personne) pour cacher un autre acte malveillant…..que l’on se prépare à  commettre…..dans un avenir plus ou moins lointain. Nous appellerons cela, si les faits reprochés à Brahmia existent réellement, un comportement mimétique. Les spécialistes du droit trouveront le terme adéquat qui pourrait conduire Ahmed Mahour Bacha (et ses complices, ceux qui lui ont communiqué les documents dont il se prévaut ou les ont photocopiés, les ont transporté hors des murs de la FAA).

Tout ce qui s’est passé pendant cette préparation olympique en matière de ….surfacturations, non-respect des dates de de stages (départs et retours anticipés) renverraient donc à des pratiques préalablement expérimentées par Brahmia en matière (comme cela nous a été soufflé justement par des membres de la « troisième force ») de remboursements indus de billets d’avions, doubles dossiers de sorties, etc.).

samedi 8 octobre 2016

Polémiques (28), Dans les couloirs de l’hôtel Expo

Le meeting s’était terminé tard. Il avait été suivi par une réception donnée par les organisateurs, à l’intention des athlètes, entraîneurs, dirigeants internationaux (président de l’IAAF, Primo Nebiolo) et invités (le prince héritier du Royaume d’Espagne et son épouse) et les journalistes, dans une salle de sports donnant à  la « Coupole » et à la « salle Harcha » la dimension d’une salle omnisports de proximité comme on voit tant dans les villes de l’intérieur du pays.
Après cette réception et le retour à l’hôtel, nous nous offrîmes une balade pédestre nocturne dans les rues de Barcelone. En agréable compagnie, celle d’Azzedine Brahmi (médaillé de bronze aux 3000 mètre steeple de Tokyo) appartenant au « groupe Bouras », du Marocain Moulay Brahim Boutayeb (champion olympique du 10 000 mètres à Séoul 1988 et médaillé de bronze du 5000 mètres des championnats du monde de Tokyo 1991) et Mohamed Salem (entraîneur national de demi-fond de l’équipe nationale algérienne junior, celles des Azaïdj, Kohil, Gatte, Zoghmar, Benzaï, Hadef et Menaï, etc.) qui, ce soir-là, nous démontrèrent, que la compétition étant achevée, les champions pouvaient se conduire en êtres humains à la recherche de plaisirs de courte durée et se comporter en gais lurons, en jeunes adultes libérés des contraintes de l’internat ou de la caserne.
C’est au retour de cette promenade que nous rencontrâmes Amar Brahmia dans les couloirs de l’ «Hôtel Expo », sortant d’une chambre pour se rendre à l’ « Hôtel Princès Sophia » où devaient se trouver les frères Morceli. Il devait être deux heures du matin.
Il paraissait  satisfait de lui et nous dit : « Noureddine dort après avoir remporté la victoire. Je viens de faire ma part de travail ». Une façon de dire qu’il existait comme une sorte de répartition des tâches. L’un (Morceli) courant sur la piste et l’autre (Brahmia) de bureau en bureau et dans les couloirs d’hôtels ou d’administration ou accroché au téléphone. Une véritable énigme pour nous que cette présence et cette sentence.  
D’abord sa présence à l’ « Hôtel Expo » qui nous semblait à tout point de vue incongrue et cette phrase. Il nous expliqua qu’il venait de récupérer la prime de Morceli et que sa mission de manager pour cette compétition venait de s’achever pour le mieux. Nous n’eûmes même pas besoin de lui demander des explications qu’il sortit de son porte-documents le chèque que l’argentier du meeting (installé dans une des chambres, celle dont il venait de sortir) venait de lui remettre. Alors que rien ne l’obligeait, en tentant de cacher, avec son pouce, le montant (proche de 1 suivi de cinq zéros), il nous montra le nom du bénéficiaire : « Noureddine Morceli ». Dans son esprit, le plus important était de dissimuler le montant. Un montant que la documentation remise par le comité d’organisation lors de l’accréditation permettait de reconstituer.
En grande partie seulement. La prime de participation nous était inconnue et ne pouvait être indiquée dans les prospectus. Il suffisait simplement d’additionner la prime de victoire, la prime de performance (en fonction du chrono réalisé) et la prime de classement au Grand Prix pour nous rapprocher de la somme inscrite sur le chèque.
Rentré à Constantine, sur la base des données en notre possession grâce à ce déplacement éreintant jusqu’à Barcelone, nous avions pu déterminer qu’avec les primes et bonus du championnat du monde (IAAF et sponsors), le jeune (21 ans) Noureddine Morceli avait encaissé près d’un million de dollars.
De quoi attisé les convoitises et alimenté sans fin les discussions. Par cette rencontre imprévue, Amar Brahmia, dont la réactivité est réputée, avait le sentiment d’avoir prouvé, à un élément neutre ou du moins pas impliqué dans les magouilles du stade annexe, sa bonne foi. Sauf qu’Amar Brahmia ne savait pas que nous connaissions la notion d’ « endossement de chèque » qui permet à un tiers d’encaisser le montant d’un chèque.

Ceci étant, il est possible de comprendre que, compte tenu du niveau des compétitions aux quelles prenaient part Noureddine Morceli, le règlement du défraiement devait s’effectuer essentiellement grâce à cet instrument de paiement.

jeudi 6 octobre 2016

Polémiques (27), Rencontre surprenante avec N. Morceli


Dès les débuts de la relation entre Morceli et Brahmia, des rumeurs sont nées. Elles continuent d’ailleurs de resurgir lorsque l’on parle de cette relation ou surtout des rapports qui plus tard se sont établis entre les athlètes qui succèderont à Morceli et leur manager. Pour le dire crûment, ainsi que le raconte aussi bien ses détracteurs que ceux qui n’apprécient pas beaucoup le duo du « groupe Bouras », Brahmia auraient escroqué les athlètes dont il gérait les intérêts.
Y avait-il un brin de vérité dans cette relation ? Nous n’en savons rien. La rumeur qui était parvenue jusqu’à nous, à plusieurs centaines de kilomètres du stade annexe, devait être vraiment forte. Amar Brahmia nous en apporta la preuve après la finale du « Grand Prix IAAF-Mobil ».
Jusqu’à cette date du 20 septembre 1991, nous n’avions pas de véritables contacts avec le DTS du Mouloudia. Ni plus, ni moins qu’avec tant d’autres entraîneurs. Des salutations, des poignées de main comme il s’en distribue des centaines sur un stade lors d’une compétition quand on retrouve une personne que l’on vous a présentée et que vous ne pouvez ignorer quand vous la rencontrez à nouveau lors de la compétition suivante. Le respect des règles de la politesse. Rien de bien marquant. Ni dans un sens, ni dans l’autre. De notre point de vue, dans notre découverte de l’univers de l’athlétisme algérien qui avait dépassé, depuis quelques mois, les frontières de l’Est algérien, la priorité que nous nous étions assignée était faire ample connaissance avec les athlètes. Les entraîneurs et les dirigeants de clubs passaient au second plan.
C’est dans le courant de l’après-midi du 19 septembre 1991 que nous avons rencontré le « groupe Brahmia ». En fait ce jour-là, c’était un trio : le duo Morceli (Noureddine et Abderrahmane), accompagné de Brahmia, sortait de l’ascenseur. C’était après la rencontre avec le « groupe Bouras ». 
La rencontre fut surprenante sur tous les plans. Noureddine était installé aux Etats Unis depuis la fin de l’année 1988. Nous l’avions rencontré brièvement aux championnats d’Algérie Open de 1989 qui avaient vu le junior qu’il était battre les meilleurs coureurs algériens de 1500 mètres. Puis, (sans aucune certitude) aux championnats maghrébins d’Alger 1990. Ce ne furent certainement pas des rencontres qui auraient dû marquer son esprit.
Pourtant, en nous apercevant, Noureddine, à la stupéfaction générale - celle essentiellement des athlètes Américains (dont Michael Johnson et Florence Griffith-Joyner) occupés bruyamment à des jeux de société, Jamaïcains (Merlene Ottey) ou Roumaines - vint vers nous tout souriant et les bras grands ouverts.
Aujourd’hui encore, cette scène est pour nous incompréhensible. C’est certainement pour cela que nous en avons encore le souvenir. Etrangement, Abderrahmane Morceli et Amar Brahmia, bien que souriants, étaient eux aussi étonnés par ce comportement inexplicable (et à ce jour inexpliqué) du récent champion du monde. Une année plus, tard, après l’échec des Jeux Olympiques de Barcelone, Noureddine nous surprendra à nouveau par un autre accueil dépassant en chaleur humaine celui de l’ « Hôtel Expo ». Cette fois-ci, à Alger.
Le trio quittant l’hôtel réservé par les organisateurs à l’intention des athlètes et de leurs accompagnateurs pour se rendre à l’ « Hôtel Princès Sophia » où l’équipementier-sponsor du champion (Nike) avait mis des chambres à sa disposition, nous ne revîmes Amar Brahmia (qui nous intéresse le plus dans le cadre de cette chronique) que le lendemain matin, lorsque l’ancien coureur, en compagnie de son ami et ancien adversaire John Bicourt (8.22 au 3000 mètres steeple, participations aux jeux olympiques de Munich et Montréal, alors consultant pour une chaîne de télévision britannique), nous invita à courir le « petit mile » (course mise au programme en prélude aux épreuves du « Grand Prix IAAF-Mobil » à destination des entraîneurs, managers, dirigeants et journalistes permettant aussi de tester le matériel électronique) dont nous avait publié les résultats à l’occasion du 25ème anniversaire de la course.

Nous ne reverrons Amar Brahmia qu’à une heure tardive de la nuit dans les couloirs de l’ « Hôtel Expo » où le manager était à l’œuvre.

mercredi 5 octobre 2016

Polémiques (26), Derrière les billets verts


Certaines de ces informations, bruits de coulisse, rumeurs et autres ragots étaient intéressants, étaient porteurs de sens. Celle de l’organisation de la saison compétitive des deux champions, leaders chacun de son groupe, en faisait partie. Fallait-il privilégié l’organisation d’un programme de  3 ou 4 compétitions interrompues par un stage avant à nouveau de courir 3 ou 4 autres meetings (on parlait alors de la « méthode allemande » retenue pour Hassiba) ? Ou alors une série plus longue de courses très rapprochées (la « méthode américaine » que l’on disait être celle de Noureddine) ? La « guerre des écoles » sans que ne soit pris en considération le background de chacune d’elles. 
L’activité de manager de Brahmia dérangeait énormément. C’est elle qui avait induit cette « pseudo guerre » qui aboutissait irrémédiablement à un cul-de-sac, une impasse voulue, désirée par ceux qui l’avait déclenchée. Cette activité n’était pas encore bien connue. Elle détonait dans une organisation sociale profondément marquée par le « socialisme spécifique » et les conditionnements sociaux et psychologiques qu’il avait produit dans les esprits des Algériens avec une prédisposition manifeste pour toutes les formes d’assistanat.
Le « formatage » était puissant et ne laissait guère de place à la libre entreprise dont les jalons avaient été inscrits dans la législation algérienne générale et sportive. Amar Brahmia était, dans ce domaine, en avance sur son temps, sur les autres. Sur ceux que l’on considérera comme ses rivaux dans la « maison athlétisme ».
Noureddine participait fréquemment aux grands meetings. Ceux qui rapportent beaucoup financièrement. On comprend rétrospectivement que cette manne, comptée en dollars, fasse jaser. Sans être encore un champion, Noureddine remportait des courses, réalisait des résultats de bonne valeur internationale. Il appartenait incontestablement à l’élite mondiale et était perçu comme un outsider sérieux pour les titres. Sa valeur financière augmentait régulièrement avec les performances et son attitude combative en course qui tranchait nettement avec l’attentisme des autres athlètes Algériens. Des chronos certes mais aussi du panache. Noureddine donnait le spectacle attendu par les spectateurs et les téléspectateurs.
Sur cet aspect de la carrière de Hassiba, les informations étaient rares, quasiment nulles. Ses détracteurs et ceux de Bouras disaient que sa côte, à la bourse des valeurs athlétiques, n’atteignait pas celle de Noureddine. On peut le comprendre, le mot « parité » n’était pas encore intégré dans le discours.
Dans le camp Bouras, la transition de l’amateurisme au professionnalisme déclaré n’a pas été aisée. Pourtant, les intérêts financiers, la participation de Hassiba avaient été pris en charge par Enrico Dionisi, un manager connu dans le circuit international. Amar Bouras, à son contact, devait donc appréhender correctement les us et coutumes régissant le fonctionnement des meetings.
Nous avons souvenir que grâce à ses contacts cubains, il avait permis la participation des athlètes de l’ile de la mer des Caraïbes aux meetings internationaux de Constantine. Par ailleurs, les athlètes constantinois (Gatte Ryad et ensuite Tarek Zoghmar), membres du « groupe  Bouras » et, à ce titre, partenaires d’entraînement de Hassiba Boulmerka, servaient aussi de traducteurs lors des rencontres entre les organisateurs ou les représentants de la presse locale et les membres de la délégation cubaine. En 1996, Amar Bouras avait intercédé pour que les primes de résultats des athlètes cubains, de petites sommes (500 dollars) versées de la main à la main ne soient pas remises dans leur intégralité au chef de la délégation et qu’une partie le soit entre les mains des athlètes bénéficiaires.
Les rivaux de Brahmia avaient beau jeu de lier les nombreuses courses de Noureddine avec la cupidité,  la rapacité, l’appât du gain qui aurait été à l’origine d’une véritable boulimie  chez Amar Brahmia, celle d’accumuler les beaux billets  verts qui, comme toutes les autres devises étrangères, faisaient se pâmer d’envie toute la population algérienne.

La relation de partenariat entre l’athlète (Morceli) et le manager était-elle adossée à un contrat ? Nous ne serions l’affirmer ! Une certitude. En 1991, le duo semblait fonctionner à merveille pour le bénéfice des deux parties.

mardi 4 octobre 2016

Polémiques (25), Les commères des stades

La dame que Saïd Aouita nous désignait du regard était, une demie heure avant notre rencontre avec le champion marocain, déjà présente aux accréditations. Elle était alors engagée dans une discussion animée  avec la préposée à cette opération. Alors que notre enregistrement était en bonne voie, nous avions demandé incidemment à la préposée si Noureddine Morceli était arrivé.
Dans notre logique de journaliste algérien (il faut dire peu au fait des dessous de ces grands meetings) qui est aussi celle du grand public ou plus exactement se confond souvent avec celle des passionnés d’athlétisme avides de résultats, performances et autres records, sans en connaitre l’arrière-plan, nous avions pensé, intuitivement, spontanément, sans aucune arrière-pensée que la récente victoire-surprise d’un Algérien inconnu aux championnats du monde de Tokyo aurait suscité l’attention des uns et des autres, marqué les esprits des Autres. En fait, il n’en était rien. Nous étions bien loin de la réalité.
Pourquoi avoir choisi Noureddine ? Nous avions cru que son nom serait plus familier que celui de Hassiba. Il était plus présent dans les meetings du « grand cirque » que l’athlète constantinoise.
Pour la préposée aux accréditations, comme pour beaucoup d’autres amoureux de la discipline dispersés à travers la planète, Morceli était un parfait inconnu. Ils (Noureddine et Hassiba) n’appartenaient pas encore à leur sphère de proximité. Même le doublé (deux athlètes représentants d’un même pays, peu connu à ce niveau de compétition, remportant la course du 1500 mètres chez les dames et les messieurs) n’avait pas vraiment accroché ou avait été oublié rapidement.
 C’est alors que l’autre dame (celle dont Aouita nous dira plus tard qu’elle était la directrice du meeting d’Helsinki) s’adressa à nous : « Monsieur, personne ne connait Morceli. Demandez Brahmia et vous aurez immédiatement la réponse à votre question». Une interpellation stupéfiante s’il peut en être. Presque le monde à l’envers. Le nom de l’athlète, que tous les téléspectateurs ont pu voir remporter la victoire, n’est pas retenu alors que celui de l’homme de l’ombre (le manager) est le mot de passe, le sésame inattendu.
Etonnamment, nous apprîmes ce jour-là que pour la grande majorité des membres de l’organisation d’un meeting et pour le bon déroulement de celui-ci, le nom des champions invités à constituer le plateau n’est pas la chose la plus importante à connaitre. La plus sérieuse était au contraire le « groupe » auquel ils appartiennent, le nombre de personnes qui le constituent et dont il faut s’occuper, qu’il faut prendre en charge. Une question de logistique plus que notoriété individuelle, de palmarès. Nous en aurons confirmation plus tard avec le meeting de Constantine.
En quelques mois (ceux précédant les titres mondiaux de Hassiba et Noureddine), le « groupe Brahmia » et le « groupe Bouras » (mais avant tout les résultats de Noureddine Morceli et de Hassiba Boulmerka) nous avait obligés à nous intéresser à nouveau à la tournée mondiale des meetings. Leurs participations à ces meetings de qualité incitaient à lire, dès leurs tombées sur les téléscripteurs, les dépêches des agences de presse (AFP et Reuter) pour en connaitre les résultats et à orienter « les grandes oreilles » vers les sources de production et/ou de transmissions d’informations.

Le « groupe Brahmia » et le « groupe Bouras » ont été au cœur des discussions et des polémiques. Les résultats sportifs bien évidemment mais aussi les « à-côtés » sulfureux. Partout sur le territoire national, au sein des viviers de l’athlétisme, sur tous les stades et essentiellement au « stade annexe » et dans les coulisses des compétitions nationales, on rapportait la « dernière info » (vraie ou fausse) sur l’un ou l’autre des deux groupes. Les commères des stades avaient précédé celles des hammams.

dimanche 2 octobre 2016

Polémiques (24), Notoriété internationale précoce

 Ce que l’on ne sait pas (ou plutôt que l’on feint d’ignorer du côté du Sato et de la FAA, où l’amnésie est flagrante y compris lorsqu’il faut se souvenir des anciennes gloires de l’athlétisme) c’est que la vocation de manager est apparue très tôt chez Brahmia. C’est Saïd Aouita qui nous a mis la puce à l’oreille le 19 septembre 1991, la veille de la finale du « Grand Prix IAAF-Mobil » s’étant disputé à Barcelone.

Arrivé très tôt ce matin-là au QG du comité d’organisation de la compétition, premier journaliste accrédité, après un long voyage en train de nuit de Madrid à Barcelone, nous avons intercepté, en fin de matinée, le champion marocain qui  déambulait en solitaire, de vitrines d’exposition de produits artisanaux locaux en vitrines d’exposition, dans le hall de l’ « Hôtel Expo », situé à quelques pas de la gare ferroviaire de la capitale de la Catalogne.

Surpris d’être interpellé en arabe (El Djazeera, BeIN Sports n’avaient pas encore envahi la sphère médiatique), après présentation, Saïd Aouita (avec cette modestie, cette retenue et cet enthousiasme qui semblent être un élément de la première impression que nous avons perçu en rencontrant et en discutant avec de grands champions arabes tels que Morceli, Benida, Gammoudi, Moulay Ibrahim Boutayeb) a bien faire voulu faire conversation avec nous. Sans protocole aucun! L’absence  de micro, de stylo, de bloc-notes avait sans doute facilité le contact et la discussion. Une discussion très décontractée entre personnes de bonne compagnie.
Saïd Aouita était au crépuscule de sa carrière. Quelques jours plus tôt, Noureddine Morceli avait conquis le titre mondial du 1500 mètres (Tokyo). Contrairement à la roumaine Doina Melinte qui eut une réaction négative lorsque notre confrère Abdenour Belkheir l’a questionna un peu plus tard au sujet de Hassiba Boulmerka, Saïd Aouita semblait n’avoir aucun problème à transmettre le témoin et à parler de son « jeune frère » Noureddine qui, selon les propos qu’il nous avait tenu, avait toutes les qualités pour être le miler de la décennie 1990. Son compatriote Hichem El Gueroudj n’avait pas encore montré le bout de son nez.
Nous, Algériens connaissons cette expression très protocolaire qui, lorsqu’elle est dite en arabe, marque la hiérarchie, la préséance mais aussi une certaine condescendance de la part de l’ancien vis-à-vis du nouveau venu. Pourtant, dans la bouche de Saïd Aouita, l’expression avait une autre consistance, une autre signification que nous n’avions pu saisir.
Nous ne maitrisions pas la relation entre le champion marocain et les athlètes algériens. Nous avions peu d’informations sur ce sujet. De plus, le contexte politique et les relations diplomatiques tendues entre les deux pays voisins prédisposaient à une formule protocolaire, celle qui fait des musulmans des « frères ». Devant notre surprise (intuitivement, la formulation semblait vouloir dire autre chose), Saïd Aouita nous dit qu’il considérait Abderrahmane Morceli et Amar Brahmia comme étant « ses frères ainés ».
Encore une formule relevant du même registre, avons-nous pensé.  Celui des formules de politesse ampoulées comme on en décèle à profusion dans les discours des sujets des monarchies arabo-musulmanes et des citoyens des nations ayant connu l’idéologie arabo-baathiste avant qu’elles (les formules) ne soient mises à la sauce religieuse. Une de ces expressions que l’on entend à la radio ou à la télé quand les représentants diplomatiques parlent de relations internationales.
Saïd Aouita, comme si de rien n’était, nous expliqua alors qu’il devait sa réussite sportive aux athlètes Algériens - plus particulièrement à Abderrahmane Morceli et à Amar Brahmia - qui lui avaient permis, à ses débuts internationaux, de s’engager et de participer aux meetings d’athlétisme qui comptent, ceux où il allait s’illustrer, ceux qui feront sa renommée et ceux qui le virent battre des records du monde. Brahmia et A. Morceli  lui avait mis le pied à l’étrier. Il nous dit : « sans eux, je ne serai pas ce que je suis ».   

A un moment de la discussion, Saïd Aouita nous désigna une dame installée à côtés de l’espace réservé aux accréditations. Une dame, blonde, grande, aux apparences de lanceuse, ne répondant pas du tout au profil des ibériques. Une dame avec laquelle nous avions eu à notre arrivée, au moment des formalités de notre accréditation, un échange surprenant. « Cette dame, c’est Amar Brahmia qui me l’a fait connaitre. C’est la directrice du meeting d’Helsinki », nous dit Saïd Aouita.

samedi 1 octobre 2016

Polémiques (23), La triple casquette de Brahmia

Sur le plan de la réalisation de son programme de préparation et de compétitions (la partie essentielle de son programme d’activités), la section athlétisme du Mouloudia n’est pas totalement dépendante des ressources financières de l’Etat. Son autonomie financière est plus grande que celle de n’importe quel autre club. Son assise financière (les fonds dont elle dispose) également. Nous n’exagérerons pas trop en affirmant que, de ce point de vue, elle est bien    mieux dotée que la fédération algérienne d’athlétisme.  
Si l’on se penche sur la saison sportive des athlètes du Mouloudia, on se rend compte qu’ils étaient avantagés par rapport aux autres membres des E.N. En effet, le programme de préparation et de compétitions des meilleurs d’entre eux (ceux qui appartiennent aux équipes nationales) est caractérisé par la possibilité de doubler les opportunités de travailler sérieusement en permettant de faire  figurer, à la fois et successivement, les actions inscrites dans le planning du club et celles qui, au titre des compétitions internationales inscrites au calendrier fédéral, relèvent de  celui de la fédération. Comme diraient les économistes, les athlètes du Mouloudia disposent d’un avantage comparatif par rapport aux athlètes licenciés dans les autres clubs. Un nouveau point d’achoppement.
Beaucoup de cadres de la fédération n’y ont pas vu d’inconvénients majeurs. Bien au contraire, cette dualité de programmes coordonnés était finalement, de leurs points de vue privilégiant la représentativité et le résultat des équipes nationales, tout bénéfice pour l’athlétisme algérien. Sauf…..pour les entraîneurs dont la vision se limite à leurs intérêts personnels et égoïstes et qui ne peuvent accéder à un supplément, un complément de la part d’une organisation extérieure à la fédération. Certaines mentalités n’étaient pas prêtes aux concours extérieurs. La coordination des moyens n’étant pas leur principal souci.
Nous n’étions pas très proches du Mouloudia mais nous avons pu constater (à travers la ligue d’athlétisme de Constantine ou des clubs) qu’il suffisait quelque fois de s’adresser à ses dirigeants ou à ses entraîneurs, demander leur collaboration ou leur partenariat pour que tout soit mis en œuvre pour que le solliciteur obtienne satisfaction. Le Mouloudia n’était pas totalement replié sur lui-même. La notion de partage faisait partie de l’ADN du club. Même si, pour reprendre une expression entendue récemment, ils en profitaient pour « draguer » les athlètes.
Le mouvement sportif national s’est engagé dans la voie du professionnalisme d’Etat avec la « Réforme sportive ». Pratiquer un sport était devenu un métier avec, pour un athlète de valeur nationale et internationale, la certitude (s’il savait se prendre en charge, s’il avait un projet personnel) que son avenir était assuré. Mais, le bonus, la récompense pour un résultat pour une victoire exceptionnelle manquait à la panoplie des motivations.
C’est à cette même période (fin des années 1970, les premières années de la « Réforme sportive ») que l’athlétisme mondial a commencé à perdre son « amateurisme » en rémunérant à la fois la participation des meilleurs athlètes et la réalisation de performances. Les compétitions athlétiques (les meetings les plus importants qui n’étaient pas encore intégrés dans un circuit de compétitions) ont vu l’apparition d’une nouvelle activité, celle des managers, des agents d’athlètes servant de courroies de transmission entre les athlètes et les organisateurs. Le sponsoring d’athlètes, les partenariat équipementiers sportifs-champions connaissaient leurs premiers pas.
En Algérie, cette activité de manager a été révélée au grand public par le duo Amar Brahmia-Noureddine Morceli avec concomitamment les premiers succès mondiaux de l’athlète de Sidi Akacha. Cette apparition dans le jargon athlétique est donc à dater à partir de 1990-1991 qui voit deux innovations dans le sport algérien qui sont la participation de Noureddine aux meetings d’athlétisme les plus renommés et la signature d’un contrat avec Nike venu concurrencer les firmes allemandes (Adidas et Puma).
L’officialisation de cette activité interviendra un peu plus tard avec la mise en place de conditions d’exercice de l’activité et d’un « contrat-type de manager d’athlètes » définissant la relation entre les deux parties (manager et athlètes). C’est à partir de là qu’est née la confusion entre le groupe d’athlètes réunis autour d’un entraîneur (méthode commune d’entraînement) et le groupe d’athlètes dont les affaires, les intérêts sont gérées par un manager. Brahmia portera alors une triple casquette : entraîneur, directeur technique sportif du club et manager. Les ingrédients pour accroitre la confusion, pour attiser la guerre des égos.