jeudi 20 octobre 2016

Polémiques (36), La cryothérapie du meskine

La cryothérapie (ou les soins prodigués aux sportifs par le biais du froid) fait partie de la littérature sportive depuis très longtemps. Un moyen de récupération des efforts fournis, d’empêcher les courbatures et tant d’autres effets négatifs de l’entraînement intensif qui est celui imposé au sportif de haut niveau. Des effets qui pourraient perturber sa préparation, l’empêcher de réaliser son programme d’entraînement ou lui occasionner des blessures qui retarderaient sa progression.
La cryothérapie appartient à la légende non pas urbaine mais athlétique. Elle fait partie des mythes réparateurs véhiculés depuis des siècles dans des contrées, des civilisations pourtant séparées par la distance et le temps.
Il y a un demi-siècle, lorsque nous épluchions les articles publiés dans la presse spécialisée et dans les magazines (très rares) qui trouvaient périodiquement place sur les étals, nous avons souvenir que les entraîneurs préconisaient différentes méthodes pour éliminer la fatigue. On ne parlait pas encore de toxiques et autres lactates qui se dissimuleraient dans les muscles et que l’on n’a mis en évidence que plus tard. Parmi ces méthodes figuraient le chaud  symbolisé par la douche à l’eau chaude et par le hammam turc, le sauna finlandais (bain de vapeur chaude suivi d’un plongeon dans l’eau glacée des mares, étangs, lacs, fjords des pays scandinaves, baltiques et slaves) et la succession chaud-froid popularisée par la célébrissime douche écossaise. 
Vint ensuite la thalassothérapie (bains d’eau de mer et/ou d’algues souvent projetée sous pression sur les corps endoloris) que l’on retrouve dans les programmes de préparation, dans les sessions de stages ouvertes (contre rétribution) au grand public de l’autre côté de la Méditerranée. Hormis la thalassothérapie, les autres appartiennent à une époque où l’eau n’était pas courante dans les robinets de France et de Navarre, des départements et territoires d’outre-mer dont notre pays avait fait partie. Lorsque la douche à domicile était un luxe inaccessible à beaucoup. A moins de chauffer les bassines d’eau.
 Nous avons le souvenir d’une photo publiée par Azzedine Talhi (entraîneur de Triki Yasser Mohamed Tahar, 4ème de l’épreuve du saut en longueur des championnats du monde junior de cette année 2016) nous montrant son athlète utilisant les installations de cryothérapie du centre de préparation olympique de Formia (Italie) puis, quelques jours après, une autre photo montrant Larbi Bourraâda (5ème du décathlon des jeux olympiques de Rio) plongé dans une baignoire installée au stade annexe. Une baignoire de récupération dans laquelle surnagée une quantité de bouteilles d’eau congelée pour une séance de cryothérapie du pauvre. Ces deux photos ont été diffusées pendant les vacances de printemps.
La photo de Larbi Bouraâda sera partagée des centaines de fois sur Facebook et exploitée, en pleine « crise de Rio », par les télévisions clandestines privées, pour servir de témoignage et de preuve de l’insignifiance des moyens  de préparation mis à la disposition de l’athlète de haut niveau auquel les pouvoirs publics n’auraient accordé que peu d’attention.
Ce n’était en fait qu’une escarmouche de la guerre engagée par Mahour-Bacha (initiateur de cette supercherie) contre le Comité olympique algérien et ensuite contre la commission de préparation olympique présidée par l’ennemi intime, Amar Brahmia qui, lorsque les circonstances le voulurent,  fut son allié contre les dirigeants en poste à la fédération d’athlétisme.
Ahmed Mahour Bacha est, il faut en convenir, un redoutable stratège. Dès le printemps, après le forfait de Larbi Bourraâda aux championnats du monde indoor, sous le prétexte d’une blessure au dos (dont Zahra Bouras dévoila à la télévision l’inexistence) Mahour Bacha et Amar Bouras (père de Zahra et président de la FAA) savaient que la course à la médaille (de bronze) inscrite dans les objectifs de l’entraîneur et de la fédération était mal engagée. Il leur fallait prévoir la campagne de retraite et d’escarmouches déjà matérialisée dans la réaction à l’ « affaire Lahoulou ».

L’opinion publique algérienne est crédule. Les entraîneurs d’athlétisme (bien qu’échaudés) le sont presque autant. La publication de la photo a participé à la manipulation des esprits candides. 

mercredi 19 octobre 2016

Polémiques (35), Dans les coursives des harems


La Fédération Algérienne d’Athlétisme est ouverte à tous les vents. A tous ceux qui préparent, qui anticipent leurs avenirs au sein du mouvement athlétique. Mahour Bacha, en publiant sans aucune retenue sur Facebook, a fait la démonstration que les tiroirs, les placards (et d’une manière générale les archives) ne sont pas à l’abri des regards indiscrets et des mains indélicates.
Nous devons supposer que Brahmia n’est pas indemne de ce genre de pratiques qui font partie de nos mœurs. Certainement, il doit lui aussi disposer de documents et d’informations de tous ordres qui pourraient nuire à la crédibilité et à l’honnêteté affichées ostensiblement par Mahour Bacha et de ceux qui lui font escorte. En fait, il n’y a rien de bien nouveau sous le ciel méditerranéen et d’autres régions du monde où la modernité - matérialisée  par les scans et le piratage des systèmes informatiques, des activités devenues si  banales ailleurs mais ne  risquant de se produire dans notre société avant longtemps - a remplacé les photocopies.
 Ces pratiques sont connues depuis la nuit des temps. Sut tous les continents. Elles ont marqué la vie sociale des civilisations numides enrichie par les apports des cultures grecques, romaines et puniques. Elles ont pris une importance particulière  dans les cercles des  pouvoirs multiples nés sur les vestiges des cours royales et princières et de la Régence d’Alger.
Dans les cercles deylicaux et beylicaux, dans leurs diwans et dans leurs harems, la survie des janissaires de l’Ojak et des eunuques (castrés pour ne pas être tentés par les charmes des esclaves sexuelles, butins des raïs, rois de la course en  mer Méditerranée, offertes aux maîtres des lieux) était liée à un culte particulier, minutieusement entretenu et perfectionné, celui de la quête multimillénaire des secrets salvateurs permettant de faire face aux nombreux  retournements de situation, en prévision d’une parade aux coups de poignards assenés dans le dos des rivaux, ou au  versement dans les boissons de poisons préparés par les alchimistes de renom et aux complots d’alcôves qui rythmaient leurs existences.
Ce sont les séries télévisées « Hareem Sultan » et « Games of Thrones » qu’il faut avoir à l’esprit en se penchant sur le fonctionnement de cette fédération. Un chevalier, un seigneur, un guerrier de cette époque lointaine, conscient des enjeux, se serait écrié : « Garde moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge ».
A la FAA, ce sont les scribes et gestionnaires de la caisse, prétendument féaux, tout en courbettes et salamalecs, qui dirigent les poignards et les plateaux de boissons empoisonnées tout en escamotant, en habiles prestidigitateurs qu’ils sont, la documentation au potentiel nuisible…..pour eux et pour leurs complices et exhibant avec ostentation (aujourd’hui sur Facebook) celle qui est susceptible de porter préjudice à leurs rivaux.
Les accusations portées par les uns contre les autres n’ont pas changé au cours des décennies. On est cependant passé de la fédération – agence de voyage à la dilapidation des deniers publics, à la mauvaise gestion des fonds mis à la disposition de la fédération par les pouvoirs publics.
C’est une accusation de ce genre ou plus exactement les arguments de défense présentés par Mahour Bacha (pour soutenir un de ses amis ou de ses imitateurs) qui ont mis le feu aux poudres, au printemps dernier, avec l’ « affaire Lahoulou », du nom de l’athlète qui fut concerné par l’organisation d’ un stage à l’étranger (Doha) qui occasionna de la part de son entraîneur des dépassements repérés incidemment par les membres de la CPO (commission de la préparation olympique). L’entraîneur et le kiné sont partis après les athlètes et sont rentrés avant eux. Ils postulaient au paiement des indemnités sur la base d’un séjour de même durée que celui des athlètes.

Sauf que la machination a été éventée, avons-nous appris, tout à fait par hasard lorsque nos deux lascars ont été surpris circulant dans Alger alors qu’ils étaient censés être en pays étranger encadrant un groupe d’athlètes dont le plus représentatif fut Abdelmalek Lahoulou, future demi-finaliste olympique du 400 mètres haies. 

mardi 18 octobre 2016

Polémiques (34), FAA, « Dar khali moh »

Les pères fondateurs de la psychanalyse moderne (s’ils étaient encore de ce monde) auraient fait de l’athlétisme national un terrain d’enquête où ils auraient pu à loisir expérimenter leurs théories, révolutionnaires au début du XXème siècle.
Sigmund Freud aurait été certainement contraint de délaisser le divan - qui avait vu naitre la notion de libido, puis celle d’« Eros et Thanatos » (l’amour et la mort) - pour puiser les éléments de  son analyse sur les tapis de chute du saut en hauteur ou du saut à la perche, deux épreuves que certains de nos entraîneurs (versés dans les compléments alimentaires)  apprécient au point d’en abandonner toute pudeur et rigueur éthique.
Carl Gustav Jung l’aurait accompagné au cœur des mythes qui meublent les profondeurs de la psyché. Tous les deux (ainsi qu’Alfred Adler) se seraient sans doute plonger avec délectation dans l’inconscient collectif d’une discipline sportive à la recherche d’elle-même dans un monde déphasé. Un monde qui a perdu ses valeurs, celles portées très haut par tant de champions - qui n’avaient pour seul viatique qu’un peu de lait de chèvre et de couscous (à dire très vite pour ne pas être entendus par des auditeurs qui savent que la galette de on ne sait quelle céréale et les plantes des champs passaient très difficilement dans le gosier) - tombaient les armes à la main.
Aujourd’hui, tandis que nos champions disposent de moyens que n’auraient jamais imaginés leurs aînés, nos entraîneurs se jettent à la figure des accusations de dopage, déballent en public un linge si sale que les blanchisseries utilisées par les maffias du blanchiment d’argent ne pourraient lui rendre sa virginité.
Amar Brahmia a le beau rôle quand il rappelle sans le nommer (tout en sachant que tout le monde sportif algérien sait de qui il s’agit) que l’un des encadreurs de l’élite nationale a vu (à la fin de la précédente olympiade) deux de « ses athlètes » (désignés pour rapporter des médailles africaines et olympiques) pris en flagrant délit de dopage lors de compétitions se déroulant hors des frontières nationales.
Son contradicteur (Ahmed Mahour Bacha) n’y est pas allé de main morte, en rapportant sur Facebook, qu’il y a quelques années, trois athlètes du manager Brahmia auraient été impliqués dans un « no show ». Les milieux de l’athlétisme algérien et mondial savent que N. Morceli (comme tous les grands champions depuis les Jeux olympiques de Séoul 1988) a été soupçonné de se doper. Tout comme Hassiba Boulmerka dont l’entraîneur (circonstance aggravante) promouvait la « préparation biologique ». Nos deux champions étant indemnes de telles accusations, les contrôles ayant été négatifs, nous tournerons donc la page.
Un « no show » est l’absence d’un athlète (répertorié dans le fameux système Adams qui enregistre les athlètes d’un certain niveau que les instances sportives internationales ont à l’œil ou du moins suivent de près. Il s’agit pour elle de s’assurer qu’il ne pratique pas des jeux interdits par l’éthique sportive) à un contrôle inopiné.
Comme par hasard, le contrôleur qui est sensé disposer de toutes les données pour trouver à une heure précise et en un lieu indiqué dans la base de données Adams, s’en est enquis auprès de Mahour Bacha et de son athlète. Nous devons donc supposer que les trois athlètes de Brahmia et celui de Mahour Bacha auraient dû se trouver au même endroit et à la même heure. Logiquement au stade annexe du stade du 5 juillet.
Les trois athlètes étant absents, un « no show » est obligatoirement prononcé. Ce « no show » n’a aucune conséquence immédiate. Il correspond à l’inscription dans le dossier de l’athlète à une absence non autorisée dans une administration. L’athlète peut s’en "permettre" trois pendant une période déterminée (18 mois initialement avant un raccourcissement à 12 mois) avant que s’en suive une sanction (suspension pour « no show » qui n’est pas une sanction pour dopage, contrairement à ce que voudrez nous faire croire AMB).
La sanction (ici le « no show » qui est une notification d’absence) est adressée à la fédération et à l’athlète. Certainement pas à un illustre inconnu serait-il Ahmed Mahour Bacha ! Lequel prétend en avoir été destinataire alors qu’il n’a aucune relation avec les athlètes concernés.

Si cette information est véridique, cela suppose un détournement de courrier au niveau de la fédération, nous à conclure que la FAA est « dar khali Moh », une passoire, une auberge espagnole. Tout, sauf une instance sportive respectable.

lundi 17 octobre 2016

Polémiques (33), L’esprit de contradiction


Rétrospectivement, en  s’appuyant sur les discours sociologiques portant sur la reproduction des élites sociales, on peut comprendre  que les membres connus de la famille de Brahmia (ses frères Abdelbaki et Nacer) puissent appartenir à la fois à l’élite sportive et intellectuelle. Une meilleure connaissance de son milieu natal, familial (limite Sud des monts Aurès), du pays chaoui dont il s’est revendiqué (nous semble-t-il pour la première fois) au retour des jeux olympiques de Rio, au lieu de renvoyer à Annaba à laquelle son accent le rattache. L’antique Bouna, port cosmopolite et cité d’antique civilisation où Saint Augustin exerça son ministère chrétien, était jusqu’alors sa ville d’élection. Cette déclaration d’appartenance, identitaire, est un élément de meilleure compréhension.
Il faut aussi observer qu’en Kabylie, espace géographique et culturel où une forme de laïcité et de démocratie  traditionnelle, « archaïque » si l’on en croit des hommes politiques contemporains, où la dimension religieuse était moins marquée (dans la seconde moitié du 20ème siècle) que dans le reste du pays, il existait (et il existe toujours) des familles maraboutiques (les merabtines), dont l’existence s’appuyait sur les principes, les rituels et les formules discursives empruntées à  l’Islam traditionnel, formant un microcosme très contrasté par rapport au reste de la population de la région.
A Chlef, Un peu après sa déclaration fracassante, lorsque ses pairs sportifs, ayant enfin compris ses intentions, le sommèrent quasiment de s’expliquer, il dira qu’en apportant son soutien au parti islamiste et en appelant à voter pour lui, il manifestait une réaction à une transgression d’une convention informelle conclue entre cadres sportifs, celle de ne pas interférer dans le débat politique, avec pour noble objectif  de ne pas mêler sport et politique..
L’association algérienne des cadres du sport (AACS) étant passée outre, il avait décidé de choisir le camp diamétralement opposé. Nous nous engageons sans doute excessivement en percevant dans cette attitude le pur esprit de contradiction que les Chaouis ont érigé en symbole identitaire et héritage sociétal. Pourtant, cela y ressemble grandement. Dans un souci chronologique, nous  rappelons également que cette déclaration explicative eut lieu quelques heures avant la diffusion de son intervention sur les écrans de télévision.
L’image de Brahmia a été indélébilement (en réalité à chaque fois que l’on a voulu s’opposer à ses démarches) marquée par cette intervention télévisée par laquelle il apporté son soutien au parti islamiste. Des membres de la « famille de l’athlétisme » nous ont rappelé opportunément que les Mahour Bacha, Bouras et Brahmia ont su s’associer pour la défense de leurs intérêts communs et empêcher les représentants de la « troisième force » de diriger la fédération lorsqu’ils en marquèrent l’intention.  
Comme certains des habitants d’Annaba (mais aussi de ceux des villes historiques telles qu’Alger, Constantine, Bejaïa, etc. où le repère de la citadinité s’explique en grande partie par le repli dans les vieilles villes, les casbahs et autres médinas), Ammar Brahmia propose à son environnement une attitude qui est à la fois exubérante et quelque fois agaçante, beaucoup trop souvent en porte-à-faux avec son entourage. Une attitude susceptible d’être abordée et examinée dans une double opposition à la fois culturelle et sociologique : citadinité vs ruralité d’une part et bourgeoisie (grand, petite, historique ou en construction) vs prolétariat, d’autre part.   
Cette attitude, parfois emphatique et souvent exhibitionniste, empruntant également à la gouaille et à l’épate  méditerranéenne partagée entre autre avec les Marseillais, à un moment donné, par effet de contamination, a atteint Noureddine Morceli. En particulier, après les jeux olympiques de Barcelone 1992, lorsque l’échec du coureur de Sidi Akacha fut expliqué par l’emprise que le parti dissous aurait exercée, via Brahmia, sur « son » athlète.
Ce fut lors de notre seconde rencontre avec Noureddine, sur les hauteurs d’Alger que nous pûmes nous rendre compte qu’en cette fin d’année 1992, le champion n’était pas le jouet que l’on supposait. Le ténébreux Noureddine était beaucoup plus chaleureux qu’il n’y paraissait et possédait une personnalité charmeuse. En un quart d’heure, le temps d’une prière, il nous montra combien il était agacé par la pratique religieuse ostentatoire de son manager et par ses relations avec quelques techniciens du Mouloudia qui affichaient ouvertement leur appartenance : « Il n’est pas comme eux pourquoi le fait-il croire ? ». Brahmia, avons-nous compris, était prisonnier de l’image qu’il s’était donné. 

dimanche 16 octobre 2016

Polémiques (32), Le contexte politique

L’intervention télévisée de Brahmia se situe au début de l’ « aventure islamiste ». Il est nécessaire de le préciser pour éviter tous les amalgames (comme le font avec dextérité aujourd’hui ses  détracteurs) pouvant naître d’une analyse des faits près d’un quart de siècle après leurs survenues et évidemment de la connaissance que nous avons des dommages économiques, sociologiques et psychologiques (sabotages, destructions, accélération de l’exode rural, égorgements, viols, etc.) causés à la société algérienne. Des faits qui l’ont profondément marquée et continuent de la révulser.
Le FIS est alors un parti politique agréé par l’Etat algérien. A ce titre, il participe aux débats politiques et aux élections. Parti politique d’opposition, il puise ses références idéologiques dans le terreau d’une des « constantes nationales » (la  religion). Il a réussi, par le prosélytisme ambiant (le FLN avait réussi à imposer sa suprématie partisane en instrumentalisant l’ « article 120 » en tant que levier à une carrière dans les différentes structures et rouages de l’appareil de l’Etat) à déplacer le centre de production du discours politique de la Kasma FLN vers la mosquée et à remplacer le discours politique lui-même  par le prêche politico-religieux prôné depuis les minbars.
D’ailleurs, tout comme le « FLN historique » rassemblait toutes les tendances idéologiques et politiques promouvant le recouvrement de la souveraineté nationale, le « Front » Islamique du Salut se voulait un regroupement des différents courants politico-religieux existant à l’époque.
A ce moment-la, rien ne laissait présager le raz-de-marée islamiste qui marquera le dépouillement des bulletins de vote. La majorité du peuple algérien, crédule et bernée entre autre par l’utilisation des innovations technologiques (laser dans le ciel d’Alger) et les incantations, accordera sa préférence au programme du FIS.
Comme nous l’avons écrit dans la précédente chronique, sur l’esplanade de Chlef, les gens venaient, saluaient les présents, écoutaient un peu (et surtout) la péroraison de Brahmia qui sait captiver les auditeurs puis repartaient à leurs occupations présentes : inscriptions à la course, dispositions à prendre pour l’hébergement de leurs délégations, etc.
L’annonce de Brahmia a été un coup de tonnerre dans le ciel bleu de Chleff. Des débats qui se sont immédiatement instaurés sur cette esplanade, il ressortait qu’une telle déclaration était à la fois inattendue et ne correspondait pas aux idées qu’il avait précédemment laissé transparaître.
Nous avons gardé en mémoire que certains des champions présents furent ses compagnons pendant les campagnes internationales de l’équipe nationale. Dans les différents groupes qui se sont constitués, le leitmotiv était que Brahmia s’était fait remarquer par sa piété, par une pratique religieuse constatée dès qu’il eut accès aux EN. Une pratique normale, sans les excentricités et les extrémismes et les particularismes qui semblaient le lot du moment.
Mieux, il n’avait aucun inconvénient à côtoyer, à parler, à serrer la main  des athlètes féminines avec lesquelles il aurait eu un comportement tout à fait normal en milieu sportif. Et encore moins avec certains de ses coéquipiers dont les penchants pour certains excès étaient connus et furent rapportés. Il n’aurait exprimé ou montré aucune gêne pour des comportements et des habitudes qui ont freinés la carrière de quelques-uns. Nous avons retenu que pour tous les commentateurs, sa pratique religieuse dont nous dirons aujourd’hui, pour reprendre un terme à la mode, était celle d’un Islam modéré, celui de nos parents.
Le mode de pensée de Brahmia était perceptible dans toutes ses participations à des discussions qui étaient marquées par les références religieuses. En fait, elles ne l’étaient guère plus que celles des habitués des mosquées et/ou des zaouïas. Un discours, une énonciation entièrement marquée  par ses penchants religieux.

Aujourd’hui, avec le recul, et à la lumière des explications sociologiques de Mohamed Hamouni et de la description ethnologique de Mouloud Mammeri, on pourrait expliquer le comportement antérieur de Brahmia par l’influence du milieu dans lequel il a vécu. 

samedi 15 octobre 2016

Polémiques (31), Le soutien au parti islamiste

L’annonce du passage à la télévision d’Amar Brahmia, bien qu’elle ait été faite sur un ton sentencieux, ne fit pas grand effet. En ces temps-là, la réussite sportive de Noureddine Morceli était l’opportunité idoine pour faire de son manager l’invité très spécial des émissions sportives de la télévision publique qui était seule dans le paysage audiovisuel algérien. A ce que l’on racontait alors, LE manager de référence en Algérie n’en demandait pas tant. Lui qui était l’habitué, le client des plateaux  télévisés. A vrai dire, tous ceux qui étaient présents au moment de cette déclaration connaissaient quasiment par cœur ses longues envolées, ses tirades empreintes de religiosité.
Qui étaient les témoins ? Nous n’en avons pas un souvenir précis  si ce n’est que c’étaient des sportifs (parmi ceux dont nous avons cités le nom précédemment et bien d’autres), des personnes qui ne portaient pas l’islamisme (ou l’islam politique) montant dans leurs cœurs, le plus souvent des démocrates et même ceux  qui étaient désignés, dans le jargon d’alors, comme des « progressistes », les démocrates de la gauche et de l’extrême gauche regroupés aussi sous l’étiquette englobante de «  communistes ». Ou ne le montraient pas encore ouvertement.
En fait, l’appartenance politique n’était pas encore un élément de différenciation comme elle peut l’être aujourd’hui. L’appartenance politique n’était pas déterminante dans le concert social de la période. Les premières élections pluralistes n’avaient pas encore eu lieu. La campagne électorale, à laquelle allait prendre part Amar Brahmia en incitant à voter pour le parti religieux, était aussi la première du genre.
L’Algérie des décennies précédentes avait baigné, quasiment depuis l’indépendance, dans « le socialisme spécifique », dans les « Révolution agricole », « Révolution culturelle » et « Révolution industrielle », un mode de penser qui introduisit la notion d’ « industrie industrialisante » chère à Bernis et à Belaid Abdeslam, les sociétés nationales, la GSE (gestion socialiste des entreprises), la participation directe du syndicat unique (l’UGTA) à la prise de décision au sein des entreprises publiques et tant d’autres concepts dont l’idée et la philosophie agissent encore dans l’esprit des Algériens du 21ème siècle pourtant emportés dans le courant du libéralisme économique et politique. L’encadrement du  mouvement sportif (numériquement peu développé) l’était  encore plus que le reste de la société.
Le mouvement sportif national, à travers  « la Réforme sportive », du fait de son discours polysémique, était (nous le croyons fermement) susceptible de fonder n’importe système sportif, dans n’importe quelle configuration économico-juridique et sociétale. La prospection, la détection, la sélection, la formation, le développement, la promotion, la prise en charge du haut niveau, etc. étaient les composants du crédo. L’avantage de la configuration juridique était d’avoir socialisé la pratique sportive, de l’avoir inscrite dans le mode de pensée et de vie.
Nombreux étaient ceux qui, dans l’encadrement et de la politique de développement du sport algérien, avaient suivi une formation à l’institut des sports de Leipzig (ex-RDA, Allemagne de l’Est) tandis que des centaines d’autres avaient eu pour formateurs, dans les établissements de formation de cadres du sport réalisés par l’Etat algérien, des coopérants techniques venus du bloc de l’Est. Inévitablement, ils avaient influencés leurs modes de pensées.

Nous ne devons pas cependant oublier que le monolithe unanimiste mis en place par le FLN historique - mouvement rassembleur de toutes les idéologies présentes sur le terrain politique algérien au déclenchement de la guerre de libération - a commencé son délitement au mois d’Octobre 1988 (émeutes d’Alger et pillages des magasins du secteur étatique), marqueur du début de la reconnaissance du multipartisme et déclic  tonitruant pour l’ouverture  économique entamée quelques années plus tôt. Les différentes tendances politiques (jusqu’alors confidentielles et clandestines) ont commencé à apparaitre au grand jour et se sont retrouvées engagées  dans le processus électoral qui est en cours lorsqu’intervient l’annonce de Brahmia.

lundi 10 octobre 2016

Polémiques (30), Brahmia passe à la télé

Aujourd’hui, lorsque l’on veut atteindre quelqu’un (dans certains milieux – dont l’athlétisme devenu, selon des propos surpris à notre corps défendant sur les réseaux sociaux, un repaire de faux-jetons et de voyous -  on ne s’en prive pas d’ailleurs) on cherche le point prétendument faible.
Souvent pour ne pas dire toujours, on recherche avec sadisme, on cible ses relations partisanes. En particulier celles qui, pour les plus âgés d’entre nous (de moins en nombreux), seraient susceptibles de posséder un lien ombilical avec la participation à la guerre de libération (que l’on a de plus en plus tendance à ne plus citer) ou à la répression populaire  en collaboration avec l’armée coloniale.
Pour les plus jeunes, ceux qui n’étaient pas en âge (entre 1954 et 1962) à prendre  les armes et à « monter au maquis », ce sont les rapports avec les mouvances politiques  (éradicateurs et islamistes) en action, dans les années de la décennie 90 et jusqu’à aujourd’hui, qui font couler beaucoup de salive et qui servent de repères.
Les faits sont connus. Juste avant les élections législatives de 1992, Amar Brahmia est intervenu à la télévision publique pour soutenir le parti islamiste dissous, le FIS. La question de savoir si l’enfant de Nador, sur le versant Sud des monts Aurès, est islamiste (dans la conception radicale qui permettrait de le classer définitivement et donc de l’écarter, ce qui semble être le but de la manœuvre médiatique, de toutes responsabilités dans le monde du sport s’est posée à nouveau (ou du moins a été brandie par ses ennemis intimes)  au cours des derniers jeux olympiques de Rio.
L’Histoire étant écrite par les vainqueurs (pour ce qui nous concerne ici et maintenant, les partisans de l’éradication des islamistes radicaux), Amar Brahmia aura toujours tort et on rappellera ce qui fut. On se souviendra éternellement du camp qu’il choisit. Il en sera ainsi jusqu’à ce que la sérénité soit revenu dans les esprits et que ceux qui ont été meurtris dans leurs chairs et dans les esprits aient un peu oublié ces événements douloureux qui marquent les Algériens sans exception aucune.
Nous ne pouvons faire œuvre d’historien. La date exacte de cette intervention télévisée ne fait pas partie de nos souvenirs et nous ne l’avons pas notée sur des calepins.
Mais nous avons en mémoire, les circonstances dans lesquelles elle fut diffusée. Quelques-uns s’en souviendront certainement, lorsque nous rafraichirons leurs mémoires, en disant que ce fut  la veille du cross Ahmed Klouch de Chlef. Pour d’autres, un détail sera salvateur, le jour où fut organisé dans le cadre du jubilé Mohamed Kacemi « Chad » (un brillant athlète de cross-country et de demi-fond) une course sur route de 4 ou 5 kilomètres entre Oum Drou et Chlef.
Nous y étions. Nous avions fait la dernière partie (Alger-Chlef) du périple Constantine- Alger-Chlef  dans le bus affrété par nos amis de la délégation du CR Belcourt grâce à l’amabilité d’Abdenour Belkheir, le DTS du club et journaliste à « Horizons ».
Sur l’esplanade de Chlef, rendez-vous des délégations et des notables de l’athlétisme (entraîneurs, dirigeants de clubs et de la fédération, anciens athlètes venus se ressourcer). Les groupes de discussion se formaient et se défaisaient. Amar Brahmia, que nous avions commencé à suivre à la trace (tant les commentaires à son sujet étaient diversifiés et polémiques), était là lui aussi. Il était accompagné de son double Abderrahmane Morceli et pérorait inlassablement (nous avons envie de dire comme à son habitude)  devant ses anciens coéquipiers de l’équipe nationale dont Mohamed Kacemi, Mohamed Salem, Boualem Rahoui ainsi que des dirigeants et techniciens (Hamouni, Benmissi).
Les retrouvailles font émerger les souvenirs des uns et des autres, les plaisanteries, les bourdes et bévues d’hier et d’avant-hier remontaient à la surface. Les moments forts et de faiblesse, les anecdotes sur les victoires et les défaites étaient toujours objets de plaisanteries, d’un instant de fou-rire. Tous riaient de bon cœur. Un instant de libération, de défoulement, de décompression. L’ambiance générale ne disposait pas à l’insouciance.

Dans le soir finissant, Amar Brahmia, alors que le thème des élections avait été abordé (il devait incontestablement l’être), annonça qu’il allait passer à la télévision.