samedi 12 novembre 2016

Polémiques (47), Les fédérations en panne de trésorerie

 Au retour de Rio, Amar Brahmia a prêché dans le désert. Y compris lors de sa tournée des plateaux de télévisions privées qui s’en sont données à cœur joie pour le désarçonner, le prendre à tous prix à défaut, en particulier à propos du thème qui fut monté en épingle, promu au stade du scandale du siècle, l’histoire de l’avion spécialement affrété par le COA pour le transport du gros de la troupe (olympique) dont les familles des hauts responsables du sport algérien parties au Brésil faire du tourisme au frais de la princesse.

Une thématique de combat à ne manquer sous aucun prétexte, à exploiter autant que l’on peut pour embarrasser l’adversaire. Mahour Bacha en guerre contre l’establishment sportif avait soulevé un lièvre qu’il fallait suivre jusqu’à son terrier, jusqu’à sa mise à mort. Il avait braqué les regards sur un aspect anecdotique (demandant cependant des éclaircissements) oubliant sciemment le plus important. La reddition des comptes sportifs par les fédérations et les techniciens.

L’échec relatif  (une 5ème place au décathlon des jeux olympiques  et un record continental amélioré ne sont pas  des critères d’échecs  alors que passer à côté de l’objectif que l’on s’est soi-même fixé l’est) de Larbi Bouraâda (protégé de Mahour Bacha et de la FAA) n’a pas été expliqué. Pire, cet accessit a eu valeur de médaille aux yeux des journalistes et les consultants qui, pour se ridiculiser aux yeux des connaisseurs, se sont enthousiasmés pour des premières places dans les épreuves de groupe et ont ainsi induit en erreur le grand public. Un ratage du point de vue pédagogique.

L’explication fut donnée (en partie) par l’ancienne athlète de Mahour Bacha, la fille du président de la FAA, Zahra Bouras, ancienne championne d’Afrique du 800 mètres qui dénonça publiquement la manipulation d’informations au sujet d’une prétendue blessure qui aurait handicapée l’ex-champion d’Afrique dans sa préparation, l’incitant à déclarer forfait pour les championnats du monde en salle et pour les championnats d’Afrique.

Pour résumer, une athlète suspendue pour dopage, peinant à revenir à son précédent niveau,  met à mal à la fois son ex-camarade d’entraînement (également suspendu dans la même semaine de juin 2012 pour utilisation de produits dopants) et celui qui est accusé de leur avoir injecté les produits. Larbi Bouraâda (le  5ème décathlonien mondial, résultat obtenu aussi bien aux championnats du monde de 2015 qu‘aux jeux olympiques de 2016) n’était pas blessé et s’entraînait normalement au stade annexe du 5 juillet.= avant de partir en stage de deux mois au Portugal et en Espagne.

A plusieurs reprises, le président de la CPO a eu la possibilité d’évoquer l’aide financière apportée par le COA aux fédérations et aux athlètes concernés par la préparation olympique, les fonds avancés en attente de virement par le Trésor Public  de budgets de préparations alloués par les instances sportives. Ces explications ont été noyées par le flot d’accusations. De son côté, Mahour Bacha, obnubilé par ses rancunes et ses exigences, n’a lui aussi pas perçu la gravité de la situation. Au stade annexe, il tempêtait contre l’implication du COA, demandant au MJS de reprendre ses prérogatives régaliennes.

 Le calme revenu, le président du COA a été entendu. Mais, a-t-il été compris ? Nous ne le pensons pas. Pourtant, ses déclarations bénéficient de suffisamment de clarté : «Le COA s'était impliqué dans la préparation des dernières Olympiades, car les différentes fédérations ne disposaient pas suffisamment de fonds pour assurer une bonne préparation à leurs athlètes, alors que ces derniers exigeaient une aide financière dans l'immédiat pour respecter leur programme de préparation ».

Le COA a donc considéré qu'il était de son devoir d'intervenir, pour mettre toutes les chances du côté des athlètes algériens, a expliqué Berraf. Constatant cependant que cette implication directe du COA pendant la préparation des JO-2016 n'a pas eu que du bon, puisqu'elle a généré quelques relations conflictuelles avec certains athlètes, le président Berraf a annoncé qu'à l'avenir «cette tâche relèvera des différentes fédérations».


 La déclaration de Berraf confirme les précédentes déclarations de Brahmia restées inaudibles à la majorité (et du reste insuffisamment explicites) : la préparation olympique n’a pu être réalisée que grâce à des avances de trésorerie accordées par le COA et le MJS. Sans le COA, il n’y aurait pas eu de préparation olympique.

vendredi 11 novembre 2016

Polémiques (46), Rio : une expérience amère


Lorsque l’on se retourne vers un passé récent, la dernière année, les derniers mois  de l’olympiade qui s’est achevée avec les jeux olympiques de Rio, il est possible de mesurer l’écart entre les objectifs fantasmés, semés aux quatre vents par des dirigeants sportifs dépassés par une machinerie qu’ils n’ont pas su s’approprier ou dont ils n’ont jamais eu la maîtrise.

Les espérances de médailles pompeusement annoncés par les fédérations, le comité olympique puis, au sommet de la pyramide sportive, par le ministère de la jeunesse et des sports n’ont été que des illusions propagandistes que l’on fit  miroiter aux yeux d’un peuple déconcerté.

Des quatre médailles pompeusement conjecturées (sans que ne soit précisée la couleur du métal bien que pour l’athlétisme tous les pronostiqueurs tablaient sur une médaille d’or pour Toufik Makhloufi et une médaille de bronze pour Larbi Bouraâda), seules deux médailles d’argent - remportées par un seul athlète parti pour en ramener une seule qui aurait tenue compagnie dans son palmarès à celle de Londres 2012) - ont rempli l’escarcelle algérienne. La réalité du sport, celle construite sur les valeurs  travail et la sueur, universellement et intemporellement  avancées pour glorifier la réussite, est passée par là.

La première justification de cet échec comptable a été de faire valoir cette satanée incertitude du sport départageant les champions mais qui chez nous camoufle à merveille les insuffisances des uns et la suffisance des autres, les approximations méthodologiques et les impasses organisationnelles.

Le bilan médiatico-virtuel tel qu’il nous a été présenté sur les réseaux sociaux fait ressortir une prétendue incompétence du comité olympique algérien (et de sa commission de préparation olympique) couvrant d’un voile pudique l’inaptitude des fédérations à prendre en charge la réalisation d’un aussi gigantesque projet. Le COA a été le parfait bouc-émissaire au sens biblique du terme. Celui qui doit payer pour les fautes des autres.

« Chat échaudé craint l’eau froide » dit l’adage. Le comité olympique a pris apparemment bonne note des dysfonctionnements rencontrés par la préparation de l’élite. Le président du COA, Mustapha Berraf en a conscience. Certainement de concert avec ses collègues de l’instance olympique nationale et les membres de la commission de préparation olympique, il compte classer dans les archives de l’olympisme algérien l’épisode désastreux de Rio.

Lors d’un forum organisé, il y a peu, par des confrères à la maison de la presse Tahar Djaout, il  affirmé que  «le COA ne compte plus s'immiscer dans la préparation des athlètes d'élite» qui, en 2017, auront à leurs programmes des  échéances internationales dont on amplifie généreusement l’importance (les 4èmes Jeux de la solidarité islamique qui auront lieu du 12 au 22 mai à Bakou en Azerbaïdjan, ainsi que les 18èmes  Jeux méditerranéens, initialement  prévus du 30 juin au 10 juillet à Tarragone en Espagne avant que son organisation ne soit reportée à juin 2018).

Dans l’univers feutré qui est celui des instances sportives où les imprécations des stades et salles n’ont pas court, le président du COA a déclaré que, contrairement à ce qui fut le cas lors des Jeux Olympiques de Rio 2016, cette mission importante relèvera désormais des différentes fédérations. Le comité olympique ne veut plus servir de paravent. Les fédérations sont également mises face à leurs responsabilités.

Cette position compréhensible risque de marquer durablement le déroulement et les objectifs de la prochaine olympiade. Berraf et ses pairs du COA n’ont aucune certitude quant à leurs présences dans le prochain comité dont l’AGE est prévue pour le 29 avril 2017, en couronnement du processus de renouvellement de l’ensemble des structures sportives (ligues, fédérations) actuellement en cours dans un climat tendu.

L’expérience de Rio est trop forte, psychologiquement marquante  pour qu’elle soit oubliée y compris si la totalité du conseil actuel n’en fait plus partie.


Le plus intéressant n’est pas cet avenir que l’on pressent morose. Berraf a confirmé certaines informations distillées depuis le début de l’année 2016. Dans la solennité qui sied à un forum, devant un parterre de journalistes plus attentifs à ses propos qu’il y a seulement quelques semaines,  Mustapha Berraf a confirmé ce que laissait soupçonner quelques petites phrases rapidement oubliées ou auxquelles les commentateurs n’ont pas accordé l’importance nécessaire. Les partis-pris n’ont pas permis également de mesurer la gravité de la situation.

Le revers de la médaille


Au retour de la délégation ayant participé aux jeux olympiques de Rio de Janeiro, Rezki Azaoun, secrétaire général de la fédération algérienne d’athlétisme, avait été, par une de ses curieuses circonstances dont l’athlétisme algérien est friand, relevé de ses fonctions à la suite d’une décision unilatéralement prise par le président de la FAA, Amar Bouras.
Un courrier du secrétaire général du ministère de la jeunesse et des sports daté du 27 octobre a réintégré l’intéressé dans ses fonctions et mis les points sur les ₺ ₺.
Si l’on fait abstraction des situations conflictuelles latentes que connait en permanence la fédération d’athlétisme, cette péripétie relative à la situation administrative d’un cadre permanent de la FAA nommé par les pouvoirs publics, il aurait été possible d’envisager une plausible incompréhension (en matière de gestion administrative) de l’encadrement de la fédération en l’absence d’un cadre compétent dans cet aspect primordial de la gestion de l’instance sportive.  En l’occurrence, le  secrétaire général relevé des fonctions qu’il assumait jusque-là.
Sauf que, en réalité, la procédure de nomination et de mise fin aux fonctions des cadres permanents est parfaitement maîtrisée par les nombreux soutiens et partisans qui, au sein de l’instance fédérale, entourent Amar Bouras.
En particulier par Ahmed Mahour Bacha qui avait été concerné, il y a une dizaine d’années de cela, par une situation du même genre.  A l’époque, lorsque l’entraîneur de Larbi Bouraâda avait été relevé de ses fonctions de directeur des équipes nationales, il avait fait valoir l’argumentation ministérielle ou, pour plus d’exactitude, la notion de « parallélisme des formes » qui fut en ce temps-là invoquée.
Nous observerons que le référent juridique (contenu dans le corps de la correspondance ministérielle) renvoie une réglementation plus récente que celle sur laquelle s’était en son temps appuyée Mahour Bacha. Il est en effet fait référence au décret exécutif du 7 janvier 2010 portant statut particulier des fonctionnaires appartenant aux corps spécifiques à l’administration chargée des sports  et au décret 14.330 du 27 novembre 2014 portant statut et fonctionnement des fédérations. Donc à une réglementation que l’instance fédérale, en l’absence du secrétaire général directement concerné à la fois par la procédure de mise fin aux fonctions et par le respect des procédures administratives, a superbement ignorée.
Dans le courrier du SG du MJS nous relevons qu’il est noté, dans le premier paragraphe, que le président de la FAA a « informé Monsieur le Ministre de la décision de fin de fonction prise à l’encontre de Monsieur Azaoun Rezki en qualité de secrétaire général de la fédération ».
Pour mieux comprendre, Amar Bouras a informé le ministre, qu’en sa qualité de président de la FAA, il a mis fin aux fonctions d’un cadre nommé par le ministère, qu’il n’avait pas fait cas de l’autorité ministérielle. Certains croient plutôt que le président de la FAA a voulu forcer la main du MJS.
Dans le même courrier, le Secrétaire Général du ministère rappelle au président de la FAA que Monsieur Azaoun a été nommé par décision ministérielle et que sa fin de fonction doit obligatoirement revêtir les mêmes formes.
Pour ce cas d’espèce, la fédération aurait du adresser au ministre une proposition de mise fin aux fonctions « motivée, accompagnée d’un rapport détaillé justifiant les faits reprochés au concerné » ainsi que « le procès verbal de la réunion du bureau fédéral ayant délibéré sur ce cas précis ».
La proposition de nomination du directeur des équipes nationales  en qualité de secrétaire général intérimaire a été invalidée par le même courrier. Le président de la FAA avait envisagé de faire cumuler (temporairement) deux fonctions importantes par un cadre permanent en poste depuis une décennie à la tête des équipes nationales et voudrait trouver une sinécure. Quelques « faux amis » de Bouras et accessoirement de Brahmia, membres de la « Troisième force », prétendent que ce mouvement avait pour objectif de faire passer quelques factures douteuses que la rectitude proverbiale d’Azaoun aurait examinées scrupuleusement.
Pour l’heure, d’aucuns s’interrogent sur la réaction du président de la FAA qui avait crié sur tous les toits (en réalité à tous ceux qui voulaient bien l’écouter au stade annexe) qu’il présenterait sa démission au cas où Rezki Azaoun serait réintégré par le ministre.

Il est vrai également qu’il a pris ses dispositions en se mettant en relation avec la fédération saoudienne d’athlétisme où un poste lui serait proposé et que dans quelques semaines son mandat aura expiré.

jeudi 10 novembre 2016

Le pigeon voyageur


La fédération algérienne d’athlétisme accuserait, selon des indiscrétions qui nous ont été rapportées ces derniers jours, d’importantes  difficultés financières. Elle enregistrerait 17 milliards de centimes de dettes qui seraient consécutives à deux faits que les membres de l’assemblée générale devraient noter dans un coin de leurs esprits pour demander des explications, lors de l’assemblée générale ordinaire qui devrait se dérouler avant la fin de l’année, au président Amar Bouras, aux membres du bureau et aux cadres permanents de la fédération.
Le premier d’entre eux est la résiliation du contrat de sponsoring qui liait la FAA avec l’opérateur de téléphonie Mobilis qui apportait dans la corbeille fédérale environ le quart du financement. La première conséquence c’est que cela devrait concourir à une diminution très importante de la subvention fédérale accordée aux organisateurs des courses sur routes et des cross-country intégrés dans les challenges nationaux dont Mobilis a été l’un des contributeur le plus important.
En fait, en l’absence d’informations précises sur le sujet, nous devons plutôt subodorer une fin de convention suivie d’absence de négociations en vue d’un éventuel renouvellement. La fin du mandat fédéral expliquerait qu’aucune démarche n’ait été effectuée par les membres du bureau exécutif qui anticiperaient de ne plus en faire partie après la prochaine assemblée générale élective.
Pour beaucoup, cette manière d’agir serait la démonstration insolente du peu d’importance qu’occuperait dans leurs esprits le développement de la discipline.
Le second est le nombre impressionnant de voyages qui a été ordonné. Certains membres de la famille de l’athlétisme, que d’aucuns pourraient considérer comme de « mauvais esprits », ont décompté une centaine de billets d’avions délivrés au seul président de la fédération pendant la durée du mandat s’achevant. Ces mêmes « admirateurs » du président Bouras ont calculé qu’il aurait effectué une moyenne de 25 voyages par an au frais de la fédération. Soit un voyage toutes les deux semaines.
Pour ses de plus en plus nombreux détracteurs cela expliquerait que le président, soit souvent absent de la fédération et qu’il ne soit pas fait aménager un bureau au siège de la FAA. Une fédération qui, selon des propos recueillis récemment, se trouverait dans le cartable du président.
Comme pour confirmer cette information, nous apprenons que le président Amar Bouras vient d’achever un périple qui l’a conduit d’abord en Arabie Saoudite puis au Qatar et enfin en Afrique du Sud.
Les mêmes « mauvaises langues » qui sévissent dans l’environnement immédiat de la fédération affirment sans aucune ambigüité qu’Amar Bouras s’est déplacé en Arabie Saoudite pour négocier le contrat qui le liera à la fédération d’athlétisme saoudienne dès la fin de son mandat fédéral.  Une perspective qui semble indiqué que sa déclaration, à la presse nationale juste après sa démission du bureau du COA, n’était pas seulement des paroles en l’air. Il avait alors indiqué qu’il ne se représenterait plus pour occuper des fonctions au niveau de l’instance olympique où il a siégé grâce à la présidence de la FAA.
Nous avons également appris qu’en sa qualité d’ex-premier vice-président du COA, Amar Bouras aurait bénéficié d’une dizaine d’autres billets d’avion.

Nous reviendrons dans une prochaine édition sur cette question de billetterie.

Polémiques (45), Les à-côtés psychosociologiques et administratifs

Peut-on expliquer que la nécessité d’une installation de cryothérapie n’est pas été entendue ou qu’elle ne soit pas encore réalisée ? Les explications existent. Il est possible de les lister. Quelques-unes appartiennent au domaine des relations en milieu professionnel où se mêlent des relations individuelles et des relations entre les individus et les instances administratives. Les secondes relèvent du fonctionnement administratif.

Ici, encore une fois, le comportement de Mahour Bacha intervient incontestablement pour parasiter le processus. Exigeant, éternellement insatisfait, dominant un espace qui se plie à ses moindres désirs et ferme les yeux sur ses  incartades, Mahour Bacha se croit investi d’une autorité qui dépasserait les limites du territoire athlétique.

Cassant, Ahmed Mahour Bacha veut régenter son environnement. Ce qu’il réussit (avec diverses fortunes depuis plus d’un quart de siècle) au sein de son milieu naturel où chacun doit se plier à ses injonctions.  Au risque d’encourir, dans le cas contraire, son courroux jupitérien entraînant ipso facto la mise à l’écart de ceux qui oseraient lui donner du fil à retordre, se dresser sur son chemin.

Mahour Bacha s’est aussi donné le droit d’empiéter sur des domaines jouissant de l’autonomie administrative et financière, des secteurs de l’activité sportive réfractaires à son autoritarisme. Il est normal pour lui  d’interférer dans les prérogatives de ceux qui furent ses compagnons d’armes et l’habituèrent à emprunter des raccourcis.

Mahour Bacha prend toujours le taureau par les cornes (ce qui n’est pas toujours le cas de ses pairs) et traite d’homme à homme. Ce faisant, il oublie qu’il n’est qu’un individu qui s’adresse à une administration (en fait à un représentant d’une administration qui doit en référer à sa hiérarchie)  et que - par ce qu’il n’est qu’un individu parmi tant d’autres (auquel s’attache toutefois l’avantage d’une certaine notoriété) - il sera certes écouté mais sans que cela ne produise effets. En de pareilles circonstances, une administration, ne peut avoir pour interlocuteur qu’une autre administration.

Le besoin exprimé par le duo Mahour Bacha-Bouraâda, dans le contexte défini précédemment (en tant qu’appoint à l’ensemble des moyens disponibles) est extensible à d’autres groupes d’entraînement. Nous devons concevoir que l’administration de l’unité dite du stade d’athlétisme (dans l’hypothèse d’un projet dont l’idée est retenue) doit se positionner en outre dans la perspective d’une utilisation simultanée par plusieurs sportifs. Ce qui sur le plan du coût prend une autre dimension que la satisfaction d’un individu. Le projet « cryothérapie » a plus de chances d’être retenu si la proposition, si la demande transite par la fédération algérienne d’athlétisme. Des questions se posent inévitablement lorsqu’on veut mieux comprendre. Est-ce que Mahour Bacha en a fait part à sa structure de rattachement (la FAA) ? Qu’elle a été la réaction de cette dernière lorsque l’on sait que les relations entre les différents départements  semblent difficiles? La question a-t-elle été examinée en bureau fédéral ?

En l’absence de données techniques et financières, nous devons supposer (après la recherche d’informations sur ce sujet menée par les gestionnaires du stade éventuellement aidés par les entraîneurs soucieux d’une utilisation la plus rapide possible de l’installation) que la concrétisation passera par l’examen des devis et factures pro forma (reçus suite à un avis d’appels d’offres lancé) par une commission des marchés publics. Une phase qui ne peut être effective qu’après la définition d’une autorisation de programme, le dégagement d’une enveloppe financière destinée à couvrir la dépense projetée.

Le très long processus administratif (très succinctement résumé) qui conduira à la réalisation hors des délais contractuels (les structures du secteur de la jeunesse et des sports excellent dans les dépassements des délais de réalisations de leurs chantiers) fait sciemment abstraction de la décision d’opportunité de la dépense et de la réalisation de cette installation au niveau du stade d’athlétisme.


On ne doit pas écarter un aspect décisionnel relevant à la fois des conditions techniques (emplacement de l’installation) et psychologiques : stade d’athlétisme ou stade du 5 juillet avec en filigrane la priorité accordée culturellement et la hiérarchisation sociologiques des disciplines sportives : cryothérapie pour le foot ? Pour l’athlétisme ? 

mardi 1 novembre 2016

Polémiques (44), Antagonisme temporel

Nous avons affirmé que la CPO n’est pas la structure directement concernée par la cryothérapie. Cela nous oblige à remonter le temps et faire renaître un souvenir celui de  « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut », le slogan politique vedette des années 80. Un discours et une idéologie qui renvoient à une période où le système politique en place - en des temps de disette ressemblant à s’y méprendre à ce moment de réduction drastique des recettes pétrolières que nous vivons présentement - a voulu insérer la population dans un nouvel ordre social, dans une organisation scientifique du travail  prônée dans le cadre d’une pensée très début du 20ème siècle (taylorisme, fordisme) ayant conduit à une atomisation des activités, à une spécialisation à outrance….qui s’est débridée au cours des trois dernières décennies et a permis l’émergence d’émirats, d’une féodalité sportives démultipliée à l’infini.

Cette conception très mécanique, industrielle de la perception du monde du travail, cette pensée a muté en une organisation politique prétendument scientifique de la société empruntant également à une vision d’une société à enrégimenter qui se verrait appliquer la discipline des armées. Cette vision du monde a déteint sur le mouvement sportif national  et a abouti à une conception du sport  se caractérisant, ainsi que nous l’a montré avec beaucoup de pertinence Saïd Lounnas, par deux niveaux de pratiques très nettement différenciées entre le sport de base et le sport d’élite. Une répartition des tâches à l’échelle de la société algérienne.

L’entraîneur, porte-voix des athlètes, est aujourd’hui dans une situation  où il serait comme un électron…… libre de tous ses mouvements lui donnant un sentiment de liberté. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ceci est la marque non pas de l’importance qu’on daignerait lui accorder mais d’un abandon. A la fois agent d’ordonnancement et agent de production de performances, il est en charge également des opérations de logistique. Une nouvelle perspective faisant de lui un super-ouvrier professionnel, rouage essentiel d’un mouvement de regroupement des tâches né de l’allégement, du largage  de celles d’intervenants plus hauts placés dans la hiérarchie.   

Malgré son intégration dans une structure sportive (club, ligue, fédération) sensée lui apporter aide et soutien, il agit en « cavalier solitaire », en « chevalier à la triste figure » disputant à Don Quichotte de la Manche le statut d’ « antihéros » évoluant dans un univers ultra-socialisé, hyper-compartimenté, dominé par des règles obscures dont le sens lui sont incompréhensibles, un mode de fonctionnement  qui est celui de l’administration, des règles qui relèvent  de l’ordre et de la méthode. Les moulins à vent de l’imaginaire de Miguel de Cervantès. Un antagonisme multiséculaire perpétuant les différents entre les ateliers et les bureaux d’études et de méthodes, entre les stades et les bureaux des administrations, les cols bleus et les cols blancs, les survêtements et les costumes.

L’entraîneur a, dans son projet sportif, besoin d’une solution la plus immédiate possible  ou obtenir la satisfaction, dans les meilleurs délais, d’un besoin exprimé. La difficulté réside dans la perception, dans ces deux sphères antagoniques (celle du terrain et celle des bureaux), de la notion du temps qui à la grande déception du duo entraîneur-athlètes, n’est pas joué dans le même tempo. L’entraîneur est éternellement pressé, bousculé par des échéances, des objectifs événementiels dont il n’a pas la maîtrise. Pour sa part, le responsable des infrastructures sportives est conditionné par un contexte dominé par le respect des formes, freiné par les règles procédurales. Kafka chez les sportifs !


Mahour Bacha (au vu de ses déclarations à la presse à propos de la maintenance et de la conformité avec les normes des installations sportives) ne doit pas avoir bonne presse auprès des responsables. Nous pouvons imaginer les relations tendues, conflictuelles jaillissant à chacune de ses plaintes, de ses récriminations. Bien qu’elles soient souvent avérées, justifiées.

lundi 31 octobre 2016

Polémiques (43), Metaiech fi la poubelle


La « cryothérapie de Cro-Magnon » relève d’une ère qui n’est pas aussi révolue qu’elle ne le parait de prime abord, qu’on voudrait le croire. Comme Cro-Magnon, cette période  a connu, dans le même temps et sur le même territoire, deux Hommes : l’homme de Neandertal et l’homo Sapiens. Elle existe encore dans les coins perdus de l’Algérie profonde mais aussi dans les quelques grandes villes où l’athlétisme de performance a, tant bien que mal, droit de montrer (pour combien de temps ?) le bout de son nez, de faire illusion.

Elle (la cryothérapie) est arrivée dans le pays, dans l’esprit des athlètes et des entraîneurs, avec le retour de stages à l’étranger où elle avait été expérimentée avec une certaine réussite par les membres des équipes nationales. La solution apportée pour faciliter la récupération après des efforts intenses a marqué les esprits de certains d’entre eux qui, contrairement à une  idée fortement répandue, ne se sont pas déplacés (à l’étranger) pour faire du tourisme sous le couvert du sport. Il est vrai que cette catégorie de voyageurs  est rare parmi eux et qu’on la trouve essentiellement chez les dirigeants.

Les bienfaits et le concept de la cryothérapie a été progressivement assimilés, grâce au lent processus de transfert de technologie et de savoir d’une part et avec le concours de l’accommodation piagétienne. Profitant de la vélocité de la transmission via les nouvelles technologies de l’information et de la communication, ses vertus se sont propagées par réseaux. Le résultat est que l’idée a fait son chemin, a essaimée dans tout le pays. Ce qui est admirable et réhabilite les cadres du mouvement sportif,  c’est que chacun (chaque entraîneur) a adapté ce moyen de récupération aux conditions de pratiques qui sont les siennes, dans le milieu où il évolue.

A la recherche insatiable des bienfaits procurés par l’utilisation du froid sur la performance, la progression et la récupération de l’athlète, ces entraineurs ont imaginé, mis en place  toutes les formules qui ont pu se présenter à leurs esprits. Elles sont variées. Y compris quelque fois les plus farfelues, les plus surprenantes, les plus saugrenues, les plus choquantes.

La difficulté première, essentielle dans ce transfert de connaissances qui n’attend pas la signature de conventions internationales par les plus hautes autorités politiques, a été de trouver le réceptacle susceptible de contenir à la fois l’eau glacée et un athlète dont le gabarit n’est certainement pas celui d’une poupée Barbie. Certains sont allés jusqu’à employer des bacs détournés de leur usage habituel, de leur destination originelle  socialement normalisée…… contenir les ordures ménagères.

Une photo nous a été adressée. Elle montre un jeune champion si grand (par le potentiel et surtout par la taille) qu’il a du faire appel à des talents insoupçonnés de contorsionniste pour plier ses segments inférieurs et s’accroupir dans une poubelle…. comme celles que l’on voit dans nos quartiers, au bas de nos immeubles, ceux dans lesquelles nous déposons, chaque jour que Dieu fait, nos déchets domestiques. La photo le montre claquant des dents. Elle lui donne l’apparence d’un thon replié dans une boite de sardines.

Cette photo déprimante nous oblige, comme le font tous les entraîneurs passionnés par leurs métiers, luttant inlassablement pour surmonter les difficultés de tous ordres qui se présentent quotidiennement à eux, à positiver. Elle nous incite à voir autre chose qu’un athlète…. jeté à la poubelle, « metaiech fi la poubelle », pour reprendre une formule utilisée par un enfant de 9 ans regardant ahurie la photo. La « vérité sort de la bouche des enfants » affirme un adage. Leur innocence dans ce cas est lourde de sens. La photo illustre le peu de considération que le système sportif national leur accorde.


Une accusation enfantine visant en réalité les hommes qui font fonctionner ce système. Des cadres, issus le plus souvent des mêmes écoles que ces techniciens, qui ont perdu de vue les valeurs qu’ils partagèrent (peut être) un jour bien lointain. Des hommes qui tapissent les bureaux, alourdissent les rouages et freinent le mouvement sportif.