mardi 22 novembre 2016

Makhloufi, le nouveau Pantagruel


Lors des deux « crises médiatiques » qui ont crispé (c’est le moins que l’on puisse dire) les relations entre le mouvement sportif (ministère de la jeunesse et des sports et comité olympique algérien) et Toufik Makhloufi à la fin des années 2014 et 2015, nous n’avions pas compris le background. Loin s’en faut.
Trop de non-dits, trop d’allusions incompréhensibles. Des reproches sur son train de vie, sur les dépenses engagées, sur ses exigences dont nul ne voulait dire qu’elles étaient dispendieuses. Des rumeurs sans rien de tangibles, sans éléments d’appréciation à se mettre sous la dent. Quand elles étaient vérifiées, étayées, elles étaient tues dans les médias pour ne pas égratigner une image représentative, une icône nationale…..du faste, du laisser-aller.
Des chiffres incroyables circulaient alors sur sa prise en charge par l’Etat. Des sommes énormes non justifiées ou à justifier. Une comptabilité impossible à arrêter dans les délais face aux atermoiements de la diva athlétique et des soutiens d’un champion à qui l’on devait passer tous les caprices. Des milliards de centimes susurrés, glissés dans le tube pneumatique qui, il y a des décennies, faisait office de distributeur silencieux de télégrammes. La formation olympique ne s’était pas crue autoriser à utiliser les réseaux sociaux fracassants. Contrairement à ses opposants qui sauront en faire bon usage.
Jusqu’à il y a peu, il nous avait été impossible de comprendre la fureur retenue des responsables devant faire face à une situation devenu ingérable parce que la fédération d’athlétisme n’avait pas pris la responsabilité de mettre le holà, ne pouvait expliquer les dépenses fastueuses. Ou certainement faisait en sorte qu’il en soit ainsi.
Dans un flash-back, revenons à la fin 2015 lorsque le président du COA avait lâché le morceau, une vérité si amère qu’elle semblait tendancieuse. Il réagissait à chaud à une polémique enclenchée par Philippe Dupont (le coach de Makhloufi) - dont nous soupçonnons qu’il a été embarqué à son corps défendant dans une pièce, dans une opérette du théâtre des boulevards de Dely Ibrahim – sur fond de visa Schengen non obtenu par son athlète. Un ratage monumental qui avait modifié les plans de préparation. Les allégations du président du COA avaient paru relever d’on ne sait quel machiavélisme maladroit.
Les déclarations du président du comité olympique portaient en fait le sceau d’une parade défensive. En dire le maximum sans aller trop loin. Selon lui, le champion olympique était bien pris en charge, sans restriction aucune. Sauf que le champion exagérait, avait dépassé les limites socialement admises.
Son discours, comme plus tard celui de Brahmia, a été inaudible. Pour cause, ils traînent (c’est de notoriété sportive) trop de casseroles. Comme un couple de « just married ». Comme les personnages publics. Dans tous les secteurs de l’activité humaine. Des casseroles que leurs opposants savent faire tinter à bon escient. 
Une année plus tôt, ce même président du COA avait pris sa défense (dixit Makhloufi en personne),  à propos d’un stage de préparation à l’étranger, contre le ministre de l’époque. Le COA avait été l’allié de la FAA dont on sait aujourd’hui qu’elle n’a pas été aussi désintéressée qu’elle le prétend.
En décembre 2015, en dévoilant certains éléments de la prise en charge, Mustapha Berraf n’a pas tout dit. Il aurait peut être mieux fait de tout dévoiler pour mettre à la raison un champion ingérable, selon le président de la FAA.
Lors de notre déplacement à Alger, nous avons obtenu l’information. Une information délirante. Une de celle à laquelle on ne s’attend pas. Celle qui vous fait tomber à terre. Le postérieur en premier, amortisseur involontaire du choc.
Toufik Makhloufi a remplacé Pantagruel, fils de Gargantua, héros des romans de Rabelais, auteur français du Moyen Age. Un véritable ogre. L’équivalent de Polyphème, ce Cyclope que l’aède aveugle grec Homère fit rencontrer à Ulysse de retour de la guerre de Troie durant l’Odyssée. Un Ghoul doté d’un appétit impossible à satisfaire. Monstre insatiable fleurissant dans les contes de nos grands-mères, vivant dans les coins plus reculés de nos contrées. Mangeur de chair humaine lorsque nos ancêtres se délectaient de plantes sauvages ramassées dans les champs et les bois, de glands et au mieux de châtaignes, d’un couscous d’orge ou de seigle

Hébergé à l’hôtel Sheraton, un des hauts lieux de la nomenklatura, Toufik Makhloufi a présenté à paiement une facture sur laquelle figure des frais de restauration et de bar s’élevant quotidiennement à environ 75 000 dinars par jour. 37 000 dinars (310 euros) pour la restauration. 37 000 dinars pour le bar. Nous ne ferons pas de commentaires. Une indication : le salaire national minimum est d’environ  16 000 dinars nets (133 euros) (après déduction des cotisations sociales). Une rémunération faisant vivre une famille pendant un mois.

lundi 21 novembre 2016

A boire et à manger


Nous étions heureux « Sous l’olivier ». Seul, sans voir beaucoup de ces personnes qui vous empoisonnent inconsciemment la journée à peine commencée. Bien évidemment, il est impossible de vivre en ermite….quand on réside en ville. Il faut bien sortir de son chez soi pour acheter sa baguette de pain, son sachet de lait et quelques fruits et légumes pour consommer les 5 portions quotidiennes que vantent à satiété depuis des années la publicité télévisée.
Nous avons eu la malencontreuse idée, en déplacement, pour quelques jours à Alger, de nous perdre en ces lieux devenus mal famés que semblent être les terrains de prédilection des anciens sportifs (athlètes,    entraîneurs, dirigeants) qui bien que s’étant éloignés des terrains et salles de sports, des instances sportives  y conservent cependant de forts liens ou, plus exactement, tendent leurs antennes dans leurs direction pour se tenir informés de tout ce qui s’y passe.
En ces lieux, que dorénavant nous éviterons comme l’on tente d’échapper la peste et le choléra, on y apprend tant de choses qui vous dégoûtent définitivement d’avoir, pendant quelques années, côtoyés ces milieux. Rectification, de ne plus frayer avec ce qu’ils sont devenus.
Déambulant rue Ben M’hidi (ex-rue d’Isly), sur les Champs Elyséens de notre capitale, l’interpellation d’un ancien international, converti en entraîneur d’athlétisme avant de prendre récemment sa retraite, nous a amenés à prendre conscience que les milieux sportifs se sont encanaillés et ne valent guère mieux que les bas-fonds de nos villes, ceux où les petits trafics prolifèrent.
Pendant que ce sportif, appartenant à la préhistoire de l’athlétisme, nous en a raconté de belles. Des airs musicaux, des paroles ont alors résonné dans notre esprit : « El Barah » de l’icône de la musique chaâbie  et le « je vous parle d’un temps…. », un des moments forts de la variété française.
Un temps, le bon vieux temps, ce temps qui ne reviendra pas. Celui où les athlètes, les entraîneurs et les dirigeants étaient (presque) heureux avec un casse-croute frites-omelettes, au thon ou au camembert accompagné par une bouteille de gazouz, de soda de la production locale. Faute des grandes marques multinationales.
Une époque où le trajet Constantine-Alger se faisait en bus affrétés par la ligue (pour le transport des athlètes de tous âges qualifiés pour les championnats nationaux) pour le compte de clubs embarqués dans la même galère Chacun payant au prorata de personnes déplacées. La solidarité à petits prix.
Départ aux aurores. Arrivée la nuit tombée. En ce temps-là, l’idée d’autoroute n’avait pas germé. Elle était sans doute en gestation dans l’esprit d’un amoureux de la science-fiction, perdue dans l’espace interstellaire. Que dire des athlètes d’Annaba, de Souk Ahras, de Biskra, d’El Oued, de Maghnia et de Tlemcen soumis au pire des calvaires routiers ou ferroviaires?
Les champions d’Afrique, les sélectionnés pour les premiers championnats du monde de cross et d’athlétisme racontent encore les bouts de nuits sur les bancs de gare. Au mieux dans les auberges de jeunesse ou les internats de lycées.
Un temps où le dinar valait son baril de pétrole. Quand le touriste algérien obtenait 1 700-1 800 FF pour 1 000 DA. C’était avant que la dévaluation ne renverse la vapeur et  que ce même touriste pour 15 000 dinars ne reçoive que 130-135 euros.
Nous avons souvenir qu’un autre entraîneur, Kamel Benmissi (pour ne pas le nommer), avant qu’il ne soit porté à la présidence de la FAA, dans les années 90, nous avait dit un jour qu’en athlétisme « il y avait à boire et à manger ».
A cette époque où la guerre des idées était virulente, il faisait allusion à la diversité des opinions, si nombreuses qu’une poule n’aurait pas retrouvé ses poussins. Chacun des responsables en poste faisait de son mieux pour ne pas dépenser à tort et à travers, mettant en place une politique des bouts de chandelles. Parcimonie, quand tu tenais les rênes !
Autres temps, autres mœurs. Benmissi ainsi que ses prédécesseurs et ses successeurs seront sans doute malheureux d’apprendre qu’en athlétisme, aujourd’hui, il y a effectivement à boire et à manger. Cette fois-ci, au sens propre de l’expression. La fédération sait aujourd’hui offrir le gite et le couvert. Avec l’argent des autres (MJS, COA). Du contribuable.


dimanche 20 novembre 2016

Polémiques (51), Un été à ne pas oublier

Après que la FAA eut fait son choix et eut retenu le jeune Ali Messaoudi, dans une interview accordée à un des titres majeurs de la presse nationale en langue française, Abdelhamid Zerrifi exprima sa frustration, son opinion sur une éviction qui, née dans un contexte d’opacité bien éloigné de la transparence vantée par les politiques, a permis à ses compatriotes, à ses rivaux de décrocher l’une des trois places pour les Jeux Olympiques. Pour le bonheur de l’athlétisme algérien, quatre athlètes avaient réussi les minima.  Pour le malheur de Zerrifi, l’un d’entre eux devait être recalé. Ce fut lui.

Par cette interview, Abdelhamid Zerrifi fut le premier athlète à déblatérer, à critiquer ouvertement la fédération pour l’avoir écarté injustement et (c’est sa perception de la chose) pour avoir favorisé d’autres athlètes. Jusqu’alors les critiques étaient destinées à la commission de préparation olympique. Les ténors de l’athlétisme étaient les auteurs de ces critiques. Les athlètes videront leurs sacs d’amertume après les jeux. Avant les Jeux, Abdelhamid Zerrifi avait ouvert la voie de la contestation.

La relation faite par Zerrifi de son élimination de la liste est susceptible d’édifier sur les pratiques ayant cours au sein de la fédération. Il le fit après avoir rappelé qu’il ambitionnait (à juste titre d’ailleurs) « de prendre part à cette grande manifestation sportive » pour deux raisons.
La première  étant qu’il avait figuré «  sur la liste des présélectionnés de la fédération internationale et du CIO car j'ai fait les championnats du monde de Pékin l'année dernière ». La seconde pour avoir réalisé à deux reprises les minima « à Montbéliard le 1er juin et Monaco le 15 juillet dernier 8.28.14 ».
Le point de vue de Zerrifi tient indéniablement la route. Pour les instances internationales, il est effectivement un participant potentiel puisque ayant réalisé le minima exigé pendant la période internationalement admise. De plus, il a effectivement réalisé à deux reprises les minima. La première fois, comme il le dit lui-même, le 1er juin en devançant Ali Messaoudi qui allait le remplacer par la suite sur la liste des sélectionnés. Puis, une seconde fois (en dehors des délais) le 15 juillet. La période retenue (pour remettre la liste des présélectionnés) étant impérativement fixée au 11 juillet à minuit.
Donc, le 15 juillet, une course de 3 000 mètres steeple au niveau relevé était organisée à Monaco dans le cadre du programme du meeting  Herculis. Ce rendez-vous athlétique réputé était la dernière étape de la « Diamond League » avant l’ouverture des jeux olympiques. Une course rassemblant les meilleurs coureurs mondiaux et européens de l’épreuve en quête d’une évaluation.
Pour Zerrifi, un chrono inférieur aux minima, une place honorable parmi l’armada kenyane situe la valeur d’un  coureur. Elle signifie en outre qu’il est au point, pratiquement prêt à courir à Rio. Dans son esprit, tout concourt à dire qu’il mérite incontestablement de participer aux jeux olympiques. Même si le délai imposé par la FAA est légèrement dépassé. 
Paradoxalement, (Zerrifi l’apprendra s’il lit cette chronique) nous avons découvert, en vérifiant  les performances de l’année 2016, que le chrono réalisé par « Hamid Blondin » à Monaco n’est pas reconnu par la FAA. Pour elle, selon « ses » statistiques, ce chrono n’a jamais été réalisé. Un comble qui montre le suivi approximatif des athlètes algériens de haut niveau. Que dire alors des performances des athlètes licenciés dans des clubs de l’Algérie profonde.
La FAA, dans le « Top 10 2016 » (publié sur son site) lui concède seulement un 8.28.87 pour meilleure performance de l’année. Ce chrono, ne modifiant en rien la hiérarchie nationale, dénote remarquablement du peu de sérieux régnant dans la maison fédérale. L’IAAF, pour part, dans son bilan annuel dont la mise à jour est quasiment quotidienne, officialise les 8.28.14 revendiqué (notons-le dès le mois de juillet) par le coureur de Montpellier en le classant avec ce chrono à la 64ème place mondiale. Le même chrono figure au bilan de la FFA et du quotidien sportif français « L’Equipe ».

La FAA a tout simplement ignoré cette performance. Le mauvais esprit que nous sommes observe que l’écart d’une seconde entre la perf de Messaoudi valide incontestablement le choix fédéral. 15 centièmes de secondes auraient fait tiquer quelques-uns et les auraient certainement incités à trouver un critère de sélection plus adapté.

samedi 19 novembre 2016

Histoires de billets….d’avion


La guerre des chapelles nous connaissions, les clans aussi. Pourtant, ceux d’aujourd’hui ne semblent plus être ceux d’hier. Heureusement qu’ils existent. Cela permet d’entendre des vertes et des pas mures, de prendre connaissance de faits croustillants. Souvent, surprenants.
Les réseaux sociaux permettent de percevoir des territoires, des terrains de chasse partagés, des ligues, des fédérations dont des confréries se sont emparées.
Grâce à un internaute, ne portant pas notoirement dans son cœur Ahmed Mahour Bacha, nous connaissons le  prix du billet d’avion Alger-New York-Portland (Oregon, USA) et retour d’un vol intercontinental : 380 000 dinars (38 millions de centimes) soit  presque  le quart du prix du billet d’avion Paris-Rio de Janeiro-Paris de Toufik Makhloufi, à destination de l’hémisphère Sud du continent américain. Un billet pour la traversée de l’Atlantique Nord et un autre pour la traversée Sud de cet océan, théâtre des exploits des pilotes des avions (alors) poussifs et inconfortables de l’Aéropostale des débuts du 20ème siècle.
Le mystère régnant sur ce billet que la FAA a présenté à remboursement  (apparemment sans observations de sa part) à la CPO, nous nous sentons autorisés à extrapoler à notre aise en observant qu’il (Makhloufi) aurait pu faire certainement - avec l’aide et  un effort  à la fois de l’agence de voyage qui a émis le billet et de l’athlète que l’on dit totalement dépourvu de scrupules - le tour complet de la planète pour le même prix.
La FAA n’a émis aucune réserve sur le prix du billet de Makhloufi et sur celui de son kiné particulier. On peut la comprendre. Mahour Bacha l’a écrit dans un commentaire sur Facebook. Quand il s’agit de l’argent du comité olympique, la fédération algérienne d’athlétisme doit s’en donner à cœur joie. Lorsqu’il faut puiser dans les caisses de la FAA, il faut faire attention aux dépenses. Il parlait de l’importance des sélections nationales, de critères durcis ou allégés. Il attribuait aussi cette philosophie à Saïd Lounnas qui fut l’un des meilleurs présidents de la FAA et un bon gestionnaire des deniers de l’Etat algérien et n’aurait certainement pas permis les dérives que l’on peut constater aujourd’hui.
 Fragilisée par un été mouvementé sur un fond d’histoires de billets d’avions, de la mise fin aux fonctions du secrétaire général, la rébellion médiatiques de ses athlètes les plus représentatifs, une baignoire au Sato qui fait le buzz sur les chaines de télévision qui n’en demandaient  pas tant pour se déchaîner, etc.), la fédération d’athlétisme a envoyé, en changeant simplement (nous le supposons du moins) le bordereau d’envoi, ces deux billets à la CPO. Une structure du COA, chargée de la gestion et du suivi de la préparation olympique, que l’on avait à partir de la fédération cherché à déstabiliser à tout prix. Lui envoyer la « patate chaude » relève d’un esprit machiavélique que l’on peut deviner.
Opposer un refus de payer à ces deux billets aurait été considéré comme un nouvel acte d’hostilités, la reprise de la guerre des tranchées entre le COA et Makhloufi qui entretiennent des relations houleuses que les caciques de la FAA auraient certainement attisés. La CPO, le COA aurait été pris entre feux. Ne rien dire, participe de la mauvaise gestion dont on l’accuse. Un dossier à exhiber en temps opportun.
L’été ayant été agité pour le COA et la CPO pris pour cibles ne pouvant rendre les coups, mais aussi en raison des nombreuses péripéties qui ont jalonné le voyage olympique, on comprend qu’il ait été prêté attention à tout courrier en provenance de la FAA.
Comme cette facture relative au déplacement de Mahour Bacha et de Larbi Bouraâda à destination de Portland présentée toujours par la même agence de voyage et de tourisme via la FAA.

Prétextant une blessure du décathlonien (Zahra Bouras, devenue ennemie déclarée de Mahour Bacha, affirme que Bouraâda ne l’était pas), Mahour Bacha et le décathlonien ne se sont pas déplacés. La blessure justifie ce forfait ! Rien n’empêchait les deux intéressés et la FAA à annuler les billets réservés qui sont certainement en possession des deux voyageurs. Ne l’ayant pas fait, la FAA est dans l’obligation de régler la facture de « service non fait ». Ce qu’elle ne peut faire car endettée. Il aurait mieux valu qu’elle le fasse pour ne pas ébruiter cet égarement. Elle fait suivre la facture. Une explication plausible à la mise fin aux fonctions unilatérale du secrétaire général de la fédération qui pourrait ne pas avoir marché dans la combine. Nous ne voulons pas envisager d’autres possibilités et des pratiques que l’ « affaire Lahoulou » fait ressortir. Les affaires d’argent étant récurrentes à la FAA.

mercredi 16 novembre 2016

La confrérie maléfique


Une passion frénétique s’est emparée des ligues de wilayas d’athlétisme en cette période d’élection. On ne compte plus celles qui ont constaté le dépôt  de recours auprès des directions de la jeunesse et des sports souvent complices de la débandade qui s’est installée dans les rouages des structures de gestion au niveau des wilayas.
Constantine, Bordj Bou Arreridj, Annaba, Blida, etc. font partie de ces ligues où, selon les informations qui nous parviennent directement (ou par les réseaux sociaux), la gestion de la discipline sportive serait catastrophique. La discipline n’est plus ce qu’elle a été. Constantine se meurt à petit feu. Annaba est dans le coma.
A Bordj Bou Arreridj, les clubs du chef lieu de la wilaya font illusion. Ils essayent tant bien que mal de survivre et de rester dans le haut des classements (individuels et par équipes) des courses de demi-fond et de fond, en cross ou sur route. Le travail des uns masque les carences des autres.
Les piliers de l’athlétisme bordjien sont exclus du collège électoral. Ils ne sont pas membres de l’assemblée générale. Ils ont été à l’origine des résultats nationaux et internationaux qui ne pèsent rien face à la parole emplie de vacuité des envahisseurs, des nouveaux venus. Les recours gênants ont été glissés dans un tiroir obligeant les fondateurs à s’adresser aux tribunaux.
De Blida, on nous apprend que ceux qui firent l’histoire de l’athlétisme blidéen n’y ont guère plus d’importance. Leurs places ont été occupées par des personnes, sans passé ni futur, refusant de leur accorder la considération que le travail sur le terrain, auprès de la ligue ou des équipes nationales d’hier et d’avant-hier mérite.
Aucun respect pour les artisans des heures les plus glorieuses. Celles où un Mohamed Selmi bataillait dans la boue des cross country et sur le bitume des semi et des marathons un peu partout sur les cinq continents. Ceux qui l’ont porté à bout de bras sont aujourd’hui persona-non-grata à la ligue. Les valeurs qu’ils portent dérangent. Son ancien entraîneur s’est plaint auprès de la DRAL de la wilaya. Il a été renvoyé à la DJS, juge et partie. Pourtant, il est là depuis la nuit des temps. Comme un chêne planté dans le décor, il les a vus arrivé en culottes courtes, les pieds nus  et la morve au nez. Ne pouvant le faire plier, on l’a déraciné.
A Constantine, la réglementation a été purement et simplement piétinée à la vue et au su de tous. On ne se cache pas. L’impunité est assurée. A la fin de l’assemblée générale ordinaire d’une ligue qui n’est plus que l’ombre d’elle même, le président a insisté pour que se déroule immédiatement une assemblée générale élective. Il a eu beau jeu de faire valoir la souveraineté de l’AG pour faire abstraction des règles du jeu électif (commission de candidature, commission de recours, examen des candidatures, délais, etc.). La vox populi avait parlé. Comme en 1992. Pour d’autres élections.
Des recours ont été déposés. Ils ont été finalement pris en considération par la DJS qui fit organiser l’AGE trois jours après l’examen du  recours. Un semblant de processus électoral a été mené au pas de course. Toujours en dépit des règles. Encore une fois malmenées. Faire semblant est le cri du cœur athlétique constantinois.
L’ancien président est réélu. Verdict des urnes, rien à dire. Si ce n’est qu’un nouveau recours est déposé. Un mois plus tard, la DJS n’a pas rendu sa réponse. La FAA également saisie s’est tue. La wilaya fait la morte ou a renvoyé le dossier à la DJS (tutelle du secteur concerné) jouant sur tous les tableaux. Personne ne veut examiner, ne veut débattre sereinement la question des cumuls qui serait à l’origine du dit-recours. On exhibe les textes sans pouvoir en dire le sens.
A Annaba, un membre de l’AG refuse d’être considéré comme le représentant des officiels puisqu’il n’en est pas un et revendique le statut de membre fondateur qui est réellement le sien. Son leitmotiv, mille fois entendu, est qu’il est « Radjel el Kanoun » (homme de loi). Il exige donc, au nom de la loi, que sa réclamation soit enregistrée par l’huissier présent sur les lieux. Celui-ci ne le fait pas et quitte la salle. La liste des membres fondateurs n’ayant pas été présentée par les organisateurs, l’assemblée générale capote. La faute à celui qui demande l’application de la loi et que l’on respecte son statut. Les membres de l’assemblée générale le connaissent bien, très bien. Trop bien. Il est un des leurs depuis si longtemps. Depuis une éternité.
Une demi-heure plus tard, une campagne de désinformation débute sur les réseaux sociaux. Elle est emmenée par Ahmed Mahour Bacha. Rien d’anormal à cela. Le membre en question est Amar Brahmia.  Quelques noms parmi les membres fondateurs figurant sur le procès verbal retrouvé un peu plus tard : Amrouci, Mekerssi, Messaouda Oucherif-Khellili, le défunt El Hadi Sayah, etc. Du beau monde, n’est-ce-pas ?

Nous en déduisons que les ligues seraient livrées, pieds et poings liés, à l’incompétence et à l’inertie avec l’agrément de protecteurs confortablement installés au niveau des DJS validant à tours de bras des assemblées générales se tenant en dépit de toutes les règles procédurales. Leur crédo faire semblant d’être présent sur le terrain. A soutenir contre vents et marées les petits copains.

mardi 15 novembre 2016

Polémiques (50), Abdelhamid (Zerrifi) la malchance

La dimension particulière des jeux n’a pas été perçue comme il se doit par la fédération. Pourtant dans le spectre des événements sportifs, ils sont la compétition qui donne à une simple participation, à une présence au premier tour des séries qualificatives, une saveur particulière, inégalable. Un sentiment que l’on ne peut ressentir lorsque l’on n’a pas été pratiquant ou quand on a oublié ce qui peut motiver un athlète.

D’aucuns, dans des discours acerbes contenus là où ils ne peuvent être entendus, diront que les motivations divergent grandement. L’appât du gain en devises, les voyages, les frais de mission et les prises en charge seraient la motivation des membres du bureau fédéral et des sangsues qui s’accrochent fermement aux strapontins.

Tous les athlètes (à l’exception de deux d’entre eux, Toufik Makhloufi et Larbi Bouraâda, les protégés de la fédération) ont été soumis à ce régime draconien,  déstabilisateur auquel ils ne s’attendaient pas. Au dernier moment, la fédération est revenue sur son principe initial et a sélectionné tous les athlètes concernés sauf un….Abdelhamid Zerrifi. Elle en ajouta un autre (un marcheur) qui fut recalé à l’étape suivante, lors de la vérification de la liste des présélectionnés par l’IAAF constatant que le chrono n’avait pas été réalisé dans une compétition homologuée. Un impair qui s’ajoute à une liste longue comme le bras.

Zerrifi, un spécialiste du 3 000 mètres steeple, n’est pas un inconnu. Il fit partie de la sélection qui s’était, au cours du mois d’août précédent, rendue en Chine. Il avait couru modestement sur la piste du « Nid d’oiseau ». Il avait également participé à l’édition précédente des championnats du monde d’athlétisme, celle de Moscou 2013.  Il aurait dû être du voyage brésilien si ce n’est que le scénario fut chamboulé lors des dernières semaines.

Pour son malheur, Zerrifi Abdelhamid, surnommé « l’enfant de Perpignan » (né à Alger, en juin 1986 et est arrivé dans cette ville des Pyrénées orientales à l’âge de 3 ans), fut confronté à une de ces situations rocambolesques comme il ne peut en survenir qu’au contact de l’imprévisible, de l’inconstante fédération algérienne d’athlétisme où les hommes passent et les pratiques demeurent.

Le statut personnel de « Hamid Blondin », ces dernières années, est ambigu ou du moins ne correspond pas à l’idée préconçue que nous pourrions avoir. Ce n’est pas un Franco-Algérien. Il n’appartient pas à la cohorte des footballeurs nés et ayant grandi en France. « Bleuets » de toutes les catégories d’âges  avant de rejoindre l’ « équipe des Fennecs » par la grâce de la réglementation du football international dite « de Bahamas ».

Nous n’oserons pas dire qu’il s’agit d’un Algéro-français. Nous n’avons pas fait de recherches particulières  au sujet de son statut personnel, pour savoir s’il a demandé la nationalité française ou s’il l’a obtenu. Cela n’a que peu d’importance. Pendant sa jeunesse, son adolescence, il était Algérien de nationalité d’origine. Nous croyons que depuis il a acquis la nationalité française. A l’instar de beaucoup d’Algérien qui n’ont pas eu son parcours français.

Des articles de journaux (français) indiquent qu’en 2006, à la veille  des championnats de France jeunes organisés à Narbonne (entre Perpignan où il a grandi et Carcassonne où il était alors licencié), l’athlète espoir (20 ans) ne pourrait monter sur le podium qu’on lui prédestinait car de nationalité algérienne.

Aux championnats de France 2016, Zerrifi (4ème  d’un 3 000mètres steeple dont le vainqueur a été Mahiedinne Mekhissi) est signalé comme  coureur de nationalité sportive algérienne.
Sur ce plan-là, il est considéré au même titre qu’un Ali Messaoudi, une Zahra Bouras, une Sihem Aït Athmane, Bilal Tabti, Bilal Tarebhat, Ramzi Abdenouz, etc. figurant dans les bilans français 2016 avec la même mention et qui eux  appartiennent à la catégorie des coureurs-migrateurs. Seule différence, depuis des années, depuis l’âge de 3 ans (27 ans) « Blondin » réside dans le Midi de la France.


Contrairement à ce qu’ont prétendu certains de nos confrères, Zerrifi a réussi les minima pour Rio. Ils furent quatre à réussir ce qui devint un véritable exploit sur le 3 000 mètres steeple. Quatre coureurs candidats à la participation  olympique que la FAA n’a pas su gérer comme il se doit. Pouvait-il en être autrement lorsqu’elle fut confrontée à une situation d’abondance quand elle est habituée à la disette.

lundi 14 novembre 2016

Polémiques (49), Sur un fond de préjugés

Une fausse idée est véhiculée par « les commerçants du sport » et les illuminés de tous bords. Elle alimente à profusion le discrédit que l’on attache aux binationaux, en affirmant que ces sportifs se tournent vers les « Verts » pour avoir rencontré des difficultés à intégrer les équipes de France. Evidemment, ce qui pourrait être véridique pour ce qui concerne le football ne l’est pas lorsque l’on se penche sur le passé de certains champions qui en ont été membres et ont concouru pour des titres européens avec le maillot arborant le « Coq gaulois».

Yasmina Omrani (en athlétisme) ou Victor Sintès (en escrime) sont les exemples que l’on ne signale jamais. Des  champions confirmés changeant de nationalité sportive.  Normal, dans les milieux populaires et sportifs, ces deux disciplines sont d’un standing inférieur à celui du football malgré le palmarès de l’athlétisme regorgeant de médailles mondiales et olympiques.

En  arrière-plan de cette émigration,  on trouve  la dimension identitaire. C’est l’argument  qui est le plus souvent mise en avant lors des interviews de circonstance données pour expliquer leurs arrivées en équipe nationale. L’élément fondateur récurrent de la décision prise laisse entrevoir l’influence, le souhait familial.

Un sentiment sur lequel se greffe un malaise sociétal, celui de ne pas avoir  trouvé la place espérée dans la société où très souvent ils sont nés. Souvent aggravé par une impression latente, diffuse de discrimination. Il renvoie aux ratages de l’intégration et de l’assimilation, au repli sur soi, dans les communautés regroupées dans ces « quartiers », ressemblant plus à des ghettos qu’aux « beaux quartiers » de leurs villes.

Dans pratiquement toutes les disciplines sportives, ses sportifs dérangent. Mieux formés, ils prennent la place des « vedettes » des vendredis footballistiques nationaux ainsi qu’on peut le constater avec la configuration de l’équipe nationale de football où les « nationaux » représentent actuellement une infime partie de la composition. 
 
Ces sportifs venus d’une autre planète sportive dérangent également par un franc-parler (et des habitudes) inhabituel dans la société algérienne où le sentiment de soumission est dominant.
L’année 2016, l’année des jeux olympiques de Rio, a été riche, en débats, en polémiques dans beaucoup de disciplines. Surtout pendant la période des jeux et dans les jours qui ont suivi le retour de la délégation algérienne. La boxe, le judo ont essuyés quelques rafales car on attendait beaucoup (peut être trop) de leurs représentants qui, pour différentes raisons, sont passés à côté des espoirs de médailles qu’ils avaient  fait naitre.

Quoiqu’il ait été dit sur les plateaux de télévision où de nombreux anciens champions, entraîneurs et dirigeants mis sur la touche par le système fédéral ou affidés à celui-ci, globalement et contrairement aux déclarations des seigneurs de l’athlétisme, la préparation a très rarement été mise en cause.

L’athlétisme, la discipline-reine des jeux, a été celle qui a fait énormément parler d’elle. Bien avant que les jeux n’aient été ouverts, bien avant que la flamme olympique n’allume la vasque. Avant même que la saison sportive 2015-2016 ne débute. Elle est la discipline qui comptabilise le plus grand nombre de médailles. Celle que l’on scrute avec le plus d’attention.

Nous avons évoqué le durcissement des critères de sélection et le raccourcissement de la période de réalisation des minima. Comparativement aux exigences de l’IAAF et du CIO. La fédération algérienne s’est voulue plus sévère que les instances sportives internationales. Comme si le réservoir des athlètes susceptibles de concourir à Rio pouvait être aussi pléthorique que peuvent l’être certaines délégations  telles les sélections américaine, chinoise ou des nations de l’Union Européenne.


Nous avons également relevé que les athlètes ayant participé aux championnats du monde de Pékin 2015 ont été mis dans l’obligation (psychologique et chronométrique) de confirmer (renouveler les minima) leurs performances au lieu de se préparer convenablement pour une échéance qui ne se représente que tous les quatre ans. Le top du top en événements sportifs. La fédération, pourtant adossée à une agence de communication, n’a pas su transmettre le message aux athlètes capables d’endosser le maillot national. Ses préoccupations étaient certainement ailleurs.