mercredi 7 décembre 2016

Polémiques (63), Espoirs et duperie


Nul (à l’exception des prétentieux doté d’un complexe de supériorité chauvine hors de toute mesure) n’attendait un résultat de la part des seconds couteaux. Ils (les marathoniennes et leurs homologues masculins, les coureurs de 3 000 mètres et ceux de 400 mètres haies, les coureurs de 800 mètres) étaient là pour faire de la figuration. Quelques uns avaient été repêchés pour donner l’illusion de l’existence à une fédération qui dut recourir à un subterfuge (revoir la période de réalisation des minima de participation en revenant à ceux de l’IAAF/CIO) pour remplir le contingent qu’elle s’était pronostiquée.

Cette catégorie d’athlètes n’a jamais été dupe et n’a jamais trompé le public, profanes et surtout pas les spécialistes et les observateurs un tant soit peu informés. Meilleure performance personnelle de la saison, records personnels, records nationaux, un petit tour ou deux…et puis s’en vont, rentrent à la maison. Ils ne visaient pas la lune, la médaille olympique. Au mieux, réaliser un rêve quasi impossible, celui d’arracher une place en finale.

La majorité des athlètes participants aux jeux olympiques (nos représentants et ceux des autres nations au même statut) étaient là  pour meubler le temps télévisuel, remplir les courses qualificatives en attendant les exploits des stars de l’athlétisme national et international auxquelles on avait promis les plus belles médailles. Les stars nationales  et leur entraîneur (un seul est concerné) ont joué un remake du chasseur vendant la peau de l’ours avant de l’avoir tué ou de Perrette et son pot de lait. Les chants de victoire avant qu’elle n’ait été acquise. Les faire-valoir n’en demandaient pas autant. Eux qui se sont retrouvés esseulés. Sans même la présence de leur entraîneur tandis que les autres étaient entourés par un staff personnel.

La fédération algérienne d’athlétisme a été traitée de « une bande d’incompétents » ! Ils ont été quelques-uns à avoir été bernés par la FAA. Les seconds couteaux, les athlètes qui ont le plus souffert de l’incompétence n’ont rien dit. Ou exactement, on ne les a pas entendus puisqu’ils n’étaient pas attendus. Leurs explications n’ont pas eu d’écho. Elles sont restées dans des cercles restreints. Partagées avec leurs entraîneurs, avec leurs proches. Ils ont eu beau pesté dans leurs coins, ils n’ont pas eu d’audience. La chape de plomb s’est abattue sur eux.

Par cette ironie que le sort réserve aux présomptueux, l’expression la « bande d’incompétents », nous la devons (à la télé ou à la radio, dans les colonnes des journaux) aux chouchous du système : Toufik Makhloufi et Larbi Bouraâda. Deux athlètes qui, en personne (Makhloufi) ou par entraîneur interposé (Bouraâda), font la pluie et le beau temps à la fédération algérienne. Deux champions (incontestables) ayant disposé de toutes les facilités. Deux champions dont l’échec est le plus visible. Contrairement aux autres athlètes, ils n’ont pas rempli leurs contrats.

Saïd Lounnas, dans une contribution que nous avons publiée, a expliqué l’organisation de l’athlétisme national. Celle qui avait été mise en place du temps où il occupait de hautes fonctions au MJS et à la FAA. Il distinguait nettement le haut niveau (l’élite nationale) et la base (les ligues et les clubs). Nous ne pensons pas que Lounnas ait pensé à la segmentation du haut niveau (même s’il a pu envisager un instant une adaptation des moyens fédéraux à la notoriété sportive)  telle que nous pouvons l’apercevoir actuellement dans les actions fédérales.  


Analyser l’échec de Rio est, nous devons le reconnaitre, difficile. Les informations stratégiques, décisives manquent. Plus exactement n’ont pas été publiées. Elles ne le seront d’ailleurs jamais. Ni communiquées aux membres de l’assemblée générale de la FAA. Le fonctionnement de la fédération est marqué par l’opacité. Bien qu’elle se soit associée à une société de communication. Nul ne saura combien coûte un Makhloufi, un Bouraâda ou n’importe quel athlète de l’élite. Il vaut peut être mieux qu’il en soit ainsi. Nous serions certainement effarés par les conclusions de cette comptabilité analytique. 

mardi 6 décembre 2016

Polémiques (62), « Une bande d’incompétents »

La réponse de Zerrifi à une possible intervention de Toufik Makhloufi au sujet des relations tumultueuses entre les athlètes et la fédération est significative : « Taoufik ne veut pas rentrer en conflit, malgré quelques mésaventures, il se concentre sur les Jeux olympiques ». L’altruisme (même intéressé) de Zerrifi lorsqu’il fait référence à la situation d’Abderrahmane Anou a trouvé son contraire : l’individualisme qui sied si bien à l’athlétisme, à ses champions. Comprendre que Makhloufi est out, en stand by, un spectateur des avanies de ses pairs jusqu’à la fin de JO.  

Toufik Makhloufi interviendra plus tard. Beaucoup plus tard. Après les deux courses sur lesquelles il était engagé : le 800 mètres et le 1 500 mètres. Quand les Jeux seront terminés (pour lui) et qu’il aura inscrit à son palmarès deux autres médailles olympiques. Deux médailles d’argent au lieu de la médaille d’or impatiemment attendue par les sportifs du vendredi et les stars des plateaux de télévision. Une médaille d’or imprudemment pronostiquée par tous les spécialistes qui ne s’attendaient certainement pas à ce qu’il renouvelle sa rocambolesque prestation de Londres (2012) en matière de participation. Une participation sur laquelle il a fait durer le suspense. La démonstration (encore une) qu’il était un électron libre n’accordant aucune considération aux instances sportives, FAA ou COA. Makhloufi n’en fait qu’à sa tête. Sur ce point, Bouras avait raison : Makhloufi est ingérable.

Après qu’il eut terminé son programme et rapporté deux médailles d’argent, Makhloufi fit le guignol devant les caméras et les micros. Celui qui, depuis sa médaille londonienne, a le plus profité de la préparation olympique, du soutien et des largesses-quasi illimitées de l’Etat algérien (et n’a pas réussi à décrocher l’or qu’on lui promettait) prendra la défense de ses pairs. Pas n’importe lesquels. Il se mit à disposition des quelques athlètes chouchoutés par le système. Makhloufi a crié avec La meute de loups.

Après les Jeux olympiques de Rio, Toufik Makhloufi, la célébrité de l’athlétisme algérien, s’est fait le défenseur de Larbi Bouraâda, le pestiféré d’avant Londres 2012, qui lui aussi a échoué dans le challenge très ambitieux qui lui a été imposé. Larbi Bouraâda, directement ou par ses proches, a été au cœur de toutes les polémiques.

Appliquant la règle de la proximité, il sera également aux cotés de son compagnon algérien d’entraînement, celui qui le suit partout (ils sont souvent en stage avec les athlètes de demi-fond français managés par Philippe Dupont), Keddar Salim, un autre coureur de 1 500 mètres. Un miler qui se fit remarquer pendant les jeux olympiques en criant sur tous les toits qu’il n’a pu y participer que grâce à la compréhension de Makhloufi. Ce dernier aurait payé (de ses propres deniers) son billet d’avion pour Rio. Encore une histoire de billet d’avion ! L’athlétisme algérien n’en finit pas avec les histoires invraisemblables et scabreuses de billets d’avion.

 « Une bande d’incompétents». C’est le sens des commentaires des meilleurs athlètes algériens après qu’ils eurent achevé l’aventure olympique brésilienne. Le voyage est terminé pour eux. Ils ont concouru et réalisé des résultats que l’on ne doit pas dénigrer. Raison nous devons garder lorsque l’on s’y connait un peu en athlétisme. Beaucoup sont sur la ligne de départ et peu sont avant-postes à l’arrivée. Ne parlons pas des jeux olympiques qui attirent la crème athlétique.

Lorsque l’on ne figure pas parmi les premiers, parmi ceux qui ont remporté une médaille ou dans le groupe des huit finalistes mais que l’on a été au bout de soi, on écrase une larme (souvent invisible) avant de se remettre au boulot. Après avoir constaté  les dégâts, après avoir dissipé la peine compréhensible qui emplit l’esprit et incite par dépit à ne plus rechausser les chaussures de sports, « les baskets » pour reprendre l’expression de Zerrifi.

Après les épreuves olympiques de Rio, la majorité des athlètes ayant fait partie du groupe d’une quinzaine de sélectionnés, se sont repliés sur eux-mêmes, dans leurs coquilles. Mentalement, ils se sont donné quelques coups de pieds au postérieur pour ne pas avoir été à la hauteur de leurs propres espoirs de performances. Ils se sont cherchés des explications, des excuses. Par acquit de conscience. Ils connaissaient, avant de monter dans l’avion qui les conduisait au Brésil, la dure, l’implacable réalité des chronos, des performances.


Insubordination à la FAA


Le souffle d’Eole venant de l’Ouest est passé au dessus de Dely Ibrahim et a déversé son trop plein d’humeur sur notre olivier. A vrai dire (et pour plus de précision), c’est en survolant la fédération algérienne d’athlétisme qu’il s’est chargé des miasmes qui s’en dégagent.
Nous avons appris, suite à une information que l’on murmure du côté du Sato, que plus rien ne va au sein de cette fédération. Cette information indique que les premiers responsables de cette instance sportive ont perdu toute décence et pratiquent une politique qui à s’y méprendre ressemble à une boulimie insatiable de oyages….passant outre aux directives du ministère de la jeunesse et des sports.
Selon une source très proche de cette fédération, celle-ci aurait présenté un dossier de sortie de deux responsables fédéraux (le président Bouras et le DTN) afin de se rendre à une réunion de l’IAAF. Le second (à savoir le sieur Boubrit) est, dans le dossier remis au MJS, qualifié de secrétaire général de la fédération. Comme indiqué sur l’invitation reçue de l’IAAF. Une fonction qui, nous a-t-on appris, a été diffusé à toutes les instances sportives régionales, continentales et mondiales.
Il est de notoriété publique que la proposition de nomination de l’intéressé en qualité de secrétaire général par intérim de la FAA n’a pas été entérinée par le MJS qui a, par courrier du 27 octobre adressé au président de la FAA, maintenu Rezki Azaoun (unilatéralement démis de ses fonctions par Amar Bouras) dans ses fonctions.
Le président Bouras, sentant certainement la fin de son mandat, n’en fait qu’à sa tête. Il est passé outre au refus du ministère d’agréer le déplacement de Boubrit.
Les informations en notre possession exposent que le président de la fédération aurait ordonné l’acquisition d’un billet d’avion en faveur de Boubrit sur le compte de la fédération. Par ailleurs, ce même président  aurait cédé ses frais de mission au sieur Boubrit qui devait se rendre à la réunion de l’IAAF en lieu et place du président Bouras. Pour corser le tout, il semblerait  qu’il ait été également acquis un billet Alger-Paris - La Havane pour le compte du président de la FAA qui lui, au lieu d’assister à la réunion de l’IAAF se serait alors dirigé vers Cuba en compagnie de son épouse que l’on nous a dit originaire de ce pays.
Dans un premier temps, le DTN aurait donné son accord pour marcher dans la combine. Avant de se rétracter par peur des risques encourus.

Ces mêmes informations indiquent que le ministère ayant eu connaissance de ces agissements aurait demandé à Bouras de rentrer en extrême urgence de Paris pour être entendu (en compagnie du trésorier de la FAA) par les responsables du MJS afin de s’en expliquer.    

lundi 5 décembre 2016

Polémiques (61), Pas d’interlocuteurs


L’interview d’Abdelhamid Zerrifi montre que le cas du coureur émigré de 3 000 mètres steeple ne pourrait être qu’un prétexte (de la part du quotidien) pour écorcher la fédération, la déranger dans son fonctionnement très approximatif. Nous avons vu avec nos précédentes chroniques  ce que peut donner une analyse du discours empruntant ses outils à la praxématique. En particulier, celles qui se sont penchées sur les deux interviews accordées par Toufik Makhloufi à ce même quotidien. Deux interviews qui perturbèrent, à la fin des années 2014 et 2015, la fédération, le COA et le MJS.

L’avant-dernière question posée par notre confrère aurait pu être d’un apport plus riche en informations. Faire  preuve de perspicacité, de réactivité, accorder un plus d’attention aux réponses de « Blondin » (un surnom accepté et revendiqué quelque part par Zerrifi) aurait permis de donner une autre dimension à cette interview, à cette dénonciation.

Pour notre ami journaliste, formaté à ce genre de situations, face à ces agissements faisant partie de notre vie quotidienne, le recours de l’athlète est indubitablement la première autorité de la fédération, le président élu.

Zerrifi nous apprend qu’il a « appelé à maintes reprises » (donc, il n’a pas rencontré et n’a pas parlé de vive voix avec son interlocuteur) et qu’il a été orienté vers Bouras.  Le « il » est comme un fantôme. Le pronom personnel renvoie à un interlocuteur absent qui n’est pas spécifié dans la réponse de Zerrifi. En toute logique, son vis-à-vis a du être le chef de la délégation. Le premier concerné par la résolution de cette question qui traine au point de se transformer en une manigance. C’est la compréhension que nous devons avoir de la  réponse de Zerrifi qui, telle que publiée, mélange les cartes : « Je l’ai appelé à maintes reprises. Il m’oriente vers Bouras ».

Lorsque l’on sait qu’Amar Bouras est le président de la fédération, nous devons considérer que Zerrifi connait Bouras et qu’il saurait reconnaitre sa voix.  Le contraire serait inadmissible. Nous pouvons aussi échafauder plusieurs hypothèses. La première est que le président de la fédération s’est présenté (au téléphone) comme étant une autre personne et que (selon une expression populaire) il l’a envoyé baladé.

La seconde serait que Zerrifi aurait discuté réellement avec Bouras et que ce dernier l’aurait orienté vers Brahmia, président de la CPO. Cette hypothèse qui semble aussi valable que la première est inopérante puisque Zerrifi souhaitait recouvrer les droits dont il a été dépossédé pendant les championnats du monde de 2015. Brahmia, en sa qualité de président de la CPO, n’est pas concerné. Une troisième version est possible : notre ami journaliste, dans la confusion de ce mois de juillet 2016, a été l’auteur d’un lapsus.

Evidemment, on peut supposer une autre éventualité (la plus évidente d’entre toutes) qui serait que Zerrifi s’est adressé au chef de délégation qui l’a renvoyé au président de la fédération dont on dit qu’il passe son temps à voyager à l’étranger et à l’intérieur du pays et est en conséquence absent de son bureau qui n’existerait pas à la FAA.

La conclusion de ce manège est que Zerrifi a été mené en bateau. Ces contretemps, ces atermoiements l’on conduit à tenter en vain de prendre attache avec le ministère « pour dénoncer le malaise des athlètes et de moi-même ». En l’absence d’informations, nous supposerons que le dossier a été clos et que Zerrifi est encore dans l’attente de ce qui est devenu un mirage qui dure près de 18 mois après les championnats du monde.

Le journaliste envisage une intervention de Toufik Makhloufi, afin de résoudre cette situation préjudiciable aux athlètes. Le leader de la sélection nationale auprès des responsables de la fédération, du point de vue du journaliste, aurait pu exercer une sorte d’intermédiation grâce à son statut de champion olympique, d’idole du public algérien.


dimanche 4 décembre 2016

Polémiques (60), Marche ou crève !

La première participation de Zerrifi aux championnats du monde qui se déroulèrent à Moscou (2013) est inoubliable. Le premier contact avec le très haut niveau devrait rester gravé dans sa mémoire. Comme l’est la « boule à zéro » lorsque la recrue du service national faisait son entrée à la caserne.

Pour Zerrifi, cela y ressemble un peu. Ou plutôt il y a une grande similarité avec la remise du paquetage. Le trouffion (ici le garde matériel ou le chargé de la logistique) marque sa position présente et ponctuelle de supériorité.  Celle que lui donne la distribution des effets vestimentaires qui lui permet  par anticipation de marquer son territoire par rapport à celui qui sera  peut être son supérieur, dans ce cas un champion.  Le coureur de Montpellier se souvient : « je me rappelle qu’on s'est vu remettre les tenues dans une poche en plastique avec une paire de basket même pas à notre pointure ».

Zerrifi relève l’incapacité de la fédération à doter correctement ses représentants, les ambassadeurs de l’athlétisme algérien, de leur fournir des équipements à leurs tailles et à leurs pointures. Ecoutons-le : « il y avait une délégation d'une vingtaine d'athlètes au maximum ce n'était pas comme si c'était une grosse délégation où il y avait beaucoup d'athlètes à prendre en charge ». Il n’est pas nécessaire de commenter.

A la lecture de l’interview accordée par Abdelhamid Zerrifi, les lecteurs comprennent mieux que les accompagnateurs des équipes nationales d’athlétisme sont des opportunistes. Les frais de taxi payés par Zerrifi, l’argent de poche qu’il n’a pas reçu étaient (du moins cela fait partie de la norme) disponibles sur les lieux des championnats du monde, prêts à être utilisés en tant que de besoin, dans la limite préalablement définie. Dans le meilleur des cas, la somme inutilisée a été restituée au Trésor Public.  Ce qui est anormal puisque des dépenses engagées (frais de taxi) et d’autres initialement prévues (argent de poche) restent à payer. Alors pourquoi apurer cette dette en dinars après les relances de l’athlète?

Il ne fait aucun doute ici que le premier responsable de cette situation saugrenue est le chef de délégation ou son collaborateur chargé des finances, de la trésorerie…..ou une autre personne mieux placée dans la hiérarchie fédérale.

Il n’y a sans doute pas de lien entre le récit de Zerrifi et un autre incident qui a longtemps fait les gorges chaudes du Sato, au sujet d’une facture de produits pharmaceutiques (3 000  euros ?) acquis à Moscou, qui mènera à la suspension du chef de délégation et aurait suscité, selon certaines rumeurs que nous n’avons malheureusement pas pu vérifiées, une enquête de l’Inspection Générale du MJS et des réserves de la part du commissaire aux comptes. Il n’y a pas de fumée sans feu. Surtout lorsqu’on relie cet achat aux accusations de dopage étatique en Russie qui seront médiatisés quelques mois plus tard.

L’interview a apporté des informations sur ce que ressent un athlète pris en grippe par les autres membres du groupe, par les officiels, les responsables de la délégation. Bien qu’intéressante, elle a cependant été bâclée. Certains détails manquent pour mieux saisir la complexité de l’ambiance.

On ne sait pas si ce sont les mêmes membres de la délégation qui sont concernés dans l’anecdote suivante : « Au championnat du monde, dans le stand de Nike, les dirigeants ont osé me demander du fait que je connaissais un peu la personne de prendre des paires pour eux ».


Le laissé pour compte devient un personnage incontournable. « On » le spolie (ou on laisse faire) des quelques euros qui lui reviennent de droit et on lui demande un service : intercéder en leurs faveurs auprès d’un équipementier sportif. En jeu, une paire de chaussures d’une marque réputée mondialement, Nike qui fut l’équipementier de Morceli. Des chaussures disponibles  sur le marché local dans les magasins d’articles de sport. Il est vrai qu’il s’agit d’autres modèles, les plus récents, de meilleures qualités, également plus onéreux que ceux mis à la disposition des athlètes algériens.  

samedi 3 décembre 2016

Polémiques (59), « Vous n’aurez rien ! »

Ce que nous devons comprendre des anecdotes sur la prise en charge des frais de taxi et de la remise de l’argent de poche est que la somme qui aurait du lui être remise sur place a certainement été dépensée dans un autre chapitre. Si elle n’a pas été conservée par un membre de la délégation. On peut évidemment envisager que cette déclaration ne soit qu’une divagation d’athlète aigri par sa non-sélection. Une hypothèse que nous écartons, tant son récit ressemble à d’autres.

A la lecture de l’interview accordée par Abdelhamid Zerrifi, les lecteurs (plus exactement ceux qui tentent une compréhension objective en se tournant vers les conditions dans lesquelles l’entretien s’est déroulé) ne peuvent s’empêcher de penser que la pratique citée dans la précédente chronique fait partie de l’arsenal des préjugés que les « locaux » (en particulier ceux installés dans les niveaux supérieurs des hiérarchies administrative, politique, économique et… sportive) ont au sujet des membres de la diaspora (dont certains, ceux qu’ils fréquentent assidument appartiennent à des groupes d’intérêts privilégiés). Les « binationaux » roulent sur l’euro. A ce titre, ils n’ont pas besoin de devises. Quant aux dinars, n’en parlons pas. Quand ils viennent au pays, ils dépensent sans limites attisant l’inflation.

Cette fixation expliquerait l’attitude du DTN qui n’aurait pas caché son hostilité. Selon Zerrifi, toujours dans cette interview du mois de juillet 2016, ce haut responsable technique lui aurait déclaré : «  vous n’aurez aucune aide ». Des propos qui ont au moins le mérite de la clarté. Tout comme le prétexte invoqué à savoir que le coureur de 3 000 mètres steeple  « n’a rien apporté à l’Algérie ». Comme toujours, ce sont les « autres » qui doivent apporter le plus. Quant aux responsables fédéraux, ils ont le statut de serviteurs zélés ne devant rien prouver. Leurs présences étant une preuve de…….

Racontant cette péripétie, l’enfant de Perpignan a un commentaire qui n’est guère éloigné de ceux que l’on pourrait trouver dans la bouche de n’importe quel membre de la communauté algérienne résidant en France ou dans n’importe quelle nation de l’Union Européenne. Une remarque dans laquelle on distingue les ingrédients du discours  tenu dans l’appréciation générale qu’ils portent sur le pays de leurs origines : « C'est désolant d'entendre ça de la part d’un haut responsable. Ce n’est pas logique. Le système actuel n’est pas fait pour faire avancer l’Algérie ». La modernité opposée aux fondements du conservatisme.

Le statut social d’Abdelhamid Zerrifi n’est pas réellement connu. On ne sait rien de lui. Quelques bribes par-ci par-là. Nous supposerons donc qu’un quart de siècle de présence dans la région fait qu’il soit mieux intégré dans la société languedocienne, que sa connaissance du milieu soit légèrement différente de celle d’Abderrahmane Anou, plus exactement qu’il s’y soit adapté au fil des 24 années, qu’il y ait ses repères. Avec cependant, sur le plan sportif, les mêmes contraintes et obligations et une côte que l’on pressent légèrement supérieure. Une seule certitude, ils sont installés dans la même précarité sociale. Ou presque.

Son statut n’intéresse pas. C’est un « émigré » ! Le journaliste qui l’a interviewé n’a pas eu la présence d’esprit de s’enquérir de ses conditions de vie, des conditions réelles (nous n’avons eu droit qu’à des récriminations) dans lesquelles s’effectue sa préparation. Son emploi du temps. Ses relations avec son club. L’aide qu’il lui apporte. L’aide effective de la fédération algérienne et de l’Etat algérien via la CPO.


Nous ne pouvons qu’extrapoler à partir des récits des athlètes français sur les conditions de leurs pratiques sur un fond de programmation démentielle pour pouvoir mener de pair études ou emploi, cumul de petits boulots, entrainements, compétitions, vie familiale, etc. Les ponctions sur congés ou sur salaires à chaque absence. La galère pour réussir la performance, la victoire, le chrono qui mettra du beurre dans les épinards, un peu de soleil dans le marasme quotidien du sportif à mi-chemin entre l’athlète professionnel et l’athlète amateur. Une prime qui, dans le meilleur des cas, représentera le tiers ou le quart du SMIC. Bien loin en tous cas des indemnités mensuelles et des primes de résultats égales à 3 ou 4 fois le SNMG et de l’organisation sportive que nous avons au pays.

jeudi 1 décembre 2016

Polémiques (58), Les mésaventures de « Blondin »

En parlant de sa situation, de sa relation avec la FAA qui l’a retenu pour représenter le pays, Hamid « Blondin » Zerrifi n’exagère guère en  disant  que « ce n’est pas normal ». Mais, cela lui permet de se lancer dans le récit de quelques péripéties qui font partie des coulisses de la participation algérienne aux championnats du monde de Moscou (2013) et de Pékin (2015). On trouve dans sa narration, dans l’interview accordée à un titre de la presse nationale, ce qui prend les apparences d’un rituel : celui du bouc-émissaire, de l’athlète proie facile pour des dirigeants que l’on devine (à la lecture de son récit) sans scrupules.

Lorsqu’il parle de  l’apport fédéral à sa préparation, il dit qu’« ils me font tourner en bourrique, des prétextes  enfantins pour vous faire attendre ». Zerrifi qui n’est pas habitué à ce genre de relations s’est retrouvé affrontant les mystères de la bureaucratie en milieu sportif, à des comportements qu’il dénonce pour que «  les générations à venir car il y a un potentiel énorme en Algérie » en soient dispensées. La réflexion de Zerrifi ne concerne plus les « binationaux ». Il a glissé imperceptiblement vers la situation des athlètes « locaux » soumis aux mêmes turpitudes. Ce qui s’applique à lui s’applique également aux autres !

Zerrifi en a gros sur le cœur. L’amertume déborde. Il suffit d’enlever la bonde qui le retient pour que s’écoule sans discontinuer le flot des récriminations, d’événements révélateurs de dysfonctionnement ou de comportement pour le moins inapproprié, désolants. Des attitudes, des propos dont certains sont à la hauteur de la réputation de responsables fédéraux aux écarts de langages rapportés antérieurement par d’autres athlètes. Des athlètes  « locaux », selon la terminologie de la presse footballistique, plus ou moins habitués à ce genre de situations.

Quand Zerrifi fait le récit de ses mésaventures avec la FAA, les faits les plus récents remontent les premiers à la surface. Ils sont encore tout frais, vivaces dans la mémoire du conteur. Le temps ne les a pas totalement  effacés.

Nous sommes en juillet 2016.  Les premiers souvenirs amers sont ceux survenus aux championnats du monde de Pékin, l’été précédent. Il narre qu’à ces championnats, « on n’avait pas encore notre tenue la veille de la compétition. J'ai du m’en faire prêter une par un des athlètes ».

Il ne trouva qu’un seul qualificatif pour cette situation : « C'est honteux ! ». Remarquons qu’il débute par un « on » (3ème personne du singulier à la fois neutre et pluriel) signifiant qu’ils étaient quelques-uns (une forme de généralisation du sujet en question) à n’avoir pas reçu la dotation vestimentaire et termine sa phrase par « j’ai du m’en faire prêter une….»  exprimant implicitement le sentiment d’une discrimination ressentie intimement. Ainsi que l’esprit de débrouillardise qui doit faire partie des compétences pré-requises d’un athlète algérien représentant son pays dans une compétition mondiale s’il veut être en phase avec le protocole. Malheureusement, Zerrifi ne dit pas si les  athlètes reçurent finalement leur paquetage.

Le pire était pourtant à venir.  Lorsque pour le déplacement des athlètes, il dû avancé le prix d’une course en taxi, laissant entendre qu’ils (les athlètes sans préciser lesquels, en particulier s’il s’agissait d’autres coureurs se rendant au départ de leurs épreuves respectives) ont été lâchés dans les rues de Pékin sans le sou. Ou encore lorsque l’ « argent de poche ne m'a pas été donné sur place sous un autre prétexte ».  Zerrifi n’est pas sur ce sujet prolixe. Il fait dans la retenue. Sans doute qu’un sentiment d’arnaque avait dû germer dans son esprit.


Zerrifi paye le taxi. Il ne reçoit pas l’argent de poche. Il débourse de sa poche, en devises. Zerrifi a récupéré plus tard, bien plus tard ce qui lui était dû. La somme déboursée. Ecoutons-le raconter brièvement son parcours du combattant : « J'ai dû les récupérer en dinars  c'est-à-dire j'étais perdant sur le taux de change. Trois mois après sans aucun appel. Bien sûr c'est moi qui ai dû les relancer ». Les championnats s’étant achevés, le chef de délégation, les accompagnateurs, les membres de la fédération présents ne se sont pas préoccupés de Zerrifi….et des autres ?