vendredi 17 février 2017

Contrat programme, L’argument fallacieux des révoltés

Les fédérations ou plutôt les présidents de fédérations ont signé des contrats-programme annuels et pluriannuel. Un bien grand mot pour ce qui n’est en fin de compte qu’un contrat d’objectifs engageant deux partie qui sont les fédérations sportives nationales (démultipliées à l’infini) et leur ministère de tutelle (le ministère de la jeunesse et des sports).
En contrepartie de milliards de centimes alloués annuellement à ces associations sportives par le Trésor Public, le MJS demande aux fédérations contractantes qu’elles lui indiquent, qu’elles lui désignent (par écrit et non via les médias) des objectifs sportifs à atteindre, des résultats quantifiés en titres et des médailles, niveau de participation (demi-finales, finales) à des compétitions et manifestations sportives internationales.
En plus évidemment de la participation de ces mêmes fédérations à la politique nationale de la promotion et du développement de la discipline sportive. Un discours relevant de la politique politicienne certes mais qui appartient aux servitudes d’utilité publique ou sociale qui sont celles de ces entités sportives nationales dans le cadre de la délégation du service public qui leur est confiée.
De cet aspect important, on ne le met presque plus en valeur puisque cela fait partie intégrante du discours récurrent que les présidents de fédération produisent à chacune de leurs  rencontres avec les pouvoirs publics, les médias ou de la cour de sujets qu’il s’agit de subjuguer. Le baratin tant de fois ressassé, est devenu inaudible.
Ce type de discours (bien rodé, bien appris comme sur les tapis des écoles coraniques et mis à toutes les sauces) sonnait creux, n’a plus eu d’effets tangibles sur les actes des gestionnaires du mouvement sportif…quand le MJS et les pouvoirs publics d’une manière générale, aussi bien en temps de prospérité qu’en temps de crise économique et d’austérité, ne demandaient pas réellement de rendre compte.
Les caisses des fédérations ont été continuellement alimentées et les pertes épongées. Sans qu’il n’y ait parallèlement un enrichissement en ces breloques synonymes de réussite sportive. Un échec généralisé masqué par une logorrhée témoignant rétrospectivement de l’incompétence des uns et de la suffisance hautaine des autres s’adressant à la valetaille.
Ces fédérations - dans un contexte où le sport, dans sa perception globale réunissant tant l’aspect relatif à la pratique sportive proprement dite que celui porté par le spectacle mimant la logique romaine du pain et du cirque,  s’est astreint à proposer ad aeternam au public populaire des référents anesthésiants - ont su drainer des sommes folles sans véritables résultats probants.
Ils (les présidents de fédération) ont su admirablement jouer un jeu dans lequel la poudre aux yeux, admise en tant qu’accessoire prépondérant, a permis l’établissement d’un vaste réseau invisible d’écrémage des fonds publics, de prise de pourcentage diront des observateurs n’ayant pas froid aux yeux ou connaissant le milieu.
Le constat négatif est que les canaux de distribution n’ont pas (ou insuffisamment) irrigué les structures vitales de la base, les clubs. La fameuse « Excellence », dont on nous rebat les oreilles depuis plusieurs décennies, n’a été en fait qu’un subterfuge employé soit pour recouvrir d’un voile un pillage organisé soit pour masquer les incompétences individuelles et collectives. Le choix malheureusement n’est pas large.
« Contrat-programme », « contrat d’objectifs » : deux expressions grandiloquentes, en phase avec la modernité, suscitant l’incompréhension sémantique des lecteurs qui n’y connaissent rien, ne veulent pas également faire l’effort d’en connaître le sens et auxquels la connaissance n’a pas été apportée. Sans compter cette indifférence cognitive, la marque de nos temps modernes, dans laquelle se plaisent ceux qui ont atteint leurs objectifs personnels.
A se demander aussi si quelques fois il n’y a pas eu rétention volontaire (avec le consentement complice des intéressés) pour faire des membres de l’AG (principalement concernés, gestionnaires  principaux des ligues, parfois immatures ou aveuglés par le sentiment d’impunité débridée donné par l’exercice du pouvoir au niveau local où le contrôle des structures décentralisées est minée par le népotisme et le clientélisme) des  moutons de Panurge que l’on conduit à l’abattoir ou au spectacle.
Ces deux expressions sont utilisées avec forfanterie pour éblouir les badauds et les ignares dont nous avons fait partie. Jusqu’à ce que nous ayons eu la possibilité de lire quelques lignes (les premières) de celui de la fédération algérienne d’athlétisme.
Le contrat-programme est un document dont la simplicité effraye et rassure à la fois. Il est la matérialisation d’un engagement acté par les représentants des deux parties dans lequel chacune d’elles promet pour l’une (le MJS) de dégager des moyens financiers afin de permettre à la seconde (la fédération) de réaliser les objectifs qu’elle s’est donnée ou qu’elle a habilement négocié.

(A suivre)

jeudi 16 février 2017

Contrat programme, La FAA en faillite

Se présentant sous la forme d’une décision prenant de fait un caractère juridique (renvoi à des textes réglementaires et législatifs et développement en articles), le contrat-programme est tout simplement le budget de la fédération agencé en chapitre de dépenses impérativement limitées aux montants désignés et aux actions libellées et en contraintes d’exécution qui sont (il n’y a aucune raison de s’alarmer) celles des règles de bonnes gestion telles que définies dans le corps du contrat d’objectifs à savoir les règles administratives et comptables algériennes à respecter mais qui sont également celles auxquelles s’astreindrait qui dépenserait ses propres deniers pour son propre compte.
La seconde partie du contrat-programme (que nous n’avons pas consulté) est certainement la définition de résultats sportifs à atteindre au cours de l’année en termes de titres, de médailles, éventuellement de classements dans la hiérarchie internationale répartis par niveau de compétitions (championnats ou jeux arabes, africains, méditerranéens, mondiaux ou olympiques) et catégories d’âges. 
La lecture dudit contrat-programme montre que le MJS a octroyé un peu plus de 10 milliards de centimes pour le fonctionnement de la FAA. La répartition par nature d’activités indique que 3 milliards sont destinés à la prise en charge des équipes nationales, 2.5 milliards pour l’organisation en Algérie des compétitions internationales (championnats juniors arabes à Tlemcen), 250 millions de dinars sont consacrés à la prise en charge des jeunes talents, 300 millions à l’organisation des compétitions nationales. Des montants (des côtes budgétaires) arrêtés d’un commun accord après un travail préparatoire de la FAA.
Par ailleurs, près de 3 milliards ont été octroyés au titre de remboursement de prêts accordés par le fonds national (dont 2.2 milliards qui sont un prêt accordé pour l’organisation du marathon international d’Alger et près de 800 millions pour le remboursement de la prise en charge des athlètes des EN).
Le contrat-programme stipule que le président de la FAA s’engage à assurer la concrétisation des objectifs et des activités et à justifier  l’emploi des crédits (les dépenses). Il prévoit également que les dépassements ne sont pas pris en charge par le MJS et n’autorise pas le transfert de chapitres. Ces deux aspects doivent être examinés avec minutie dans l’hypothèse prévisible d’un constat désagréable à faire par l’AGO.
Ces deux limitations aux dérives probablement rencontrées au cours des exercices précédents, semblent prendre en charge une préoccupation du MJS observant l’impossibilité de la FAA a respecter ses engagements et à rembourser ses dettes (3 milliards), contractées auprès du fonds national.
Si l’origine de cette situation (préjudiciable au fonctionnement harmonieux du prochain bureau fédéral) reste à déterminer entre l’imprévoyance, l’incapacité à établir des prévisions correctes ou encore la mauvaise gestion, il y a lieu de prendre en considération la cécité volontaire des membres de l’AGO souvent eux-mêmes impliqués (au niveau local) dans une politique de refinancement par l’Etat des dettes contractées.
Ces membres de l’AG connaitront dans quelques jours le bilan officiel de l’année 2016 arrêté par le bureau fédéral. Ils pourront en débattre, connaitre l’avis du commissaire aux comptes avant d’accorder (ou non) le quitus au président de la fédération en se fondant (normalement) sur les ressources octroyées par le MJS et les dépenses engagées par le président de la FAA et cosignées par le trésorier.
En attendant les données officielles qui n’ont pas été transmises à leurs destinataires dans les 15 jours précédant la tenue de l’AGO, nous proposons quelques indications chiffrées dont nous avons pu avoir connaissance. Elles montrent que la situation financière de la FAA était (bien avant la clôture de l’exercice) très difficile.
L’endettement général (plus 10 milliards) était légèrement supérieur aux montants des crédits (budget) alloués par le MJS. Nous avons pu remarquer qu’au début de l’automne:
Ø  Les frais de fonctionnement ont été contenus à la côte arrêtée,
Ø  Les frais de préparations des équipes nationales ont connu un dépassement de près de 50%,
Ø  La prise en charge des jeunes talents a été plus que doublée,
Ø  Les frais d’organisation de compétitions nationales a connu une augmentation de 150%,
Ø  Plus de 2 milliards  ont été consacrés (figurant en tant que dettes) à l’organisation des championnats régionaux (près de 600 millions), au challenge national de cross-country (près d’un milliard) et au challenge national des courses sur route (plus de 700 millions). Ces dépenses (subventions de la FAA aux compétitions citées) ne sont pas couvertes par le contrat- programme. Elles doivent l’être par les activités de sponsoring dont le montant nous est inconnu mais doit être communiqué aux membres de l’AG et au ministère. Nous noterons que les ressources de sponsoring ont été réduites suite à l’annulation d’un contrat.
La conséquence (à laquelle les membres de l’AG doivent prêter une attention soutenue) est que certainement la fédération est redevable de ce montant (2 milliards) auprès des ligues de wilayas organisatrices de ces activités (régionaux, challenges cross et route), qui elles-mêmes sont sans doute endettées auprès de leurs fournisseurs et prestataires de services.

Cette situation d’endettement  est appelée à évoluer avec les dépenses (et les ressources) engagées au cours des derniers mois de l’année 2016.

mardi 14 février 2017

Ingérence du MJS, La grande embrouille (2)

Dans la gigantesque pétaudière qu’est devenu le mouvement sportif, on oublie allégrement que sans l’apport des pouvoirs publics, nombre de ces fédérations (à l’exception de la FAF qui aurait retourné les subventions étatiques et a participé à l’emprunt obligataire d’Etat à hauteur de 5 milliards de dinars),  en fait toutes les autres fédérations sans exception, n’aurait pu financer ne serait-ce qu’une partie dérisoire de leurs activités.
Certaines, parmi les plus illustres d’entre elles (telle celle de l’athlétisme) se sont ingéniées à gâcher le dérisoire soutien financier des sponsors relevant pour la plupart de la sphère économique publique. Des subsides souvent obtenus par des particuliers, admirateurs de la discipline, évoluant dans la marge de la communauté sportive, sans aucun lien organique. Pour l’amour de la discipline.
Les points de vue exprimés, les raisonnements, les argumentaires présentés (aussi honorables les uns que les autres soient-ils) sont viciés par les préjugés forgés par les années et les magouilles qui ont  marqué le quotidien du mouvement national sportif. Les débatteurs se connaissent très (trop) bien. Déjà sur les réseaux sociaux, certains aspects hideux de leurs comportements sont dévoilés par des cadres du sport qui ne risquent plus rien.
Or donc, nos agitateurs de l’été ont vu le vent tourner. Leur exigence d’enquête sur le fonctionnement du COA a été entendue. La loi algérienne, depuis la fin de l’année 2015 (décret 15.153 publié au journal officiel une année avant la fin du mandat olympique), stipule que les bilans des présidents de fédération postulant à un nouveau mandat sont examinés par les services du MJS sur un triple plan (administratif, financier et des objectifs définis par eux dans le cadre d’une gestion participative).
Pour qui n’est pas aveugle, l’ensemble du dispositif de contrôle INTERNE a seulement été renforcé par un contrôle EXTERNE, exercé par le représentant du gouvernement algérien en charge des activités sportives (MJS) intervenant en fin d’un processus faisant appel préalablement aux contrôles et missions dévolues au commissaire aux comptes (examen de la régularité, de la sincérité, de la conformité des écritures comptables enregistrées par le trésorier avec au final la certification du bilan comptable), des membres de l’assemblée générale ordinaire (bilan moral et financier se penchant sur l’opportunité des actes de gestion).
Les commentateurs (opposés à l’intervention du ministère dans le contrôle de l’utilisation des fonds publics) brandissent la menace de l’ingérence des instances transnationales sportives qui ne pourront que constater que le processus d’élection démocratique a été formellement respecté. La procédure d’audit administratif et financier ne peut être mise en cause.
Dans le raisonnement des opposants à la loi algérienne, il fait abstraction du fait que toutes les candidatures sont examinées par une commission de candidature (avec possibilité de faire appel à une commission de recours) élue par l’assemblée générale ordinaire.
Cela suppose que seuls les présidents de fédération (et de ligues) sont assujettis à un contrôle de gestion. Une démarche tout à fait logique puisque les nouveaux candidats à ces fonctions ne sont jugés que sur un dossier administratif faisant toutefois référence à leurs antécédents sportifs ou judiciaires.
Une douzaine de fédérations (dont l’athlétisme, le judo, le cyclisme et la boxe, celles qui prétendaient aux médailles olympiques) est pour l’heure concernée par une inéligibilité de leurs présidents sortants. Présageons que le couronnement du processus de renouvellement des instances sportives sera attendu avec impatience au mois d’avril lorsqu’il s’agira de clôturer les opérations par l’élection du président du COA.
C’est alors que les accusations proférées, par Makhloufi, Bouraâda et d’autres (boxeurs, judokas, cyclistes), à l’encontre des responsables sportifs connaitront véritablement leurs issues.
Radio trottoir, « Radio Sato » (appuyée par les réseaux sociaux) est, dans le contexte actuel, en effervescence, livrant des éléments parcellaires de connaissance fort pertinents d’une logique aussi statique que le serait une girouette.
Le vent a tourné. L’ingérence ministérielle (que nous venons de décrire) est apparue dans un rôle d’équilibre tardif, de neutralité retardataire. Le premier responsable du secteur ne s’est intéressé qu’à la finalisation du processus reposant sur des fondations fragilisées par les agissements des membres de ligues, élus au début du précédent cycle olympique, soutenus à la fois par les membres des bureaux fédéraux et des lobbyistes incrustés, depuis des décennies dans le mouvement sportif national et local.

A nouveau, comment souvent, la révolte n’est pas celle du peuple sportif mais une rébellion des seigneurs du sport contre d’autres féodaux avec lesquels ils sont en conflit. 

lundi 13 février 2017

Ingérence du MJS, La grande embrouille

Le renouvellement des fédérations sportives nationales a pointé le bout de son nez. Certaines d’entre elles ont déjà tenues leurs assises quadriennales. Les fédérations « mineures », (celles qui, dans le concert sportif national, font galerie) ne posent aucun problème majeur. Elles sont (y compris dans l’imaginaire des responsables sportifs) si insignifiantes que les agitations (il y en a toujours) ne dépassent pas les murs des salles qui les accueillent et ne franchissent pas les portes closes.
Quelques-unes ont vacillé sur leurs bases incertaines, sur leurs fondations fragiles. Par un sursaut difficilement compréhensibles puisque, jusqu’à l’heure décisive, les membres de l’AG se sont complus dans l’absence de réaction face aux anomalies.
 Pour ce qui concerne les prétendument « grandes fédérations » - celles qui attirent le regard et l’attention du « peuple algérien », émerveillé par les artifices et les feux d’artifices, connaissant, sur le bout de la langue, les moindres faits et gestes des clubs et des stars suivis « un peu, passionnément et à la folie » à travers les écrans de télé, quitte à n’avoir jamais chaussé les chaussures de sport  pour autre chose que la frime – les enjeux attisent les passions.
Certaines voix « déstabilisatrices », rompant avec le ronronnement des habitudes, annoncent que quelques-unes de ces « fédérations majeures » (mais bien misérables ces derniers mois) seraient entrées en dissidence et programmeraient leurs assises après la date limite arrêtée par leur tutelle administrative. Une façon étrange d’engager un bras de fer qui n’aurait, disent-ils, aucune raison d’être. Si ce n’est de faire plier le système dont l’on s’est abondamment servi et que la nomenklatura sportive voudrait éternelle.  
Dans le même temps, d’autres (les « opposants » d’hier à ces « révoltés » d’aujourd’hui) indiquent que ces responsables en fin de mandat, jouant aux fanfarons, ont préparé leur départ pour les pays du Golfe ou préparent leur défense à présenter devant les juges pour …..« dilapidation des  fonds publics ». Des sous-fifres (revenant fréquemment dans nos chroniques de l’été) se seraient envolés précipitamment.
 Le sort de la puissante fédération de  football a  affolé les commentateurs depuis que, suite à la désolante participation à la CAN, le ministère de la jeunesse et des sports (sensible à la vox populi représentée par la presse sportive portée par les ailes de ses intérêts endogènes et de la subjectivité) a demandé à ses dirigeants de rendre des comptes et a suggéré à son président de remettre le tablier.
Une réaction épidermique de bon ton qui a déplu à certains milieux qui, en d’autres circonstances, se seraient extasiés. Mais, la représentativité nationale dans le concert des nations étant en jeu, les pouvoirs publics auraient demandé à tempérer l’excitation qui devient contagieuse, en sollicitant  l’intercession du président du COA.
Une autre fédération (celle du cyclisme dont l’ancien président a postulé à un autre mandat) a entraîné la frénésie sur les réseaux sociaux s’insurgeant contre l’intervention du MJS. Nous avons noté que ce sont ceux-là  qui avaient agité l’été olympique, s’étaient acharnés sur le COA, une ONG à laquelle il était exigé une reddition des comptes pour masquer leurs échecs trop visibles. Ils sont de retour pour…défendre l’un des leurs, mis en cause devant les tribunaux et mis au ban de l’instance olympique. Un président qui se présenterait à la barre dans les jours à venir.
Remarquons aussi que les défenseurs de ce président de fédération sont ceux dont il avait pris la défense en ces temps estivaux agités. Ce ne serait donc qu’un retour à l’envoyeur qu’il faut apprécier à sa juste valeur (les amitiés dans le milieu sportif étant toujours éphémères) dans ce qu’il peut apporter dans la connaissance de l’environnement, des alliances qui y sont contractées et dans le partage.
Dans leur plaidoyer sur les méfaits de l’ingérence ministérielle (si fortement sollicitée hier et si décriée aujourd’hui) les censeurs d’hier et les défenseurs de la morale et de valeurs éducatives (souvent bafouées par ceux qui les invitent dans leurs discours) invoquent la possibilité, l’éventualité d’une immixtion des instances internationales prétendument garantes de la survie des instances nationales dans un contexte de démocratie à géométrie variable.
Observons que de manière inconsidérée, ce sont ces mêmes commentateurs qui, il y a quelques mois, se prosternaient, suppliaient leurs pairs du MJS (souvent issus du même établissement de formation et des mêmes promotions) pour des faveurs à accorder à leurs athlètes et (au mieux) leurs fédérations.

(A suivre)

dimanche 12 février 2017

Début de saison, Rime en ouille

En ce début d’année 2017, comme les années précédentes d’ailleurs, l’athlétisme algérien rime avec « ouille ». Une rime qui fait mal…. aux tripes lorsqu’on a la discipline bien implantée dans le cœur. Pour tout dire, dans le monde de l’athlétisme national, certains vadrouillent et d’autres cafouillent et bafouillent.
Beaucoup n’ont pas apprécié que nous considérions les membres de l’élite nationale (les athlètes du troisième niveau de notre segmentation - que nous révisons en adoptant la classification des chemins de fer- qui devrait évoluer en 2017 avec le passage de Larbi Bourraâda en première classe où il rejoint Makhloufi ainsi que le glissement pressenti de Malek Lahoulou en 2ème classe)  comme étant des athlètes-migrateurs.
Un qualificatif d’une dureté certaine mais conforme à la réalité que justement certains adorateurs de la politique fédérale ne voulaient absolument pas voir, admettre. Un épisode de la vie athlétique qui démontre l’échec d’une politique qui ne peut  offrir aux athlètes-migrateurs les moyens de la réussite.   
Avec les saisons battantes de cross-country et d’athlétisme en salle, les réseaux sociaux algériens (la fédération d’athlétisme en tête)  nous ont finalement donné  raison en répercutant, week-end après week-end (d’ici et d’ailleurs), les résultats des meilleurs athlètes de demi-fond algérien obtenus sur le territoire national et à l’étranger.
Des résultats qui, malheureusement pour l’honneur et la dignité de la discipline, sont à la fois une offense et la confirmation indirecte de l’existence de ces mouvements migratoires saisonniers (hiver et été). Ces mouvements, dans un premier temps périodiques, sont accompagnés également par une tendance, de plus en plus prononcée, à conduire les athlètes à s’installer là où ils peuvent s’exprimer. Une tendance que ces mêmes réseaux sociaux dévoileront en saison précompétitive et compétitive estivale.
En restant à l’écoute des mois à venir, cette tendance sera perceptible à tous ceux qui ôteront les œillères. Elle l’est déjà pour les observateurs avertis. Il est vrai qu’il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir….la perte de la nationalité algérienne  qu’il est possible de déceler dans les bilans français.
Remarquons que ces athlètes courent sur deux tableaux. Ils participent à la fois aux courses du challenge national de cross-country et aux phases qualificatives aux championnats de France de cross-country avant de venir pour quelques-uns concourir aux championnats d’Algérie. Certains d’entre eux, les plus aguerris sont incontestablement de potentiels candidats aux titres nationaux. Nous verrons s’ils seront présents aux championnats de France. Tandis que l’un deux a failli (il y a peu) remporter (en cross-country) la course de la Coupe d’Europe des clubs vainqueurs des championnats de leurs pays respectifs.
Un regard sur les bilans de la fédération française d’athlétisme montre aussi qu’ils occupent des places du haut de la récapitulation des résultats des athlètes licenciés dans les clubs français comptabilisant (pour chacune des distances) plusieurs milliers de coureurs représentant toutes les catégories d’âges. Une démonstration de leurs qualités sportives et de l’incompétence des fédérations algériennes successives.
Pour les besoins des clubs français ou autres dans lesquels ils sont signataires, ils apparaissent également dans les compétitions en salle (un genre de compétitions qui n’existe pas chez nous en l’absence de salles) ce qui incitera certainement le service de l’organisation sportive de la DTN/FAA à suivre et à prendre en compte toutes les performances réalisées par des athlètes algériens autorisés à la détention de la double licence inscrites au bilan français afin d’enrichir à moindre coût le « Top 10 » algérien.
Observons au passage que ces athlètes migrateurs appartiennent tous sans exception à la 3ème classe. La « classe populaire » de l’élite que l’on convoque pour porter les couleurs nationales lorsque le besoin se fait sentir, qui se prépare souvent et concourent sous d’autres couleurs que celle de leurs clubs nationaux pour subvenir à leurs besoins sportifs de préparation et de compétition que la fédération algérienne d’athlétisme ne peut leur offrir.

Quant au reste des athlètes, que l’on prétend dans les discours électoraux pompeux être l’élite de demain, il est confiné (que les athlètes et leurs entraîneurs nous pardonnent) dans le « fourgon à bagages », dans « le wagon à bestiaux » d’un train où ils ont eu accès en clandestins.

samedi 11 février 2017

David Torrence (4), La mission civilisatrice du néo-péruvien

Dans le discours du nouveau citoyen péruvien perce la vocation civilisatrice qui a accompagné, sublimé ses colonialistes européens. Cette vocation se traduit par un questionnement supposé être celui de ses nouveaux compatriotes stupéfaits de le voir courir avec les athlètes des autres nations: « Qui est ce? », « Je ne savais pas que les gens pouvaient courir sur un stade ! », « je ne savais pas que cela faisait  partie des Jeux ! ».

Inconsciemment, car cela fait partie de son « Moi » américain (celui que n’a pu pourtant lui léguer son père décédé  prématurément et qui fait partie des stéréotypes de la société américaine), il reprend le bon vieux discours du « sauvage », celui popularisé par les ouvrages littéraires (et philosophiques) du 17ème siècle  de Defoe, Rousseau et le Voltaire sarcastique  et surtout du 19ème siècle que l’on mit dans la bouche des Mayas, Incas et autres Amérindiens au débarquement des Conquistadores au 16ème  siècle.

Dans cette série de questions, les idées préconçues d’un américano-péruvien, de la partie américaine de sa personnalité sont en place. On les retrouve aussi dans cette réduction cognitive que l’on trouve dans les idéologies présentes dans l’esprit de beaucoup de membres de nations prétendument civilisées, technologiquement modernes: « ils ne regardent que le marathon et 10 kilomètres, deux épreuves qui sont vraiment connues là - bas, deux courses qui font partie de la culture ». Un sentiment de supériorité vivifié par cette autre déclaration : « ma seule présence, nous l'espérons, permettra d’introduire un changement ». Comme si la télévision et les NTIC ne faisaient pas partie de leur univers.

On ne sait, à vrai dire, si ce sont les pensées de David Torrence ou celles du journaliste qui transparaissent. Mais, comme il s’agit d’une interview destinée à un lectorat américain, nous sommes censés croire que ce sont les propos de David Torrence, dont le prénom est prémonitoire.

Doit-on condamner l’ensemble des propos tenus. Sans doute pas lorsqu’il s’agit de noter le « grand, grand décalage entre non seulement le Pérou, mais l'Amérique du Sud dans son ensemble et le côté courant de ce sport ».  Encore moins lorsqu’il se (et nous) questionne en se demandant « combien de fois avons-nous vu des athlètes d’Amérique du Sud concurrencer ceux des États -Unis ou d’Europe? ». Le constat est lucide lorsqu’il affirme que  « vous ne les voyez jamais dans les meetings de la "Diamond League" ou dans les très gros "invitationals meetings" ».  La visibilité internationale des athlètes sud-américains est portée au chapitre, mise en exergue.

Sa mission, celle qu’il s’est attribuée, est de « combler cette lacune » en leur permettant de réaliser des performances de niveau mondial et de les introduire dans ce genre de rencontres sportives. L’aspect linguistique (« ils ne parlent que l'espagnol ») est aussi relevé. La méconnaissance de l’anglais (langue universellement parlée) leur interdirait  toutes relations avec les meetings organisés aux Etats Unis, avec les circuits canadien, belge, etc. Sa connaissance du milieu athlétique, son bilinguisme seraient, pour les athlètes péruviens, des atouts qui leur permettraient d’y prendre part et de se voir offrir des possibilités qu’ils ne pouvaient auparavant envisager.

Il prévoit également de partager ses connaissances en matière d’entraînement. « Quand je me suis entraîné là - bas, dit-il, j’ai vu que ces gars sont super, super-talentueux. Et je sais qu'ils peuvent être de classe mondiale ». Puisque c’est lui qui le dit, lui qui vient d’une nation qui domine formidablement le sport mondial, cela doit vrai.

Son espoir est d’« aller là - bas avec mes connaissances et mon savoir-faire pour leur organiser des camps d’entrainement aux  Etats - Unis et quelques-uns  au Pérou ».  Ses références ne peuvent être qu’américaines alors que ses nouveaux compatriotes sportifs ne connaissent pas les hauts lieux de l’entraînement aux Etats Unis, ne « sont jamais allés à Flagstaff, ils ne sont jamais allés à Park City ou nulle part ailleurs ». Ils ne s’entraînent qu’au Pérou, repliés sur eux-mêmes. David Torrence leur apportera l’ouverture sur le monde, la technologie de la course à pied.


Son raisonnement, quelque part, tient la route. Faire partie des meilleurs athlètes impliquerait de voyager à travers le monde, de s’entraîner partout. Sinon, on s’installe dans la monotonie et la routine qui sont préjudiciables au progrès.

jeudi 9 février 2017

David Torrence (3), Dans le tourbillon du changement

Ayant dévoilé les bases identitaires prétexte à son changement de nationalité sportive, David Torrence a cherché à identifier le processus administratif qui lui permettait d’y être candidat. Le principe est que celui-ci (le changement) est permis après une « période blanche » (sans participations à des compétitions internationales en tant que représentant d’une nation) de généralement trois années sauf réduction possible (à seulement une année) avec l’agrément de deux instances sportives : l’USTAF (fédération américaine, fédération quittée) et l’IAAF(fédération internationale validant le changement).

L’obtention de la dérogation (une année blanche) surprend. Certaines nations quittées n’autorisent pas aisément ces libérations, refusent ce compromis favorable à l’athlète et à la fédération rejointe. Selon Torrence, le Pérou l’avait accepté dans ses rangs et les USA consentaient à le libérer de cette contrainte puisque « la politique des États - Unis est qu'ils libèrent toute personne voulant représenter un autre pays ».

Torrence précise qu’il n’a pas rencontré de difficultés particulières : «l’USATF a été très utile dans le processus. Ils me voulaient le meilleur. J'ai obtenu la libération ». Ensuite, le CIO, ayant constaté l’accord de toutes les parties (Torrence, la fédération américaine et la fédération péruvienne) a entériné le changement.

Le processus s’est déroulé sans anicroches si ce n’est que Sébastian Coe, président de l’IAAF avait eu, au sujet de cette question devenue extrêmement sensible au sein de confédérations continentales (Europe et Afrique), des commentaires qui incitaient à l’inquiétude. Le lord britannique n’apprécie pas les très nombreux changements de nationalité sportive. Torrence pensait que Sir Sébastian risquait de faire un exemple car il était le premier cas soumis à l’IAAF depuis son élection à la présidence de l’instance faîtière de l’athlétisme. Cette hantise serait l’explication du silence de Torrence qui ne voulut pas « l'annoncer jusqu'à ce qu'il soit confirmé à cent pour cent ».

Torrence évoque des commentaires de Sébastian Coe dont nous n’avons pas trouvé trace. Commentant ces propos, Torrence estime que les autorités sportives devraient adopter une vision plus nuancée que celle qui est prônée. Le commentaire est  celui du nouveau Péruvien et n’a pas pour objet d’influencer le processus de décision.

Il rappelle qu’il a fait partie d’une sélection américaine à l’âge de 18 ans alors qu’il venait d’entrer à l’université. Il avait intégré l'équipe US qui participa aux championnats du Monde Junior (en 2004) où il avait couru le 1 500 mètres. La question qu’il pose est récurrente dans toutes les disciplines sportives : « est-il vraiment juste pour de jeunes athlètes  de décider la nation pour laquelle ils vont concourir le reste de leur carrière sportive? Beaucoup de choses changent, beaucoup de choses se passent dans la vie des gens ». Notons que Torrence comprend en partie les réflexions de Coe. Notamment, lorsqu’il n’y a pas de liens entre l’athlète et le pays rejoint. Un phénomène devenu fréquent sur la planète athlétisme.

Torrence défend habilement sa cause. Il évoque la renaissance du demi-fond américain qu’il lie avec l’arrivée du Kenyan  Bernard Lagat dans les rangs américains ce qui a permis aux athlètes locaux de rivaliser avec lui et d’élever leur niveau pour tenter de le détrôner. Etablissant un parallèle avec le vétéran américain, il se voit « aller au Pérou et pas seulement courir, battre les athlètes de ce pays en les aidant à s’entraîner et les amener à atteindre ses niveaux de performance qu’ils n’auraient pu atteindre autrement ».

Torrence se voit en apporteur de la bonne parole. Un travers, dont nous dirons qu’il fait partie des mœurs américaines, puisé dans les fondements, dans l’inconscient collectif de ce « Nouveau Monde » sur le sol duquel le prosélytisme religieux est présent depuis le début du 16ème siècle à la fois avec les conquistadores catholiques du sud de l’Europe posant le pied en Amérique du Sud et les partisans de la religion réformée apportée par les colons de la partie nordique du « Vieux Continent ». 


Son apport à l’athlétisme péruvien serait celui de l’exemplarité sportive véhiculée par ses futures participations aux compétitions emblématiques de la discipline telles que les  meetings de la « Diamond League », les épreuves de qualifications et les finales des championnats du monde et des Jeux Olympiques.