vendredi 24 février 2017

Contrat-programme (5), Mutisme et cécité du président

Selon son ministre plénipotentiaire, ce serait au mois de juillet, à l’heure de la signature du contrat-programme, que le président de  la FAA aurait appris que ses prévisions budgétaires (24 milliards de centimes) ont été réduites de, nous dit-on, 75%. La propension à l’exagération  de « notre ami » est connue. La réduction est certes importante mais n’atteint pas le niveau indiqué (légèrement supérieure à 55%).
Bien que les objectifs aient été maintenus, le président a apposé sa signature (en toute connaissance) sur le document qui l’engage vis-vis des autorités. Il sait pourtant (du moins il le devrait) que la fédération est déjà en dépassement. Le commentateur ne nous dit pas si le président de la FAA a dégagé sa responsabilité. Ce dont nous doutons. Dans notre société sportive, il est plus facile à un président de fédération de fustiger un entraîneur ou un dirigeant de ligue que d’exprimer sa pensée à un représentant du ministère et qui plus est au secrétaire général.
Les organisations algériennes ne communiquent pas. Elles ont un penchant notoire pour le culte du secret. Un mode de gestion qui pourrait bien faire partie des traditions héritées d’abord de la guerre de libération et d’un système de gouvernance depuis l’Antiquité, s’appuyant pour perdurer sur l’oralité et les pratiques clientélistes.
Pour ce qui nous concerne ici, les trois instances du mouvement sportif (FAA, COA, MJS) n’ont pas suffisamment joué cartes sur table. Cette attitude devenue normale conduit à des situations qui profitent amplement aux agitateurs et activistes du mouvement sportif. Nous avons (en partie) pu le voir avec « la crise de Rio ».
Les éléments de compréhension de TOUTE la situation n’ont pas été portés à la connaissance du grand public. Sauf, lorsqu’ils arrangeaient une des deux parties en présence à savoir le couple Mahour Bacha-Amar Bouras (le sommet de l’iceberg FAA) et la CPO/COA.
Des informations éparses ont laissé entendre que l’année 2016 a fait, en matière budgétaire, d’un traitement particulier en concentrant entre les mains de la CPO/COA la manne financière consacrée à la préparation des jeux olympiques. Les détails de cette nouvelle formule n’ont pas été divulgués.
Mais, on sait que les fonds destinés à prendre en charge la préparation des athlètes concernés par la préparation olympique (JO et JM) ont été confiés à la CPO. Nous devons comprendre que certains de ces besoins exprimés, certainement compris dans les prévisions budgétaires fédérales, ont été transférés de facto à la préparation olympique.
Souvenons-nous, dixit Amar Brahmia dans plusieurs déclarations télévisées, que la préparation olympique a été soumise et tranchée par une commission mixte MJS-COA et que la CPO a été seulement une courroie de transmission entre les différents organes décideurs dont à la base les fédérations.
Les bribes recueillie de-ci de-là semblent indiquer que la crise financière qu’a inévitablement connu le MJS a impacté l’ensemble du mouvement sportif. Selon Berraf, le président du COA, l’instance nationale olympique s’est retrouvée dans la situation de prêteur vis- vis du MJS qui aurait remboursé les fonds avancés par le COA à la fin de l’exercice 2016.
Avant sa démission au retour des JO de Rio et suite à l’épisode disciplinaire  Fezouine (président de la fédération de cyclisme), le président de la FAA a occupé les fonctions de 1er vice-président du COA et, pendant quelques semaines, celle de président par intérim du comité olympique absent pour raisons de santé grave.
De par les importantes fonctions qu’il a occupées, le président de la FAA était donc informé des tenants et aboutissants. Nous somme amenés à penser qu’il ne fut pas surpris par le contenu du contrat-programme qu’il a signé.
Rappelons aussi la doctrine (prônée selon  Mahour Bacha par Saïd Lounnas, ex-président de la fédération et directeur central au MJS) de la fédération qui serait fondatrice des politiques fédérales  depuis les années 1990. Celle-ci considère qu’il faut augmenter les dépenses à porter au compte du COA chaque fois que cela est possible et de les réduire lorsque la prise en charge est fédérale.

Le montant des dettes de la FAA - revu à la baisse (il serait, selon une situation présentée récemment en bureau fédéral, compris entre 7 et 8 milliards) – comportait (avant l’arrêt du bilan) un dépassement de 50% incompréhensible des dépenses consacrées à la préparation des équipes nationales. Les jeux méditerranéens annulés étant pris en charge par le COA au même titre que la préparation des JO. 

jeudi 23 février 2017

Contrat-programme (4), L’approche bureaucratique de la FAA

Dans l’esprit du « porte-parole » du président de la FAA une donnée primordiale est absente. Pourtant, sa présence quasi continue au sein des sphères fédérales aurait dû mettre en marche le réflexe pavlovien : les notifications budgétaires sont étroitement liées à la signature de la loi de finances dont l’exécution a lieu généralement au mois de mars.
Nous noterons que, pendant ce laps de temps - compris entre la fin décembre/début janvier (promulgation de la loi de finances par le président de la République que le président de la FAA a su opportunément mettre en avant lorsqu’il s’est agit de débloquer le dossier de dédouanement du transpondeur) et le mois de mars (période approximative habituelle de la notification du budget) – le président de la fédération préoccupé (du moins nous présumons que celui-ci est inquiet du fonctionnement normal de la structure qu’il préside) s’est certainement rapproché physiquement des services du ministère pour prendre connaissance du budget qui devrait lui être alloué ou de s’enquérir de l’évolution du dossier. Une démarche logique de la part d’un président de fédération sachant que le budget du ministère avait été diminué par les hautes autorités du pays.
 La règle de fonctionnement de l’Administration, dans le cas d’absence de notifications, est l’application du principe dit du 1/12ème permettant aux entités administratives de procéder au règlement des besoins de fonctionnement en se référant mensuellement au douzième du budget de l’exercice précédent. Dans la situation de 2016, elle est fortement remise en question.
Observons qu’en l’absence d’informations (y compris officieuses) émanant de sources ministérielles, la fédération est en mesure (à titre conservatoire) d’anticiper une réduction de ses prévisions dont le taux serait au moins égal à celui de la diminution du budget ministériel et de contenir préventivement les dépenses à engager par une prospection plus fine des fournisseurs et prestataires de services.
Le ministère n’aurait communiqué aux fédérations le montant de leurs budgets qu’au mois de juin. Ce budget aurait revu  à la baisse  les prévisions budgétaires tout en maintenant les objectifs. Ce phénomène qui serait, selon notre interlocuteur, celui de la saison 2015-2016, est en réalité connu depuis des décennies. Il est le fruit des contraintes administratives et du budget de l’Etat qui, depuis le temps, auraient dû être maîtrisées dans le cadre de la mise en œuvre du premier cycle (« cycle sportif ») prenant en compte les particularités du domaine d’activité et des décalages par rapport au « cycle juridique et comptable ».
Notre interlocuteur est surpris par ce fonctionnement atypique. Il considère que l’entité ministérielle devrait accorder plus de considération à une fédération, à un président de fédération qui lui n’a pas d’égards pour la responsabilité qu’il exerce.
Il est de notoriété publique que ce président s’est rapproché des cadres du ministère chaque fois qu’il a eu besoin d’une pression psychologique sur les responsables de ligues de wilayas d’athlétisme ou des DJS ou chefs de service des sports pour influer sur la communauté athlétique locale.
Lorsque l’on est dans une organisation où ce genre de relations existe, il ne doit pas être difficile, dans une situation financière critique (neuf mois sans connaitre son budget, nous dit-il), de contacter les mêmes responsables ministériels (ou d’autres) pour recueillir des informations officieuses (les notifications budgétaires n’étant pas signées par le ministre mais certainement en arbitrage) permettant de voir venir les événements et de prendre les dispositions nécessaires.
Le défenseur du président de la FAA semble aussi étonné par la réduction des subventions. A croire qu’il ne vit pas dans ce pays et qu’il n’est pas informé (et concerné) de la crise financière qui sévit entraînant la réduction des budgets de fonctionnements de l’ensemble des ministères et…. dans un enchaînement tout à fait logique des subventions accordées à toutes les entités sportives. Se mettant ainsi en porte-à-faux avec le principe que « nul n’est sensé ignoré la loi ».  A fortiori lorsque l’on dirige une structure.

Cependant, notre interlocuteur observe que la fédération n’est pas restée totalement amorphe. Elle aurait, à plusieurs reprises, demandé à connaitre son budget. Nous devons croire que cela fut à travers des courriers restés sans suite jusqu’au mois de juillet. Une approche administrative ne peut avoir qu’une réaction administrative.

mercredi 22 février 2017

Contrat-programme (3), L’avocat du Diable

La chronique portant sur le contrat-programme intitulée « La FAA en faillite » a été commentée par un admirateur fou de cette chronique au point de s’en rendre malade. Sans doute une forme de masochisme exaspéré.
Ce commentateur, intervenant chaque fois qu’il est question d’athlétisme en lien avec le  bureau fédéral, a une si forte opinion de lui-même et des idées dont il est porteur qu’il en veut à tous ceux qui ne partagent pas son point de vue.
D’ailleurs, pour faire croire que celui-ci est répandu dans la communauté de l’athlétisme, il cherche à semer la confusion en créant une multiplicité de comptes Facebook affublés de dénominations aussi farfelues les unes que les autres dont  le registre sémiologique pourrait incontestablement intéresser les linguistes et autres psychologues.
Ce monsieur, dans son dernier avatar (dans l’acception renvoyant à la théologie hindoue qui est celle de la nouvelle forme physique), s’est voulu être le rossignol défunt du Caire en s’attribuant un pseudonyme qui, dans notre belle « daridja » renvoie (phonétiquement)  aussi aux malentendants. Malheureusement pour lui, n’est pas Farid El Atrache qui veut. De plus, tandis que les malentendants sont dotés de capacités de compréhension hors-normes, il ne semble pas (aveuglé par son mode de pensée dans lequel figure également l’usage de vitamines contaminées) disposer.
Ce commentateur (cantonné dans coque originelle dans des comportements agressifs) a présenté un très beau plaidoyer se voulant favorable au président de la FAA. Il est dans son droit constitutionnel de défendre un système fédéral où il trouve son compte. Remarquons toutefois que sa conception du débat n’admet pas la contradiction des autres. Il est le seul et unique détenteur de la Vérité.
N’étant pas issu du même moule dictatorial, nous trouvons toutefois dans son argumentaire des aspects méritants que l’on s’y arrête et qu’on les approfondisse. Ils permettent d’y déceler des détournements de sens (une autre de ses spécialités) multipliés à l’infini.
Selon ce commentateur, la gestion budgétaire de la FAA et des autres fédérations ne serait pas une « gestion participative par les objectifs », un concept dont il ne maitrise pas la sémantique puisque celle-ci est la définition des objectifs par ceux qui auront la charge de les réaliser. Un concept opposé à celui de « gestion par les objectifs » qui voit la hiérarchie définir ces objectifs.
Selon les informations communiquées, la démarche consiste, au début du mois d'octobre de chaque année, à l’envoi par les fédérations de leurs prévisions budgétaires accompagnées des objectifs définis  par la fédération.
En l’absence d’informations complémentaires sur le sujet, nous considérons que cette transmission (des objectifs et des prévisions budgétaires) est simplement une démarche administrative impliquant l’utilisation implicite d’un bordereau d’envoi et d’un accusé de réception.
Selon l’argumentaire de l’ardent défenseur du président de la FAA endossant, emporté par la  fougue, la tenue d’ « avocat du Diable » - qui, dans la religion catholique, dans le  procès de béatification (ou d’accession au statut de saint) est celui à qui est confié le rôle d’apporter les arguments défavorables - le processus décrit par nous ne correspondrait pas à la réalité. Il n’y aurait pas de travail préparatoire entre la FAA et le MJS avant la signature du contrat d’objectifs. Le constat est vérifié puisque la fédération s’est elle-même attachée la corde au cou en définissant ses propres objectifs maintenus par le MJS.
Notre commentateur n’a pas intégré dans sa logique et dans sa conscience (certainement parce ce que faisant partie d’un système sans en comprendre le fonctionnement) qu’une entité sportive (club, ligues, fédérations) agit en fonction de deux cycles se chevauchant.
Le premier des deux cycles évoqués est le « cycle sportif », rythmé par des AGO annuelles, destiné à marquer les entames et fins de saisons sportives (août-septembre) préparatoires à l’établissement des prévisions budgétaires et à l’examen des subventions à accorder par les structures habilités à le faire.
Le second est le « cycle juridique et comptable » que l’on connait mieux car débutant 1er janvier et s’achevant le 31 décembre.

Notre commentateur fait comprendre (implicitement et sans saisir la portée de ses propos) que la démarche de la fédération d’athlétisme est de type bureaucratique. Elle transmet ses besoins et attend la notification des ressources attribuées par l’Etat tout puissant. Une attente symptomatique de la situation d’assistanat qui est contenue dans cette conception : demander et attendre la donation.

mardi 21 février 2017

David Torrence (6), « Opération Rial », raid spectaculaire


David Torrence (dont nous venons de connaitre les péripéties administratives) a fait partie des athlètes qui se sont entraînés au contact d’Aden Jama, cet entraîneur précédé par une réputation plutôt négative. Contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, Torrence n’a jamais fait partie du premier cercle (une notion sur laquelle nous reviendrons), Ces athlètes qui, dirons-nous, ont l’avantage de s’entraîner en permanence avec le coach britannique d’origine somalienne. Un peu comme Genzebe Dibaba et ceux qui se déplacent avec la caravane.
Sans vouloir le dénigrer ou diminuer de sa valeur, David Torrence n’est pas une star du demi-fond mondial. Du moins, il  ne fait pas partie de ces coureurs dont on entend souvent parler dans les médias diffusés de ce côté de l’Océan Atlantique. Ceux qui enthousiasment les commentateurs ou soulèvent les foules lors des grandes compétitions internationales. Les jeux olympiques ou les championnats du monde ! Torrence est un coureur pédestre ayant atteint un bon niveau international, sans plus ! Celui des compétitions régionales, continentales.
Au début de l’été 2016, le Torrence qui intéresse les médias américains n’est pas le coureur à pied. Celui qui accroche est celui ayant joué un rôle dans ce qui est devenue l’« opération Rial », une intervention des services de police et de douane catalans dans l’établissement hôtelier où étaient hébergés les athlètes de l’entraîneur de l’équipe nationale qatarie de demi-fond. Une descente des autorités catalanes emmenées par l’agence espagnole de lutte contre le dopage elle-même télécommandée par l’IAAF. Une opération de grande envergure, spectaculaire, digne des spectacles hollywoodiens. A grand renfort bien évidemment de caméras et de micros. Pour frapper les esprits. Depuis quelques trois ans, Aden fait l’objet d’investigations.

IAAF et UCI (fédération internationale de cyclisme) même combat, pourrions-nous dire. Le combat contre le dopage. Une lutte biaisée. Remarquons (pour mettre en valeur les similitudes entre ces deux fédérations internationales) que la mise en scène est celle expérimentée à plusieurs reprises dans les grandes courses cycliste à étapes que sont le « Giro » (Tour d’Italie), la « Vuelta » (Tour d’Espagne) et le Tour de France.

Selon les sites américains, Aden Jama n’aurait jamais été interpellé sans la collaboration active de David Torrence qui auraient fourni des informations pertinentes à l’IAAF. Ces médias affirment que les interpellés auraient été trouvés en possession de flacons d’EPO et d’une soixantaine de seringues usagées. Le grand jeu d’une opération commune entre deux corps constitués (comprenant fouilles corporelles des locataires, des bagages, des armoires, des poubelles dans les chambres et des bacs à ordures à l’extérieur de l’hôtel où seront trouvées les seringues usagées) a été déployé.

Il ressort des récits sur la relation qui unit Torrence-Aden que celle-ci débuta à la fin de l’année 2013 lorsque l’entraîneur de Torrence (John Cook) prit la décision d’interrompre leur collaboration. Il est cependant précisé que la relation Torrence-Aden dura environ 8 mois et que, durant ce laps de temps, ils ne s’étaient pas beaucoup croisés.

David Torrence raconta, au mois de juin 2016,  après la médiatisation de l’ « opération Rial » (une vingtaine de jours après l’interview que nous avons évoqué dans nos précédentes chroniques), qu’il ne s’était pas senti à l’aise dans le groupe.

En fait, selon ses déclarations, rapidement il avait ressenti quelque chose d’anormal. Il déclara alors que « l’entraînement avec lui ne me permettait pas de me sentir bien ». Il expliqua également qu’il avait tenté « de leur offrir le bénéfice du doute », mais que la manière de s’entraîner ne lui convenait pas. Remarquons que l’on passe de « lui » (Aden Jama) à « leur » (le groupe) voulant certainement dire que des membres du groupe sont impliqués.

Au début de la collaboration à distance, Aden Jama transmettait à Torrence des conseils par téléphone et par mails. C’est à l'occasion d'un stage organisé en Espagne en  juin 2014, que le coureur américano-péruvien (il a obtenu la nationalité péruvienne au début de l’année 2013) parvint enfin à faire sa connaissance. C’est pendant ce stage (qui se déroula comme par hasard à Sabadell où Aden a établi son habituel camp de base européen) qu’il ressentit de l’inquiétude à propos des pratiques douteuses qui semblaient avoir cours.


Au milieu du stage, David Torrence s’étant senti fatigué. Aden lui aurait proposé pour la première fois de « prendre des injections de vitamines ». 

lundi 20 février 2017

David Torrence (5), Le rêve péruvien d’un incompris

Q
ue savons-nous jusqu’à présent de David Torrence ? Peu de choses, si ce n’est qu’il s’agit d’un coureur de demi-fond américain ayant obtenu la nationalité (sportive) péruvienne. Membre des sélections des Etat Unis, il a été médaillé d’argent sur le  5 000 mètres des jeux panaméricains de 2015, nous lui avons attribué le statut de « lanceur d’alerte » que nous verrons plus tard. A 31 ans (il est né le 26 novembre 1985 à Okinawa au Japon), il n’est plus un espoir de l’athlétisme.

Son profil d’athlète (ses meilleures performances) permet de mieux le situer dans la hiérarchie chronométrique mondiale. Nous dirons que c’est un coureur d’un bon niveau continental, aux portes du niveau mondial qui serait celui définit par la participation à des finales mondiale ou olympiques. Les performances réalisées le définissent sur un panel d’épreuves de demi-fond relativement large : 800 (1.45.14),  1500 (3.33.23), mile (3.52.01), 3 000 (7.40.78) et sur 5 000 (13.16.53). Il détient également le record continental du 1 000 mètres indoor (2.16.76).

David Torrence est, on peut l’affirmer sans trop d’hésitations, comme un coureur de demi-fond polyvalent pouvant évoluer (au plus haut niveau) sur toutes les distances citées précédemment. Au début du mois de juin 2016, il avait réalisé les minima de participation aux jeux olympiques sur 800 et  1 500.

Qu’il ait choisi de participer avec le Pérou perturbe quelque peu le journaliste. Au début du mois de juin 2016 (l’interview a été publiée le 3 juin) peu d’athlètes américains (David Torrence détient alors la meilleure performance américaine sur 1 500) ont réalisé ces minimas qui ouvrent la porte à…..une participation aux trials US qui déterminent la sélection américaine.

Le néo-péruvien reconnait que l’idée d’y courir lui a traversé un instant  l’esprit mais l’autorisation de participer aux jeux olympiques sous le drapeau péruvien l’emporte pour les raisons présentées dans notre précédente chronique. La veille de la publication de l’interview, en marge du « Adrian Martinez classic », Torrence se voyait bien doubler le 800 et 1 500 aux jeux de Rio et finaliste potentiel. Etonnamment, ce doublé qui, pour beaucoup serait un aboutissement, est pour lui l’occasion d’acquérir un peu plus d'expérience. A 31 ans !

David Torrence a comme un sentiment d’inachevé sur le 800. Ses 1.45 datent de 2011. Sans entraînement spécifique pour cette distance. Il dit que son rêve inabouti sur 800 est la conséquence de pressions qui l’ont fait courir sur la distance supérieure au nom de l’intérêt supérieur des Etats Unis, ce pays qui fut le sien où on le voyait faire des étincelles (compte tenu de sa valeur sur 800-1500) sur le 5 000.

Le changement de nationalité sportive lui permet de revenir à la concrétisation de son rêve, de « mon propre développement personnel ». Le fameux « rêve américain » n’est pas le sien. Son rêve est péruvien, là-bas au pays des Andes où tout serait à faire. Comme les nouveaux convertis, dont la foi déplacerait les montagnes, il le croit fermement. A ce moment-là, David Torrence ne peut savoir qu’il participera certes aux jeux olympiques…. mais sur 5 000 mètres.

Le journaliste insistant sur sa non-participation aux championnats US, Torrence reconnait que, d’une certaine manière, ils lui manqueront  (« Les championnats américains ont été une partie de moi depuis longtemps. Ils ont été un point focal majeur chaque année ») et qu’il y assistera en tant que spectateur: « je vais regarder ces courses et voir comment elles vont se disputer. En me demandant ce que j’aurai pu faire ».

Mais à la fin de la journée, toutes ces pensées, les émotions suscitées seront effacées. Il ne sera pas perturbé par ce fait. La décision de changement de nationalité sportive a été prise.  Définitivement. Sans retour possible. Il le sait. Il dit être heureux de l’avoir prise et qu’il est aussi  « très fier de représenter le Pérou ».  


En fait, David Torrence est la proie d’une excitation inexprimable qu’il aurait étendue à ses proches. Ecoutons-le : « je suis très excité. Ma famille, mes amis, les athlètes péruviens avec lesquels j'ai parlé sont tous très heureux pour moi. Donc, bien que je ne participe pas aux trials et aux championnats américains, j'ai hâte de découvrir cette toute nouvelle expérience. Je ne l'échangerais pour rien d'autre ».

dimanche 19 février 2017

Larbi Bouraâda (2), Bloqué par son Président

Le dossier de sortie de Makhloufi et de son petit groupe (un kiné et deux sparring-partners) avait longuement transité entre les bureaux de la FAA, du COA et du MJS. Aujourd’hui, nous pourrions nous laisser à dire que peu importe de savoir qui a été à l’origine de cette mésaventure (reléguée dans les oubliettes mémorielles) et qui pourtant un jour devra être élucidée dans le cadre de l’assainissement de l’environnement de la préparation des sportifs de haut niveau. Les langues se délieront.
Il n’en reste pas moins que la « crispation » avait eu pour motif la désignation de l’entraîneur du groupe en partance pour la préparation en vue des championnats du monde. La suite fut que le groupe s’envola (sans attendre la décision administrative et financière) pour les Etats Unis où les attendait Abderrahmane Morceli n’ayant rien à voir (organiquement) avec la préparation de Makhloufi. Il était simplement un champion algérien des temps passés se préoccupant de la situation de la nouvelle star de la course à pied et tentant de faciliter l’intégration dans la société américaine du champion des temps présents. Un citoyen algérien en exil est venu (sans sollicitation) à l’aide  des structures nationales. C’est ici qu’il faut situer l’épisode du transport de 200 000 euros dans une mallette convoyée par le DTN.
Pour ce qui concerne Bouraâda, le blocage serait encore administratif. Il semblerait que le dossier de sortie soit bloqué suite la désignation par la FAA de l’accompagnateur de l’athlète qui partira également sans entraîneur mais trouvera, lorsqu’il posera le pied sur le sol cubain, son nouvel entraîneur en attente.
Cette fois-ci, le contexte est différent. Un entraîneur devait accompagner Makhloufi et son groupe. Ce n’est pas le cas de Bouraâda qui va à la rencontre de son entraîneur dans une situation où toutes les conditions de stage – à savoir celles relatives aux questions d’HTR (hébergement, transport, restauration) - ont (en principe) étaient réglées.
Il nous semble, bien que la réglementation et la réalité ne soient pas toujours en adéquation lors des déplacements de groupes d’athlètes algériens (Cf. l’affaire de l’entraîneur du recordman national du 400 mètres haies Malek Lahoulou pris en flagrant délit de présence à Alger alors qu’il aurait dû être auprès de son athlète en stage au Qatar ainsi que d’autres affaires du même type faisant partie dorénavant des légendes de l’athlétisme national, les affaires de surfacturation évoquées par les uns et par les autres), que le dossier de sortie….de devises est basé (suite à un travail de prospection préalable) sur des factures pro-forma obtenues par voies diverses. Pour le cas présent, il est difficile de concevoir que celle du président de la FAA (dont la connaissance du pays serait indéniable) n’a pas été mise à profit.
Dans cette perspective, le rôle de l’accompagnateur est de tenir la main à un champion et recordman d’Afrique de 29 ans  entre l’aéroport d’Alger et le site du stage, avec éventuellement un transit par un aéroport européen. Un adulte dont (nous dirons par dérision) que, malgré ses nombreux voyages à travers le monde (l’Afrique, la Chine, l’Europe, l’Amérique du Sud), il n’est pas coutumier des voyages intercontinentaux. Il fallait donc (pour bien faire les choses dans un contexte dont nous devons admette qu’il est inhabituel) un accompagnateur, une sorte de chef de mission, un interlocuteur sérieux entre la fédération algérienne, l’entraîneur cubain et les autres intervenants et qui aurait pour tâche principale de régler les factures.
En cette période de fin de mandat, de préparation des assemblées générales ordinaire et élective de la fédération, l’accompagnateur initialement retenu par la fédération aurait été le président de la fédération lui-même. Une personne incontestablement de confiance à laquelle, il serait possible de confier la mission essentielle et fondamentale de transporteur de fonds ou de majordome.
Il existe pourtant une solution à ce problème devenu épineux. Elle aurait consisté à désigner celui que l’on qualifie de jeune entraîneur à qui il a été confié la charge de maintenir à niveau les qualités physiques de Bouraâda et de lui conserver ainsi (à Cuba et aux Etats Unis) son rôle de « baby-sitter».

Cet aspect a bien évidemment échappé à la fédération qui (mais apparemment c’est trop demandé), en le choisissant, aurait respecté ce qui semble être une des conditions de préparation à l’étranger (l’impossibilité de remettre des fonds à un athlète), et aurait permis à un entraîneur dévoué de se former et/ou de se perfectionner en observant seulement des sommités de la discipline. Mais, nous croyons que cela est le dernier souci. Après moi le Déluge !

samedi 18 février 2017

Larbi Bouraâda (1), Retard à l’allumage

Depuis sa séparation d’avec Ahmed Mahour Bacha, Larbi Bouraâda est en plein brouillard. Après une période d’incertitude totale quant au choix (à la désignation en réalité) du nouvel entraîneur devant le conduire sur le podium des championnats du monde qui se disputeront cet été à Londres, il avait repris l’entrainement avec un jeune entraîneur algérien chargé de l’accompagner dans la préparation dite d’ « entretien ». Une préparation par laquelle il était appelé à conserver les qualités acquises avec son  précédent coach considéré comme l’expert algérien des épreuves combinées.
En fait, il était demandé à ce jeune entraîneur de faire la « nounou » (de répétiteur) d’un champion, d’un recordman d’Afrique, d’un finaliste des championnats du monde et des jeux olympiques… en vacances. Avant que les choses sérieuses ne commencent.
Certaines rumeurs, en fin d’année 2016, avant que ne soit connu le nom de l’entraineur, avaient laissé entendre que cette « période d’intérim » (avant confirmation quasiment acquise au vu du rôle qu’aurait joué par cet entraîneur dans les évènements de l’été) pouvait être confiée à « Mouh » Hocine, l’éternel entraîneur-adjoint ou entraîneur-assistant de Mahour Bacha et accompagnateur (souvent clandestin) du duo aux frais de la fédération. Selon tous les plans et scénarii, cet entraîneur est un de ceux  sensés connaitre le mieux l’athlète et donc en capacité de poursuivre l’œuvre de leur mentor.
Selon des indiscrétions plus récentes, « Mouh » Hocine  n’était guère intéressé. Il aurait été en pourparlers avec la fédération d’Arabie Saoudite qu’il aurait rejoint en catimini depuis quelques jours.
 Les autorités publiques, après le résultat honorable des jeux olympiques de Rio (2016), confirmant celui des championnats du monde de Pékin (2015), s’étaient engagées publiquement à assurer à Bouraâda les moyens pour réaliser son potentiel. Cette partie de l’engagement semble avoir été respectée. La fédération algérienne a choisi un entraîneur parmi ceux figurant sur une « short-list » de coaches étrangers de réputation mondiale  comportant un ukrainien et un cubain proposé par le président de la FAA en personne.
Remarquons que le processus de sélection de l’entraîneur avait été préalablement orienté par Ahmed Mahour Bacha qui, en confiant la préparation de « son » athlète aux autorités sportives nationales (FAA, COA et MJS) avait déprécié (devant les caméras de télévision) la compétence de ses pairs, de ses collègues algériens.
Selon les déclarations tonitruantes faites à la presse, pour atteindre les cimes mondiales et le fameux seuil des 9 000 points au décathlon, Bouraâda devait impérativement être conseillé par un entraîneur étranger.
On comprend donc mieux le rôle confié au jeune entraineur. Mais, lorsque l’on sait les capacités de dévalorisations des compétences des autres, il ne pouvait en être autrement. Même Hocine, son assistant avait été « grillé ».
Pourtant, il y a peu, le mouvement sportif national évoquait, quasiment dans son ensemble, le recours aux compétences nationales et la qualité de la formation algérienne pour atteindre l’Excellence. Comme pour le football (ayant acquis une autonomie financière par rapport aux autorités nationales), l’athlétisme est entré dans l’engrenage de la dépréciation de ses propres enfants.
La question de l’entraîneur a été réglée. Celle de la préparation en vue des championnats l’a aussi été. Deux stages ont été retenus. Le premier à Cuba. Le second aux Etats Unis. Les informations publiées dans la presse laissent entendre que l’entraîneur cubain retenu fut un bon spécialiste mondial de l’épreuve. Le second stage se déroulerait aux Etats Unis sous la coupe de l’entraîneur du multiple champion du monde et champion olympique Ashton Eaton. Comme dirait l’autre : le top du top !
Le stage à Cuba devait être entamé au début de l’année 2017. A la fin de la semaine dernière, le dossier de sortie de l’athlète n’avait pas été validé par le ministère de la jeunesse et des sports. L’athlète complet de l’Algérie, l’espoir de médaille s’entraîne toujours au Sato.

Qui connait l’histoire de l’athlétisme algérien et les mésaventures des champions, cette circonstance des plus malheureuses qui soit, appartient désormais à la routine des ratages de débuts de saison. Souvenons-nous qu’au cours de l’hiver 2014-2015, c’est à une situation quasi-similaire qu’avait été confronté Toufik Makhloufi, champion olympique 2012 du 1 500 mètres.