dimanche 15 octobre 2017

Samira Messad (71), Le champ de la rumeur s’élargit

Nous observerons que jusqu’à cette déclaration quelque peu déroutante du Directeur Technique National, le nom de Salim Keddar n’avait jamais été cité aussi ouvertement sur la place publique. A notre connaissance, aucun officiel de l’athlétisme national n’avait accolé son nom à une affaire de dopage.
Pourtant, son nom avait été prononcé à maintes reprises. Il avait été véhiculé par des rumeurs qui évoquèrent souvent la présence de ce spécialiste du 1500 mètres dans la liste des athlètes d’une notoriété certaine qui auraient échappé, par un moyen ou un autre (dont les fameuses autorisations à usage thérapeutiques présentées après un résultat d’analyse anormal alors que la qualité d’athlète international impose la remise d’un dossier médical justificatif au moins 30 jours avant la compétition), aux contrôles anti-dopage et qui ne se gênèrent pas pour attribuer sa progression chronométrique phénoménale à l’aide pharmaceutique.
En plus d’avoir été associé aux autres coureurs de demi-fond appartenant à l’élite nationale prétendument en marge de la légalité sportive, Salim Keddar fut le sujet d’au moins deux rumeurs qui circulèrent dans le périmètre du complexe olympique. Deux rumeurs qui le visèrent directement.
La première fut celle qui en fit un des adeptes de  la pratique d’évitements de contrôles anti-dopage.  
La seconde le signala (avec du recul nous dirons que la déclaration de Boubrit a pu être le déclic de cette rumeur) en tant que troisième luron du trio ayant présenté un résultat d’analyse anormal lors des championnats nationaux open du 1er août 2015.
Un trio anonyme jusque-là composé de Samira Messad déclarée positive et à ce titre sanctionnée, d’Abdelghani Bensaadi (le coureur de cross-country et de demi-fond long de Bordj Bou Arreridj dont l’identité est liée, par un procès-verbal de réunion de la FAA, à l’éviction d’un médecin du processus de validation d’AUT) et donc de Salim Keddar.
Ahmed Boubrit précisa également, au cours de cet entretien téléphonique se présentant aujourd’hui avec les attributs de la réfutation d’une partie des déclarations de Messad, que le programme de contrôle anti-dopage retenu pour ces championnats d’Algérie Open d’athlétisme portait sur  les trois premiers des épreuves.
L’athlète prétend pour sa part que le contrôle aurait été un préalable, une condition sine qua non à une sélection pour les championnats maghrébins.
L’intervention radio-télévisée d’Ahmed Boubrit nous conduit à comprendre que les palabres relatées par Samira Messad pourraient ne pas avoir eu lieu, seraient le fruit de son imagination. Ce qui rend encore plus incompréhensible le renvoi (puis le rappel) de Samira Messad de la salle d’attente du centre de prélèvement.
Toutefois, cet épisode met aussi au premier plan, une thèse quelque fois évoquée dans la perspective de la théorie très contemporaine du complot et de manipulations de flacons d’urine. Selon cette thèse, Samira Messad en aurait été la victime, le bouc émissaire destiné à couvrir les activités illicites d’une autre athlète, d’une championne qui ne pourrait être, cela va de soi, qu’une protégée de la fédération.
Le compte-rendu des résultats de l’analyse est anonyme. L’identité de l’athlète n’est pas spécifiée. L’athlète, selon le protocole, est identifié par un numéro de dossier. Le bilan des analyses indique uniquement que les urines examinées appartiennent à un athlète de sexe féminin. Un peu plus loin, dans un commentaire se voulant explication de la présence du produit trouvé (Nandrolone), il exclue l’éventualité de l’utilisation de la pilule contraceptive et/ou d’un état de grossesse, un produit et une situation typiquement féminine.
Seul un examen plus approfondi des résultats (et d’autres analyses) peut valider ou infirmer cette théorie difficile à concevoir.
Le passage à la télévision de Boubrit nous était inconnu. Nous avons été mis dans l’impossibilité de relever que l’affaire Samira Messad a également connu une infraction à la règle de confidentialité. Les deux années écoulées avant les fuites visant Souad Aït Salem et les 5 cyclistes encore anonymes montrent à ceux qui voudraient nier la transgression qu’il s’agit en vérité d’une pratique éculée.

Le 24 août 2015, une vingtaine de jours après ce contrôle réalisé lors d’une compétition et en un lieu suscitant plus tard (et jusqu’à aujourd’hui) des doutes, le laboratoire français accrédité par l’AMA de Châtenay-Malabris, situé dans la région parisienne déclare un résultat anormal d’analyse. 

jeudi 12 octobre 2017

Samira Messad (70), Le DTN parle depuis Pékin

Au cours d’un laps de temps dont il est difficile aujourd’hui de déterminer la durée, Samira Messad est restée éloignée des regards, de la surveillance des techniciens et des accompagnatrices dont la mission première est, selon le protocole que l’on raconte avoir été mis en place, d’empêcher l’utilisation de méthodes ou de produits susceptibles de dissimuler l’usage de substances interdites.
Samira Messad aurait pu faire la sourde oreille, s’esquiver comme cela serait l’habitude prise par certains athlètes de premier plan, faire fi des appels lancés via la sono. Elle a la conscience tranquille. Elle répond donc à cette invitation, elle subit ce contrôle qui, dans son esprit, devait lui ouvrir les portes du paradis des athlètes, lui permettre de rejoindre l’équipe nationale….et l’envoya au contraire en enfer.
Nous devons maintenant actualiser les informations auparavant communiquées et rapporter la version du DTN de l’époque. Ce cadre technique permanent de la fédération en charge de l’élite que Samira Messad ne semble pas beaucoup apprécier. Comme cela semble être le cas de beaucoup d’autres athlètes d’ailleurs. Ramzi Abdenouz et Abdelhamid « Blondin » Zerifi ont eu des différents (rapportés dans de précédentes chroniques) avec lui.
Dans une vidéo que nous avons découverte récemment, Ahmed Boubrit, alors que se déroulaient les championnats du monde d’athlétisme de Pékin (22 au 30 août 2015), a été interviewé, depuis les studios d’Alger (à une date que nous n’avons pu déterminer avec exactitude) par la chaîne de télévision privée «  Annahar TV ».
Néanmoins, nous avons pu déduire de l’échange que l’interview est immédiatement postérieure aux qualifications du 1500 mètres messieurs qui se déroulèrent le 27 août. Dans les heures qui suivirent les séries de cette épreuve.
Au cours de cet entretien téléphonique, Ahmed Boubrit, déclara, confirmant en cela les propos tenus par Samira Messad, que l’athlète, présentée en tant qu’internationale par le journaliste, n’avait pas ce statut qu’on lui accorde volontiers à tort et qu’elle (contrairement à l’affirmation de l’animateur de  l’émission sportive tendant à faire croire qu’elle était présente à Pékin et montrant quelles sont les idées préconçues et les raccourcis et incompréhensions habitant les esprits de beaucoup de journalistes proches géographiquement du royaume national de l’athlétisme) n’était pas membre de la délégation algérienne devant concourir au « Nid d’oiseau ».
Ce n’est pas le cas de Samira Messad, athlète de niveau national présumée coupable de dopage, qui les intéresse mais l’athlète représentative d’une nation qui fait courir, à la recherche de sensationnel au moment où se déroule un l’événement mondial, les championnats du monde d’athlétisme. La consultation de la liste des sélectionnés auraient pu éviter un amalgame déplaisant et une polémique inutile.
Profitant de l’opportunité qui lui était offerte comme sur…. un plateau de télévision, le journaliste chercha également à confirmer la rumeur, présentée en tant qu’information crédible, relative à un probable dopage de Salim Keddar.
Celui-ci, un jeune athlète venu d’Ain Defla, a été le compagnon d’entrainement, (le sparring-partner quasiment inconnu au bataillon des milers algériens de niveau international lorsqu’il rejoignit le champion olympique) de Toufik Makhloufi. Quelques mois plus tard, Salim Keddar sera au cœur de la polémique dite du « billet d’avion » payé, a-t-on dit et écrit, sur les deniers du champion olympique de Londres 2012 pour lui permettre de rejoindre Rio de Janeiro à partir de Paris.
 Cette information sur le prétendu dopage de Salim Keddar est réfutée par le DTN qui justifie sa réponse par l’absence de notification officielle reçue au niveau de la fédération. Comme Ahmed Boubrit, les membres les plus importants, essentiels de l’instance (dont le président) étaient du voyage pékinois. Certains prétendaient  siéger au conseil de l’IAAF et  à occuper une place dans les plus hautes sphères de l’athlétisme mondial (bureau, comité exécutif et commissions) tandis que d’autres étaient là-bas pour encadrer la délégation. Nous avons raconté par ailleurs les mésaventures vécues par quelques athlètes.

 Nous devons reconnaitre que le délai de fuite (la genèse de la rumeur) est vraiment court.  Trois jours séparent la finalisation du rapport d’analyse par le laboratoire (24 août), l’envoi de la notification par la CNAD (25 août) et la diffusion sur les ondes (27 ou 28 août). Nos spéculations sur le temps de formation des rumeurs sont passées de 7 jours à 3 jours.

lundi 9 octobre 2017

Samira Messad (69), De la manipulation dans l’air


Nous devons imaginer que ces substances supposées être dopantes ramenées, selon un ancien président de la fédération algérienne d’athlétisme ayant saisi à ce sujet les pouvoirs publics, dans les bagages de la délégation n’ont certainement pas été acquises pour être seulement conservées dans la boite à pharmacie de la fédération algérienne d’athlétisme. De toute évidence, elles devaient être écoulées d’une manière ou d’une autre. Offertes à des athlètes choisis selon des critères à découvrir, cédées gracieusement à d’autres ou vendues.
A ce niveau de la réflexion, nonobstant toutes les spéculations, nous rappellerons que la loi 13.05, encadrant la pratique sportive en Algérie, interdit la détention, l’offre, la cession, la vente, la prescription, le transport de ce type de substances. Dans la chaîne présumée de distribution délictuelle, l’importation est le premier acte d’un enchaînement répréhensible  la fois par l’éthique et par le droit sportif et pénal.
Nous conviendrons qu’au-delà de la gestion de cette question (sensible à plus d’un titre car mettant au final en cause la compétence et la capacité du département ministériel et la crédibilité des pouvoirs publics) par les organes sportifs situés en première ligne de la lutte contre le dopage, cette « affaire de Moscou » aurait dû parallèlement être confiée au pouvoir judiciaire.
Au lieu du silence pesant (et jusqu’à preuve du contraire favorable au trafic supposé de substances prohibées) qui prévaut sur ce sujet épineux de la part des instances sportives, les services de police et de la justice auraient pu confirmer la dénonciation.
L’implication des services de police aurait été ensuite suivie par les actions prévues par la loi parmi lesquelles ferait partie une plainte supplémentaire introduite par le ministère des Finances (direction générale des Douanes algériennes et Banque d’Algérie) et celui de la Santé pour infractions à la législation des importations de produits soumis à autorisation de mise sur le marché et à la gestion des deniers publics (transfert de chapitres).
Ces mêmes services des ministères de l’Intérieur et de la Justice auraient pu également infirmer la dénonciation permettant ainsi aux instances sportives concernées et ciblées par la déclaration accusatrice d’engager les procédures juridiques liées aux dénonciations calomnieuses.
Que devons-nous retenir de cette « affaire Samira Messad » qui nous tient en haleine et dont la compréhension est rendue difficile par des anomalies flagrantes perceptibles à la lecture de la maigre  documentation à laquelle nous avons eu accès?
Le 1er août 2015, Samira Messad, athlète de Bejaïa, spécialiste des courses de haies (hautes et basses) et accessoirement des épreuves combinées, est une nouvelle fois invitée à se présenter à un contrôle anti-dopage, une obligation (qu’elle a toujours passé sans anicroche ainsi que le remarqua le procès-verbal du comité d’audition et de décision) devenue au fil du temps une formalité.
Ce contrôle du 1er août 2015 se déroule dans des circonstances qui rétrospectivement instillent, font naître le doute dans l’esprit de ceux qui en prennent connaissance, mettent en question la crédibilité des résultats passés, présents et futurs et de la CNAD.
 Samira Messad raconte qu’attendant son tour de livrer ses urines et de remplir les flacons destinés aux échantillons A et B, elle a été libérée de cette obligation après de longs palabres entre les responsables du contrôle et ceux de la fédération. Indécision ou manipulation ?
Samira Messad, présente lors de ces discussions, a retenu le souvenir que le contrôle qu’elle doit subir est lié à l’éventualité d’une sélection qu’elle espère ardemment. Une sélection qui la ferait figurer parmi les membres de l’équipe nationale appelée à concourir lors des championnats  maghrébins d’athlétisme (championnats d’Afrique Zone 1).
Dans un premier temps, il aurait été considéré qu’elle ne fait pas partie de la sélection retenue par la direction technique nationale. Pour cette raison, il lui est demandé de quitter les lieux, à savoir le centre de prélèvement installé dans les vestiaires.
 Après avoir laissé le centre, tandis qu’elle se comporte comme tout athlète ayant achevé les épreuves sur lesquelles elle est engagée (conclues par deux victoires aux 100 mètres haies et aux 400 mètres haies et records personnels améliorés sur les deux distances), qu’elle est félicitée par son entourage, qu’elle discute avec les entraîneurs et dirigeants ayant apprécié ses performances, elle est invitée à revenir et reprendre le processus interrompu. 

dimanche 8 octobre 2017

Samira Messad (68), Retour sur le passé

Afin de mieux appréhender la suite du récit des mésaventures de Samira Messad (les événements liés à l’aggravation de la sanction prononcée par la CNAD), nous résumons le récit historique que les dernières chroniques ont eu tendance à obscurcir. Et à perdre de vue.
Nous admettrons bien volontiers que ces dernières chroniques font digression. Ce sont celles qui se sont penchées sur deux aspects non négligeables de la gestion de la lutte contre le dopage relatifs aux autorisations à usage thérapeutiques et aux infractions flagrantes de la règle de confidentialité que nous avons connu avec chronologiquement parlant avec la divulgation d’informations sur le dopage présumé de Souad Aït Salem puis sur les cinq cas concernant des coureurs cyclistes éventés par la presse. Ces deux parenthèses ont fait perdre de vue le fil de l’histoire abracadabrante de cette spécialiste des haies, de cette athlète dont le talent prometteur s’est éteint affecté par l’irrégularité de son  parcours sportif.
Ces deux thématiques n’ont pas à dire vrai de liens directs avec le cas Samira Messad. De notre point de vue, elles sont pourtant une explication plausible et parfaitement envisageable à toutes ces rumeurs persistantes (qui naissent, disparaissent et reviennent sans sur le tapis) qui font état de nombreux cas dopage qui auraient affectés essentiellement des athlètes internationaux incompréhensiblement passant à travers les mailles du filet. Des champions qui auraient été contrôlés positivement et qui n’auraient pas été sanctionnés (AUT a postériori) ainsi qu’à ces fuites si opportunes qu’elles semblent bien intentionnées.
Ces deux thématiques participent (les plus récalcitrants devront l’admettre) à entretenir la confusion dont  bénéficient des protégés du système sportif national en déroute.
Parmi les raisons évoquées, par ceux qui la connaissent le mieux et la côtoient régulièrement, pour expliquer la progression erratique de Samira Messad, figurent aussi bien une scolarité inaboutie que des conditions de vie des plus précaires, apparues dans son existence depuis le décès de son père alors qu’elle entrait en adolescence, ainsi que les nombreuses blessures dont elle fut par la suite victime, etc. Encore minime, Samira Messad fut surclassée pour faire partie de la sélection nationale scolaire cadettes. C’était l’année de la disparition de son père.
Dans ce contexte très peu propice à la pratique sportive de haut niveau, Samira Messad a cependant trouvé auprès de ses entraîneurs et de ses dirigeants un soutien multiforme, réconfortant qui  permit, ainsi que le note le comité d’audition et de décision de la CNAD, de se construire « un palmarès éloquent ». Ce même comité observe aussi qu’elle « a été à plusieurs reprises contrôlée, mais toujours avec des résultats d’analyse négatifs ». Avant ce contrôle, Samira Messad n’avait pas d’antécédents.
Nous noterons que les chroniques formant la troisième partie de la saga donnent un nouvel éclairage au contexte particulier (portrait de l’athlète), général (contexte dans lequel elle a évolué) ainsi qu’au traitement de l’affaire par la CNAD décrits dans les première et seconde parties.
La description du milieu sportif algérien, l’athlétisme principalement, montre que son approche ne se serait pas aussi valide que le laisse appréhender les apparences qui sont proposées au regard du grand public.
Malgré les satisfactions (titres, médailles et records) qui transparaissent dans les résultats inoubliables offerts par de formidables champions du monde et olympiques, il est difficile de dissimuler que les footballeurs des heures les plus glorieuses du football national (Coupe du monde de 1982 et 1986) sont frappés par la douleur de voir leurs progéniture souffrir de handicaps divers imputés à l’activité de ressortissants des pays du bloc de l’Est.
 L’importation de produits pharmaceutiques (et dopants ?) par la délégation algérienne ayant participé aux championnats du monde d’athlétisme de Moscou (2013), restée non élucidée à ce jour malgré les investigations menées par l’inspection générale du ministère de la jeunesse et des sports et ensuite par la CNAD, prend une autre dimension (très inquiétante et significative du laxisme qui a régné) à la lecture des dispositions de la loi 13.05 dont celle réprimant l’importation de substances prohibées.

Cette importation peut aussi donner du sens à la recrudescence des cas de dopage signalés par la rumeur après les championnats nationaux Open organisés depuis maintenant quatre années. 

mercredi 4 octobre 2017

Samira Messad (66), De la protection des 5 cyclistes dopés

Laissons libre cours à nos pensées. Selon le corpus journalistique, les cyclistes internationaux algériens étaient en stage de préparation (d’une durée d’un mois) à l’étranger lorsque les résultats anormaux ont été connus par la CNAD, lorsque l’information lui est parvenue.
L’article du 12 septembre (qui rapporte les informations relatives à ce stage) indique que les 5 cyclistes seront de retour le lendemain de la parution de l’article (13 septembre). On se surprend en premier lieu à croire que les cinq coureurs incriminés sont l’objet d’un rapatriement anticipé conséquence de la « bombe » qui a explosé sur les hauteurs d’Alger tant à la CNAD qu’au cœur de la fédération de cyclisme. La suite montrera qu’il n’en rien !
Rien ne nous interdit de penser (la lecture de l’article nous y incite au contraire) que les 5 coureurs cyclistes sont revenus au pays avec la délégation de 23 coureurs-stagiaires.
Une partie de cette délégation devait prendre ses dispositions matérielles pour se rendre à Bergen (Norvège) où se disputeront, quelques jours plus tard (du 17 au 24 septembre 2017), les championnats du monde de la discipline. Les concernés par ces championnats auront à peine le temps de défaire puis de refaire leurs bagages.
Le temps de l’escale à Alger est court. Rentrés le 13 septembre, ils remontent dans l’avion pour être présent à Bergen le 17 septembre. Les sportifs de haut niveau sont comme des saltimbanques. Toujours par monts et par vaux.
Outre l’information relative au retour des sportifs dopés, une seconde information (bien que  paraissant secondaire) est à relever. Elle n’apparait pratiquement pas lors de la lecture habituellement rapide que nous avons des articles de presse. Mais, lorsqu’elle est repérée, elle éclaire le contexte délicat, presque inavouable. Ce ne sont pas les 23 cyclistes en préparation sur le sol ibérique qui reprendront l’avion pour se déplacer en Norvège.
On nous apprend que ces championnats du monde connaitront le forfait de l’équipe nationale « seniors » et que la participation algérienne sera limitée à seulement trois jeunes cyclistes (U23). Il ne nous est  malheureusement pas dit si le forfait des seniors est consécutif à la notification adressée aux 5 cyclistes ou si elle a amputé la délégation des U23. La situation (cinq coureurs mis hors course) incite à envisager l’une de ces deux hypothèses.
Le statut des 15 autres stagiaires donnent aussi matière à réflexion que ce soit sur le plan de la planification sportive que sur celui de la gestion des moyens financiers en temps de crise financière. D’autres échéances internationales de l’E.N figurent au calendrier au mois d’octobre. La première compétition internationale prévue est le championnat arabe qui se déroulera au Maroc du 1er au 6 octobre 2017. La suivante est le Tour d’Algérie programmé douze jours plus tard, du 18 au 24 octobre.
Les résultats d’analyse anormaux de cinq sportifs contrôlés le même jour dans la même épreuve sportive ont été connus par la CNAD vers le 15 août. Moins d’une semaine plus tard, la fédération algérienne de cyclisme est normalement informée de cette situation inhabituelle.
Nous remarquerons aussi que les 5 cyclistes concernés n’ont pas été rappelés après que la fédération  eut pris connaissance du résultat anormal (vers le 20 août). Le fonctionnement de cette situation de crise, aux accents d’une certaine normalité disparue des mœurs sportives, aurait voulu que les cinq cyclistes fassent l’objet d’une suspension provisoire prononcée par la fédération algérienne. Une suspension à titre préventif, de simple précaution, préservant les droits de chacun.
Cette précaution qui n’a pas été prise dévoile des velléités de protection de faits indéfendables. Un élément d’appréciation favorisant l’idée diffuse de l’existence d’un système étatique de dopage similaire par bien des aspects à celui découvert en Russie mais s’il n’a pour seul objet de protéger la réputation de l’E.N salie par cette avanie.
Nous observerons néanmoins que décider d’une suspension provisoire prononcée à l’encontre de cinq sportifs de haut niveau et ensuite faire suivre cette décision par leurs rapatriements, injustifiables sans invoquer le prétexte inavouable du dopage à taire tant que la procédure n’a pas aboutie, avait de très fortes chances de conduire à une polémique stérile dans les sphères cycliste, sportive et médiatique déjà enflammées par la guerre des clans entre les partisans du MJS et ceux du COA.


mardi 3 octobre 2017

Samira Messad (65), Zoom sur la machinerie

Cette parenthèse, ce laps de temps de 10 jours, est dictée par le respect scrupuleux du protocole imposé par l’AMA et la CNAD. Elle est constituée impérativement comme réactivité réglementaire accordée aux athlètes désireux de solliciter l’analyse de l’échantillon B.
Pour la CNAD, elle est une sorte de moment précieux, une bénédiction l’autorisant à engager sans pression des recherches sur l’existence éventuelle d’une AUT préalablement validée ou les antécédents des sportifs dont le cas est soumis à examen. Retenons que si la CNAD est bien organisée et outillée, elle n’a guère besoin de cette largesse temporelle.
Nous retiendrons que la période de 10 jours accordée aux sportifs n’a pas d’incidence sur la  chronologie de la fuite d’informations. Cette dernière met simplement à profit le temps « supplémentaire » qui lui est offert pour se disséminer, atteindre- en moins de temps qu’il ne faut pour le dire - les recoins les plus isolés de l’Algérie profonde, que sont les ligues régionales (ou ce qui en tient lieu), les ligues de wilaya, les stades et salles omnisports.
 En l’absence d’indications formalisant la réception effective du courrier (notification), déterminant l’entrée en vigueur de la disposition relative au traitement de l’affaire, le début de cette période  n’est pas connue mais peut cependant être estimée.
C’est à l’achèvement de cette période maximale de 10 jours (déclenchée par la réception de la notification) que débute le statut de sportif allégué dopé. Un laps de temps qui nous mène à début septembre (15 août + 7 jours de délai de courrier + 10 jours pour que les cyclistes se prononcent individuellement sur l’analyse de l’échantillon B).
Pendant ce laps de temps de 10 jours, l’athlète (et son entourage) dispose de la latitude nécessaire pour d’abord tenter de comprendre une situation non-maitrisée, nouvelle et surtout inattendue (y compris dans l’hypothèse d’une contamination souvent invoquée à l’international et en Algérie dans les affaires Bouras et Bouraâda par exemple ou d’un dopage prémédité, planifié ayant mal tourné) et ensuite de trouver les réactions adaptées à travers une recherche d’informations et de parades.
C’est également pendant ce délai de 17 jours (du 15 août à début septembre) que l’on peut placer la fuite que nous imputerons (il est difficile d’envisager une autre possibilité) soit aux services  de la CNAD (secrétariat, comités d’AUT ou comité d’audition et de décision, etc.) en charge de constituer le dossier à traiter soit à la fédération faisant la liaison avec le sportif.
Nous avons vu précédemment que dans le cas d’un contrôle positif en Algérie d’un athlète international, la présentation d’une « AUT a posteriori » n’est plus considérée comme un moyen « exceptionnel » d’explication, de justification d’un fait de dopage avéré.
Dans le paysage sportif algérien, elle est dorénavant à percevoir en tant que tactique de défense admise « naturellement » car faisant partie des mœurs instaurées par les usages et les mœurs sportives nationales.
 Il ne fait plus de doute que cette « AUT a posteriori » participe incontestablement d’une machinerie, d’une machination, d’un complot que (compte tenu de la logistique et des ressources humaines et scientifiques que cela suppose) un athlète non-accompagné ne peut mettre en mouvement.
Ce qui était exception s’étant transformé en règle, des investigations dans les dossiers du « comité d’AUT » et dans toutes les affaires traitées par le « comité d’audition et de sanction » pourraient permettre d’infirmer (ou de confirmer) les soupçons de trafic.
Pour cela, il suffirait simplement d’abord de comparer les résultats d’analyse anormaux transmis par les laboratoires (via le système Adams), les arguments de défense présentés (AUT) et les décisions prises et consignées dans les procès-verbaux. Puis, dans une seconde phase, d’introduire dans l’analyse les informations exogènes, celles liées à l’environnement immédiat de l’athlète.
Nous devons avoir à l’esprit que l’article 2.1 du Code fait de la présence constatée d’un produit prohibé dans l’organisme d’un sportif une preuve décisive du dopage et que le renoncement à l’analyse de l’échantillon B est perçu comme un aveu de culpabilité.

Le barème des sanctions est connu. La « comparution » de l’athlète devant le comité d’audition et de décision n’a qu’un seul objet présentant deux volets : entendre les arguments de défense du sportif et, en fonction de leurs qualités, de lui accorder (ou pas) des circonstances atténuantes.

lundi 2 octobre 2017

Samira Messad (64), Chronologie conjecturelle

L’intrusion des services de police dans cette affaire de dopage de cyclistes et dans le ghetto-forteresse  des sportifs a provoqué une surprise agréable aux yeux des adeptes d’une pratique sportive saine. Mais, il est incontestable que l’intervention policière n’appartient pas au fonctionnement « normal » de la société sportive.  
L’élite sportive, formée par une caste supérieure (où se mêle athlètes internationaux, entraîneurs nationaux et dirigeants) est irriguée par le modèle socio-économique dans lequel elle baigne.
Elle parait avoir exclue de son fonctionnement (les incidents de « la crise de Rio » le démontrent) les règles et les valeurs traditionnelles (bien qu’elles ne fussent  pas parfaites) du mouvement sportif sans lesquelles il y a dilution du respect des normes sociales. Elle y est incitée fortement par les pratiques de l’économie informelle, souterraine et de « bazarisation ». Un système marginal qui se présente en opposition totale avec les principes de la régulation sociétale.
La stupéfaction causée par cette intervention des services de sécurité est d’autant plus grande qu’elle se situe au tout début de la procédure sportive. Sans doute avant même qu’elle n’ait débuté.
Dans la chronologie de cet événement à plus d’un titre surprenant, plusieurs datations chronologiques sont à retenir même si elles ne reposent que sur des conjectures. Malgré les approximations, elles permettent toutefois de poser une tentative de meilleure compréhension d’une situation autrement impensable.
Il est évident que seule la consultation méticuleuse du dossier (dont nous savons qu’elle est impossible sauf pour les organisations habilitées) permettra de lever les hypothèses que nous partageons ici.
La première de ces dates est celle du 21 juillet 2017. C’est la date du contrôle ayant eu lieu à Batna. Une date (et un lieu) que l’on ne connait que parce que le journal nous en informe. Les deux informations acquièrent quasiment le sceau de l’officialité. Elles proviennent d’un quotidien national réputé pour son sérieux, présentant de nombreuses références véhiculées par des parties essentiellement politiques établissant des liens supposés entre le titre et les services de sécurité.
Mais, l’affaire Messad est passée par là et nous invite à entrevoir des surprises….hallucinantes.
Les autres dates sont plus incertaines. Ce sont celles qui doivent être vérifiées en plongeant dans le système Adams.
L’une des étapes suivante de la chronologie conjecturelle de cette affaire devrait nous situer peu de temps avant le 9 septembre, date de la publication du premier article. C’est donc dans ce laps de temps, compris entre le 21 juillet et le 9 septembre (une cinquantaine de jours), que se positionnera la faille, la fuite qui a trouvé un débouché opportun dans la presse.
En nous basant sur la structure chronologique de l’histoire de Samira Messad (à propos de laquelle nous disposons de quelques éléments d’appréciation historiquement datés comprenant la date du prélèvement le 1er août 2015, la finalisation du compte-rendu d’analyses et la transmission à la CNAD le 24 août 2015, l’envoi de la notification par la CNAD à Samira Messad le 25 août 2015) nous pouvons situer la seconde date importante aux alentours du 15 août 2017 (soit un peu plus de 21 jours après le contrôle). Elle devrait correspondre (à quelques jours près) à la date d’envoi du résultat négatif par le laboratoire et à la réception du compte-rendu d’analyses par la CNAD. Ces deux dates ne devraient pas être séparées de plus de 24 heures.
Nous dirons que le compte-rendu d’analyses est parvenu à Alger approximativement trois semaines avant la divulgation de l’information. Pratiquement au milieu de l’espace temporel qui nous préoccupe: trois semaines après le contrôle, trois semaines avant la fuite dans la presse.

C’est à partir de cette date du 15 août que débute la véritable incertitude. La seconde période d’une durée approximative de 21 jours (celle comprise entre le 15 août et le 7 septembre, que nous posons comme date supposée de rédaction et /ou de remise de l’article) comprend obligatoirement une phase (parenthèse) temporelle de 10 jours.