jeudi 30 avril 2015

El "maratoune" de Constantine (2), A la mode du "2 en 1"

     
                                                                                                                
"El Maratoune". Voila ce qu’est la course de route de Constantine que l’on affublé pompeusement du qualificatif de semi-marathon alors que sa distance n’effleure que les 15 kilomètres au lieu des 21 kilomètres et une centaine de mètres que prévoit la règlementation internationale. Une course qui s’est mise à la mode du « 2 en 1 » par la fusion de deux courses qui chacune avait son charme (la course entre les ponts et le "semi-marathon"Abdelhamid Benbadis) et la disparition du plus ancien et du plus emblématique (₺"e Benbadis").
La langue dialectale, "el Derdja" que des universitaires s’efforcent de réhabiliter et de promouvoir face à l’impérialisme de la langue enseignée dans les établissements scolaires, est savoureuse, porteuse de la richesse populaire. "El maratoune" a suscité nombre de réflexions ironiques tout le long du parcours de la course. Des moqueries et des remarques pleines du bon sens populaire que les officiels n’ont pu entendre dans l’espace policé qui leur était réservé à l’arrivée de la course.
Le petit peuple, s’arrêtant un instant, plus ou moins long, pour regarder passer les coureurs, a émis des observations édifiantes qui démontrent que le populaire n’est pas dupe. « "Maratoune"? Ils viennent du centre ville, ils retournent au centre ville » pour caractériser la brièveté de la course conçue comme une seule et unique boucle.
« Chouf, le parcours ! Ils leur ont mis une côte qu’une voiture ne peut  monter qu’en deuxième. Ilveulent les tuer ! ».
Jeunes et vieux, tous ont eu la dent dure pour ces organisateurs de ….. "pacotille" pour reprendre une expression trop souvent entendue. L’expression populaire en dialectal est encore plus expressive et n’est pas rendue par notre traduction.
Sans être des connaisseurs indiscutables de la course à pied, sur le parvis de la mosquée Emir Abdelkader surplombant une partie de la course (près de 500 mètres de pente), des témoins de mariages religieux qui fleurissent avec le retour des beaux jours, passionnés par Internet et les télévisions satellitaires, attendant la célébration des cérémonies,  ont eu des commentaires à faire rougir de honte "les techniciens" bon teint et bien d’hommes de culture. Des propos qui invalident tous les discours sur… l’inculture populaire.
Certains ont fait des rapprochements avec les "courses de montagne". Un autre revenant d’un voyage à Lyon (France) raconta qu’il avait assisté à une course dans les rues de la ville qui ne s’appelait pas "semi-marathon" mais "Lyon urban trail"  qui serait justifié par les successions de pentes et de descentes affrontées par les coureurs.
Toujours sur le même lieu, le changement de nom a fait débat. Nombreux ont été ceux qui ont lié la débaptisation de la course à un autre événement s’étant déroulé quelques jours plus tôt : le déboulonnage de la statue de l’imam Benbadis offerte par un promoteur étranger à la ville de Constantine à l’occasion de la manifestation culturelle « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe ».
L’un deux venu d’El Eulma, capitale du commerce, ayant beaucoup voyagé pour ses affaires, dans les pays du bassin méditerranéen, dit avoir vu une statue inesthétique de Christophe Colomb installée au port de Lisbonne regardant vers l’Ouest, l’Océan Atlantique, vers l’Amérique centrale et les Caraïbes. Un autre monde qu’il découvrait pendant que les musulmans débutaient leur reflux d’Andalousie et que les Barberousse régentaient Alger. « Ils n’ont pas cherché la ressemblance mais la symbolique », affirma-t-il. « Colomb représente, quoiqu’on en dise, la découverte de l’Amérique. C’est ce que les Portugais ont retenu. Pas que la statue est moche ou inexpressive ! ».
Un autre, à l’accent caractéristique des frontières orientales du pays numide où subsisterait encore ce qu’un homme politique avait qualifié d’ « archaïsmes sociétaux », commence par un « Loukane fi bledna… » pour terminer par « on n’aurait jamais retiré la stèle d’une personnalité locale, d’une personne représentative de la localité ».

C’est du pays chaoui qu’est venu le coup de grâce : « l’imam Ibn Badis, avait placé l’islamité et l’arabité avant l’amazighité. Il a placé, dans son triptyque, l’authenticité des racines de la population algérienne après les apports extérieurs. Voila ce qu’il advient lorsque on oublie ses origines. On commence à effacer son existence. On enlève sa statue à peine érigée et on retire son nom à un non-événement sportif». 

El "maratoune" de Constantine , Les élus et les "techniciens" se fourvoient



Depuis la nuit des temps, l’athlétisme, discipline sportive par excellence ou du moins reconnue comme étant la première discipline olympique, propose à ses pratiquants et aux publics qui l’accompagnent deux catégories de course à pied : celles qui se disputent dans l’enceinte du stade et celles que l’on regroupe sous l’intitulé de courses hors stade₺. Les deux sont codifiées par une réglementation à valeur internationale et régies par des commissions. Les courses dans le stade se déclinent en distance dont la mesure-étalon est le mètre, les secondes en kilomètres.
Les premières sont connues pour avoir donné au sport algérien quelques champions du monde et champions olympiques (Boulmerka, Morcelli, Benida-Merah, Saïd Guerni). Les secondes ont acquis une certaine popularité pour se pratiquer soit dans les champs (cross-country) soit sur la route (les rues). Nous remarquerons que chez nous règne une confusion lexicale et sémantique certaine. Au fil des années, sous l’impulsion populiste des élus locaux ne maitrisant pas le domaine (ce qui ne peut leur être totalement reproché) et la ₺fonctionnarisation₺ des cadres du sport, aux diplômes certes validés par l’institution universitaire et la Fonction Publique mais au vécu claudicant, engagés dans un processus où la gestion de carrière a pris un importance essentielle, nous avons assisté à un glissement inapproprié, ₺spécifique₺ menant le ₺cross-country₺ à se courir dans les rues des villes et des villages (cross du Parti) et les appellations contrôlées (semi-marathon et marathon) des courses sur routes à être dénaturées. Le marathon se court réglementairement (qu’on le veuille ou pas) sur une distance de 42 kilomètres 195 et le semi-marathon sur 21 kilomètres 095. Point barre !
La réglementation n’interdit pas l’organisation de courses sur routes dont la distance ne répondrait pas à cette définition. Les adaptations sont possibles à condition de ne pas adopter ces appellations officielles, réglementées. Dans les pays latinos américains de l’hémisphère Sud (Brésil), les ₺corridas₺ (courses) – qui ne sont pas uniquement les₺corridas de toros₺  (courses de toros) où s’affrontent à mort ₺toros₺ et ₺matadores₺ -  ont lieu au passage d’une année à l’autre (nuit du 31 décembre au 1er Janvier) sur des distances variables pouvant atteindre ou dépasser celle d’un semi-marathon.
Dans toutes les nations affiliées ou pas à la fédération internationale d’athlétisme se déroulent des courses sur routes dont la distance n’est pas celle du marathon ou du semi-marathon. Partout, les règles fondamentales sont respectées et on ne fait pas dans la publicité mensongère. Surtout lorsque la compétition s’inscrit dans un challenge national qui permet la comparaison entre les courses et les valorise les unes par rapport aux autres.
Contrairement à ce que l’on peut croire, la motivation des participants n’est pas seulement financière, même si cet aspect est évidemment présent. L’athlète, quel que soit son niveau, se compare à ses adversaires mais aussi et surtout à lui-même, à la recherche de la meilleure performance possible qui peut être un ₺record₺ personnel, local, national, etc. dont l’homologation répond au respect d’un certain de critères ou d’avantages que peut procurer la morphologie, le tracé de la course choisi par des experts en la matière.
Malgré la rigueur mise en place par la réglementation, on a assisté à une prolifération de courses sur route (ici et en Europe) qui rivalise avec les courses cyclistes d’antan, aux ₺kermesses₺ organisées pour célébrer un événement local. Mais, aucune ne s’approprie ce qui ne lui appartient pas. Elles ne sont pas toutes semi-marathons encore moins marathons. Chacune porte un costume fait sur mesure. ₺El maratoune₺, dans un tel contexte, aurait été et aurait du être en toute simplicité ₺La course sur route entre les ponts de Constantine₺. Une recherche sur n’importe quel site ouvrira les esprits réfractaires

Meeting d’athlétisme handisport de Constantine, Un rendez-vous dérangeant



Samedi 2 mai, le stade annexe - du complexe sportif Chahid Hamlaoui qui arbore pompeusement une plaque le désignant comme ₺stade d’athlétisme₺ dont il n’a que le nom puisque les athlètes disputent l’espace qui leur est théoriquement consacré à l’impérialisme du football – accueillera une compétition d’athlétisme réservée aux athlètes aux besoins spécifiques. Cette compétition organisée par la ligue handisport de la wilaya de Constantine (avec la collaboration technique de la ligue d’athlétisme de Constantine) est la 4ème  étape d’un circuit de meetings nationaux d’athlétisme mis en place, pour le bonheur des athlètes licenciés, par la fédération algérienne d’handisports.
Après Annaba, Béjaïa, Mascara, Constantine sera donc l’hôte (avant Oran le 23 mai, et Béjaïa à nouveau ou Alger – le lieu n’a pas encore été arrêté – pour l’étape finale qui se déroulera les 4 et 5 juin) d’une série d’épreuves connaissant la participation d’athlètes essentiellement locaux et régionaux mais aussi de ceux appartenant à l’élite nationale. Si pour les premiers, il s’agit de se frotter aux meilleurs pour améliorer leurs niveaux de performance et acquérir l’expérience qui leur fait défaut, pour les seconds, l’objectif est d’évaluer leur degré de préparation et de se placer dans la liste des compétiteurs susceptibles de se rendre aux championnats d’Afrique (en septembre) et aux championnats du monde de Doha (en octobre). Une petite minorité s’attend à mieux encore, améliorer des records du monde ou leurs classements au ₺ranking₺ (classement mondial) établi par l’IPC.
Trois constantinois, athlètes de l’USH Constantine, font partie de cette dernière catégorie. Il s’agit des athlètes (connus depuis des années par le public), Karim Bettina et Nadia Medjmedj - détenteurs de titre mondiaux et paralympiques et de multiples records du monde  - figurant toujours dans le "Top five mondial" et de la jeune valeur montante du lancer de javelot (classe T 33), Asmahan Boudjaadar, dont la performance réalisée au meeting international de Doha (en début mars) à été reconnue par les instances internationales en tant que record du monde. Son objectif est d’ailleurs de renouveler sa performance.
D’Alger, de Béjaïa, d’Annaba et bien d’autres villes du pays, de nombreux athlètes feront le déplacement constantinois. Bien que placé – nous dit-on -  sous l’aile bienveillante du commissariat de « Constantine, capitale 2015 de la culture arabe » (dont le commissaire rehausserait de sa présence la compétition), ils sont confrontés à des questions quasiment insolubles de logistique dont celui de l’hébergement qui est le plus délicat à résoudre compte tenu de leurs besoins et de l’indigence financière dans laquelle ils se meuvent. Les associations handisports ne sont pas les mieux nanties et les structures d’hébergement bon marché  (auberges de jeunesse), selon des conversations téléphoniques surprises entre des dirigeants de l’handisport constantinois et leurs pairs d’autres villes à la recherche d’une aide bienfaitrice, saturées et pas toujours disposées à recevoir ces personnes.
Malgré ces avanies, les visiteurs d’un weekend semblent désireux de marquer sportivement leurs présences par des performances dignes d’intérêt. Cependant, certains d’entre eux éprouvent un sentiment fort de marginalisation né de l’impossibilité décrétée de concourir sur les installations du ₺grand stade₺ et des absences de commodités pour les invités, athlètes, accompagnateurs et dirigeants.


lundi 27 avril 2015

"Semi-marathon " des ponts de la ville de Constantine, Les "errements"de l’A.P.C.

                                                                                                       

Il est de tradition, depuis une trentaine d’années, à Constantine, « la ville aux huit ponts », d’organiser -  à l’occasion des festivités du 16 avril (Youm El Ilm), une course sur route, le « semi-marathon Abdelhamid Benbadis ».
Cette course aura lieu le samedi 25 avril. Sauf que…..l’APC de la ville, « capitale de l’Est » devenant pour une année (débutant justement le 16 avril) « capitale 2015 de la culture arabe », s’est empêtrée, nous semble-t-il, dans ses pinceaux, pour rester dans le registre artistique et culturel.
Après avoir annulé le « semi-marathon entre les ponts » (de création récente)  qui aurait du se courir le 13 mars dernier, elle a décidé de faire disparaitre, du calendrier de la fédération algérienne d’athlétisme (challenge national des courses sur route) sur lequel il était inscrit - et bénéficiait à ce titre d’une contribution financière non négligeable - l’historique « semi marathon Abdelhamid Benbadis » et de le remplacer, au pied levé, par le « semi-marathon des ponts de la ville de Constantine » ressuscité.
Sur ce plan, la décision de la commune de Constantine est aujourd’hui irrévocable. Les placards publicitaires ont été confectionnés marquant ainsi l’impossibilité d’un recours en arrière. Au-delà de l’aberration que constitue la suppression d’une course sur route, considéré par la FAA comme un moyen de développement de la pratique de la course à pied, dans une ville qui avait  la chance de se démarquer des villes de sa périphérie (El Khroub, Hamma Bouziane, Ouled Rahmoune) ou de sa proximité (Sétif, Bordj Bou Arreridj, etc.) en organisant deux épreuves de niveaux différents (l’une de niveau local, « la course des ponts » et une autre de renommée nationale et internationale, le « Benbadis »), l’APC s’est désengagée en privilégiant la course de moindre notoriété. Il est vraisemblable aussi que, dans le système de pensée des communicants de l’APC et des décideurs, l’apport idéologique, philosophique et cognitif du penseur musulman constantinois Abdelhamid Benbadis (en cette année qui voit le statut culturel de la ville rehaussée par les manifestations qui seront organisées) est moins porteur, moins parlant - pour les intellectuels, savants, penseurs, artistes qui séjourneront dans la cité multimillénaire - qu’une « course entre les ponts ».
A cet état de fait pour le moins incongru, s’ajoute une anomalie pour le moins déplaisante. Le parcours de la course n’est pas encore définitivement arrêté et, en conséquence, la distance exacte à courir n’est pas définie. Le tracé qui tient actuellement la corde est celui qui aurait le stade Ramdane Benabdelmalek pour point de départ et conduirait à la place du 1er novembre (La Brèche) -où serait tracée la ligne d’arrivée-  en passant par la rue Kaddour Boumedous, la mosquée Emir Abdelkader, le Palais de la Culture Malek Haddad et traverserait les ponts de l’Indépendance (pont géant, trans-Rummel), et Sidi Rached.      
L’organisation d’un semi-marathon, répondant aux cahiers des charges réglementaires, oblige à ce que la course se déroule sur une distance définie et mesurée avec exactitude. La distance réglementaire est de 21 kilomètres 095 mètres. Toute course sur route dont la distance déroge ne peut bénéficier de cette appellation officielle. Ce sera, selon les cas existant partout sur la planète :  « 21 kilomètres de…. »,  « 20 kilomètres de…. »,  « 10 kilomètres de …. »  ou en toute simplicité « course sur route de … ». De toute évidence, le pseudo « semi-marathon des ponts de la ville de Constantine » n’est qu’une simple et petite « course de route entre les ponts de Constantine ». L’APC devra donc revoir sa copie pour que la course qu’elle organise mérite le label qu’elle s’est pompeusement attribuée.
Par ailleurs, nous avons appris qu’à moins de 10 jours du départ de la course le barème des primes n’avait pas encore était élaboré. Selon des indiscrétions, le montant global réservé à ce volet de l’organisation atteindrait 400 000 dinars à distribuer dans les catégories qui auront été retenues part les organisateurs. Un beau pactole pour les athlètes de l’élite nationale qui seront grassement rémunérés pour une bonne séance d’entrainement à « seuil » ou à « seuil + ».

Il y a lieu de s’interroger sur l’attitude des experts (cadres de la direction des sports et de la ligue d’athlétisme) qui n’ont pas relevé ces aberrations logiquement hors de portée des politiciens locaux. 

Stade Chahid Hamlaoui, La rentabilisation passe par la caisse


Le complexe sportif chahid Hamlaoui est apparemment devenu une enceinte réservée aux seules personnes connues et reconnues par le personnel de gardiennage dont l’importance est de plus en plus flagrante au point que l’on peut considérer qu’il prend des décisions en lieu et la place de la direction. D’ailleurs, le degré de présence de celle-ci peut se mesurer à l’inverse du tour de taille du premier responsable ventripotent qui prend pour modèle ses collègues rondouillards du secteur des sports.
Nous avons, à plusieurs reprises, relaté dans ces mêmes colonnes quelques uns des écarts et des comportements ineptes de ce personnel recruté on se demande dans quelle contrée où le sport n’a pas le droit d’exister, où la culture sportive est inexistante ou le savoir-comprendre puis parler ne fait pas partie des mœurs.
Rappelons entre autres les propos tenus à un parent de sportive qui (pour la première fois accompagnait sa fille pour une séance d’entrainement au stade d’athlétisme qui n’en porte que la plaque) voulu entrer dans le parc de stationnement du bloc administratif et en fut empêché par un gardien sous le prétexte que l’accès était seulement permis à ceux qui en ont payé le droit d’entrée. Pour ces cerbères, entrer dans le parc, déposer sa fille (ou son fils)  et repartir avant de revenir plus tard pour les récupérer ne fait partie des usages en vigueur dans cette infrastructure relevant des biens de l’Etat. Le parc du stade ne vaut guère mieux, semble-t-il, qu’un parking sauvage dans un des quartiers populaires de la ville où le gardien agite son bâton devant l’automobiliste récalcitrant à payer la dîme.
Rappelons aussi cet incident, en marge du meeting national d’athlétisme handisport où les cars transportant les délégations participantes furent dans l’obligation de stationner en dehors de l’enceinte. Ce fut un gardien encore qui prit la décision (ou du moins en fit part aux invités de la ligue constantinoise handisports, organisatrice de cette compétition, placée sous l’égide de la fédération nationale, et qualificative pour les compétions internationales, à laquelle participèrent des champions du monde et des champions paralympiques) de l’interdiction de garer sur le parking.
C’est par contre le directeur du stade (en personne) qui s’emporta (nous a-t-on raconté) contre les dirigeants d’une association sportive handisports qui voulaient des explications sur la fermeture des installations sportives annexes (salle de musculation) à la barbe et au nez de leurs athlètes en préparation pour une compétition internationale à Doha (celle où une justement une des athlètes renvoyées battit le record du monde de sa classe et de sa spécialité).
Le dernier incident eut lieu hier, quand - nous présentant au stade d’athlétisme pour y recueillir des informations complémentaires sur l’athlète constantinoise (Souheir Bouali) retenue dans la sélection nationale (voir ci-contre) qualifiée pour les championnats arabes d’athlétisme (Bahreïn, 22 au 25 avril) et ambitionnant d’y remporter deux médailles d’or - un gardien (du moins une personne revêtue du gilet floqué OPOW) s’interposa pour nous empêcher d’accéder au stade d’athlétisme. Nous étant présenté, il nous fut répondu que cette journée (vendredi), seuls les jeunes étaient autorisés à s’entraîner, que je pouvais revenir un autre jour avec les « vieux » (« Lekbar »). Notre tenue prêtant à confusion (training, survêtement, K-way, casquette), nous lui redîmes notre fonction et lui expliquèrent que nous ne venions pas pour un footing (ce qui semblait être sa fixation) mais pour exercer notre mission. Reconnaissons que difficilement nous nous fîmes comprendre et  qu’il nous autorisa à continuer notre chemin. L’ayant entendu cependant se plaindre à ce qui paraissait être un de ses supérieurs, nous revînmes sur nos pas pour clarifier les choses. C’est là que nous eûmes la désagréable surprise de nous entendre dire que pour pouvoir nous entrainer (encore une fois !) nous devions passer à la caisse pour payer un abonnement mensuel de 1 500 dinars. Pour le personnel du stade, il est impensable qu’un journaliste se déplace pour rencontrer de jeunes athlètes. Un vendredi matin de surcroit. Les journalistes ne sont portés que sur le football, semble-t-il.

De cet incident, nous devons retenir – qu’en dehors des rencontres de football - le journaliste n’est repérable que s’il porte une tenue correcte (costume trois pièces ?) et que la rentabilisation des infrastructures sportives construites par l’Etat passe par un passage à la caisse de ceux qui ont le malheur de s’y rendre pour une raison ou pour une autre. Heureusement que, compte tenu de sa localisation, un déplacement au stade Chahid Hamlaoui doit être véritablement nécessaire. Une explication également à la déconfiture du sport constantinois. Il suffit de se présenter à ce fameux stade d’athlétisme pour se rendre compte que le nombre de notables payant leurs séances de maintien en forme (ce qui est tout à leur honneur par ailleurs) sont aussi nombreux que les véritables athlètes soumis à mille et une contraintes parce qu’ils pratiquent gratuitement.

dimanche 26 avril 2015

Les franco-algériens, Rihet el bled


                                                                                                                              
Les supporters algériens couvent de leurs attentions énamourées les joueurs de football ramenés d’horizons divers. De jeunes joueurs, la vingtaine à peine dépassée, ayant encore tout à apprendre pour devenir de grands joueurs et que l’on incorpore dans les sélections appelées à disputer les plus grands tournois qui sont organisés sur le continent (Coupe d’Afrique des Nations)ou sur la planète (Coupe du monde).  
La sélection de ces joueurs talentueux, mais manquant encore de maturité, fait l’objet de débats médiatiques houleux autour de ces franco-algériens ou autres binationaux (M’Bolhi, Taïder, Cadamuro) qui ne peuvent se permettre de réfléchir trop longuement sur la décision à prendre (celle de choisir l’équipe nationale avec laquelle il jouera alors que son cœur balance entre les deux rendant cornélien un choix… attendue par tous). Surtout, lorsque la presse se met à battre le tambour. Ils n’ont pas le droit de décevoir…les millions de supporters qui, en d’autres circonstances plus normales, celles faisant partie de la vie quotidienne, n’auraient pas la même attitude. Il ne faut pas faire fuir la fiancée surtout lorsqu’elle est belle.
A des niveaux différents bien sur. Surtout, lorsque le joueur réfléchit à ce qui l’attend de l’autre côté de la mer et ne veut pas se lancer dans une aventure dont il connait (en partie) les risques. Ceux dont il a eu à pâtir lors des vacances scolaires pendant laquelle la langue qu’il parle, son accent, ses habitudes, ses attitudes sont l’objet de…commentaires (de la part des cousins et cousines, oncles et tantes et camarades de jeu, etc.) où l’étrangeté, la différence est notablement marquée et remarquée. C’est là que se trouve le substrat de la prétendue polémique entre les joueurs locaux et les joueurs professionnels auquel se greffe la jalousie de l’Autre qui vient prendre une place qui nous est due parce qu’il n’est pas comme nous et de chez nous.
Il est vrai que le statut de joueur de l’équipe nationale en fait un être à part. Le fait qu’il évolue dans un club de bonne notoriété européenne en fait une starlette à laquelle on fait les yeux doux, que l’on courtise, et dont on satisfait les moindres caprices…. en attendant qu’elle soit enchaînée, pieds et mains liées ….par les liens de l’union, de la lettre d’engagement à signer si « on » a joué en équipe jeunes ou de la première sélection irrévocable en match officiel. A ce moment-là, on lui fera sentir à cette…..canaille de quel bois on se chauffe, en lui sortant tous les petits défauts (ou ceux que l’on regarde comme tel) d’un petit jeune venu…d’ailleurs, d’un autre univers, d’une autre culture.
Si le choix de revêtir la tunique algérienne est considéré comme allant de soi, le choix inverse est peu apprécié. Sahnoun, Meriem, Zidane, Benzema, Nasri (et dans quelques temps Fekir lorsqu’il aura joué ses premiers matchs avec l’équipe de France), bien qu’ils soient considérés comme de bons joueurs voire d’excellents joueurs, souffrent d’une tare indélébile, celle de n’avoir pas revêtu la runique des Fennecs. Ils sont en manque de patriotisme.
Le lien avec la mère-patrie ou du moins celle de leurs parents (ou de leurs ancêtres) est distendue, semble-t-il. Pourtant il existe fortement. Plus fortement qu’on ne le croit. Mais, jamais dit. D’ailleurs même si la proximité avec la terre ancestrale est avouée, elle n’est jamais crue. Du moins par les gardiens de ce temple qui n’existe que dans leurs lubies et n’attire pratiquement pas de fidèles, si ce n’est des courtisans prosélytes. Pour eux, le choix de l’équipe de France est plus que significatif de la dérive patriotique.

C’est lorsque le joueur n’est plus en activité, que les micros et les caméras se sont détournés, que remontent à la surface des anecdotes racontées par des personnes étrangères à cette problématique. La dernière a été narrée récemment par un grand entraineur italien de renommée internationale, Marcello Lippi. Celui-ci répond (au journaliste algérien qui veut savoir pourquoi il a cité Zinedine Zidane parmi les joueurs algériens alors que ce dernier a joué pour l’équipe de France avec laquelle il a remporté un titre de vainqueur de la Coupe du monde) qu’il avait, du temps où Zidane jouait à la Juventus de Turin dont il était alors l’entraineur, vu le joueur (déjà renommé internationalement) jouer, à une heure très tardive, dans une rue de Turin. Interpellé par son coach, Zizou eut une réponse à laquelle Lippi ne s’attendait certainement pas. Lippi dit « il me répond : ce sont mes amis de mon pays l’Algérie ». Tout cela, dans une ville du Sud de l’Italie, à l’heure où les gens honnêtes sont sous la couette et les joueurs professionnels récupèrent, Zidane joue au ballon, à la lumière des lampadaires avec des inconnus venus de son pays apportant Rihet El bled, l’odeur de son pays où il n’est pas né et n’a pas vécu.      

USM El Harrach, A “little big club”


                                                                                                                                 
L’USMH est un petit grand club. D’extraction modeste, il est  - malgré tous les événements heureux et malheureux qui ont marqué son histoire - un phare du football algérien qui s’est engagé, selon le discours de ses dirigeants les plus médiatiques, dans une mutation qui copie le discours des autres présidents de clubs.

L’USM El Harrach est, quoiqu’on en dise, un « little big » club, à la fois un petit et un grand club. D’extraction populaire, fondé dans un des quartiers de l’ex-couronne populaire d’Alger, l’ex-club de Maison Carrée ne pouvait qu’être le représentant footballistique du petit peuple, celui à peine arrivé de ses douars et de ses montagnes, qui s’est établi dans la capitale d’un pays sous domination coloniale en y érigeant ce que l’on nomme aujourd’hui des constructions illicites.
Dans de telles conditions, l’USMH, portée par ses valeurs et traditions originelles (du monde paysan et montagnard), ne pouvait que vivre petitement, en fonction de moyens financiers dérisoires, à la mesure des capacités de ses fondateurs et de ses admirateurs. 
Mais, l’USM El Harrach est aussi grande. Un phare dans l’histoire du football algérien. Ballottée par les événements heureux et malheureux, l’association s’est pourtant maintenue dans le gotha national sans avoir animée le marché des joueurs, s’en tenant à une politique sportive où la formation des joueurs a été un leitmotiv permanent. Même les recrutements (lorsqu’il y en a) ne sont pas dispendieux puisque effectués dans les effectifs des divisions dites inférieures et donc parmi des cohortes de jeunes joueurs montrant quelques dispositions devant simplement être affirmées. Un processus réalisé par les différents staffs techniques jalonnant l’histoire du club et lui a donné cette image qui perdure.
Cette vision du sport, cette philosophie – tout en étant encore vivace et fortement ancrée dans les mentalités – certainement en corrélation avec une politique dite des moyens dont l’on dispose, est en cours de mutation ainsi qu’en témoigne les déclarations récentes de ceux qui sont présentement les leaders du staff dirigeant.
Celles qui nous intéressent aujourd’hui sont celles d’Abdelkader Mana (présenté en tant que membre du conseil d’administration et porte-parole officiel de la SSPA, donc la partie concernée par le professionnalisme) qui, dès son retour de soins médicaux à l’étranger (remarquons que les responsables de clubs professionnels sont souvent en voyage en dehors des frontières soit pour soins soit pour des affaires professionnelles), reprend à son compte des arguments tendancieusement et outrancièrement médiatisés par ses pairs des autres SSPA et de la panacée qui permettrait d’y remédier : l’ouverture du capital, l’appel à de nouveaux investisseurs.
Abdelkader Mana reconnait à juste raison qu’ « à l’ère du professionnalisme, il est clair que nos moyens financiers très limités ne nous permettent pas de répondre aux exigences d’un vrai club professionnel et donc l’apport financier d’un éventuel investisseur ne peut être que bénéfique pour le club ».

Une confusion conceptuelle

Les appréhensions des dirigeants du club, doté dit-on du plus faible budget de la Ligue 1 Mobilis, sont compréhensibles. Cependant, le discours tel qu’énoncé ne correspond pas aux actions entreprises (recherche d’investisseurs et de sponsors) pour mener l’équipe à bon port et introduit une confusion (en optant prioritairement pour la recherche d’investisseurs) dans un plaidoyer basé sur des fondements théoriques biaisés.
Le discours de Mana, copie conforme de celui de ses pairs, mêle des concepts financiers différents. Les difficultés financières rencontrées par les clubs sportifs sont des problèmes de trésorerie découlant en premier lieu de décalages dans les mouvements monétaires (entrées vs sorties, ressources vs charges, recettes vs dépenses) ou de leur inadéquation volumétrique (recettes faibles vs charges élevées) pouvant être résolus par une équation consistant à augmenter les recettes (recherches de nouveaux sponsors, révisions à la hausse des contrats de sponsoring ou des subventions , etc.) d’une part et à réduire le train de vie dispendieux, c'est-à-dire les dépenses (salaires, dépenses d’hébergement, restauration et transports, etc.) pouvant l’être, d’autre part. Il s’agit donc d’équilibrer la gestion financière du club.
Mana, comme tous les dirigeants de clubs, estime qu’une meilleure assise financière du club découle inéluctablement d’une augmentation du capital social (quelle que soit la forme juridique qu’elle peut revêtir) via l’acceptation de nouveaux actionnaires (propriétaires du club) que l’on dissimule sous la dénomination d’ « investisseurs » alors qu’ils ne sont que des apporteurs d’argent frais, des renfloueurs permettant de surmonter une situation critique temporaire ou d’assurer la soudure entre deux exercices ou d’éviter le déficit comptable en contrepartie de la prise de possession d’une partie du club matérialisé par des actions. Devenir actionnaire d’un club, investir (engager des dépenses aujourd’hui pour engranger des bénéfices demain) dans un club c’est en fin de compte acheter des actions, une partie du club. Prétendre le contraire n’est que dissimulation de la réalité patrimoniale de l’opération.
En fait, les dirigeants de clubs ont besoin de mécènes, de personnes qui apportent des fonds en sachant pertinemment qu’il n’y a rien à attendre réellement en retour. De l’argent dépensé en pure perte. Ou qui apporte (sous forme de prêts et non de dons) de l’argent remboursable à réception des subventions étatiques. Des personnes (des fans du club) très peu regardants sur les mécanismes réels de gestion pour peu qu’il y ait exposition médiatique concrétisée par une place dans le conseil d’administration de la SSPA, permettant de fructifier ailleurs, dans d’autres activités plus rentables.

Prisonniers d’ambitions démesurées

L’expérience du professionnalisme montre que les fondateurs de la SSPA ne laissent que très rarement la place aux « investisseurs ». Lorsque c’est le cas, lorsqu’ils (les « investisseurs ») prennent la direction du CA, il s’avère que la solution n’en est pas une. Le club ne fonctionne pas comme une société commerciale (ce qu’elle est sensée être) mais continue d’agir comme une association. L’essentiel n’est pas de dégager des bénéfices mais de ne pas être en déficit, d’équilibrer les comptes. C’est pour cela que l’on fait appel « aux enfants du club » qui apportent dans « la corbeille de la mariée « essentiellement l’amour qu’ils vouent aux couleurs. Des individus qui n’y porterons pas sciemment atteinte mais se comportent toujours en amateurs (en personnes qui aiment) mais non pas en gestionnaires (en véritables professionnels du domaine d’activité dont ils ont la charge dont ils ne possèdent pas toujours les compétences attendues pour un fonctionnement harmonieux.

Cette situation est aggravée par les comportements des responsables réels de la SSPA prisonniers des enjeux et des objectifs qu’ils se sont assignés et (ce qui est plus grave) ont médiatisé auprès des supporters dont les attentes sont alors surdimensionnées. Ligotés par leurs promesses, ils sont pris dans le tourbillon inflationniste des salaires alors que la recherches de ressources financières à même dans permettre la concrétisation en sont réduites à leurs plus simples expressions, celles de contacts avec des opérateurs économiques sollicités à l’excès en s’appuyant sur des démarches de type administratif et de projets sportifs qui ne sont que des rêves, des illusions si ce n’est des mirages.