lundi 11 avril 2016

Fonctionnement des SSPA (5), Par effacement des dettes et des factures

U
ne « affaire », un grand bien mot pour désigner un litige entre deux partenaires commerciaux, a été récemment médiatisée. Sans grand tapage d’ailleurs. Presque un entrefilet comme pour noyer un poisson dans le bocal du MCA qui s’évertue à vouloir se faire remarquer par toutes sortes de choses sauf…les résultats.
Il s’agit d’une réclamation du complexe  hôtelier Sveltesse qui aurait pu (avant que Sonatrach ne devienne actionnaire majoritaire) amener l’établissement touristique et sportif à devenir actionnaire du MCA. Pour éviter toute équivoque, nous devons préciser, dans l’attente de développements à venir, que Sveltesse a exigé le règlement des factures en instance et le paiement du prêt et a menacé d’expulsion ses clients : 18 joueurs du MCA. Et que ce qui suit est seulement une illustration de ce qui aurait pu advenir.
Selon les informations actuellement  en notre possession, le Mouloudia est redevable auprès de cet opérateur économique du remboursement d’un prêt financier accordé il y a environ 18 mois (1 milliard et demi de centimes) et le règlement des factures d’hébergement (restauration ?) d’un groupe de joueurs de la catégorie Espoirs dont le montant n’a pas été précisé mais qui devrait être élevé si l’on se réfère au train de vie dispendieux de nos clubs professionnels. Cependant, les joueurs hébergés n’étant que de ……jeunes joueurs dont le talent n’a pas encore éclaté, nous pouvons imaginer que ce ne sont pas les mêmes conditions qui auraient été offertes aux stars du Mouloudia. Quoiqu’il en soit, en prenant en considération la durée de la prise en charge, du nombre d’athlètes et du standing de l’établissement, le montant à inscrire sur le chèque doit être consistant. Mais, là n’est pas la question.   
Afin d’illustrer la thèse que nous défendons depuis quelques chroniques, celle prétendant que l’augmentation du capital social des SSPA peut être obtenue par d’autres moyens que l’apport de nouveaux capitaux tel que prôné avec assurance par les dirigeants des sociétés sportives commerciales et ceux des instances nationales du football, nous nous placerons dans la période antérieure à l’apparition de Sonatrach dans le pacte d’associés. Un moment de l’histoire du club pendant lequel les responsables mouloudéens étaient en quête des trésors des mille et une nuits pour subvenir aux besoins de leur club chéri et de leurs envies de magnificence. Nous supposerons aussi que le propriétaire du complexe Sveltesse est animé par l’ambition de devenir propriétaire d’un monument du football algérien et est aussi motivé par le souci d’améliorer le taux de remplissage de sa structure hôtelière. Dans un tel contexte, il aurait pu, compte tenu de l’incapacité chronique du Mouloudia à tenir ses engagements, demander le remplacement de la dette financière et de la prestation de service par une participation au capital social.   
A nouveau et comme précédemment où nous avons abordé la conversion des dettes financières en parts du capital social, il aurait pu être procédé à un effacement de ces deux dettes (financières  et commerciales représentées par le prêt d’une somme d’argent et une prestation de services) avec pour contrepartie l’augmentation du capital social de la société. Une opération juridique et comptable tout à fait légale qui aurait permis au propriétaire du complexe de devenir (souvenons-nous que nous sommes à une époque où ce capital social était réduit à sa plus simple expression, c’est-à-dire le minimum imparti par la loi) l’actionnaire majoritaire, le décideur en dernière instance.

Nous venons de voir en quelques chroniques que les actes de ceux qui sont très souvent qualifiés de « bienfaiteurs du club », parce qu’ils apportent (en des temps difficiles pour la SSPA) soit un soutien financier direct (prêts) soit des facilités de règlement, apportent la contradiction à  la disposition du décret 15.73 stipulant en son article 3 (alinéa 3) que le club sportif professionnel est tenu « d’œuvrer pour l’augmentation de  son capital social par de nouveaux apports  dans le cadre des lois et règlements en vigueur, afin d’assurer l’équilibre  financier de la société sportive commerciale ». L’augmentation du capital ne consiste pas seulement en une injection d’argent frais.

dimanche 10 avril 2016

Fonctionnement des SSPA (4), Ghrib, le dribbleur-charmeur

E
n tentant de comprendre la gouvernance des sociétés sportives par actions (SSPA) retenues par les pouvoirs publics afin de permettre l’émergence du football professionnel à travers une lecture de l’article 3, alinéa 3 du décret exécutif 15.73 du 16 février 2015 déterminant les dispositions applicables au club sportif professionnel et fixant les statuts-types des sociétés sportives commerciales on s’aperçoit que certaines dispositions juridiques et comptables permettent l’expression des intentions machiavéliques des actionnaires d’une SSPA.
Nous avons vu comment les dettes de la SSPA vis-à-vis des associés (comptabilisées en « Apports des associés» pouvaient modifier la gouvernance par leur conversion en augmentation du capital et la transformation des rapports entre ces mêmes associés.
C’est dans ce même registre que l’on doit inscrire les dettes de tierces personnes. Nous nous appuierons pour illustrer ce cas de figure sur les informations médiatisées lors de l’ « affaire Ghrib vs MCA » dont il ressort qu’Omar Ghrib, alors coordinateur de l’emblématique Mouloudia d’Alger, parrainé par la Sonatrach (observons au passage que l’affaire précédente « CSC vs Groupe Tassili » impliquait également une filiale de la compagnie pétrolière nationale), compte tenu des besoins financiers inextinguibles du club, aurait emprunté des sommes importantes (environ 9 milliards de centimes) auprès de ses relations.   
 A partir de ce fait, l’opération est entourée d’une ombre épaisse que les médias n’ont pu éclaircir. Le plus important étant de « faire monter la mayonnaise », d’amplifier la crispation entre Ghrib et les dirigeants du MCA dans un contexte où Omar Ghrib n’était plus, après avoir fait le bonheur du club « Doyen », en odeur de sainteté depuis l’esclandre de la finale de la Coupe d’Algérie. Il ne fait aucun doute aujourd’hui que les dits fonds ont intégré les caisses du Mouloudia puisqu’un dirigeant du club aurait établi, et remis à Omar Ghrib, une reconnaissance de dettes que celui-ci, devenu pestiféré dans le milieu sportif qu’il avait intégré par les hautes sphères, a fait valoir devant les tribunaux pour obtenir gain de cause pendant la période où il a été banni du mouvement sportif national.
Le plus intéressant dans tout cela se situe dans les modalités de prêt. Le traitement médiatique laissant à désirer pour une bonne compréhension des faits et de ce qui aurait pu advenir, deux hypothèses sont à émettre.
La première hypothèse, celle qui est validée par la décision de la justice algérienne sur la base de la reconnaissance de dettes, est que le prêt a été conclu entre Omar Ghrib et le MCA. Le statut de Ghrib au sein du MCA étant des plus flous, deux situations se présentent. Primo, Ghrib est actionnaire du Mouloudia. A ce titre, il peut demander aux autres associés d’apurer cette dette en la transformant en actions et donc d’augmenter sa participation au capital social. Ce qui conduit à une consolidation de sa position au sein de l’assemblée générale de la SSPA. Nous sommes dans la situation vue dans la chronique précédente de l’intégration des « Apports des associés »  au capital social.
Secundo, Ghrib n’est pas actionnaire. Les prêts accordés au Mouloudia ne sont que des dettes, au sens conventionnel du terme. Le même mécanisme peut être enclenché. La différence est qu’il ne s’agira plus alors  d’apports des associés mais d’une dette. La comptabilisation différencie ces deux situations : associés et prêteurs. Mais, Ghrib aurait pu, si sa demande avait acceptée et s’il n’avait pas été interdit de toutes activités au sein du mouvement sportif national, alors que le capital social n’était pas encore important, un actionnaire essentiel, sans doute le second après Sonatrach mais le premier parmi les actionnaires-fondateurs.
La seconde hypothèse est une vue de l’esprit. Elle s’adosse aux déclarations d’Omar Ghrib dans la presse sportive dans laquelle il définissait le prêt réclamé comme un emprunt personnel fait auprès de ses relations. Le prêt aurait été fait à Omar Ghrib qui en a perçu les bénéfices de notoriété en prêtant les fonds reçus de ses relations devenu prêt de Ghrib au Mouloudia. Le soutien financier apporté  par des relations d’Omar Ghrib que l’on peut supposer être des supporters du Mouloudia, ne permet pas à ces derniers d’être identifiés en tant que prêteurs lors de la comptabilisation (nous nous interrogeons sur celle-ci puisque les partisans du Mouloudia ont argué que les documents présentés n’auraient aucune valeur juridique car présentés sous forme de « bouts de papier » ne pouvant servir de justificatifs mais l’étant devenus par voie de justice) et auraient pu  être court-circuités dans l’éventualité d’une tentative de participation au capital du Mouloudia par la voie de la transformation des dettes en capital.


samedi 9 avril 2016

Fonctionnement des SSPA (3), Les dettes de « Soussou » and c°

L
e fonctionnement des SSPA est des plus troubles. Quelques indications sont jetées cependant en pâture, à qui souhaitent en prendre connaissance, en temps de crise. Surtout lorsqu’elle (la crise) devient paroxystique, lorsqu’elle déborde dans les colonnes des médias qui en présente des versions partiales et édulcorées  se prolongeant parfois à la barre des tribunaux. Des crises  dont le compte-rendu journalistique est le plus souvent approximatif et orienté par la partie à laquelle la parole et la belle interprétation sont données.
L’affaire « CSC vs Groupe Tassili » dans laquelle la justice aurait donné gain de cause aux dirigeants fondateurs de la SSPA/CSC relève de ce cas de figure puisqu’il y  eut tentative d’intégrer les apports d’associés au capital social de la société sportive afin d’en prendre le contrôle. Ce qui est, notons-le, de bonne guerre.
Sur la foi des informations communiquées par les journalistes à l’époque où cette affaire faisait la « Une » de la presse sportive algérienne, il ressort que « les pionniers » de la SSPA auraient accordé des prêts (une vingtaine de milliards de centimes) à la société dont ils sont propriétaires pour lui permettre de continuer à agir en tant que club professionnel de football, d’honorer ses engagements en attendant l’arrivée des subventions (dont nous savons qu’elles sont  substantielles et répétitives) de l’Etat et des collectivités locales. Pour des motifs difficiles à identifier à travers la relation qui a été faite de l’affaire mais qui tiendraient (ainsi que le laissent apparaitre quelques indices)  à la présentation d’un inventaire incomplet des dettes lors de l’augmentation du capital de la SSPA et de l’entrée dans ce même capital social du Groupe Tassili, ces dettes n’ont pas été apurées par la société dont l’actionnaire majoritaire venait de changer et entravait  ainsi la stratégie d’appropriation du club  antérieurement mise en œuvre. Des indiscrétions (il y en a toujours dans ces milieux) m*aissent entendre que ces dettes auraient été dissimulées au nouveau propriétaire.
Le CSC « version Tassili première mouture» n’a pas laissé entrer le cheval de Troie (il était déjà dans ses entrailles et s’y trouve toujours alors que Tassili cède ses actions et sa place à l’ENTP) mais lui a permis de prendre ses aises en s’accaparant de tous (ou presque) les postes de direction et plus particulièrement ceux qui orientent la politique managériale. Les dirigeants « historiques » du CSC professionnel se sont comportés en Brutus poignardant César, son père adoptif. Ils agissaient à leur guise sans tenir informé l’actionnaire majoritaire des actions en justice entreprises contre lui.
De ce qui précède nous pouvons déduire que nous sommes placés au cœur d’une opération comptable typique d’apports des associés qui ne peut se conclure (« se déboucler » diront les banquiers), ainsi que nous l’avons vu dans la chronique précédente, que par deux possibilités : soit un remboursement de la dette contractée par la SSPA envers certains de ses associés, soit un glissement de la rubrique comptable initialement mouvementée, à condition bien évidemment que l’encaissement de ces fonds ait été comptabilisé dans les respect des règles comptables, (« Apports des associés ») vers la rubrique « Capital social ».
En procédant à une recapitalisation en début 2015, Tassili a étouffé les manœuvres de ses coactionnaires en ne laissant à leur disposition qu’une partie dérisoire du capital social puisqu’ils n’auraient pu suivre l’augmentation. Dans sa contre-attaque, Tassili aurait apuré les dettes validées par la justice en s’emparant du contrôle quasi-total de la SSPA.  
 Continuons à appréhender les augmentations de capital social sans apports financiers à l’heure de la concrétisation, de la validation de cette modification statutaire importante devant notaire à travers une démarche comptable et juridique tout à fait légale consistant à transformer des dettes contractées auprès de tiers (généralement des prêteurs de fonds ou des fournisseurs de biens et services) en une augmentation de capital social sans apport financier  à l’heure de l’authentification.
Les tiers sont des personnes physiques (individus) et morales (sociétés) étrangères à l’assemblée générale des actionnaires de la SSPA et qui, pour cette raison, n’y sont pas associés en qualité de propriétaires de la SSPA et de détenteurs d’actions. Il ne s’agit donc pas de l’apport des actions vu précédemment malgré les similitudes que cette situation  peut présenter.

Ce sera le thème de notre prochaine chronique.

jeudi 7 avril 2016

Fonctionnement des SSPA (2), Capital social : une dette quasi-centenaire

L
e capital social de la SSPA (société sportive par actions), privilégiée par les pouvoirs publics algériens afin d’organiser les clubs sportifs professionnels,  est l’ensemble des moyens financiers mis à la disposition de la société pour effectuer son démarrage dans la vie économique. Il représente aussi la valeur de l’entreprise. C’est également, nous dirons les comptables et les financiers, la première dette contractée par elle. Auprès de ses actionnaires, de ses propriétaires. Une dette dont l’exigibilité (le remboursement) n’est pas immédiate puisqu’elle n’aura lieu que dans un temps infiniment long qui est celui (en théorie) de la durée de vie juridique de l’entreprise commerciale dont l’expiration est prévue statutairement 99 ans après sa création. C’est-à-dire bien après le décès des fondateurs. Le remboursement de la dette initiale sera donc effectué entre les mains de leurs héritiers.
Le remboursement de cette dette peut aussi avoir lieu par anticipation à ce délai légal au moment de la  dissolution de la société, en cas de faillite ou de décision des actionnaires, en somme à la liquidation.
De toutes les dettes contractées par la société, le remboursement du capital social est celui d’une dette qui n’est remboursable qu’après que TOUS les débiteurs de la société auront perçu ce qui leur revient de droit.
La société sportive (quel que soit le statut de la personne morale, de la société) a un seul et unique but : dégager des bénéfices qui sont inéluctablement distribués, répartis entre les actionnaires (en fonction de leurs participations au capital social, du nombre d’actions détenues par eux), les pouvoirs publics (à travers les impôts) et la société.  
Une fraction des bénéfices revenant à la société (la plus grande partie d’entre eux étant utilisée pour le fonctionnement par injection dans le compte de la société) apparait dans le bilan de la société sous la forme de "réserves" pouvant être "obligatoires" (conservation imposée par l’Etat d’un pourcentage des bénéfices réalisés afin de permettre le financement des investissements futurs), "statutaires" (partie des bénéfices que les actionnaires ont convenu, dans les dispositions statutaires, de conserver) et "exceptionnelles" ( part supplémentaires des bénéfices conservés afin de les affecter ultérieurement à une activité envisagée de la société).
Ces "réserves" ont un caractère précaire. Dans la logique, la mécanique de la gestion financière de la société commerciale sportive, elles doivent intégrer  à moyen terme le capital social qui en est donc augmenté.  C’est la première forme, la forme normale d’augmentation de capital pour une société commerciale qui est engagée dans le respect de son but.
La société qui n’a pas rempli son ambition (dégager des bénéfices) doit au moins préserver son équilibre financier en évitant d’accumuler des pertes (résultats annuels déficitaires, dépenses supérieures aux recettes) qui impactent le capital social en entraînant sa diminution. Pour se faire, les actionnaires  qui n’ont pas pu (ou su) gérer correctement leur société sont appelés, pour la préserver, d’injecter de nouveaux fonds qui seront une nouvelle dette contractée par la société vis-à-vis des propriétaires.
C’est un apport financier, une sorte de prêt consenti à la SSPA  par les actionnaires qui y participent en fonction du pourcentage d’actions détenues dans le capital social initial. Cette dette a un caractère transitoire. Elle devrait (comme toutes les autres dettes) être remboursée  par l’activité de la société. Si cela n’est pas possible, cet apport est appelé à se transformer en capital social dont l’augmentation sera égale au montant de l’apport et maintient le tour de table financier (pourcentage de participation au capital social de chacun des actionnaires).

A nouveau, cette augmentation du capital a lieu sans qu’il n’y ait apport monétaire au moment de la concrétisation, de l’enregistrement de la modification des statuts  et cette augmentation n’impacte en rien la répartition des pouvoirs de chacun des associés. Ce n’est qu’un glissement comptable, une manipulation qui allonge seulement l’exigibilité de la dette et donc du délai de son remboursement.    

mercredi 6 avril 2016

Fonctionnement des SSPA A l’aune de l’esbroufe

N
ous nous sommes englués pendant quelques semaines dans l’univers si riche et si excitant du mouvement sportif national et de l’athlétisme. Nous revenons à des préoccupations plus footballistiques, un univers sportif où les questions (et tant de déclarations propagées par les dirigeants des clubs professionnels et leurs complices embusqués dans les rangs de la presse) posées devraient agiter l’ensemble du MSN parce qu’elles sont proche de la désinformation. Il est indéniable que des informations (plus qu’approximatives dans des cercles où la recherche documentaire est une pratique oubliée depuis que la présence dans les amphithéâtres n’est qu’un souvenir) font sensation et alimentent régulièrement  la « presse foot people ». Nous ne nierons pas également que le droit des sociétés (celui contenu dans le « Code du commerce ») et les sciences de la gestion des entreprises (comptabilité, finance) sont ardus.
C’est cela sans doute qui autorise des confrères à rapporter (sans discernement et sans distanciation) toutes les déclarations des gestionnaires du football professionnel algérien y compris (malheureusement) les plus farfelues, les moins fondées et celles qui déforment la réalité et confirment qu’ils appartiennent au monde de l’informel. Des informations qui remplissent les colonnes des journaux chaque fois de besoin afin d’alléger la pression qui pèse sur ces dirigeants de l’approximation.
A quelques rencontres de la fin de la saison sportive 2015-2016 sont déjà apparues des rumeurs de modification d’actionnaire principal (CS Constantine qui ne volerait plus dans les cabines des avions de chez Boeing et Airbus du groupe Tassili mais s’enfoncerai dans les entrailles de la planète avec les foreuses de l’Entreprise Nationale des Travaux Pétroliers, une autre filiale de la compagnie nationale pétrolière Sonatrach) et d’ouverture du capital social sur les rives de l’Oued El Harrach (USMH) et aux pieds du Mont des Genets (JSK). On dit même que même la FAF et la LNF auraient instruits les clubs professionnels à procéder à cette opération d’ouverture du capital social afin que, au début de la prochaine saison sportive, la situation financière soit assainie.
Nous n’avons pas trouvé trace de ces dispositions sur les sites de la fédération et de la ligue (nos recherches n’ont pas été approfondies) mais nous avons trouvé cette disposition dans le décret exécutif 15.73 du 16 février 2015 déterminant les dispositions applicables au club sportif professionnel et fixant les statuts-types des sociétés sportives commerciales publié dans le même journal que le décret exécutif 15.74 dont l’article 6 a été contesté par les clubs sportifs amateurs.
Ce décret 15.73 stipule en son article 3 (alinéa 3) que le club sportif professionnel est tenu « d’œuvrer pour l’augmentation de  son capital social par de nouveaux apports  dans le cadre des lois et règlements en vigueur, afin d’assurer l’équilibre  financier de la société sportive commerciale ». Les connaisseurs de la comptabilité et des finances observeront certainement avec stupéfaction que les législateurs ont pris en charge une préoccupation (en principe mineure et extrême mais toutefois normale) de la gouvernance du club professionnel qui est la situation où celui-ci est dans l’incapacité de fonctionner normalement. Les dirigeants du club sont placés dans l’obligation de procéder à une recapitalisation de la société sportive qu’ils ont par leurs agissements mis en situation de faillite et donc de la perte du statut de société commerciale sportive.

Le législateur a perçu les effets néfastes du professionnalisme en Algérie et a voulu s’assurer d’une porte de sortie honorable en n’allant pas à la décision de liquidation qui serait un aveu d’échec. En effet dans l’article 2, il considère que « Le club sportif professionnel  est chargé dans le cadre de la législation et de la réglementation en vigueur d’améliorer sa compétitivité économique et sportive (….)» et s’inscrit par là même dans une démarche où le but premier de la société est de dégager des bénéfices et de procéder ensuite à une augmentation du capital social afin de la valoriser.  

mardi 5 avril 2016

Des entraîneurs (8), Les représailles du D.T.N.

N
ous avions l’intention de clôturer nos séries de chroniques portant sur l’athlétisme quand le destin nous a mis sur la route (du côté de Chevalley où nous étions arrêté pour nous rafraichir avant de prendre le chemin du retour) d’un groupe de personnes appartenant sans aucun doute à la famille de l’athlétisme puisque en discutant avec excitation. Des personnes que nous n’avons pu identifier car trop jeunes pour appartenir aux athlètes d’hier.
Au cœur de leur discussion pour le moins animée un fait mineur mais très révélateur des mentalités régnant au sein de la fédération algérienne d’athlétisme. Mais qui sont également celles qui prévalent dans notre société. Une société où chacun des membres qui la constitue fait valoir, chaque fois que l’opportunité se présente, sa prétention à détenir une part du pouvoir décisionnaire. Une société où chacun s’il n’est pas émir se prétend vizir. En fonction également de son humeur du moment et des événements qui ont précédé.
La discussion passionnante, hachée par de nombreuses interruptions, pour permettre à chacun des jeunes formant un quintette d’apporter son grain de sel, portait sur la décision du directeur technique national (D.T.N.) de ne pas faire délivrer un document demandé par un athlète (donc l’un des leurs) l’ayant sollicité pour la constitution d’un dossier de demande de visa Schengen lui permettant de participer (dès l’ouverture de la saison compétitive) en Europe à des meetings d’athlétisme afin de réaliser les minimas de participation aux jeux olympiques de Rio de Janeiro.
Intrigué, nous avons suivi avec attention la discussion. Sans intervenir, attentif à un débat où la richesse des informations détenues par ces jeunes a été étonnante. Il est naturel qu’à force d’entendre « des vertes et des pas mures » (une expression singulière, surtout en français, dans la bouche d’un jeune adulte), on reproduise la formule que même les bambins emploient : « normal !» pour signifier en fait que plus rien ne surprend.
Au cours de cette longue discussion (elle nous a semblé interminable tant les informations étaient données au compte-goutte), nous avons appris que l’athlète en question était Ramzi Abdenouz de retour de son long stage de préparation en Ethiopie (un mois et demi) avec un trio d’athlètes algériens (Bettiche, Hattat et Belferrar) qui s’était entraîné (avec un groupe d’une quarantaine de coureurs de différentes nationalités) sous la coupe du coach Aden Jama, avec la bénédiction de la fédération qui avait accompli les formalités de visa pour ce pays de la « Corne de l’Afrique ».
Si les jeunes athlètes n’ont pas remis en cause la décision de ne pas délivrer le document, c’est le prétexte justificateur (et surtout la manière) qui a fait mouche dans leurs esprits encore en formation. Le rejet de la demande, à en croire la discussion entendue, a été transmise par un tiers (dont nous n’avons pu déterminer s’il s’agissait d’une personne proche de Ramzi Abdenouz ou mandaté par lui) qui s’est fait une obligation de rapporter l’intégralité du message que nous résumerons par : « Tu n’auras pas l’attestation à cause des déclarations de ton père et parce que je ne m’entends pas avec lui ». Ramzi qui attendait dans les couloirs de la FAA eut rapidement une réponse qui fit le tour des coins et recoins où l’on apprécie ce genre de situation.

Il semblerait, selon ce jeunes gens, que MONSIEUR le D.T.N. n’ait pas goûté que Réda Abdenouz (un coureur de l’équipe nationale, finaliste du 800 mètres des Jeux olympiques de Barcelone à une époque où un chrono à 1.45 avait un sens à l’international, neveu d’El Hachemi lui aussi leader du demi-fond long algérien lorsque les athlètes algériens côtoyaient les sommets mondiaux en cross-country) déclare avoir pris en charge financièrement le stage de son fils en terre éthiopienne. Si l’on peut comprendre (même difficilement) cette réaction d’humeur, les jeunes athlètes se sont demandés (ce qui est à leur honneur)  s’il était humainement possible pour le bien de la discipline de faire supporter au fils (inscrit en master mais ayant privilégié cette saison l’ambition de courir aux jeux olympiques aux études) l’attitude du père dont ils dirent (ce que nous ignorions) qu’il avait démissionné de la D.T.N., après 5 années d’exercice, pour aller exercer au Qatar, en raison de leurs antagonismes.     

lundi 4 avril 2016

Des entraîneurs (7), Le galet dans l’oued

W
Ikipédia, lorsqu’on recherche le profil de Thierry Pantel, indique que Bernard Brun a donné le nom de son athlète le plus marquant à une séance d’entraînement consistant en un enchaînement de 1 000 mètres (courus à allure spécifique, c’est-à-dire à l’allure que l’on veut respecter en compétition de 5 000 ou de 10 000) et de 500 mètres (courus à une allure plus rapide) avec deux modes de récupération (incomplète entre le 1 000 et le 500) mais plus longue avant de repartir pour le 1 000 suivant.
Avec cette « séance Pantel », portant le nom de l’athlète qui l’a popularisée, dans les années 90, auprès du public français, Bernard Brun est entré, par une porte dérobée, dans l’aéropage des entraîneurs d’athlétisme qui ont innové dans le domaine de l’entraînement de la course à pied. Ce n’est évidemment que Wikipédia, ne pouvant rivaliser décemment avec « Le Larousse » à la réputation bien établie, mais……son nom est cité incidemment dans le profil du « Kenyan blanc » (surnom donné au coureur cévenol) disponible dans l’encyclopédie alternative et ouverte.   
Une simple citation qui le porte presque au niveau que Van Aaken,  Lydiard, Cerruty et tant d’autres qui, dans des temps bien lointains maintenant, ont révolutionné les modes de pensée des entraîneurs. Cette citation n’est qu’un élément constructif de la notoriété acquise auprès du milieu (ne serait-il que français) de l’athlétisme.
Comme Bruno Gajer, mais sans les facilitations de toutes sortes que peut apporter l’appartenance à l’INSEP, Bernard Brun est l’auteur d’un ouvrage (« Entrainement en course à pied ») qui se veut être un manuel de l’entraînement, le livre de chevet du coureur à pied. Bernard Brun dit de son modeste ouvrage qu’il trouve sa place dans le sac de sport du coureur à pied avide de s’entraîner intelligemment. Nous aurions envie de dire que c’est  la « Bible du coureur à pied » si ce n’est que  cette expression a été utilisée par un autre « faux » entraineur, Serge Cottereau, qui s’est lancé, il y a quelques trois décennies dans la vulgarisation (à grande échelle) de l’entraînement aux courses de longue distance.
Ce dernier, quasiment à la même époque, vulgarisait une perception différente de l’entrainement basée sur l’endurance, le volume alors que Bernard Brun privilégie la qualité en s’appuyant sur le Cat-test popularisé par Raymond Chanon, le travail de la VMA  et l’entrainement à l’allure spécifique. Cette approche fut révolutionnaire à un moment de l’histoire athlétique où en France les adeptes de Claude Dessons systématisaient le kilométrage en tant que moyen de progression. La fameuse « sortie longue » vue par Bernard Brun ne dépasse 1 heure 30 minutes pour un marathonien.   
Les « faux » entraîneurs sont marqués par la modestie et ont de la reconnaissance pour leurs aînés. On l’a vu avec Bruno Gajer dédiant son premier livre à Camille Viale. Il en est de même pour Bernard Brun qui, dans la neuvième édition de son livre (publié sur papier recyclé, un signe de son implication dans  une perception écologique de l’univers), indique l’apport du conseiller technique départemental qui fut son mentor, son tuteur (au sens donné au tutorat par le système d’enseignement supérieur LMD), une sorte d’accompagnateur dans sa quête du Savoir qu’il trouva également auprès de Véronique Billat (physiologie de l’effort) et Denis Riché (nutrition).
Bernard Brun était engagé dans la voie empruntée par tous les entraîneurs, celle où les préoccupations sont celles du terrain. Nous avons cru comprendre que Raymond Chanon (auteur de « L’entrainement à la course » édité en  1970) fustigea ce comportement par une simple expression («trucs d’entraîneur») qui conduisit Bernard Brun à la rédaction de son livre au sujet duquel il écrit dans une dédicace : « Voici ce modeste ouvrage qui est le fruit de beaucoup de travail, d’interrogations et de doute comme tu le dis si bien un modeste galet dans le lit de l’oued ».

Sans que l’on y prenne garde, la formation de Bernard Brun s’est effectuée dans le système ancestral d’acquisition de la connaissance présentant des similitudes avec les méthodes didactiques des « chouyoukhs », détenteurs d’un savoir diffusé par contamination et d’un enseignement que l’on retrouve encore dans les écoles de musique andalouse ou chaâbie dont il s’est échappé en rejoignant les supports de transmission modernes de compétences.