lundi 13 juin 2016

Dans le rétro (5), Contamination ou machination ?


P
endant l’été 2012, Zahra Bouras, effondrée par sa mésaventure, suit les jeux olympiques de Londres à la télévision. Quelques semaines plus tôt, alors qu’elle s’apprêtait à disputer le 800 mètres des championnats d’Afrique, elle a été suspendue provisoirement à la suite d’un double contrôle antidopage positif. La durée de la suspension n’est pas encore connue mais elle sait qu’elle sera comprise entre une et deux annnées. Elle écopera d’une suspension de deux années qui prend effet à compter de la mi-juin 2012.
Nombreux sont ceux qui entre athlètes, entraîneurs, officiels, médias et grand public s’interrogent sur ce que l’avenir lui réserve. Sur son avenir sportif. En effet,  depuis, la fin de carrière de Hassiba Boulmerka, elle est celle que l’on voit lui succéder. Au cours de 20 dernières années, elle a été la seule Algérienne à faire mieux que 2 minutes au 800. La seule à se mêler à la meute de jeunes femmes avides de se faire un nom sur la distance, à rivaliser avec les demoiselles du Kenya, de Russie et autres grandes nations du demi-fond féminin. Un exploit attribué à l’association Amar Bouras-Ahmed Mahour Bacha, les entraîneurs terribles, les pivots de l’athlétisme algérien. Un exploit entaché maintenant par ce contrôle positif qui remet tout en cause. Un contrôle qui crée le doute dans l’esprit de ceux qui furent leurs partisans et qui également renforce les déclarations de ceux qui les dénonçaient pour leur mainmise sur l’athlétisme national.
Aux journalistes lui demandant si elle va continuer sa carrière, elle répond catégoriquement qu’elle ne peut pas « arrêter après ce qui vient de m'arriver ». Les motivations de cette décision qui n’est, au moment où elle faite dans la presse, qu’une annonce médiatique sont multiples. La première est qu’elle a fait de son retour sur les pistes, un « défi personnel ». Ensuite, arrêter sa carrière sur cette fausse note serait « comme reconnaître l'accusation qui est portée contre moi »  alors qu’elle se dit innocente. Poursuivre sa carrière, c’est aussi engager une forme de combat destinée à démontrer qu’elle a été dopée à son insu, que cet acte répréhensible de tricherie à l’éthique n’a pas été volontaire, délibéré.
 Alors qu’elle est à l’arrêt, elle annonce qu’elle va reprendre l’entraînement pour préparer cette reprise qui n’interviendra, du moins elle le suppose, alors que la décision des instances disciplinaires n’est pas encore connue, que dans deux années. Elle a déjà élaboré un programme de préparation pour gérer cette période pendant laquelle elle doit affronter le regard des autres. Elle est forte de certitudes. Elle sait ainsi, que quel que soit le résultat des analyses à venir, celles qui portent sur ce que la procédure appelle l’échantillon B, sa réputation est souillée. Elle est consciente qu’avec le contrôle positif « le mal est fait » et qu’elle doit « apprendre à vivre avec une faute que je n'ai pas commise ».
Elle pressent que le plus dur est à venir et que la société sera impitoyable. Elle affirme sans détours que « le système va m'enfermer dans la case des "athlètes dopés"». Elle se voit en paria. En ce début du mois d’août 2012, se projetant dans l’avenir, elle comprend aussi et déjà que ses « prochaines victoires seront l'objet de discussions ». Une appréciation qui, de son point de vue, indiquait qu’à sa reprise, ses courses ne peuvent être que victorieuses. Victoire sur elle-même, sur ses adversaires et en particulier de la part de tous ceux qui se sont réjouis de ce qui lui est arrivé, de ce qui, à ce moment-là, est pour elle une contamination ou pire encore une machination d’« une main étrangère qui avait rajouté le Stanozolol dans l'injection ».
Zahra est cependant dans l’erreur. Les gens  ne se réjouissent pas de sa mauvaise passe mais plutôt des effets que sa suspension pour dopage a, parmi les plus irréductibles adversaires de son père et de son ex-entraîneur, sur leurs notoriétés.





dimanche 12 juin 2016

Dans le rétro (4), Zahra, au fond du trou

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n 2012, Zahra Bouras se prépare à la conquête d’un nouveau titre de championne d’Afrique du 800 mètres. Elle  a aussi dans son esprit, bien enfoui là où on ne pourra le trouver, là où l’on cache les espérances les plus folles, celles qui habitent les sportifs de haut niveau, l’espoir de réaliser les minima pour les jeux olympiques de Londres.
Dans son entourage, du côté de la fédération où l’aura, la réputation d’entraîneurs de très haut niveau des Amar Bouras et d’Ahmed Mahour Bacha est forte, on la voit, on la destine à une place en finale de la course olympique et les plus aventureux la hisse sur le podium.  Quant à elle, après le cataclysme qui bouleversa son existence, elle affirmait que ses ambitions étaient plus modestes,  son « objectif était d'arriver en finale ». Elle reconnut également que « beaucoup de personnes pensaient que j'étais un espoir de médaille », avant d’avouer (c’était quelques jours avant l’ouverture des jeux auxquels elle ne pouvait plus concourir) : «  je sais que je n'ai pas encore le niveau pour remporter une finale ». Une manière très délicate d’affirmer que certains la voyait sur la plus haute marche du podium. Ils savaient certainement.
 Pourtant, depuis ses débuts sous la coupe de Dadi, Zahra a progressé. Enormément. On pressent qu’elle succédera à Hassiba Boulmerka sur les tablettes du record national du 800 mètres. D’ailleurs, Zahra vient de quitter le groupe d’entraînement de Mahour Bacha (dans lequel elle côtoyait le décathlonien Larbi Bourraâda et Amina, la fille de l’entraîneur) pour s’entraîner (depuis le début de l’année) avec son père.  
Après un hiver et un printemps à régler la mécanique humaine, faire des efforts surhumains, Zahra est prête à entrer en compétition. Ses succès, son titre de championne d’Afrique du 800, les performances de la saison précédente lui ouvrent les portes de meetings de bonne renommée organisés en terre française. Montreuil (dans la région parisienne) et Villeneuve d’Asq (près de Lille) accueille à bras ouverts la valeur naissante du demi-fond féminin algérien.
Deux courses, deux victoires l’amène à quelques centièmes de seconde du record de Hassiba. La saison est bien lancée. Elle devient la favorite du 800 des championnats d’Afrique (qui se disputent quelques jours plus tard à Porto Novo, au Bénin) dont elle ne prendra pas le départ. C’est là-bas qu’elle apprendra la nouvelle de sa suspension.
En août 2012, quelques semaines après ses courses françaises, elle raconta comment elle apprit la mauvaise nouvelle : dans un taxi alors qu’elle  rentrait à l’hôtel après un échauffement (apparemment interrompu suite à une communication téléphonique entre son père et le président de la fédération, Badredinne Belhadjoudja): « C'est sur le chemin du retour qu'il m'a annoncé que j'avais été contrôlée positive au Stanozolol ».
Sonnée, en état de choc, elle resta sans réaction, sans dire un mot pendant presque trois heures. Elle s’enferma dans sa chambre à attendre le retour des autres athlètes (restés au stade) pour leur annoncer ce qui lui arrivait : « Je ne voulais pas qu'ils l'apprennent par quelqu'un d'autre ». Abattus, eux-mêmes choqués, les athlètes algériens (dont elle connaissait certains depuis une dizaine d’années) et les entraîneurs l’ont soutenu. Elle dit : « Ils ont tout fait pour que je ne sombre pas » d’autant que son père « était ravagé par la douleur ».
Certains anciens athlètes furent plus proches que la majorité qui ne s’est pas manifestée. Baya Rahouli, Ali Saïdi Sief « qui a connu la même mésaventure et qui m'a très souvent appelée pour me remonter le moral » ainsi que Hassiba Boulmerka et « tous ceux que mon père a entraînés » firent partie de ceux qui dans les semaines qui suivirent prirent de ses nouvelles, ne la laissèrent pas tomber.
En ces moments difficiles, Zahra Bouras, malgré la tristesse, la détresse qui l’envahit conserve un peu de lucidité. Pendant un bref moment, au Bénin, elle avait pensé arrêter l’athlétisme avant de se dire que  ce serait comme « reconnaître l'accusation qui est portée contre moi, alors que je suis innocente ». Ella  avait aussi conscience que sa «  réputation est salie quels que soient les résultats des prochaines analyses. Le mal est fait et je dois apprendre à vivre avec une faute que je n'ai pas commise ». 

samedi 11 juin 2016

Dans le rétro (3), Cuba encercle Zahra


 
L
e 800 mètres, est – cela fait partie de la littérature sportive –une course mixte, à la croisée du sprint et du demi-fond long. Même si elle est la première course de ce dernier groupe d’épreuves, les athlètes et les entraîneurs qui en sont spécialistes empruntent depuis toujours, du moins depuis la fin de la seconde guerre mondiale, aux méthodes d’entraînement du sprint faites pour beaucoup de répétitions courues à vitesse intense suivies de temps de récupération. C’est essentiellement la course du 800 qui a cristallisé les débats d’écoles autour des concepts de « quantité » et de « qualité ». A l’entame des débats, puisque aujourd’hui cette préoccupation concerne l’ensemble des courses y compris le marathon et toutes les courses hors stade. 
Au sortir de la guerre de 39-45, les entraîneurs Allemands avaient posé les bases d’une révolution qui ne fut pas culturelle mais sportive en préconisant de préparer les athlètes en faisant appel à l’intervall-training, une approche qui sera reprise par leurs pairs des puissances occupantes. Les Etats Unis et l’URSS en systématisèrent la pratique que l’on retrouva dans les iles d’Amérique centrale, chacun dans son aire d’influence, en Jamaïque, au Bahamas, à Cuba, etc.)  tout en sachant que leur domaine de prédilection est prétendument les épreuves de sprint, de haies et de sauts. Ceci n’empêche pas que s’ils n’atteignirent pas toujours le haut niveau international (les podiums des compétitions d’importance mondiale), ils en furent souvent très proches. Un examen des bilans annuels de la Concacaf (que l’on n’a pas l’habitude de consulter dans nos contrées et auxquels on ne s’intéresse pas trop) montreront que les meilleures performances de cette région du monde se situent parmi la bonne moyenne mondiale (essentiellement européenne et africaine). Le regard se porte vers les plus forts, les plus rapides dans le courant de la médiatisation télévisuelle et médiatique.
Certains de nos lecteurs se sont certainement interrogés sur la fixation que nous avons faite sur le modèle cubain (Juantorena et Quirot) au lieu de nous référer au parcours d’une autre championne algérienne, Nouria Benida-Merah, dont le parcours est quasiment identique à celui de Zahra Bouras. On remarquera donc que Nouria a débuté sa carrière nationale par le 100-200, qu’elle poursuivi sa carrière sportive en montant d’abord sur 400 puis sur le 800 avant de culminer (dix années après ses débuts athlétiques) avec le 1 500 mètres dont elle s’appropria sur le fil du titre olympique à Sidney (2000).
Comme nous l’avons précédemment indiqué, les liens tissés par Amar Bouras et Ahmed Mahour Bacha avec Cuba sont très forts. Pour Amar Bouras, on pourrait, sans trop d’exagération, les comparer à des liens conjugaux ou même aux  liens indissolubles de paternité. La carrière de Hassiba Boulmerka achevée, Amar Bouras continue à se rendre régulièrement sur l’ile. Quant à Mahour Bacha, jusqu’à il y a peu, la page de couverture de son compte Facebook le montrait avec un gros cigare cubain à la bouche (certainement un de ces Havanes dont la renommée n’est plus à faire et qui furent l’apanage des richissimes hommes d’affaires malgré le boycott de l’île castriste et donc la prohibition qui en découla) et un chapeau de brousse sur la tête. La ressemblance avec « Che » Guevara étant inévitable, certains de ses amis lui ont attribué le sobriquet d’ « El Commandante » qui renvoie aussi à cette manie de s’immiscer dans des combats semblant perdus d’avance, des combats d’arrière-garde.
En 2010, après le titre africain de Zahra sur 800 mètres, Mahour Bacha avait expliqué sa méthode de préparation par un argument n’ayant pas de justification réglementaire. Il déclara alors, ainsi que nous l’avons rapporté dans une précédente chronique, que l’ambition était de courir deux fois dans la même journée. Une programmation classique au cours des éliminatoires (ou même en phase finale) de courses de sprint (100 et 200) et  rare pour le 400 mais inexistante pour les courses de demi-fond dont le 800 mètres. Sans doute un intérêt très fort pour poursuivre la carrière sur 400.
Le discours étant à destination du grand public, on peut supposer qu’il n’a pas voulu s’engager dans un grand déballage scientifique où se mêlerait séries à forte intensité et récupération réduite. Un travail de VMA tel qu’appréhendait par ses collègues. Sans compter que Zahra, l’ancienne sprinteuse, accoutumée à ce rythme, à cette organisation du programme et du temps, pouvait accepter cette innovation que l’on ne voit pas dans les entraînements de courses de demi-fond. Même en biquotidien.

jeudi 9 juin 2016

Dans le rétro (2), « Hugh, j’ai dit ! »

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remière Algérienne à courir le 400 en moins de 53 secondes (2009), Zahra Bouras ne fut pourtant pas une athlète hors du commun. Touhami Nahida, de quelques années son ainée, avait autant de talent mais ne put franchir la barre des 2 minutes aux 800. Les spécialistes de la distance expliqueront, s’ils en ont le temps et si cela vaut pour eux la peine de se pencher sur la question, le pourquoi de ce qui s’apparente à un échec relatif. Ce chrono de 2 minutes (qui sonne si bien aux oreilles) est encore le minimum situant le niveau international féminin.
Si Nahida fut incapable de franchir cette barrière, Zahra réussit la gageure en 2010. En descendant de quelques dixièmes (1.59.54) en dessous de ce chrono si rond (que beaucoup d’athlètes masculins ambitionnent) qui la classa à moins d’une seconde du record national de Hassiba Boulmerka.
Cette même année 2010 vit Zahra Bouras remporter le titre africain de la distance qui fut détenu 22 ans plus tôt par la même Hassiba Boulmerka. Une Hassiba qui est là toujours présente dans les esprits des amateurs de course à pied et que jusque-là personne n’a pu détrôner. Alors que dire parmi ceux qui firent partie de son entourage très proche. Dans la périphérie d’Amar Bouras et de Mahour Bacha avec qui il forme, depuis toujours un duo inséparable.
Des déclarations de Dadi (Ahmed Mahour Bacha), dans les colonnes de la presse de cet été 2010 (après les championnats d’Afrique), laissent penser que l’objectif non déclaré du duo Zahra Bouras-Ahmed Bacha est bien de faire oublier la Constantinoise dressée en tant que référence, icône indéboulonnable.  
Dadi est euphorique. Comment ne pas l’être lorsque deux des athlètes que l’on entraine sont champions d’Afrique (Zahra Bouras sur le 800 m dames et Larbi Bourraâda au décathlon). Toutefois, il assure que la page doit être rapidement tournée. « La victoire doit être vite oubliée » affirme-t-il. On ne sait trop qui est visé par la suite de ses propos (Bouras ou Bourraâda) mais il poursuit en observant que « le plus gros du travail reste à faire, ce n’est que le début d’un long et difficile parcours ».
Propos éminemment prémonitoires puisque le parcours des deux athlètes sera difficile. Deux ans plus tard, en juin 2012, tandis qu’ils se préparent pour les jeux olympiques, à la veille de l’édition des championnats d’Afrique, les deux athlètes sont pris dans un contrôle antidopage : Bourraâda en Allemagne où il vient de battre le record d’Afrique du décathlon et Zahra à deux reprises à Paris et à Lille.
En 2010, Mahour Bacha disait de Zahra que « ce n’est pas son premier exploit » et que, depuis quelques temps, « elle progresse de plus en plus ». Ayant battu les Kenyanes, Zahra Bouras est devenue une héroïne, une coureuse sur laquelle dorénavant il faut compter. D’ailleurs, cet exploit ne devrait pas être le dernier. Pour Mahour Bacha, elle a « encore beaucoup de réserves ».
 Quelles étaient les pensées de Zahra Bouras à moment de son parcours ? On n’en sait trop rien. Elle ne semble pas avoir été très communicative. Même avec son entraîneur qui dit, sur ce sujet, juste après la victoire aux championnats d’Afrique : « sincèrement Zahra ne m’a jamais parlé de médailles, encore moins d’argent ou autre chose ». Aucune des motivations habituelles qui émaillent le discours sportif national. Ce que l’on saura concerne sa préparation qui serait « spécifique », expérimentale : « la méthode de deux courses par jour ». Dadi ne l’explique pas mais affirme qu’elle (la méthode) fut difficile à suivre.

Même sur le plan de la tactique de course, pas de grandes innovations. Les consignes avant la finale du rendez-vous africain étaient d’une simplicité extraordinaire. Après avoir produit la rengaine qui veut unanimement que la tactique est mise en place en fonction des athlètes participants, Mahour Bacha, s’appropriant la course, déclare que «lors de notre finale, la tactique était claire et tout simplement, j’ai demandé à Zahra d’essayer coûte que coûte de s’accrocher à la meilleure au monde, la Kényane Janeth Chepkosgei, et d’attaquer avant les quatre-vingt mètres derniers ». Une tactique si fortement ancrée dans les esprits qu’aujourd’hui les jeunes talents nomadisent pour réussir des « perf », réaliser les minima imposé par la fédération ou les instances internationales. On applique les prescriptions d’un ténor, du sachem.

mercredi 8 juin 2016

Dans le rétro, Les débuts de Zahra Bouras

D
ans la dérive de l’athlétisme national, les athlètes sont des victimes. Les victimes d’un système que nous estimons perverti depuis la mise en place du système libéral mal compris. Celui essentiellement basé sur l’individualisme qui a trouvé chez nous toutes ses aises pour des envolées anarchisantes sans retenue. En réalité, un fonctionnement si débridé que même les nations, les plus marquées par l’idéologie la plus libérale qui soit, auraient de quoi s’inspirer du fonctionnement de la société algérienne pour faire disparaitre les Etats-nations.
Une société qui sans transition aucune est passée d’un monde régi par l’action de l’Etat ultra-régulateur à un autre où domine le même Etat ayant lâché la bride à « la main invisible » manipulatrice de ses fondements.  Une main (ou plus exactement des mains) qui plonge dans le labyrinthe de l’informel et fouille dans le tréfonds. Un mode de gestion qui ne laisse que peu de traces. Une approche que certains observateurs supposent être celle qui marque une société en voie de développement, en quête d’une identité entre le « socialisme spécifique » et le « libéralisme spécifique », entre deux conceptions de la société à la sauce algérienne, évoluant en permanence, dans un mouvement d’essuie-glaces réglé comme du papier à musique, entre système autoritaire et laisser-aller outrancier.   
Lorsque l’on se penche sur le cas de Zahra Bouras (dont nous avons souvent parlé), on a l’impression qu’elle ne fait partie des athlètes en bute à tous les obstacles qui peuvent se dresser devant leurs pas et doivent donc les surmonter en permanence. Une athlète devant laquelle le terrain aurait été déblayé pour en faire une championne.
Zahra est la fille d’Amar Bouras, l’entraîneur qui hissa Hassiba Boulmerka sur la première marche du podium des championnats du monde et des jeux olympiques du 1 500 mètres, cette course que l’on dit reine des épreuves de demi-fond. Un entraineur passé de l’autre côté de la barrière et qui actuellement exerce les fonctions de  président de la fédération algérienne d’athlétisme dont le mandat électif (2012-2016) s’achèvera avec la fin du cycle olympique.
 Zahra être née sous de bonnes augures. Une carrière de championne de haut niveau lui était promise avec ce père qui est à la fois considéré comme l’entraîneur ayant le plus beau palmarès du pays et qui, par sa fonction élective, est perçu dans notre société comme un facilitateur de moyens, le dispensateur ultime. Comment de telles pensées ne pourraient-elles pas surgir quand toute la société fonctionne sur le mode népotique.  
Contrairement à l’amalgame découlant certainement de la notoriété acquise par ses résultats sur 800 mètres, Zahra n’est pas (au départ) une spécialiste de demi-fond. Elle fut d’abord sprinteuse (200 m) avant de monter sur la distance supérieure (400 m) et obtenir une petite réputation nationale sur le 800 mètres. Si on devait la classer dans une catégorie, nous dirions qu’elle relève du modèle cubain, de l’ile célébrissime pour son tabac et son rhum qui donna à l’athlétisme mondial de magnifiques coureurs de 800 venus du 400. Alberto Juantorena, El Caballo à l’immense foulée et Ana Maria Quirot la miraculée furent les superbes locomotives emblématiques d’un communisme résiduel. Il faut dire également qu’Amar Bouras voue un véritable culte pour l’ile des Caraïbes. Depuis les années 90 qui virent Hassiba Boulmerka s’y préparer pour ses échéances.
Zahra Bouras fut, au début de sa carrière sportive, confiée aux bons soins d’Ahmed Mahour Bacha. Un autre entraîneur qui ne laisse pas indifférent. Beaucoup de choses ont été dites sur ce compagnonnage qui s’acheva brutalement en 2012.

Elle fut une athlète qui, depuis le milieu de la première décennie du 21ème  siècle, se trouva sur le devant de la scène athlétique nationale, aux premiers rangs du 200 puis du 400 et ensuite du 800, avant de franchir en 2010 la barrière mythique des 2 minutes sur la distance la plus longue. La coureuse était même pressentie par les pronostiqueurs (très rarement infaillibles de la FAA) pour une place en finale des jeux olympiques de Londres (2012). Certains la voyait même revenir du voyage sur les rives de la Tamise avec une médaille. A posteriori, la tenue du  pari était envisageable. Surtout pour ceux qui connaissaient les dessous de sa préparation. 

mardi 7 juin 2016

Clins d’œil sur l’athlétisme (10), En déficit de crédibilité


ous avons tenté en quelques trop superficielles chroniques, de restituer la médiocrité du système de compétitions qui conduit l’élite nationale (de laquelle nous excluons les athlètes, malheureusement peu nombreux, au statut international nettement affirmé pour pouvoir participer aux meetings par invitations de la « Diamond League » et du « World Challenge »).
Le calendrier est institutionnalisé. En dehors de la fédération, déléguant ses pouvoirs aux ligues, il n’y a point de salut. Les athlètes qui veulent « arriver », réussir des résultats, réaliser quelques performances de bon aloi doivent se prendre en charge sur tous les plans pour se faire …remarquer par ceux qui ont le pouvoir de leur apporter une quelconque aide. Une aide de plus en plus difficile à obtenir si l’on n’est pas dans les bons tuyaux, ceux qui conduisent à la consécration. Des tuyaux, des circuits qui profitent de l’opacité pour  faire calife ceux qui ne sont qu’à peine vizirs.
Vu de Sirius, de l’autre bout de la galaxie, l’univers de l’athlétisme n’est que confusion, que cumuls de fonctions, entraîneurs par-ci, managers par-là, dirigeants juste après et… en fin de journée ou entre deux séances d’entraînement ou deux discussions, d’éminences grises de….celui ou de ceux qui ont le pouvoir de décider. Bof, comme le disent si bien nos jeunes que plus rien ne surprend, c’est « normal ». Cela fait partie des mœurs qui se sont implémentées dans la société qui part à vau-l’eau.
Il nous est souvent arrivé de sourire en lisant les articles de confrères qui affirment sans sourciller que X est l’entraîneur de Y et de lire…..quelques lignes plus loin, que Y s’est entraîné pendant plusieurs semaines, en des lieux exotiques, avec A, super entraîneur à la notoriété internationale bien établie. Comme si nos entraîneurs rémunérés à temps plein s’étaient mués en entraîneurs à mi-temps condescendant à partager leur notoriété avec des assistants qui sont les véritables entraîneurs porteurs de compétences.
La fédération, via les ligues régionales et départementales, assure le minimum. Nous avions bien envie d’écrire le minimum….syndical, si ce n’est qu’il n’existe aucun syndicat dans un monde où le népotisme est la règle.
Le calendrier des compétitions est cosmétique. L’athlétisme, qui est avant tout centré sur l’organisation d’épreuves se disputant dans des stades et dont on ne doit pas oublier qu’il est la vitrine du sport algérien, est peu considéré. Inexplicablement, c’est le « hors stade » (cross et courses sur route) qui s’est vu mettre au premier plan, qui retient l’attention des décideurs et  se voit doter tous les moyens financiers et distribue les récompenses….de fins de carrière.
L’athlétisme national est porteur du discours de libre entreprise. Chacun (ligue régionale, de wilaya, clubs, athlètes) fait ce qu’il veut pourvu que les intérêts cardinaux ne soient touchés. Mais, quels sont ces intérêts ? Le peuple de l’athlétisme doit le découvrir de lui-même. Au grand bonheur de ceux qui connaissent la recette et les ingrédients et…en profitent tant que la veine d’or n’est pas épuisée.
La logique aurait voulu qu’en raison de la léthargie des structures officielles de la pyramide athlétique, il soit donné un peu de mou à la laisse, aux initiatives privées qui pourraient apporter un peu de dynamisme en matière d’organisation événementielle. Ne soyons pas trop gourmand. Aucune société commerciale, nous semble-t-il, ne peut en l’état actuel des choses s’engager à organiser un meeting d’une certaine envergure.
Bien évidemment, cela serait possible. Des compétences existent, ont obtenu quelques résultats dans le « hors stade », avec quelques courses sur route ou sur sable qui attirent des participants étrangers magnétisés par le grand Sud et l’aventure. Des courses qui tiennent certes plus du tourisme saharien mais qui ont le mérite d’exister. Tout en n’apportant rien à l’athlétisme puisque se pratiquant entre convertis, presque en une organisation sectaire. Sans audience.
Une de ces organisations spécialisées dans l’événementiel, parmi les plus réputées du pays, a eu la "malencontreuse" idée de mettre sur pieds un marathon dans les rues de la capitale. Un marathon international qui a connu une certaine réussite. L’effet immédiat a été de voir la société organisatrice ayant tenté l’expérience dépossédée de son projet (qui ne peut être officialisé, labélisé que s’il se place sous les ailes tutélaires de la FAA) qui fut rétrocédé à une autre société proche, à ce que l’on dit, des instances fédérales. Une société transvasant les idées d’une fédération à une autre, de l’athlétisme vers le cyclisme et vice-versa. Ce qui nous conduit à la question suivante : en l’absence de confiance comment une société commerciale peut-elle s’engager avec une structure en déficit de crédibilité pour organiser un meeting?

lundi 6 juin 2016

Clins d’œil sur l’athlétisme (9), Nebiolo inspira Constantine

L
’idée du meeting international de Constantine avait été inspirée aux dirigeants de la ligue régionale par une observation du président de l’IAAF (Primo Nebiolo), à l’issue des championnats d’Afrique d’Annaba (1988). Formulée, au cours de ces discussions protocolaires qui fourmillent lors d’un événement sportif de cette importance, elle fut saisie au bond par les dirigeants de la ligue régionale de Constantine à qui elle fut rapportée.
On indiqua alors que le président de l’IAAF avait été fortement impressionné par la place qu’occupait Constantine dans l’athlétisme algérien de l’époque. La majorité du corps arbitral était formée par les officiels de la ligue de Constantine. Une équipe parfaitement rodée, dont l’ossature fut déjà présente aux jeux méditerranéens d’Alger (1975) et à toutes les compétitions, d’importance internationale et nationale, organisées depuis ce moment mémorable illustré, pour ce qui concerne l’athlétisme, par la chevauchée fantastique de Boualem Rahoui sur le 3 000 mètres steeple et cette ligne droite finale courue en totale désinvolture, avec de grands gestes de la main en direction du public enthousiasmé par sa facilité. Un public qui remplissait les tribunes du stade olympique du « 5 juillet  1962 ». Un dilettantisme inimaginable, qui, selon les spécialistes étonnés par son insouciance, lui fit rater le record du monde de la distance en étant toutefois chronométré à 8.20.2. Savourons la performance et le talent du champion.
La participation algérienne à ces championnats d’Afrique avait également une forte coloration constantinoise et puisait dans les réservoirs des clubs formateurs de cette ligue. Même s’ils (elles) étaient licencié(e) dans les ASP (associations sportives de performance) algéroises (MPA, CRB, RSK, JRBMA, DNCA puis OCA, etc.) qui leur permirent de réaliser leurs ambitions sportives, les sélectionné(e)s avaient fait leurs premiers pas vers l’élite nationale au « stade du 17 juin », rebaptisé aujourd’hui « Chahid Hamlaoui ».
Les « anciens » de l’athlétisme dans l’Est algérien racontent sans doute à leurs petits-enfants, qui veulent bien écouter  quelques séquences historiques tenant lieu d’histoires d’anciens combattants des stades, que la ligue régionale de Constantine avait imposé dans son calendrier, un challenge régional interclubs (le CRIC) qui n’avait pas son équivalent sur le territoire national. Une compétition complétement distincte de l’Interclubs fédéral. Elle invitait (mensuellement) tous les clubs intéressés à prendre part, dans toutes les catégories d’âges, aux épreuves proposées par le programme  afin de désigner (en fin de saison) les meilleures équipes.  Le succès de la formule aidant, des clubs des ligues régionales voisines (Sétif et Annaba) s’y inscrivirent et en firent une compétition zonale (inter-régions) qui bénéficia des rivalités locales pour améliorer le niveau des performances. 
Le meeting international de Constantine avait été précédé par celui d’Alger. Une rencontre de haut niveau dont il prit la place, dans le calendrier africain. Le meeting international d’Alger (pour des motifs que nous ignorons) s’était étiolé, s’était consumé à petit feu, malgré le soutien de Sonatrach et des autorités publiques dont l’apport était incontournable.
Pendant six années (de 1990 à 1995), le meeting de Constantine s’était rodait (dans un contexte sécuritaire et économique difficile) aux standards internationaux d’organisation  en matière de marketing, de sponsoring, de communication, d’information qui avaient cours à l’époque. L’apogée du meeting fut l’édition de 1996 couronnée par les appréciations élogieuses des pouvoirs publics et surtout la récompense financière, concrétisée par le versement de 17 000 dollars par la CAA. Un montant qui n’atterrit jamais dans les comptes de l’organisation, interceptée au niveau fédéral.
Ce meeting, comme tous les meetings du « Grand Prix FAA » organisés depuis, n’avait pas retenu (à l’instigation des entraîneurs de la commission technique), la proposition de faire de la compétition un spectacle avec « des lièvres », des meneurs de course officiant pour la réalisation d’un objectif chronométrique défini (record du stade, du record du meeting, etc.).

Dans l’esprit des concepteurs, « le « Grand Prix FAA », devait prendre une dimension internationale en proposant aux athlètes algériens et étrangers un circuit de compétitions faisant étape à Alger, Oran, Annaba, Constantine, Batna, Tlemcen, des villes dotées de toutes les conditions et commodités pour accueillir de telles compétitions et possédant  également une tradition, une expérience dans l’organisation. Des villes, des régions historiquement pourvoyeuses de champions.