mercredi 8 février 2017

David Torrence (2), L’atavisme péruvien

Après que les médias américains eurent eu connaissance du changement de nationalité sportive de David Torrence, la question qui lui fut posée marque distinctement la surprise des journalistes américains. En effet, dans leur inconscient collectif, il est très difficile d’accepter, en vertu de l’image de puissance que dégage cette nation, qu’un citoyen américain, présentant les apparences d’une intégration parfaite à la société dans laquelle il vit, puisse acquérir une nationalité sportive autre et, qui plus est, d’un des pays sud-américains véhiculant une image de déconsidération.

Ne soyons pas naïfs. Si nous avions tendance à l’être, un élu français dans le Sud du pays des droits de l’homme, anciennement premier responsable d’une ONG internationale, s’est chargé de nous rappeler que le patronyme est un marqueur identitaire, ethnique. David Torrence a, par bonheur dans cette nation où les « hispaniques » sont aussi bien vus que le sont les maghrébins en Europe, la chance de ne pas détoner….sur ce point.

La première question qui lui fut posée est : « Pourquoi courir pour le Pérou plutôt que d'essayer de faire partie l'équipe des États - Unis? » suivie par un appendice qui prouve bien que les apparences sont trompeuses et qui situe la place qu’occupe le pays (Etats Unis) à la fois dans l’esprit de ses citoyens et dans l’univers du sport. Ce changement de nationalité sportive est perçu comme une forme de régression dans la hiérarchie des nations : « Parce que vous avez participé à des compétitions internationales avec l’équipe des Etats Unis l’été dernier ». Pour mémoire, en juillet 2015, David Torrence a non seulement participé aux jeux panaméricains, avec  la « bannière étoilée » pour étendard mais y remportait aussi une médaille d’argent.

David Torrence, comme dans une partie de pétanque fleurant le Pastis de l’édile languedocien, pousse le bouchon un peu plus loin en notant qu’il avait représenté son pays (les Etats Unis) à plusieurs reprises. Les explications données nous semblent manquer de netteté. Sans doute les conséquences d’une traduction très approximative dont nous avons pu tirer que ce changement de statut sportif est la conséquence d’ « un peu d’introspection » à laquelle se sont ajoutés la possibilité d’aller au bout de soi-même et d’être un modèle pour trois catégories de personnes : « les athlètes, les non-athlètes et les enfants ».

Il réalise aussi que les États - Unis peuvent remplir les quotas de places autorisés par la réglementation aussi bien dans les épreuves auxquelles il peut participer mais aussi dans les autres épreuves et les autres disciplines sportives. Ce n’est pas le cas du Pérou qui ne peut aligner qu’une « une poignée d'athlètes » qu’il estime à une vingtaine.

Dans sa réflexion qui stupéfait par sa rigueur, sa logique, sa froideur, l’impact d’une participation à une finale aurait  un impact beaucoup plus important sur la population péruvienne et apporterait un changement de la culture sportive du pays (possédant de bons marathoniens) en introduisant l'idée de parcours professionnel permettant aux coureurs de demi-fond d’exploiter leurs qualités.

On retrouve, en y prenant garde, le côté bon samaritain des Américains et un égo surdimensionné qui perce lorsqu’il dit : « Je me sens plus "percutant" (représentatif) en qualité d’athlète péruvien que comme athlète américain ». Il a conscience des commentaires que cela va entraîner dont celui du choix de la voie de la facilité pour l’obtention du ticket pour Rio.

Devenir Péruvien implique dans l’esprit du journaliste l’obligation de parler la langue du pays sportivement rejoint, l’espagnol : « Parles-tu espagnol? », lui a-t-il été demandé. On apprend que c’est sa langue maternelle, qu’il la parle presque couramment, que c’était le moyen de communication avec sa mère et les membres de sa famille péruvienne qu’il retrouvait presque tous les deux ans.


Dans ses explications, on sent comme une forme de communautarisme qui trouve son origine dans le décès de son père américain lorsqu’il était âgé de 6 ans et l’entourage maternel qui l’a pris sous son aile : « Quand j'avais environ six ans, mon père est décédé. Mon père était américain, ma mère était péruvienne. Quand il est décédé, j’ai été recueilli par le côté péruvien de ma famille. Chaque jour après l'école, j’allais chez ma grand - mère pendant que maman travaillait. Là-bas, c’était comme un petit Pérou. Elle me parlait espagnol. Nous avons mangé la cuisine péruvienne, écouté de la musique péruvienne. J'ai un lien très fort avec mon patrimoine péruvien. Par cette éducation, je me suis toujours considéré comme péruvien-américain et non pas seulement américain ».

mardi 7 février 2017

Transpondeur, Pourquoi ces complications ?

Dans quelques jours, les bilans moral et financier de la FAA seront présentés devant l’assemblée générale ordinaire. Un moment important de l’athlétisme national. Celui où les membres de cette auguste assemblée sont  censés faire le point sur la gestion d’un mandat olympique, sur les actes d’un bureau fédéral et d’un président élus par eux (ou par leurs semblables qui les ont précédé).
La proximité de cette rencontre capitale pour l’avenir de la discipline fait sortir des coulisses des dossiers sur lesquels les opposants à l’actuelle fédération ne vont pas se taire. Si bien sûr, ils vont jusqu’au bout de leurs intentions sachant que nombre d’entre eux réalisent des prouesses lors des discussions « en off » et restent muets le moment de vider leur sac venu.
L’un de ces dossiers est celui dit du « transpondeur » relatif à l’acquisition d’un matériel de chronométrie destiné à être utilisé essentiellement lors des épreuves des challenges nationaux de cross-country  et de courses sur route. Un matériel nécessitant l’usage des dossards à puce à l’occasion d’une trentaine d’épreuves par an disputées à travers le territoire national.
Un matériel donc itinérant sans utilisateur patenté algérien. Si nous avons bien compris, il est fait appel pour son fonctionnement à un technicien étranger (marocain). La fédération a acquis la technologie (qui selon certains contradicteurs serait à la fois la moins performante et la plus onéreuse) sans le mode d’emploi ou la formation d’un technicien algérien.
Nous ne jugerons pas de l’opportunité de la dépense mais nous remarquerons simplement que l’utilisation de ce matériel à un coût qui aurait pu être évité (en particulier les frais de transport aérien entre le lieu de résidence du technicien et Alger). Les autres charges (hébergement, restauration, transport interne) restant inchangées. Ne le cachons pas, il y a en arrière-plan ce phénomène de surfacturation (que l’affaire de l’entraîneur de Malek Lahoulou a mis en évidence sur la place publique) empoisonnant les esprits.
Quelques documents que nous avons pu consulter laissent d’ailleurs peser une très forte suspicion.
Un document établi, le 15 septembre 2014, par la société domiciliée aux Pays Bas (2 CRASS, « 2 Continents Running Athlètes Support »,) présente les caractéristiques d’une facture pro-forma d’un montant global de 43 174 euros.
Un second document, daté du 13 novembre 2014, émanant du fournisseur MYLAPS (domiciliée aux Pays Bas) indique que la société « Running Sport International » (domiciliée au Maroc) a vendu à la fédération algérienne d’athlétisme un équipement qui ne correspond pas exactement au descriptif envoyé par « 2 CRASS ». Le lien commun entre « 2 CRASS » et « Running Sport International » est le gérant de ces deux compagnies : Rachid Ben Meziane.
Comprendre le cheminement de cette acquisition n’est pas aisé. La fédération, pour des raisons qui restent à expliquer, a fait intervenir deux sociétés ayant servi d’intermédiaire. Les deux « compagnies » sont gérées par la même personne physique.
Evidemment, nous devons considérer qu’il aurait été certainement plus difficile et plus coûteux de s’adresser directement au fournisseur sachant que les intermédiaires ne prennent pas de marges ou de commissions.
Dans un courrier adressé (le 12 novembre 2015) par la FAA à monsieur le chef d’inspection divisionnaire des douanes de l’aéroport d’Alger, on apprend une partie des mécanismes de financement de l’opération.
Le président de la FAA indique que le matériel de chronométrie (objet de son courrier) a été acquis auprès de « 2 CRASS » (selon le fournisseur le vendeur serait « Running Sports International »). D’autre part, il est noté que, pour ce qui concerne la partie algérienne, la facture est établie au nom du COA et que la LTA (lettre de transport aérien) est libellée à celui de la FAA.
A l’attention du chef d’inspection divisionnaire, le président rappelle que le matériel devait être utilisé à l’occasion du 1er marathon international d’Alger (1er novembre 2014) qui s’est donc déroulé antérieurement à la correspondance de MYLAPS (13 novembre 2014). Le matériel n’ayant pas été dédouané, il n’a pas été utilisé contrairement aux attentes.
Dans le même courrier, il est signalé que le paiement de la facture d’acquisition et du dédouanement est à la charge du COA étant donné que la FAA ne disposait pas des moyens financiers nécessaires pour honorer la facture.
Le président de la FAA, dans ce courrier qui explique la genèse de cette affaire, écrit que le matériel n’a pu être dédouané en raison de lenteurs administrative, de l’indisponibilité de responsable et du départ du fonctionnaire du COA chargé du dossier.
En fait, ce seraient les méandres de la démarche fédérale qui aurait conduit au non dédouanement du matériel. Ces méandres qui ont obligé  (dixit le président de la FAA) le  COA et la fédération d’athlétisme à entreprendre une autre démarche empruntant la voie notariale consistant certainement au transfert de la propriété établie par la facture du COA et la FAA.
Pour conclure sa correspondance, le président de la FAA assure au chef d’inspection divisionnaire que le matériel de chronométrie objet du litige « est très indispensable à la réussite du 2ème marathon international d’Alger qui aura lieu le 27 novembre prochain surtout pour l’homologation officielle des performances, un marathon organisé sous le haut patronage de son excellence le Président de la république, monsieur Abdelaziz Bouteflika ».

Selon des indiscrétions, l’acquisition de ce matériel a été payée (dans le cadre du sponsoring) par Sonatrach qui a pris en charge la facture d’achat et les droits de douanes. Par ailleurs, les frais de stockage (dont le montant serait égal à celui du prix du matériel) a été réglé par la fédération.

lundi 6 février 2017

394. David Torrence, Changement de nationalité sportive

A plusieurs reprises, nous avons incidemment abordé le phénomène grandissant du dopage sous l’angle du changement de nationalité constitué en élément, de plus en plus récurrent (mais non déterminant de notre perception de la chose), du profil des athlètes dopés selon les règles de l’AMA et à ce titre sanctionnés.

Nous l’appréhendons aujourd’hui à travers les explications fournies par la partie vouée (par la force des choses) au mutisme, à savoir un lanceur d’alerte, un athlète américain ayant récemment (en juin 2016) acquis la nationalité sportive péruvienne lui permettant de prendre part aux jeux olympiques de Rio sous les couleurs du pays andin.

Le 3 juin dernier, David Torrence s’apprêtait à courir le 800 d’un meeting (« Adrian Martinez Classic »), organisé à Concorde (Massachusetts), lorsqu’il reçut la nouvelle qu'il attendait avec impatience. Le Comité international olympique avait officiellement approuvé sa demande de participation sous les couleurs du Pérou aux Jeux olympiques de cet été à Rio. Une information qui, pour cet athlète américain, marquait l'aboutissement d'un processus commencé 11 mois plus tôt aux Jeux panaméricains de Toronto.

Aux cours de ces jeux abrités par la ville canadienne, David Torrence avait remporté, pour le compte des Etats Unis, la médaille d’argent du 5 000 mètres et s’était (c’était le plus important) en outre entendu avec le président du comité olympique péruvien pour un changement de nationalité sportive. Une situation peu ordinaire !

Les formalités administratives régissant le changement de nationalité sportive impliquent une attente minimale d’une année entre la demande de changement et le changement effectif de nationalité sportive. La demande ayant été déposée le 25 juillet, David Torrence est donc éligible (en sa qualité de citoyen sportif péruvien) à une participation aux jeux olympiques.

Nous noterons que Torrence dispose de la nationalité péruvienne (un élément de sa personnalité, dit-il) depuis le début de l’année 2016. Il décrit les méandres de la procédure qui l’obligea à se rendre (à l’automne dernier) au Pérou pour y déposer un dossier administratif en signalant au passage que s’il avait âgé de moins de 18 ans (il en a 30), et s’il avait été inscrit auprès de l’ambassade péruvienne, tout aurait été plus simple.

Dans son cas, l’acquisition de la nationalité péruvienne était possible car sa mère est née sur le sol de ce pays, y a grandi avant d’émigrer à l’adolescence aux Etats Unis où elle a conservé la nationalité péruvienne d’origine en acquérant celle du pays d’accueil. Comme sa mère américano-péruvienne est encore péruvienne, l’américain David Torrence pouvait obtenir celle de sa mère.

L’idée de devenir péruvien est apparue à la fin des études universitaires (2008) lorsque, arrivé à ce carrefour de l’existence, il s’est senti athlète esseulé, sans sponsor, n’appartenant à aucun groupe d’entraînement, sans aucune des facilités permettant d’entrevoir une carrière professionnelle. Une situation qui a rapidement changé lorsqu’il a rejoint le groupe entraîné par John Cook (retenez ce nom) et qu’il fut parrainé par Nike.

Le changement de nationalité sportive envisagé fut mis en attente, placé en « stand-by », sous le boisseau parce qu’il s’était adressé à des personnes qui lui communiquèrent des informations erronée comme celle de l’obligation de résider pendant trois années au Pérou. Sur cet épisode retardateur, il raconte : « Avec cette nouvelle situation d'entraînement et avec mon parrain, je sentais que ce n’était pas possible. J’ai mis en veilleuse ce projet parce que je savais que je voulais courir pour le Pérou finalement. Cela n’aurait pas été intelligent de le faire à ce moment-là alors que je venais de commencer avec ce nouveau groupe ».
Le projet a refait naissance 8 ans plus tard, aux Jeux panaméricains de 2015, à la suite d’une discussion avec le président du comité olympique péruvien qui l’informa que les informations reçues précédemment étaient incorrectes. Ensemble, ils explorèrent les possibilités légales et étudièrent le calendrier des démarches pour ce changement de nationalité.

Le changement envisagé était raisonné puisqu’il était prévu qu’il courre sous la bannière du Pérou lors des Jeux panaméricains qui s’y dérouleront en 2019 ou 2020. Les jeux olympiques de Rio ne figuraient pas dans leurs plans.
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Note : Cette chronique (ainsi que la prochaine) a été publiée à la mi-août. Juste avant que n’entamions un essai de compréhension des événements, des faits, des dits qui ont agité l’athlétisme algérien au cours de l’année olympique.

Avec David Torrence, nous plongeons (à nouveau) dans l’univers du groupe Aden. Après avoir visité celui d’Alberto Salazar. Deux groupes qui ont en commun d’être suspectés de dopage. Aden a des liens avec l’athlétisme algérien. Des liens dangereux (de notre point de vue) que nous avons abordés au début de l’année 2016. 

dimanche 5 février 2017

Polémiques (101), Retour à la case départ

Nous avons précédemment décrit l’athlétisme comme un « no stats land », un univers où les statistiques sont absentes. Un univers où la recherche d’informations est ardue, rendue difficile par leurs éparpillements. Le bilan national ne retient que les 10 meilleures performances de l’année. Quand certaines ne sont pas oubliées (voir les chronos de Zahra Bouras et d’Abdelhamid Zerifi que nous avons précédemment signalés).
Les jeunes à moins qu’ils n’émergent de la masse indistincte et qu’ils ne fassent partie de ces 10   meilleurs performers de l’année n’apparaissent nulle part. Exceptionnellement, les jeunes ayant brillé à l’international ont une existence athlétique comme Touil, champion (2008) et Anou, vice-champion (2010) du monde junior du 1 500.  
Pour certains ardents défenseurs du bricolage fédéral, ces informations sont disponibles……en cherchant dans la masse indistincte des résultats non centralisés des ligues, en compulsant les résultats des meetings des challenges nationaux et des championnats régionaux et nationaux. Ou ceux des fédérations étrangères. Que penser de la délégation de service public  dont dispose la FAA ?
Dans la communauté de l’athlétisme rien n’est facile. Il semblerait au contraire que tout soit fait pour compliquer la tâche y compris celles des étudiants dans les métiers du sport et futurs collègues des cadres permanents et des élus fédéraux. Y trouver une information mérite véritablement la démarche, le sens véhiculé par le mot « recherche ».
En nous appuyant sur les seules informations disponibles aisément, il est possible de constater que les trois coureurs (Halil, Anou et Keddar) après avoir rejoint le leader incontesté (depuis 2009) du demi-fond algérien (800 et 1 500) ont progressé en assumant le rôle qui leur a été confié et que l’année suivante est marquée par une régression notable.
Une observation empirique montre que la progression est importante (environ 3 secondes) pour ceux qui ont un vécu sur 1 500 (Halil et Anou) et  qu’elle ne peut être quantifiée pour Keddar, auteur d’un 8.56 au 3 000m mètres steeple.
La progression de Keddar peut cependant être appréciée à partir de la 10ème  performance nationale. Depuis 2008 (année de l’apparition de Makhloufi), la moyenne sur 1 500 mètres se situe autour de 3.43.  Les chronos extrêmes ont été de 3.47 en 2008 et 3.39 en 2012. Les autres années, elles ont varié entre 3.45 et 3.43.
Comme Makhloufi, Keddar est sorti du néant. En 2015, il établit sa meilleure performance (3.35.92) qui représente une progression minimale d’au moins 7 secondes comparativement à la moyenne de la 10ème performance annuelle. Agé de 23 ans en 2016, Keddar Salim n’avait jamais figuré parmi le « Top 10 » du 1 500. Il régresse la saison suivante (celle des jeux olympiques) de 3 secondes.
Lorsque les trois jeunes intègrent le compagnonnage de Makhloufi, ils sont âgés de 22 ans environ. Ils sont statistiquement inconnus. L’écart chronométrique entre la star et les meneurs d’allure est supérieur à 6 secondes sur 1 500 mètres.
Dans la légende qui se construit autour de Makhloufi est fait état d’une séance réalisée en 2015. Elle se situe avant les championnats du monde de Pékin. L’information indique qu’il aurait couru un 800 mètres en 1.44.50 (récupération (10’), un 500 en 1.04.05 (récupération 4’) un 400 en 52.50 (récupération 2’) pour finir avec un 300 en 39.20.
Nous laisserons le soin aux spécialistes de commenter. Nous mettrons seulement à leurs dispositions quelques données qui leur serviront certainement. Nous observerons seulement que Keddar ne figure pas au « Top 10 » du 800 en 2013 (10ème performance 1.50.60) ou 2015 (1.48.64 pour le 10ème) que les meilleures performance de Halil et d’Anou sont respectivement de 1.49.12 en 2009 et de 1.47.81 en 2013 quand Makhloufi était chronométré en 1.43.71 (2012), 1.43.53 (2014), 1.45.17 au 800 et 2.13.08 au 1 000 mètres (2015) et 1.42.61 (2016).  
La conclusion à tirer de ces données est entre les mains des diplômés algériens des filières du sport, de ceux qui ont un vécu en tant qu’athlètes de haut niveau, de ceux qui se définissent en tant qu’experts. De ceux qui ont droit à la parole.

 Nous attirerons simplement l’attention sur les conséquences de séances aussi difficiles sur des organismes qui ne sont pas prêts à ce type d’efforts. Des séances inadaptées à leurs capacités physiologiques et psychologiques du moment.

samedi 4 février 2017

Polémiques (100), Grillades…..d’Espoirs

Pour Makhloufi, l’intégration au « groupe Brahmia » fut grandement bénéfique. A la fin de sa première saison au sein du club des Pétrolier, elle lui valut une progression chronométrique extraordinaire. Près de 10 secondes sur 1 500 en une seule saison. La méthode GSP/Brahmia a du bon.
Mais, cette progression fulgurante donne aussi du sens à une déclaration sur Facebook de l’ennemi intime (Mahour Bacha) qui insinuait, à la constatation de « no show» (dont il aurait eu connaissance par ces voies détournées émanant de la FAA) parmi les athlètes du groupe dont fait partie Makhloufi, que le DTS du plus grand club d’Algérie emploierait les mêmes pratiques que celles reprochées à Zohra Bouras et Larbi Bouraâda, suspendus pour dopage justement au moment Makhloufi pointe son nez et rejoint (à la même période) Aden.
Lorsque Makhloufi intègre le GSP, l’ancienne génération de coureurs de 1 500 de niveau international s’apprête à remiser ses pointes. Nous l’avons vu, en une saison, le coureur s’est inscrit parmi les leaders du team tournant à 3.32-3.34 au 1500. Avec une progression hors du commun de près de 10 secondes prenant un tour incompréhensible lorsque l’on se penche sur le sort des jeunes talents qui viendront après lui. La pensée qui vient à l’esprit est que Makhloufi est un phénomène de la nature. Ou……un OGM.
Au cours de la période délimitée par les résultats de Morceli et Makhloufi (une vingtaine d’années entre le titre de champion du monde de 1991 du premier et le titre olympique de 2012 pour le second), seul Ali Saidi Sief est véritablement sorti du lot des coureurs de 1500 mètres. Ce fut en 2000 au milieu de cette double décennie. Ce furent (nous pensons ne pas nous tromper à ce sujet) les seuls qui franchirent le seuil des 3.30.
Pendant la dernière décennie (plus précisément  pendant la période débutant en 2005 et avant que le « Top 10 » n’apparaisse sur le site de la fédération et qui par ailleurs, pour ce qui concerne l’année 2014, est inaccessible), ils furent quand même quelques-uns à avoir couru entre 3.31 et 3.36.  Certains (Boukenza, 3.30.92, 50ème meilleur performer mondial « all time ») se rapprochèrent de près de ce seuil symbolique. Ils étaient pratiquement tous licenciés au MCA/GSP.
 Outre les Boulahfane, Boukenza, Zerguelaine, Nabil Madi (MCA), la liste des moins de 3.36-3.35 recense quelques noms qui firent germer des espoirs de lendemains splendides: Khadar Samir (ASPTTA), Kennouche Abdeslam (individuel, 3.33.40 en 2004 sous les couleurs de la France), Touil Imad (CST El Oued, champion du monde juniors en 2008), Halil Nacereddine (individuel, Scandinavie), Anou Abderrahmane (OCA puis GSP), Keddar Salim (ASPCA).
En l’absence d’informations fiables, il est difficile de comprendre pourquoi les anciens athlètes performants (essentiellement les athlètes du MCA ainsi que Touil et Khadar Samir) n’ont pas réalisé de meilleures performances.
Notons que notre tentative d’analyser objectivement les limites atteintes ne sera possible qu’en écoutant les athlètes, leurs entraîneurs et dirigeants. En compulsant leurs carnets d’entraînements. S’ils en ont tenu un.
Kennouche et Halil ont un statut particulier. Ce sont des athlètes venus d’ailleurs. Un peu comme Zerifi au 3 000 mètres steeple ou Yasmina Omrani à l’heptathlon.
Parmi ces coureurs de 1 500, trois d’entre eux méritent que l’on se penche sur leur cas. Ces athlètes, faisant partie de la génération intermédiaire (Halil) et de la nouvelle génération (Anou et Keddar), auraient en commun d’avoir été les compagnons d’entraînement de Toufik Makhloufi. C’est à travers ce prisme (certainement déformant) que nous devons appréhender leurs régressions chronométriques sur 1 500 qui est uniformément de 3 secondes au contact de Makhloufi.
Ces trois milers, dans leurs statuts de sparring-partners ou de lièvres, grâce  leurs proximités avec le champion olympique 2012, ont  bénéficié (nous devons en convenir) d’une prise en charge à laquelle ils n’auraient pu prétendre, espérer, ou simplement entrevoir en d’autres circonstances. Sans Makhloufi, ils n’auraient rien obtenu ou beaucoup moins.

Finalement, ils n’ont été que des faire-valoir, des partenaires d’entraînement que l’on a jetés après usage, que l’on a écartés sans ménagement après qu’ils eurent accompli la mission pour laquelle ils avaient été intégrés dans le groupe, après les avoir épuisés. L’excellence a un coût.

jeudi 2 février 2017

Polémiques (99), Makhloufi sort du néant

On ne peut pas dire que depuis 2012 Toufik Makhloufi ait bénéficié d’une préparation répondant aux normes communément admise. Du moins aux principes  qui voudraient que celle-ci s’inscrive dans la régularité et la progressivité de l’effort. Nous remarquerons qu’en outre Makhloufi est passé entre les mains d’au moins trois entraîneurs qui, nous devons le supposer, chacun à tour de rôle, ont construit leur programmation en fonction de leurs perceptions, de la vision du monde diront certains, qu’ils en ont.
Parmi ces entraîneurs, seul Philippe Dupont fera un clin d’œil élogieux à un de de ses  prédécesseurs. Celui qui lui permit de courir en 3.30 en 2012. Un entraîneur inconnu ! Redjimi pour les uns, Brahmia and Co  pour d’autres ou encore Aden pour les derniers.
On ne sait pas grand-chose du Toufik Makhloufi athlète licencié à Souk Ahras. Si ce n’est qu’à 20 ans (2008) pour sa dernière saison avec le club des pompiers de la ville frontalière, il a terminé aux dernières places de la  finale du 1500 mètres championnat national Open et qu’il a conclu la saison avec une performance personnelle (3.43.40) qui le fit entrer dans le classement fédéral, le squelettique « Top 10 » qui n’a pour seule utilité que d’être un élément de la classification générale des clubs.
En 2008, Makhloufi apparait donc officiellement dans l’univers de l’athlétisme algérien. On pourrait  dire, sans exagération aucune, qu’il sort du néant. Nous nous permettrons (dans un esprit de dérision au vue d’une situation grotesque) d’envisager l’idée que, compte tenu des rapports des jeunes frontaliers avec la Tunisie voisine, le coureur, imitant les ténors de la contrebande de bestiaux et de carburant, a franchi en catimini la frontière….. dans le sens Tunisie-Algérie.
En effet, aucune information sur le jeune compatriote de Saint Augustin ne figure  dans les banques de données de la fédération dont la caractéristique majeure est d’ignorer superbement les jeunes athlètes.
En tant qu’athlète, Makhloufi est donc né en 2008. Son existence antérieure est occultée. C’est comme si, sur les registres d’état-civil, il avait été enregistré à l’âge de 20 ans. L’âge ingrat qui correspond à celui qui voit les jeunes Algériens s’inscrire sur les rôles de l’Armée Nationale Populaire en vue d’accomplir les obligations du service militaire.
A en croire la documentation produite par la FAA, l’arrivée de Makhloufi parmi l’élite algérienne relève du surnaturel. Il serait comme Athéna sortant toute armée de la cuisse de Jupiter, son père, le dieu des dieux. Makhloufi aurait été prédestiné à devenir un héros, un grand champion.
Nous sommes amenés à penser que, dans l’esprit des grands stratèges de la fédération, les petites catégories d’âge ne comptent pas dans la vie, dans la formation d’un champion. Nos croyances sont battues en brèche. Exit les fameuses 7 ou 8 années d’entraînement qui doivent amener un débutant au niveau national-international.
Pour résumer cette situation ridicule, Makhloufi n’a pas été minime, ni cadet et encore moins junior. Pendant un instant, nous avons malencontreusement oublié que la fédération ne s’intéresse qu’à l’excellence, aux meilleurs et qu’elle laisse aux clubs et aux ligues, qui la singe à tous points de vue, le soin de s’occuper des jeunes.
Au cours des années suivantes, Makhloufi est un coureur licencié au GSP, entraîné dans le « Groupe Brahmia ». Après une progression fulgurante (3.34.34 en 2009, c’est-à-dire après une saison sportive dans son nouveau club), il devint un coureur régulier autour de 3.33 avant un autre grand bond en avant (celui de 2012)  qui l’amena à 3.30.80 et  fit de lui à la fois le champion d’Afrique du 800 (Porto Novo 2012) et un potentiel médaillé des jeux olympiques de Londres. Au plan africain, Makhloufi est alors plutôt connu comme un coureur de 800 antérieurement auréolé par une victoire  aux Jeux Africains 2011 de Maputo.

La victoire de Maputo permis à Makhloufi de porter son record personnel à 1.46.32. En 2009, il avait couru la distance en 1.49.40 avant de porter sa meilleure performance à 1.48.39 en 2010. En 2012, il casse la baraque avec un 1.43.71. En quatre saisons, il a amélioré son record du 800 de 6 secondes. Pendant une partie de la saison de la saison 2012, il était coaché par Aden. 

mercredi 1 février 2017

Polémiques (98), Les inquiétudes de Dupont

Parce qu’il en a souvent discuté avec l’athlète, l’entraîneur «le sent un peu blessé par ce manque de considération » et par les tracasseries rencontrées. Selon Dupont, c’est cela qui expliquerait le retard dans le démarrage d’ « une préparation optimale » en vue des championnats du monde.

En ce mois de décembre (la question du visa aidant au pessimisme), il entrevoit  la reconduction des péripéties, des contrariétés ainsi que la reproduction (avant les Jeux olympiques de Rio) d’un scénario modélisé par les années. Dupont n’a pas conscience que l’interview donnée provoquera un tsunami dont les effets dureront jusqu’après les jeux.

Dupont n’est pas en permanence aux côtés de Makhloufi. Cette situation est incompréhensible. En effet, dès qu’il a rejoint le « groupe Dupont », Makhloufi aurait loué un appartement à Angers et aurait acquis un petit véhicule pour faciliter ses déplacements dans la petite ville qui est devenue la base à partir de laquelle il rayonne à travers le monde pour des stages de préparation et les compétitions. Cependant, des indiscrétions laissent entendre que régulièrement Makhloufi se déplace sur Alger pour se ressourcer.

Pendant les semaines qui ont précédé l’interview, Makhloufi n’était pas en mode préparation. La saison était terminée. Il prenait du repos avant d’entamer la suivante. Pour la reprise, la présence de Dupont n’était pas indispensable. Dans un autre univers que celui de l’athlétisme algérien s’entend. Celui où les athlètes sont conscients de leurs responsabilités dans la réussite du projet sportif qui est avant tout le leur, disposent d’une certaine culture sportive, respectent au moins à la lettre les consignes qui leur sont données, se conduisent enfin en des professionnels de la course à pied.

Pendant cette période hivernale 2015-2016, Makhloufi est à Alger. Il est hébergé à l’hôtel Sheraton aux frais de la FAA et du COA. Un établissement touristique luxueux peu propice à la gestion de la condition sportive. Une prise en charge onéreuse qui met à mal les caisses de la fédération et du COA.

Malgré la distance, Dupont s’entretient régulièrement avec lui par téléphone. Des discussions qu’il a avec Makhloufi, il ressort qu’il n’est pas satisfait des échos qui lui parviennent d’Alger.

Il est plus particulièrement déçu par le ratage d’un stage qualifié de « très important » qui aurait dû être consacré au « développement général ». Un stage que Dupont avait organisé avec la présence « de grands athlètes français dont Mekhissi, au Portugal, pendant deux semaines ». Un stage raté faute de visa.

Pour préciser l’importance de ce stage, Dupont dit qu’ « Il était vital qu’il soit là. Je voulais absolument qu’il travaille avec Mekhissi pour optimiser la préparation ». Il souligne sa déception du fait  « qu’il n’ait pas pu être de ce regroupement ». Il exprime également son inquiétude à propos d’une absence éventuelle à un second stage prévu au mois de janvier, en Afrique du Sud. A son plus grand bonheur, Makhloufi obtiendra le visa attendu (et sujet à des polémiques qui ne s’éteignirent qu’avec le départ de Makhloufi pour rejoindre le lieu de stage) au moment de l’interview. Relation de causes à effets ?

L’inquiétude de Dupont a été aggravée par une reprise tardive de la préparation qu’il expliqua par deux raisons : « il fallait reprendre le travail au mois de novembre » (ce qui n’a pas été fait) et  « Makhloufi est aux abonnés absents pour des raisons futiles ». A demi-mots, Dupont met en avant un manque de sérieux contrastant avec l’acharnement du printemps.

Dupont conclue son interview par l’espoir d’une amélioration « dans un futur très proche ». Il émet la supposition que Makhloufi « est une idole dans son pays » et que les responsables algériens pourront faire quelque chose pour mettre en branle cette amélioration.  L’entraîneur français ne prend pas de gants en disant simplement « si les Algériens ne font rien pour Mekhloufi qui le ferait à leur place ». 


Dupont généralise bien sûr. Il connait la place de Makhloufi dans le paysage sportif algérien. Ou au moins s’en doute. Cette réflexion est une incitation à agir. Mais à qui s’adresse-t-elle ? Dupont ne le dit pas. Nous devons donc supposer que, dans son esprit cartésien, le premier et seul interlocuteur de Makhloufi est la fédération qui ne donne pas l’impression de s’inquiéter outre mesure.