mercredi 29 novembre 2017

Samira Messad (95), De l’élasticité du temps

Nous sommes amenés à constater que la commission s’est réunie très rapidement et a statué aussi rondement.  A peine dix (10) jours se sont écoulés entre la réception de l’appel formulé par l’AMA et l’envoi présumé de la décision par fax.

On est bien loin de la période qui s’est écoulée entre la seconde audition de Samira Messad par la commission de discipline (7 octobre 2015), la semaine nécessaire pour que la commission de discipline examine les éléments du dossier de dopage (14  octobre) et la date figurant sur le document portant la décision de sanction (6 décembre 2015). Deux mois !

Cet examen accéléré, compressé de l’appel de l’AMA, est explicable par le cadre réglementaire, par les contraintes que s’est lui-même imposé le législateur dans la rédaction et l’adoption des codes mondial et national de la lutte contre le dopage. Cela est patent lorsque l’on se penche plus particulièrement dans les dispositions du code national de lutte antidopage et de son article 13.2.2.1.7.

Cet article stipule, au sujet des audiences devant le comité d’appel antidopage national, que le traitement  du cas doit être achevé « dans un délai raisonnable » ne pouvant excéder « les trois mois suivant la date de la décision du comité d’audition du dopage, sauf circonstances exceptionnelles ».

La commission d’appel de la CNAD se devait de prendre une décision avant le 6 mars. En considérant bien évidemment la date du 6 décembre comme étant la date de la prise de décision par la commission de discipline. Bien que l’on se doute que la décision a été prise bien avant et sa promulgation retardée.  Deux mois pour rédiger un procès-verbal de réunion et une décision, les saisir puis les transmettre à qui de droit n’est pas exagéré, n’est-ce pas ?

Avec ces deux situations antagoniques, on perçoit, avec une acuité accrue que, dans le dispositif de lutte antidopage algérien, la notion de temps possède la faculté d’être particulièrement élastique. La formule « dans un délai raisonnable » est vraisemblablement raccourcie ou allongée, selon les intérêts à découvrir de parties.

Nous observerons cependant qu’en retardant la transmission de la décision clémente de la commission de discipline qui n’agréée pas à certains, Samira Messad a été placée sur des charbons ardents. Quand il a fallu « casser » cette décision et prononcer la sanction la plus lourde disponible dans l’arsenal, elle a été prise en un clin d’œil.

Nous remarquerons que le délai fut à la fois rapide (compte tenu des standards) et en même temps inutile. L’estocade, se voulant décisive, n’a pas obtenu l’effet psychologique immédiat désiré : briser l’athlète récalcitrante. Elle ne saura rien de la décision prise puisque la machine s’est inexplicablement enrayée.

Le code national de lutte contre le dopage, dans son article 13.2 (se rapportant aux appels relatifs aux athlètes qui n’ont pas la qualité d’internationaux), offre, à l’AMA (agence mondiale de lutte contre le dopage), un très large éventail de possibilités d’intervenir sur les décisions prises par la CNAD et sur bien d’autres sujets liés à la lutte antidopage.

A propos de la décision prise par le comité d’appel antidopage national, l’article 13.2.2.3 a le mérite d’une clarté éblouissante en indiquant qu’ « à la fin de l’audience », ou dans « un délai ultérieur raisonnable », ledit-comité d’appel « rendra une décision écrite, datée et signée (à l’unanimité ou à la majorité) comportant l’ensemble des motifs de la décision ainsi que la période de suspension imposée, y compris (le cas échéant) une justification expliquant pourquoi la sanction potentielle maximale n’a pas été imposée ».

 Les critères formels de la décision sont décrits avec une précision chirurgicale. La décision doit obligatoirement être « écrite », « datée » et « signée ».

Le document transmis par la FAA à la ligue d’athlétisme de Bejaïa portant décision n°001/2016 de la commission d’appel de la CNAD est effectivement écrite, signée mais…n’est pas datée.

Cette infraction à la règle établie est aggravée par le non-respect de l’article 13.2.2.3.2 qui stipule que « La décision sera notifiée par la CNAD au sportif ou à l’autre personne, à sa fédération nationale, et aux organisations antidopage ayant le droit de faire appel en vertu de l’article 13.2.3 ».


lundi 27 novembre 2017

Samira Messad (94), La quête de vérité expliquée

La ligue de Bejaïa, elle-même, destinataire de la précédente décision de sanction, n’aurait pas eu connaissance de cette sanction. Il est difficile de concevoir qu’elle reçoive un dossier de mutation et le  transmette à la fédération en sachant que l’athlète est sous le coup d’une sanction qui ne permet pas l’aboutissement de la démarche.   

Pour la ligue (comme pour l’athlète), une seule décision de suspension existait. Celle enregistrée, au « courrier arrivée » de l’instance intermédiaire de gestion de l’athlétisme, en date du 03 février 2016. Celle parvenue à Bejaïa deux mois après son envoi. Un délai de courrier anormalement long.

On peut imaginer que pour expliquer sa décision de mise en attente (blocage) de la mutation, la fédération fut placée dans l’obligation de prendre attache avec la ligue pour d’abord une explication verbale du cas puis, à l’instigation de la ligue d’athlétisme de Bejaïa, de transmettre un document justificatif de la sanction. Ce sera le fax envoyé à la ligue qui elle-même fut contrainte de le répercuter à Samira Messad.

C’est le fameux fax qui lui fut remis le 22 février 2017. Soit, à quelques jours près, une année calendaire après que la commission d’appel de la CNAD ai statué. On sait que l’athlétisme est le royaume des records, il faut reconnaitre qu’en la circonstance, le record le plus farfelu de lenteur a été amélioré. On est passé de deux mois à une année.
L’enchaînement des faits qui succèdent à ce fax, que l’on se doit d’imaginer d’abord par un haussement de voix entre Samira Messad et les responsables de la ligue de Bejaïa, au siège de cette dernière, mais également par l’interpellation formelle du premier vice-président de la fédération-membre de la ligue de Bejaïa par les membres du bureau de ligue ou informelle par l’athlète a abouti certainement à la demande de recherche de la vérité (formulée en réunion du bureau fédéral) sur le cas de l’athlète et des sanctions prononcées : une sanction connue (un an de suspension) et une seconde émergeant du néant (4 ans de suspension).
La décision n°001/2016 de la commission d’appel de la CNAD, a surgi du chapeau haut-de-forme du magicien du « cirque Amar ». On comprendra qu’elle ait fait la même impression, sur les concernés ébaubis, qu’un des lapins utilisés dans les tours proposés par les prestidigitateurs.
La décision en question renvoie à la décision n°002/2015 de la commission de  discipline (la décision par laquelle il fut prononcé, à l’encontre de Samira Messad, la suspension de 12 mois) et à l’appel formulé le 16 février 2016 par l’agence mondiale antidopage.
Cette décision nous indique également que Samira Messad a été auditionnée par les membres de la commission d’appel sans que ne soit informée la date de cette audition.
Elle nous apprend beaucoup de choses. Pourtant, elle énonce SEULEMENT, qu’après « analyse des circonstances de l’appel » et « conformément aux règles nationale antidopage et au code mondial antidopage 2015 », dans un article 1  illisible, que la sanction est portée à 4 ans, puis en article 2, l’annulation de la sentence prononcée par la commission de discipline.
A la suite d’un article 3, totalement illisible sur le document en notre possession, l’article 4 annonce que la décision prend effet à compter du « mercredi 26 août 2015 ».
Rappelons aussi que la commission d’appel comme les commissions d’audition et de décision (commission de discipline de la commission nationale de lutte antidopage) sont présidés par des juristes.
Par un effet qu’adore le hasard, cette décision de la commission d’appel, comme pour confirmer l’amateurisme administratif et juridique ayant cours à la CNAD, précédemment constaté dans le contenu de la décision n°002/2015, n’est pas datée.

Le seul élément de datation utilisable est celui qui est fourni par le fax, l’appareil de transmission. Les informations de cette transmission (références relatives à l’expéditeur et à l’heure d’envoi) étant difficiles à décrypter, le lecteur est amené à supposer (à partir d’une photocopie transmise, pour accroitre la difficulté, par un des réseaux sociaux) que la copie de la décision a sans doute été envoyée (par on ne sait quel expéditeur et à quel destinataire) le « 25 feb 2016 »,  le 25 février 2016, soit 9 jours après l’appel de l’AMA. 

samedi 25 novembre 2017

Samira Messad (93), Exhumation de la suspension de 4 ans

Il faudrait certainement plonger dans les profondeurs (psychanalytiques et relationnelles) des coulisses de l’athlétisme constantinois pour comprendre les raisons qui ont fait que le MAC n’a pas été approché pour être une alternative à cet exil bougiote du sauteur.

Mais, nous croyons savoir que cela fut aussi le cas de l’ASC Bounouara, l’association sportive constantinoise disposant de plus de moyens financiers, du soutien et du parrainage fédéral et offrant en conséquence des rémunérations plus conséquentes que celle proposée par le MBB.

Triki Yasser Mohamed Tahar, comme tant d’autres athlètes avant lui, est un jeune champion écartelé, par de très forts liens, entre les pôles de sa jeune existence : Ibn Zyad (où il est né et a grandi), Constantine (où il est venu étudier et s’entraîner au quotidien) et Bejaïa participant à son développement d’athlète.

On y ajoutera aussi, dans un nécessaire souci d’objectivité, les différents lieux de stages de préparation organisés par le comité olympique algérien à Formia (Italie) et en Pologne (en compagnie d’Amine Bouanani) avant les championnats du monde juniors.

Ce dernier stage incita à quelques sourdes récriminations, sur les providentiels réseaux sociaux, de la part de parents d’athlètes, installés dans les hautes sphères du mouvement sportif national et, de par leurs passés sportifs, proches de l’athlétisme algérien et de ses instances fédérales, croyant sans doute à un stage fédéral que l’on aurait dissimulé et dont leur progéniture aurait été évincée.  

Nous croyons avoir compris (à partir de diverses discussions informelles portant à la fois sur le présent de l’athlétisme constantinois engagé dans un déclin inexorable et sur les éternelles inimitiés qui agitent le microcosme) que le dépit (inavoué publiquement) de Labed avait été d’autant plus grand que l’association sportive dont il est la cheville ouvrière (une sorte de directeur délégué ou exécutif)  aurait pu s’aligner sur les propositions, somme toutes modestes (toutes proportions gardées avec les promesses d’autres associations de la capitale), mais non négligeables compte tenu qu’elles touchent un junior, du MBB, cher à « D’da Djoudi » (Messaoudi).

Le projet de recrutement de Samira Messad a rapidement tourné court. Ce fut, pourrait-on écrire, un projet mort avant même de naître, un projet avorté pendant la gestation, une IVG athlétique.

Sa concrétisation, sur l’incontournable plan administratif autorisant officiellement le passage d’un club à un autre, ne pouvait être rendu possible que par l’obtention d’une licence sportive elle-même liée à une mutation interclubs et inter-wilayas. Pire encore, une mutation inter-CCR (conseils de coordination régionale), des entités non statutaires faisant office de ligues régionales.

Nous conjecturons que l’actualisation de la licence multi-annuelle, suspendue pour cause de suspension, n’aurait pas suscitée autant de remous et tracas. Pour tous les intervenants de premier rang (clubs, ligues de wilayas, CCR), en l’absence d’une quelconque information publique contraire à la décision parvenue à la ligue de Bejaïa au début du mois de février 2016, la suspension d’une année était arrivée à son terme à la fin du mois d’août 2016.  

Le retour de Samira Messad à la compétition avec son club d’origine n’aurait été perçu que comme une démarche administrative normale entreprise entre l’athlète, le club avec lequel elle était liée et la ligue qui semblent être deux entités ignorant les événements de l’année 2016 postérieurs à la suspension originelle.

Nous subodorons toutefois que, même dans ce scenario, l’introduction de la licence à puce, synonyme de modernisation de la base de données fédérales, aurait pu tout de même l’entravée.

Le dossier de mutation fut bloqué au niveau de la fédération.  L’effet immédiat de la décision fédérale a été que cette demande de mutation a permis de mettre à jour (au sens archéologique du terme) la décision de suspension prononcée par la commission d’appel de la CNAD.

L’entité fédérale était en possession de la décision mais n’en avait pas fait état. Bien au contraire, souvenons-nous que certains responsables fédéraux avaient réconforté Samira Messad sur sa participation aux championnats nationaux Open de 2017. Enfermée dans un tiroir à l’abri des regards indiscrets.


Cette sanction revêt une particularité incompréhensible. En effet, Elle est en contradiction avec une des règles nationales et mondiales de la lutte antidopage. Elle n’avait pas été notifiée à l’athlète. La clause de divulgation publique n’a pas été mise en application.

mercredi 22 novembre 2017

Samira Messad (92), Des conditions de recrutement

La différence entre ces deux vrais cas sociaux (les deux athlètes partagent également l’infortune d’avoir été orientées très tôt, à la fin du collège, vers la vie professionnelle (une formulation politiquement correcte, que l’on sait dans le milieu de l’éducation, signifiant aussi bien le renvoi des établissements scolaires que….la recherche d’un emploi introuvable) est que Hassiba Boulmerka a bénéficié d’un contexte (politique et économique) qui permit son intégration dans le monde du travail et du sport de haut niveau.

L’idée du recrutement de Samira Messad a été émise par Abboud Labed. Il reçut pour ce faire l’agrément préalable de Hassiba Boulmerka, la présidente du club. On ne le dira jamais assez, Labed est une âme très sensible.

Beaucoup parmi les centaines d’athlètes ayant fait partie des groupes d’entraînement coachés pendant des décennies par Labed, celles ayant obtenu quelques  résultats notables et dont les conditions sociales n’étaient pas adaptées à la pratique sportive d’un certain niveau, ont trouvé le gite et couvert dans sa famille, auprès de ses enfants. Hassiba Boulmerka en a fait partie.

On comprend mieux les fondements de l’intérêt que porta Abboud Labed à Samira Messad ainsi que, cela va sans doute de pair, la compréhension de sa présidente qui fut très attentive à sa préoccupation.

Hassiba fut d’autant plus sensible à l’intention de Labed que ce recrutement envisagé s’intégrait dans la nouvelle vision, dans celle de la chef d’entreprise. A la fin de l’année 2016 et au début de l’année 2017, le recrutement de Samira Messad était, malgré l’interruption subite et intempestive de sa carrière sportive, une bonne carte à jouer.

Abboud Labed et Hassiba Boulmerka supputaient (l’interruption étant de courte durée) que Samira Messad pouvait revenir assez rapidement (d’autant qu’elle continuait à s’entretenir) à son niveau antérieur, c’est-à-dire celui des meilleures spécialistes algériens des haies et par conséquent marquer de nombreux point dans ses deux disciplines de prédilections. Sans que ce soit leur intention, Amar et Zahra Bouras avaient montré la voie.

En se penchant sur les estimations financières inhérentes à cette opération de recrutement envisagé de Samira Messad, il apparait que le coût financier n’était pas excessif. Comparativement bien sûr à celui de Zahra Bouras dont le palmarès était plus fourni. Intégré dans le projet sportif, la rentabilité à long terme était quasiment assurée. Les deux parties étaient certaines de sortir bénéficiaires.

Du point de vue de Samira Messad, bien que les conditions de recrutement lui soient plutôt défavorables (suspension pour dopage, performances de niveau national, etc.), le MAC lui permettait de revenir sur la piste en connaissant un meilleur sort que celui qu’elle avait connu.

Le projet, dans la conception qu’en avait le duo Labed-Boulmerka, permettait à Samira Messad de rester à Bejaïa, près des siens, de ne pas être déracinée, de continuer à s’y entraîner dans un environnement favorable qu’elle connait bien et qui la connait, avec ses amis, son entraîneur.

Ce projet lui offrait aussi de participer à des stages de préparation organisés sur place par le club. Ces regroupements étaient envisagés pour lui permettre d’être proche des autres athlètes du club mais aussi pour ne pas trop s’éloigner de sa famille.

Le projet Samira Messad s’inscrit dans la perspective du projet d’entreprise du MAC porté par Hassiba Boulmerka. Depuis quelques années, depuis que la ligue de Bejaïa est devenue la plaque tournante de l’athlétisme national en organisant, avec brio, sur les installations de Souk El Tenine, les compétitions nationales jeunes, les jeunes athlètes du MAC se sont habitués à la fois au cadre majestueux, entre mer et montagne, aux mentalités et à la présence très motivante de jeunes sportifs locaux figurant parmi les meilleurs de l’élite nationale. 

Pour Samira Messad, il était prévu en outre la perception d’une indemnité mensuelle améliorée et des primes de résultats. Ce n’était pas le Pérou mais….


Nous nous demandons toutefois si une idée revancharde ne se serait pas glissée dans la démarche que comptait entreprendre le MAC. Nous savons qu’Abboud Labed avait été chagriné par la mutation du sauteur en longueur (et triple sauteur), Triki Yasser (passé par le MAC), qui trouva un bonheur provisoire (avant que les grands clubs d’Alger lui fassent les yeux doux) au sein du MB Bejaïa, et par les conditions et prestations qui lui avaient été offertes. 

dimanche 19 novembre 2017

Samira Messad (91), La volte-face du MAC

Ces deux compétitions (le cross Oudiba et le semi Larbi Ben Mehidi) ont été créées depuis l’arrivée de Zahra Bouras (2014-2015) dans le club de Bounouara. Ces deux compétitions nationales se sont ajoutées, dans le paysage sportif de cette daïra, au traditionnel semi-marathon Chihani Bachir du Khroub organisé depuis la fin des années 1980. Difficile d’y voir un effet du hasard.

Par la force des choses, le MAC  fut mis dans l’obligation de réorienter sa politique de recrutement en faisant maintenant appel à quelques athlètes plus âgé(e)s, à des athlètes certes confirmé(e)s mais paradoxalement en fin de carrière sportive.

Le MAC se tourna en premier lieu vers des vétéranes (Oulmi Fatima-Zohra, Aissani Wassila, Amina Chaâbane), puis des vétérans (Filali Tayeb), spécialistes d’abord des courses sur route et de la marche avant de porter son regard vers quelques sauteurs (Tibermacine) et lanceurs.

Ils étaient tous d’anciens internationaux au riche pédigrée. Dans ce groupe se mêlèrent des sélectionnés pour des compétitions maghrébines ou africaines et d’autres retenus pour des championnats du monde ou les jeux olympiques. Ces athlètes étaient là pour servir d’exemples à de jeunes talents athlétiques prometteurs. Ils étaient les locomotives du club.

Au cours des dernières saisons, les plus récentes de l’histoire du club, à savoir (2014-2015 et 2015-2016), celles correspond à la présence de Zahra Bouras à l’ASC Bounouara, les relations entre Hassiba Boulmerka et Amar Bouras se crispèrent plus qu’elles ne l’avaient jamais été.

Dans cette évocation historique, nous n’aurons garde d’oublier que Hassiba Boulmerka considéra Amar Bouras comme une « carte gagnante ». L’opportunisme n’est pas unilatéral. Mais, depuis quelques années, des divergences étaient apparues entre la star populaire et celle du système technocratique fédéral.

Hassiba Boulmerka est une femme de caractère qui, son statut de star aidant, sut dire à son ancien entraîneur des vérités que d’autres n’auraient pas osé lui dire. En particulier que sous sa présidence, le nombre de licenciés avait régressé. Samira Messad, elle aussi n’a pas la langue dans la poche.

Rancunier, Amar Bouras aurait alors retiré l’aide fédérale au challenge de courses de demi-fond, à prétention internationale, que Hassiba Boulmerka et Abboud Labed s’attelaient à bâtir pour redorer le blason de Constantine dont le meeting international des années 1990 avait disparu quand il commença à recevoir la  reconnaissance des instances internationale (CAA et IAAF) et le coup fatal porté par ses géniteurs.

Parallèlement, le président de la fédération vindicatif aidait le club rival.

C’est ce contexte de rivalité exacerbé qui permit au MAC de faire évoluer sa perception de la pratique de l’athlétisme, de faire enfin comme les autres clubs, de se lancer dans le recrutement tout en poursuivant les efforts fournis en matière de formation.

On ne peut comprendre le lien (dénoué par la décision reçue le 27 avril 2017) entre le MAC et Samira Messad  si l’on n’a pas à l’esprit ce que nous venons d’écrire. Mais, cette compréhension demeurera superficielle.

Pourtant, si cet aspect est révélateur, il est impossible de faire abstraction (c’est peut-être même la dimension la plus importante) des conditions de vie sociales et sportives dans lesquelles a évolué Hassiba Boulmerka dans ses jeunes années, au début des années 80. Des conditions de précarité présentant de nombreuses similitudes avec celles qui épousent les conditions dans lesquelles évoluent présentement Samira Messad.

Hassiba Boulmerka a grandi dans un des nombreux quartiers périphériques qui encerclaient la ville de Constantine, formant une couronne d’habitat insalubre. Elle a vécu sur un site d’habitat précaire surnommé, par la puissance de l’ironie, heureusement présente en ce lieu d’extrême précarité, « Dallas ». Avant que sa victoire de Tokyo ne permette l’octroi, et le déménagement de sa famille, d’un logement social à El Khroub.


Nous avons vu que Samira Messad a perdu son père alors qu’elle était minime (mais déjà internationale scolaire), que son unique frère est employé au marché de gros de Bejaïa et que sa  mère est une grande malade. On ne dira jamais assez que les résultats de Samira Messad sont, en grande partie, certes le produit de ses efforts, de ses victoires sur les blessures récurrentes mais également celui de l’accompagnement des âmes charitables peuplant la famille de l’athlétisme bougiote. Une autre ressemblance avec Hassiba. L’environnement proche lui permis de garder la tête hors de l’eau.

vendredi 17 novembre 2017

Samira Messad (90), La guéguerre des clubs

Les titres africains et les honorables places aux jeux olympiques furent les premières lignes importantes inscrites au palmarès de Hassiba Boulmerka avant qu’elle ne quitta Labed pour rejoindre Amar Bouras. Bien avant (en 1986) elle avait remporté  le titre de championne arabe de cross-country de la catégorie « juniors » et elle avait battu, quelques jours plus tard, le record d’Algérie « seniors » du 3000 mètres.

 Grâce à la mise en place d’une néo-politique ministérielle et fédérale, née de la mise au placard de la « Réforme sportive » évoluant d’un professionnalisme étatique à un professionnalisme libéralisé, Amar Bouras, soutenu par le président de la fédération de l’époque, pu mettre à sa disposition les gros moyens de la fédération algérienne d’athlétisme engagée dans l’élitisme à outrance.

Ces moyens étatiques, dépassaient de très loin, relevons-le, ceux qui lui avaient été offerts par le trio d’entraineurs constantinois de demi-fond (Labed, Grabsi et Benmissi) et un responsable local d’entreprises publiques connu comme étant monsieur Abdelatif. Il était alors le directeur d’une unité de la Sonacome, avant de devenir directeur régional d’Air Algérie. Ceux qui l’ont côtoyé le décrivent comme « un passionné de la course d’endurance ».

Ce quatuor avaient permis l’intégration de Hassiba Boulmerka à l’unité SNVI ex-Renault du « 4ème kilomètre » qui géographiquement est à la fois proche de son domicile et du stade du 17 juin. C’est alors qu’elle devint, très jeune, une athlète de performance  au CM Belcourt.

Au cours de sa courte existence (une décennie à peine), le MAC a été confronté à la dure réalité vécue par l’ensemble (hormis peut-être le Mouloudia d’Alger puis le Groupement Sportif des Pétroliers qui lui succéda ainsi que les associations des corps constitués) des clubs d’athlétisme.

Cette réalité fait que la survie des associations sportives est exclusivement dépendante des subventions accordées par les collectivités locales (communes et wilayas) en fonction, officiellement, des résultats obtenus (représentatifs en quelque  sorte de la notoriété acquise dans l’opinion administrativo-sportive) et d’autres raccourcis, moins visibles, mais plus effectifs.

Le MAC n’a guère profité des subventions souvent retardées ou supprimées pour des motifs divers et saugrenus comme celui faisant allusion (dans les coulisses des univers sportif, administratif et  politique constantinois) des capacités financières que pouvait offrir Hassiba Boulmerka, devenue chef d’entreprises florissantes, à SON club.

La réussite locale et régionale n’est pas financièrement rentable. C’est comme cela qu’est apparu au sein du MAC l’objectif de ce qui s’apparente à une révolution, à une révision de la politique interne. Une vision consistant à marquer des points, à remporter des titres et des médailles, synonymes d’amélioration de la position dans la classification nationale des clubs, prendre place dans la hiérarchie locale et nationale. La formation et le développement laissent un peu de place à la quête des résultats.

Pour le MAC, confronté à une situation qui l’oblige à rompre avec son crédo originel, il s’agit essentiellement, maintenant, de se positionner aux côtés ou, mieux encore, devant l’ASC Bounouara.

L’ASC Bounouara est un club de la périphérie constantinoise, élisant domicile dans une commune située  géographiquement dans le triangle ayant trois sommets : El Khroub - Ouled Rahmoune et Ain Abid, la ville martyrisée en  20 août 1955 de triste mémoire.

Il a possédé la réputation, fortement accolée à sa dénomination et à ses couleurs, d’avoir été le club chouchouté par le président de la fédération, Amar Bouras. Le club où a été licenciée sa fille Zahra, à son retour à la compétition, après qu’elle eut purgée la sanction de deux années de suspension pour dopage dont elle avait écopée. Un club dont (on le constate en 2017) le niveau de classification nationale a fortement décliné avec le départ de Zahra Bouras et de Skander Djamil Athmani ainsi que le retrait de Souhir Bouali.


Pour cette raison (l’accueil de Zahra Bouras), et bien d’autres, il se dit, avec fortes insistances, que cette association et la ligue d’athlétisme de Constantine (qui aurait servi d’intermédiaire dans une affaire constantino-constantinoise) auraient bénéficié de privilèges : matériels pédagogiques pour le club, deux compétitions nationales, inscrites aux challenges nationaux, dotées d’une aide financière fédérale intéressante lorsque les capacités financières de la fédération le permirent : un cross au Khroub ainsi qu’une course sur route à Ouled Rahmoune. 

jeudi 16 novembre 2017

Samira Messad (89), L’entrée en lice du MAC

Nous pouvons supposer que, sans cette proximité géographique, la seconde sanction (suspension de 4 ans) n’aurait pas été connue de la nouvelle FAA, que la décision n’aurait été, pour la ligue d’athlétisme, qu’un document administratif à classer dans les archives. Il n’en est rien.

En réalité, la situation qui vient de naitre, le « cas Samira Messad », tel que dénommé dans le procès-verbal de la réunion du bureau fédéral, est encore plus complexe qu’il n’y parait. Comme s’il ne l’était pas déjà suffisamment avec toutes les péripéties que le résultat d’analyses anormal ne laissait pas voir. Le fax de la DTN est certes le fait déclencheur. Mais, il n’est que l’aboutissement d’une démarche administrative engagée quelques semaines plus tôt.

Car, avant que la décision d’aggravation de la sanction ne soit dévoilée inopinément, tout démarre avec le désir de Samira Messad de reprendre une licence sportive, de retrouver la piste et les compétitions comme le lui permet la décision qu’elle a entre les mains. Une décision qui la suspend pour une année. Une décision acceptée à contre cœur.

Aux championnats d’Algérie d’athlétisme Open 2016, marquant quasiment la fin de la suspension de 12 mois, Samira Messad avait été approchée par Abboud Labed pour qu’elle signât une licence au club dont il est la cheville ouvrière : le MA de Constantine. La sanction d’une année de suspension expirerait à la fin du mois d’août 2016.

Le MAC n’est pas un grand club. Mais, c’est une association sportive particulièrement remarquable. Le club a été créé, est présidé et financé par la championne du 1 500 mètres des jeux olympiques de Barcelone (1992), Hassiba Boulmerka.

Le club déroge aux règles de fonctionnement habituelles. Dès sa création, il s’intéressa aux courses de demi-fond et aux jeunes. Il rejoignit ainsi la philosophie préexistante à la création des associations sportives ou sections d’athlétisme.

Cette vision fait partie également (comment pourrait-il en être autrement au vu des vécus de Boulmerka et Labed ?), il faut le dire, du conditionnement mental, du « formatage », du mode de pensée de Labed qui, pendant toute sa carrière d’enseignant d’EPS et d’entraîneur d’athlétisme, fut au contact des adolescents et surtout….. des adolescentes qui écrivirent les lignes les plus prestigieuses de son palmarès d’éducateur sportif. Abboud Labed est considérée comme LE spécialiste algérien de l’athlétisme féminin, excellant dans toutes les épreuves du programme. Quant à la préséance du demi-fond, le club la doit à Hassiba Boulmerka. Parcours sportif oblige.

Hassiba Boulmerka a connu Labed à ses premiers pas. En fait, dès le collège où elle fut son élève puis au club.  La connaissance partagée de l’idéologie sportive et la force de persuasion de Labed, conduisit la nouvelle association sportive à privilégier la création d’écoles d’athlétisme disséminées dans les établissements scolaires (de la ville et en dehors de l’agglomération de Constantine) où les enseignants d’EPS étaient motivés pour devenir des partenaires du club dont Hassiba est le leader. Dans leurs visions, chaque établissement scolaire est considéré comme un pôle de développement, apte à devenir ultérieurement une annexe du club ou même un club à part entière pour les écoles situées dans des localités éloignées.

La politique suivie commence à porter ses fruits. Avec de jeunes athlètes figurant parmi l’élite nationale. Ainsi qu’avec de premiers pas réussis au niveau international. Hamdani Benahmed, finaliste des championnats du monde cadets 2017 et médaillé d’argent des championnats arabes 2017 sur 2000 mètres steeple (5.56 sur la distance), est le joyau actuel du club.

Pour la petite histoire récente de l’athlétisme constantinois, le sauteur en longueur et triple sauteur Triki Yasser Mohamed Tahar y aurait pris sa première licence avant de connaitre d’autres clubs. Labed (et les clubs où il exerce) parait avoir été la victime rituelle du pillage des athlètes. Labed s’est habitué à cela. Bien qu’il trépigne de rage chaque fois que cela arrive.


Hassiba Boulmerka fut sans doute l’athlète la plus emblématique et représentative de la pratique du piratage d’athlètes. Avec Abboud Labed, Hassiba Boulmerka avait atteint un niveau international plus que respectable. Sous sa direction, elle fut double championne d’Afrique (800 mètres et 1 500 mètres) à Annaba (1988) et deux fois demi-finalistes sur les mêmes distances aux jeux olympiques de Séoul (1988).