samedi 31 mars 2018

Ali Saidi Sief (18), La naissance d’une aristocratie


Dans le corps de la nouvelle caste qui prend le pouvoir dans la sphère sportive, pour les cohortes de dirigeants puisés dans les rangs des techniciens-fonctionnaires constitutifs de l’aristocratie du secteur, il s’agit d’un challenge difficile à relever.
Cette nouvelle caste est une catégorie socioprofessionnelle qui a été inscrite dans un cursus de carrière restrictif (celui des sciences et méthodologie du sport) qui, par la suite, se diversifiera. On constate que cette classe sera exclusive (dans la constitution de l’électorat sportif) des anciens sportifs (y compris internationaux) n’étant pas inscrit dans l’orientation académique privilégiée et dominante.
L’association algérienne des cadres du sport est passée par là non pas pour défendre la corporation mais pour devenir un instrument de pouvoir au service de la puissance publique. L’entrée en politique de l’association a été, nous l’avons vu par ailleurs, à l’origine de la dissension entre le clan Brahmia et celui constitué autour de Lounnas qui n’est cependant pas totalement responsable de l’opprobre qui rejaillira plus tard sur ses contrefacteurs.
Nous observerons que les plus illustres de ces anciens sportifs de très haut niveau (champions et/ou  médaillés olympiques et mondiaux) seront plus tard (au 21ème siècle) exclus de l’assemblée générale par une de ces nombreuses pratiques manipulatoires dont la sphère athlétique et les épigones de Lounnas furent friands.
L’exemplarité dont sont porteurs, à travers leurs palmarès, leurs auras, leurs légendes, les grands champions gêne aux entournures à la fois ceux qui n’ont pas percé dans leurs parcours sportifs et dans la dimension universitaire d’une part ainsi que les sportifs (convertis en entraîneurs) soucieux de gravir l’échelle du pouvoir électif sportif après s’être emparé, par le biais des réseaux en action, du pouvoir administratif sportif.
Dans ce maelstrom socio-économique destructeur de la vague rentière, la corporation des sportifs (au sens large incluant aussi bien les athlètes relégués cependant au dernier rang que les entraîneurs et les dirigeants) est habituée à être servi à la demande, conditionnée par le système économique et politique à trouver dans les coffres forts presque jusqu’alors inépuisables les prébendes qui furent ceux de l’Etat-Providence.
Comprenons-nous bien, l’Etat, le secteur productif public et privé sont, comme tous les acteurs du mouvement sportif national, à la recherche de trésorerie, que le marché international des hydrocarbures et de la rente qui en découlait, ne peuvent plus assurer. La sphère sportive a un besoin inextinguible de cash-flow qui n’est plus disponible.
C’est  l’incapacité des fonctionnaires (catégorie sociale à laquelle appartient la bulle sportive) à opérer la rupture épistémologique nécessaire, c’est-à-dire le passage de la vision socialiste du sport à la nouvelle vision (mentalité, attitude) plutôt libérale, qui amena le début de l’agonie des ASP (associations sportives de performance) et des ASC (associations sportives communales).
Le sort des premières étaient liées aux grandes entreprises publiques en très grandes difficultés. Les secondes ont été dépendantes, pour une partie signifiante de leur financement, de la coloration politique des assemblées populaires communales (APC) ou (plus précisément en conformité au schéma administratif transitoire de l’époque) des DEC (délégations exécutives communales), ces entités administratives désignées, par le pouvoir administratif et politique, en lieu et place des assemblées populaires élues accaparées par la mouvance d’inspiration islamiste lors des élections de 1991-1992.
Nous noterons que les répartitions des subventions (un aspect fondamental de la gestion des ASP et ASC) aux associations sportives ont été alors orientées, plus que par le passé, vers deux activités sportives : le football-roi et les sports de combat. Nous admettrons qu’il aurait été difficile, politiquement insensé dans la perspective de la continuité d’un système vacillant, d’écarter (compte tenu de l’importance de la place occupée dans l’imaginaire des citoyens et des décideurs) le football de la manne providentielle.


jeudi 29 mars 2018

Ali Saidi Sief (17), La pyramide tronquée

Pourtant, la masse indistincte des dirigeants composant l’assemblée générale de la fédération est issue de cette base (un concept que nous empruntons aux doubles discours politique et sportif dont la sémantique appartient à la tradition du Parti Unique et des courants idéologiques qui l’ont accompagné dans une vision de « critique constructive ») formatrice de l’assise de la pyramide.
Cependant, on ne dit pas suffisamment (dans la périphérie de la fédération et des ligues, que cette structure    pyramidale est tronquée en l’absence de structures intermédiaires entre cette base et le sommet de l’iceberg.
Les ligues régionales, rouages intermédiaires au sein de toutes les fédérations sportives légalement agréées, sont remplacées dans la structure de l’athlétisme, la puissance idéologique et administrative fédérale aidant, par des conseils de coordination régionale aux statuts juridiques indéfinis.
Ces CCR ont été imposés en toute illégalité (par rapport aux règles juridiques établies par les statuts-types des fédérations nationales et par la loi). Le fondement d’une théorie de coup d’état juridique (déjà en germe dès 1989 avec la mise en place du célèbre « tiers bloquant » réservé à la corporation et dans d’autres structures sociales) repose sur le concept idéologique structurant de la « souveraineté de l’assemblée générale ». Nous constatons qu’elle est remisée au placard en d’autres circonstances, au nom de la délégation de pouvoir exécutif accordée au bureau fédéral et à son président, pour être confiée ensuite aux « cadres permanents ».
Curieusement, ces nouveaux statuts ont été adoptés en catimini par l’assemblée générale dans le sens où cette résolution (et bien d’autres par la suite. Aucun PV de réunion n’a été publié sur le site de la fédération depuis le 30 mai 2017) ne bénéficient pas de la publicité adéquate via la transmission de la nouvelle assise juridique aux instances concernées (le ministère de la jeunesse, le comité olympique, la fédération internationale) afin d’en valider le contenu vis-à-vis des conventions internationales et de la réglementation nationale.
Ce sont ces dirigeants (présidents de ligue de wilaya) qui devraient ressentir le plus lourdement les  conditions dans lesquelles évoluent les clubs et donc faire évoluer le contexte. Ils ne sont malheureusement que des spectateurs d’une pièce théâtrale jouée par les acteurs principaux de la dynamique athlétique que nous rencontrerons plus loin.
En fait, la description de la structure fédérale de type démocratiques est une vue de l’esprit. Depuis 1989, le président de fédération est issu, le plus souvent, de l’autocratique et aristocratique corporation des cadres du sport dont sont extirpés (pour assumer les fonctions de responsabilité) des proches de la tutelle (wilaya et nationale) mise au premier plan et à la commande des ballets électoraux.
La composante des clubs et des ligues de wilaya qui est à la fois émanation de la base et représentation élitiste locale, n’échappe pas à la physionomie de la fédération.  A ces deux autres niveaux (clubs et ligues) de la pyramide sont quasiment exclus les bénévoles, les fameux « hors secteur » dont la représentation numérique est négligeable.
Dans la catégorie basique de l’échelle sont toutefois inclus, dans une attitude proche de condescendance seigneuriale, afin de pallier à la vacance de candidatures, ceux et celles qui appartenant à la grande famille de l’athlétisme par un curriculum vitae sportif qu’il est impossible pour la technocratie en formation, dans les années 1990, d’écarter d’un revers de main : les médecins et les arbitres.
L’écosystème dans lequel évolue l’athlétisme est caractérisé par un repli sur soi. Cet environnement clanique d’essence élective est renforcé par la nomination des représentants de la tutelle, par les membres  techniques des structures (ligues et fédérations), en charge des rouages administratif et financier, de la technique, de l’organisation sportive et du développement. Cet encadrement est choisi exclusivement parmi les cadres salariés du secteur.
  

mardi 27 mars 2018

Ali Saidi Sief (16), Le clash des philosophies


Lorsque Hassiba Boulmerka et Noureddine Morceli s’illustrent au niveau mondial, le plan d’ajustement structurel (P.A.S.) pointe le bout de son nez. Les résistances de quelques acteurs du pouvoir politique, partisans de l‘ « économie de guerre » n’y changent rien.  Les restrictions font déjà partie du quotidien de la population algérienne habituée depuis plusieurs années à un consumérisme de bas étage introduit par le P.A.P. (plan anti-pénurie). 
Concomitamment à la révision de l’idéologie socio-économique alors dominante, l’encadrement juridique et organisationnel du mouvement sportif national fait l’objet d’un amendement révolutionnaire introduisant   une dose de libéralisme (ce que les membres de la grande famille sportive se refusent obstinément et jusqu’à aujourd’hui à voir et à reconnaitre) inscrite dans le concept de « désengagement de l’Etat » que l’on perdra de vue lorsque le prix des hydrocarbures retrouvera des couleurs ou qu’il faudra calmer la colère populaire.
C’est cependant au cours de cette période que l’athlétisme algérien fut au plus haut, connut ses plus belles heures. Pourtant, en ce temps que l’on pourrait dire béni par les dieux de l’Olympe, toutes les difficultés se sont rassemblées, ajoutées, agglutinées les unes aux autres pour le mettre à genoux. Dans l’indifférence quasi-générale.
En ces temps difficiles, où le sang coule sans discontinuer, les athlètes, les dirigeants, les entraîneurs font partie des cibles privilégiées au même titre que les citoyens et les intellectuels progressistes (hommes et femmes le plus souvent non voilées), les journalistes, les représentants de l’Etat au niveau local, les Patriotes et GLD, les policiers, les militaires.
La décennie sanglante, la dernière du 20ème siècle marque également le début de la perte des repères de l’athlétisme algérien. Elle est celle où s’affirme deux troubles mentaux, la paranoïa et la schizophrénie idéologique et sociologique des parties ne partageant pas les idéaux prônés par les deux parties dominantes.
Cette paranoïa et cette schizophrénie sont fondées sur un sentiment d’exclusion. Elles ont aussi pris leurs racines dans les discours populistes et dans cette notion de « démocratie » mal assimilée qui conduit à une forme d’activisme discursif annihilé par la mainmise de plusieurs clans véhéments sur le devenir de la discipline.  
 Au cours de cette période cognitivement instable car en pleine mutation, le sens du devoir et le sens du service public transcendent encore l’action. Le changement de siècle voit déjà apparaitre la transformation du substrat fondé sur l’intérêt général en une autre perspective portant l’intérêt personnel. L’individualisme, l’égoïsme, l’égocentrisme ont pris les commandes. 
L’impact de la perte de repères fut ressenti jusque dans les contenus de la législation et de l’organisation sportives apparues à partir de l’abrogation du système sportif antérieurement basé sur une organisation de type soviétique et son remplacement par une autre législation et une autre organisation distinguant dans la prise  en charge le sport de haut niveau (les équipes nationales) du sport de base (les clubs).
Tandis que le premier niveau de la structure sportive reste à la charge de l’Etat, le second dépend des efforts consentis par les dirigeants appelés à se transformer en lobbyistes, en quémandeurs de subventions auprès des autorités publiques, des entreprises étatiques dont la privatisation est largement entamée et des  moyennes entreprises du secteur privé en germination. Les nouveaux dirigeants ne sont pas préparés à ces nouvelles missions et aux mentalités qui y président.
Le lien ombilical, dans ses dimensions juridiques et administratives, fut rompu dans l’esprit des dirigeants fédéraux qui se tournèrent essentiellement vers le premier des deux niveaux de pratique et, cela fait partie du fonctionnement social, de la satisfaction des desiderata de la hiérarchie administrative dont l’ambition, seule et unique, est de faire valoir la dimension symboliquement politicienne de la Victoire.  

samedi 24 mars 2018

Ali Saidi Sief (15), L’apparition des racketteurs


Le pilier de l’athlétisme, soutien indéfectible de la gestion fédérale, omet cependant de déclarer et d’observer que ces  économies bénéficient prioritairement à la super-élite  réduite à sa plus simple expression (deux ou trois athlètes). Dont l’un (Toufik Makhloufi) échappe totalement à la gestion fédérale.

Dans un tel contexte de laxisme qui s’apparente à un véritable bazar à ciel ouvert, la fonction d’agents d’athlètes, jusqu’alors marginale (bien qu’elle ait animé les débats à l’époque des Morceli et Boulmerka), est mise au  centre du système.

Elle a fait naître une impression désagréable. C’est celle qui transparait dans les récits (de plus en plus récurrents) offerts à la consommation publique par des athlètes constatant à leurs dépens des cas de transformation de dirigeants et  d’entraîneurs en prédateurs.

Certains membres de cette nouvelle race d’entraîneurs-managers se conduiraient en véritables racketteurs, délinquants, escrocs à la petite semaine. On ne peut s’empêcher (en évoquant ce sujet du management des athlètes) de se remémorer que, au cours des années 90 et suivantes, pendant la période de Noureddine Morceli survolant les courses mondiales de 1 500 mètres qui a vu l’introduction de cette fonction dans l’athlétisme national, Amar Brahmia, manager du champion du monde et champion olympique (puis des athlètes du Mouloudia d’Alger) avait été la cible d’accusations du même type de la part du groupe antagoniste installé confortablement dans l’assistanat fédéral.
 Les néo-managers s’approprieraient de parts plus ou moins importantes des primes et récompenses perçues en contrepartie des résultats et performances acquis sur le terrain par ces athlètes que l’on peut considérer sans équivoque comme les sujets d’un esclavagisme des temps modernes.
Pire, ils s’empareraient  de l’ « argent de poche » mis à la disposition des jeunes athlètes retenus dans les sélections nationales par la réglementation nationale relative au financement des participations à des championnats et jeux se déroulant à l’étranger d’une part ou.
Comparativement aux maigres avantages dont ils disposaient au pays, les sportifs exilés (qui ne sont pas tout à fait des harragas car en règle sur le plan consulaire, couverts par un passeport et un visa établis en bonne et due forme, un billet de retour et quelques maigres économies constituées au fil des déplacements ponctués de compétitions à l’étranger avec les groupes d’athlètes fédéraux ou indépendants) survivent grâce aux aides le plus souvent octroyées par des clubs étrangers en quête de champions en devenir pour rehausser leurs statuts dans les classifications nationales et de techniciens, diplômés des instituts algériens,  en situation de précarité.
Dans notre réflexion, nous ne négligerons pas que la situation sécuritaire eût également pour conséquence l’apparition d’une branche féminine de l’exil sportif que l’on n’évoque guère. Les sportives (athlètes, techniciennes ou conseillères des sports) ont fait partie des cibles privilégiées du terrorisme fondamentaliste qui leur reprochait d’abord la pratique sportive et ensuite de se comporter en tant que telles en alliées de la mécréance et de la tyrannie.  
L’ouverture politique dont il a été question plus haut est la conséquence directe et implacable de la chute des prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux. La diminution des recettes pétrolières, sources principales des revenus de l’Etat, l’impossibilité de poursuivre la politique de la rente, a conduit à une négociation (en totale contradiction avec les principes économico-idéologique antérieurs) avec les institutions financières consacrées par les accords dits de Bretton Woods (Banque mondiale, Fonds Monétaire International, Club de Paris et Club de Londres) posant, dès la fin de la 2ème Guerre Mondiale, les premiers jalons de la globalisation et du néolibéralisme.
La volte-face économico-politique est étonnante pour une nation qui, très tôt dans son Histoire de nation  ayant arraché son indépendance, a rejoint le camp « des collectivistes ».

mercredi 21 mars 2018

Ali Saidi Sief (14), La migration en tant que substitut


Cette forme de migration est aussi le corollaire de l’affaiblissement de la fédération, de la diminution de ses moyens financiers et organisationnels.
Les meetings du « Grand Prix FAA », les challenges nationaux de cross-country et de courses sur routes n’attirent (nous devons amèrement le constater) que les athlètes présents sur le territoire national et ceux qui ne sont pas intégrés dans les stages (nationaux ou à l’étranger) mis en place dans le cadre des programmes de préparation aux compétitions internationales formulés par la DTN et la direction des jeunes talents sportifs.
Pourtant, les challenges sont relativement lucratifs. La récompense offerte aux vainqueurs de la course des seniors atteint souvent quatre fois le salaire mensuel d’un travailleur ou dépassant celui d’un ingénieur ou d’un médecin. Elle reste bien loin, il est vrai, des primes de matchs des footballeurs.
 Cette forme de migration temporaire et/ou transitoire est celle à laquelle ont recours les athlètes mis à l’écart du système fédéral, croyant en leurs potentiels et se trouvant (en l’absence de toute aide dont la nature n’est pas toujours exactement définie) dans l’obligation de prendre leurs projets à bras-le-corps pour préparer quelques objectifs et réaliser des performances qui puissent attirer l’attention sur eux.
Ces jeunes athlètes, devenus des habitués des lignes aériennes entre l’Algérie et l’Europe (essentiellement la France) souvent fraichement émoulus de la catégorie junior (appartenant donc à celle des « Espoirs ») dont l’âge  varie entre 21 à 23 ans, font l’objet (c’est aussi une des constante du système) d’une intégration dans des  clubs européens où ils sont entraînés aussi bien par des techniciens français que par des…… entraîneurs algériens, aux parcours sportifs internationaux plus qu’honorables (demi-finalistes et finalistes des championnats du monde ou des Jeux olympiques), de plus en plus nombreux à quitter le pays, leurs carrières sportives et leurs formations d’entraîneurs terminées. Ce ne sont certainement pas les pétrodollars qui, comme d’autres entraîneurs expatriés, les motivent.
Le phénomène des « athlètes migrateurs » a été si important (et est devenu si familier dans le paysage athlétique algérien) que la fédération algérienne du président Bouras en a été venue à légiférer. Une réunion bureau fédéral a pris la décision d’interdire la double licence par laquelle un athlète adhérait à un club en Algérie et à un autre à l’étranger. La représentation d’une double allégeance sportive.
Cette  interdiction, se présentant de notre point de vue comme une formalité administrative prise aux yeux des responsables politiques, ne porta aucun fruit. Il faut dire qu’elle fut rapidement transgressée, bafouée en premier lieu par les proches des responsables fédéraux et par les athlètes de l’élite intermédiaire. 
Pis, certains entraîneurs de l’élite, parmi les mieux considérés, les mieux soutenus par l’appareil étatique, en sont venus à gloser sur cette situation des plus grotesques. L’un d’entre eux y a même vu un nouveau mode de gestion de la FAA en vue du développement de la discipline afin de pallier au désengagement des pouvoirs publics. Nous ne retenons même pas l’argument de l’empêchement des libertés individuelles  invoqué, tant il est ridicule dans un pays où elles sont poussées sur les bas-côtés.

Selon ces propos – tenus, nous devons le préciser, par l’un de ces piliers notoires du système, réputés par leurs excès, leurs exigences et leurs dérives, abonné aux prises en charge fédérale et aux bourses du COA et du MJS et donc peu concernés par la problématique- les athlètes ayant choisi cette voie participent à l’allégement des charges financières pesant sur la fédération terriblement endettée (quelques 12 milliards de centimes lors de la passation de consignes entre l’ancien président Bouras et son ex-premier vice-président Abdelhakim Dib, élu après que le système ait écarté tous les candidats).


lundi 19 mars 2018

Ali Saidi Sief (13), Entre les deux, mon cœur….


Malgré l’écoulement du temps et l’éloignement de sa famille,  Abdi Youcef, bien qu’il ait payé le prix fort du dépaysement, estime qu’il a réussi son aventure australe. Il dit avec pudeur : « je vis très bien et (….) rien ne me manque ». Quand le mal du pays le tenaille, il prend l’avion (avec femme et enfants) pour venir humer l’odeur du genêt.
D’autres athlètes plus âgés, dans la plénitude de leurs capacités athlétiques, ont choisi de tourner leurs  regards vers d’autres horizons, vers le « Vieux continent » ou le « Nouveau Monde » où ils s’installèrent définitivement. Gatte Ryad, ancien membre du  groupe constitué autour de Hassiba Boulmerka, en fait partie. Il s’est installé, aux Etats-Unis où il a fait sa vie en épousant une Cubaine (réfugiée à Miami) rencontrée au cours des stages organisés sur l’île castriste.
Ce furent des émigrants au sens plein du terme. Ils préfigurèrent les « athlètes migrateurs » d’aujourd’hui.
Ces anciens athlètes se distinguent toutefois des athlètes appartenant à la nouvelle génération. Ces derniers ont, pour l’heure, contrairement à leurs aînés auteurs d’un choix cornélien. Ils font le grand écart entre les deux rives de la Méditerranée. Un pied est sur le sol du pays qui les a vus naître et un autre là où se déroule la majeure partie de leurs existences sportives. Là où ils concourent régulièrement et où ils tentent de réaliser les minima de participation aux compétitions internationales, en tant que représentants algériens.
Ils attendent (on ne doit pas en douter) des jours meilleurs perçus par le truchement d’un changement de nationalité sportive. D’ailleurs, ces derniers mois, il n’y a plus aucune gêne à exprimer cette tentation (motivée, expliquent les concernés ou leurs proches, par les mensonges et les déclarations dilatoires, l’indifférence générale des responsables et la déliquescence du mouvement sportif national) sur les réseaux sociaux.
Les tabous d’hier n’ont plus court. Ils ont été brisés par les norias d’universitaires de tous profils, de médecins et par les hommes politiques évincés ou les opposants au régime, et leurs proches familles.
Ce qui n’est pas dit, c’est que dans les pays d’accueil, où les autochtones éprouvent les pires difficultés à vivre, les athlètes vivotent sous un statut peu reluisant qui souvent n’est guère éloigné de celui de SDF.
Ils y échappent parfois grâce à la générosité et à l’assistance multiforme apportée par d’autres sportifs émigrants, leurs aînés, leurs prédécesseurs plus ou moins bien installés. Ces derniers reprennent le flambeau porté par les premières générations d’émigrés. Ils se comportent en une sorte de relais, en acteurs de la filière de l’entraide traditionnelle qui a accompagné les vagues migratoires successives comprises entre l’après-seconde guerre mondiale et la fermeture des frontières à l’émigration.
Le phénomène des « athlètes migrateurs » est apparu, dans sa forme organisée que l’on connait aujourd’hui, vers 2012. Il y a lieu de comprendre qu’il s’agissait alors d’une émigration temporaire ayant pris deux aspects. 
Le premier est celui emprunté par des athlètes perpétuant le mode organisationnel ayant eu cours pendant la période étatique de l’histoire de l’athlétisme algérien.
Ils  s’organisèrent en petits groupes afin de participer à des tournées de compétitions hivernales et estivales leur offrant l’opportunité de se frotter à une adversité prétendument plus forte que celle qu’il serait possible de trouver dans les compétitions du pays, délaissées par les athlètes émergents.
La situation est cocasse. En effet, ces athlètes se retrouvent sur les mêmes pistes d’Europe, participant à des meetings dont le niveau, la qualité ne répond pas toujours à ce qu’ils avaient rêvés. Des compétitions nationales (françaises, allemandes, suisse, italiennes, espagnoles, turques, etc.) à participation internationale dont ils enrichissent le plateau en appauvrissant, dans la foulée, la participation aux meetings algériens.

samedi 17 mars 2018

Ali Saidi Sief (12), En finale des Jeux Olympiques


Nous dirons que, dans l’historiographie du 1 500 m australien, Abdi Youcef rejoignit le légendaire Herbert Elliot, champion olympique de la distance aux jeux de Rome (1960).
Il ajouta d’autres lignes à son palmarès international. Parmi celles-ci, en  2010, huit ans plus tard, on retrouve une place de finaliste (6ème en 8.33.20, toujours au 3 000 m steeple) aux Jeux du Commonwealth de New Delhi.
Entre temps, en 2008, il participa également au nec plus ultra des événements sportifs, à la compétition dont rêvent tout éveillés tous les athlètes sans exception: les Jeux Olympiques.
Pour lui, ce furent les Jeux de Pékin. Il fut donc présent, avec une satisfaction certaine, deux olympiades après les Jeux auxquels participèrent ses pairs, les athlètes qui furent présents et médaillés aux Jeux de Sidney 2000. Pour en revenir à Abdi, souvenons-nous seulement qu’aux championnats du monde juniors de Sidney (1996), quatorze ans auparavant, il avait devancé les deux athlètes dont il est  question: Saïdi-Sief et Ngeny.
Ces Jeux du début du 3ème millénaire avaient été organisés sur le sol de sa nouvelle patrie. Il en fut écarté par les circonstances. Remarquons que sa nouvelle allégeance ne fut pas motivée par une sélection pour ces jeux comme on serait tenté de le croire au vu des pratiques qui ont court, depuis quelques années, au sein des pétromonarchies, en Turquie et d’autres nations occidentales.
Devant le succès de cette démarche, même les Etats-Unis y ont eu recours pour former l’équivalent de la Légion Etrangère française en recrutant des Kenyans. On observera que ces pratiques sont aussi collatéralement impactées par le fléau du dopage.
A ces Jeux de Pékin, il disputa la finale du 3 000m  steeple et se classa à la 6ème place avec un chrono de 8.16.36 (8.17.97 au premier tour) que peu d’Algériens, disposant des meilleures conditions qu’ait pu offrir le système, sans être confrontés aux embuches de toutes genres liées à l’expatriation que sont la perte/recherche de repères spatiaux, linguistiques et culturels, ont été en mesure de réaliser.
Cette place de finaliste fut bien évidemment pour Abdi Youcef l’apothéose d’une carrière sportive manquant de linéarité. La consécration tant espérée mais pas la fin d’un parcours qui dura jusqu’en…. 2016.
Nous devons imaginer que cette place de finaliste des Jeux Olympiques a dû avoir une saveur intérieure particulière. On raconte dans les chaumières facebookiennes qu’Abdi Youcef ne s’était pas coupé totalement de ses concitoyens d’antan. Il recherchait, lors de toutes les compétitions internationales auxquelles il participait, la présence des athlètes algériens, partageant sans doute avec eux  le récit ritualisé de leurs mésaventures et autres tracas avec les structures gestionnaires. A Pékin, Rabia Makhloufi, le représentant à ces Jeux de sa patrie d’origine, fut éliminé lors des séries (8ème  en 8.29.74).
Lorsque en 2016, Abdi fêta son 38ème anniversaire, il pouvait être alors considéré, sans exagération aucune, comme le dernier des Mohicans, le dernier  des internationaux algériens de sa génération encore en activité, à un niveau appréciable (8.33 en 2015) sur sa distance fétiche.
Observons par ailleurs que, contrairement à la majorité des coureurs de demi-fond, il n’est pas « monté », n’a pas fait carrière sur les distances plus longues et il ne s’est pas tourné vers les courses sur route. Même si, son parcours montre qu’il s’est aligné au départ de quelques-unes d’entre elles.
Nous devons reconnaitre que le jeune coureur considéré comme « grillé » par les experts du stade annéexe ne le fut pas autant qu’on l’avait prédit du côté du stade du 5 juillet.