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epuis qu’il est sur le devant de la scène, grâce aux résultats de son
groupe d’athlètes aux allures de mercenaires recrutés sur un éventail
relativement large de nations portées sur la course à pied ou tentant
d’inscrire leurs noms sur le fronton prestigieux des courses de demi-fond, Aden
Jama est jalousé. La réussite sportive (et dans les autres domaines de
l’activité humaine) fait envie, fait parler, fait naître et propage les commérages
et autres médisances. Il ne pouvait échapper à cette manie, à ce travers social
universellement partagé. Surtout lorsque les victoires sont insolentes
d’aisance. Dans l’histoire de l’humanité, il ne fut pas le premier et il ne
sera certainement pas le dernier à subir cette avanie.
La société humaine a toujours cherché des explications à
l’inexplicable. En ayant même, dans des temps pas si éloignés et présentement,
pour ultime recours la magie, la sorcellerie, et les pratiques ésotériques et/ou
cabalistiques. Les scientifiques,
explorant les arcanes de son succès, se sont penchés sur les mécanismes
visibles de la « boite noire », du système adenien.
Méthodes d’entraînement, intensité des séances, temps de récupération,
altitude, génétique, tous les aspects prévalant à la réalisation de
performances humainement incroyables ont été passés en revue…..sans aboutir à
une conclusion fiable si ce n’est l’explication, jusqu’alors restée sans
démonstration scientifique ni preuves tangibles, de l’utilisation de produits
rejetés par l’éthique sportive, le dopage.
Les suspicions, les doutes véhiculés par les milieux proches de
l’athlétisme international ont pris forme plus sérieuse avec l’accroc porté au
mystère par des anomalies constatées au passeport biologique de Hamza Driouch,
un très jeune champion marocain devenu qatari, incorporé dans la troupe
irrésistible, insatiable, impossible à arrêter dans sa quête de titres, de
médailles et de records.
Né en novembre 1994 au Maroc, Hamza Driouch est précocement aux
avant-postes du demi-fond. En 2010, relevant de la catégorie U15 (minimes), il
se classe à la seconde place du 1 000 mètres des jeux olympiques de la
jeunesse. L’année suivante, à peine âgé de 16 ans, il dispute sa première
compétition internationale importante à l'occasion des Championnats du monde de
Daegu (Corée du Sud) où il s'incline, dès les séries du 1 500 m, derrière les « grands » coureurs de 1 500 qui, depuis des
années, arpentent les pistes d’athlétisme. Quelques semaines plus tard, alors
que s’achève la saison 2011, il prend la deuxième des Jeux panarabes de Doha,
derrière le Djiboutien Ayanleh Souleiman. Le chrono qu’il réalise est
époustouflant et annonciateur de performances incroyables : 3.34.43.
Au Maroc, son pays natal, il est vu comme le successeur de deux très
grands coureurs de demi-fond, Saïd Aouita et Hichem El Gueroudj, deux pointures
mondiales du 1 500 mètres. Malheureusement, cette terre de coureurs à
pieds laisse partir sous d’autres cieux ses meilleurs talents. Hamza Driouch ne
peut résister aux sirènes du Qatar, un pays
où son frère réside depuis le décès de leur père. Au grand
désespoir des dirigeants de l’athlétisme marocain et à la déception de Hichem
El Gueroudj qui impute cette escapade aux conseils de son entourage. Hamza n’a
pas encore 18 ans.
L’année suivante, en 2012, le Qatari Hamza Driouch brille de mille
feux dans sa catégorie d’âge en décrochant le titre de champion d'Asie juniors
du 1 500 mètres, puis celui de champion du monde junior (Barcelone) en
remportant la finale en 3 min 39 s 41. Pour clore cette saison olympique, Il
participe, au début août, aux Jeux de Londres. Il y termine d’abord second de
sa série du premier tour en 3. 39. 67 et s'incline par la suite en demi-finale
dans l’honorable chrono de 3.36.82. Des
performances éloignées de son record personnel établi au mois de mai, à Doha,
devant ses nouveaux compatriotes, sous les couleurs son nouveau drapeau. Il
avait couru en 3.33.69.
Les années suivantes, Hamza Driouch devient un coureur moyen (3.39 en
2013 et 3.44 en 2014). Cette régression est inexpliquée. Incompréhensible même
puisqu’il est conseillé par Aden Jama, en charge de l’équipe nationale qatarie
de demi-fond, qui mena Toufik Makhloufi à la meilleure d’or des Jeux olympiques
de Londres. Quelques mois plus tard, la vie de Hamza Driouch, 20 ans depuis
quelques semaines, bascule.
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