Deux départements ministériels sont totalement compatibles et
complémentaires : le ministère de la jeunesse et des sports (dans la
partie initiale de sa dénomination qu’est le volet sportif) et celui du tourisme qui en profite en
particulier dans le développement du tourisme urbain, celui qui consiste, pour
les investisseurs privés, à édifier dans toutes les villes (grandes et moyennes)
du pays des complexes hôteliers, des hôtels et des restaurants.
Les lecteurs sportifs ont certainement constaté qu’une partie notable
du taux d’occupation de ces infrastructures
est à porter au compte des équipes sportives dont les délégations ont
permis un retour sur investissement rapide et donc (l’un entraînant l’autre)
l’agrandissement (extension) de l’infrastructure de départ.
Le football professionnel est le principal acteur de cet ₺enrichissement₺
rapide des investisseurs hôteliers. Du moins à l’intérieur du pays, dans les
villes où ce type de structures touristiques n’est pas diversifié, nombreux et
donc concurrentiel. Dans un déroulement normal des championnats nationaux de
Ligue 1 et 2, ces hôtels-restaurants sont assurés de bonnes recettes au moins
un weekend sur deux, grâce aux délégations qui souvent atteignent (et
quelquefois dépassent) la quarantaine de personnes dont seulement 18 joueurs.
Les équipes professionnelles de football (mais les autres ont le même
schéma de fonctionnent) ne sont pas regardantes sur les dépenses de
déplacements (transports, restauration, hébergement). Un examen sérieux de
leurs comptabilité montrerait qu’elles sont le second chapitre des dépenses de
fonctionnement (après les salaires évidemment).
Ceci est compréhensible puisqu’il s’agit, aux yeux des responsables,
d’assurer et/ou de maintenir le standing du club, ces apparences qui font qu’il
mérite ou pas ce statut fort valorisant qui permet toutes les dérives, toutes
les dépenses y compris les plus saugrenues comme celles de devenir des habitués
des hôtels les plus prestigieux (Sheraton, Hilton, Mercure, Marriott, etc.).
On notera aussi que, du point de vue des investisseurs, la gestion de
ces infrastructures n’est pas aisée. Les clubs sportifs ne sont pas de bons
payeurs et que, le plus souvent, ils bénéficient de crédits dont le paiement est
difficile, toujours remis aux calendes grecques et toujours en attente de la
réception des subventions étatiques englouties par le règlement des salaires
astronomiques des joueurs. En fait, les clubs jouent aux grands seigneurs sans
en avoir les moyens, en s’endettant.
Les clubs de football « amateurs » et les autres disciplines
sportives (celles des sports collectifs en particulier) sont moins extravagants
certes mais se plient (à un niveau moindre) à cette tentation à vouloir donner
aux athlètes des conditions qui ne sont pas celles dont ils sont coutumiers et
auxquelles ils n’aspirent même pas puisqu’elles leurs sont inconnues. Le
standing n’est pas (en priorité) pour les athlètes mais pour les dirigeants qui
s’y sont accoutumés au fil des ans, de leurs carrières d’entraineurs ou de
dirigeants de clubs ou de leurs affaires personnelles.
Au cœur de la confrontation médiatique de l’hiver dernier entre
Taoufik Makhloufi, la fédération algérienne d’athlétisme et le ministère de la
jeunesse et des sports, un des sujets d’opposition frontale a été le refus de
valider un stage de préparation en altitude (2 800 mètres) à Iten au Kenya. Un
lieu connu par l’athlète pour y avoir déjà séjourné avec son groupe
d’entrainement précédent (celui du somalien Adem Djamaa) et qui semblait le
satisfaire. Le motif du refus ministériel était que le lieu d’hébergement de
l’athlète ne correspondait pas à son statut de champion olympique. Pourtant
Iten et Eldoret sont deux villes où la densité
de champions du monde est la plus importante en plus d’être lieu
d’entrainement de David Rudisha, recordman du monde du 800 (1.40.91), champion
du monde de la distance en 2011 et 2015, et incidemment l’auteur de la moitié
des performances figurant au Top 20 de tous les temps) qui les fit
découvrir à Makhloufi. Ce qui n’est sans doute pas une référence pour des ronds
de cuir.
Un article du journal « Le Monde », publié le 20 août
dernier (deux jours avant le début des championnats du monde de Pékin), décrit
le lieu qui avait vu la préparation des champions du monde kenyans : « Le
gouverneur du comté d’Elgeyo-Marakwet a donc organisé un déjeuner d’adieux à
l’hôtel d’altitude qui accueille les sept champions durant leur entraînement.
Dans la salle à manger, la peinture n’est pas terminée, des traces de pinceau
blanchâtres zèbrent le plafond d’où pendent des câbles électriques ».
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